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Quel est ton principal objectif en musique ? Je crois que jʼai un objectif différent avec chaque album. Sur celui-ci nous voulions créer un album électronic-dance mais à la manière acoustique, sans utiliser de clavier midi ni de logiciels. Quasiment toutes les chansons ont été enregistrées en live. Alors évidemment, on entend parfois des imperfections, tout n’est pas en place mais on voulait vraiment garder ça. Tu as co-écrit et interprété deux chansons du groupe Death In Vegas, « Witchdance» et « Your Loft My Acid ». Comment ça s’est passé ? En fait c’était vraiment du hasard, Richard (Richard Fearless, fondateur de Death In Vegas, ndlr) mʼa contacté à l’improviste, par le biais de mon label. J’étais à Londres à ce moment-là. Je ne connaissais pas trop sa musique. Quand j’ai enregistré ses chansons, il m’a hébergé chez lui pendant trois semaines. Je me disais « C’est génial, sweet deal ! » (Rires). C’était vraiment cool et intéressant parce qu’à chaque fois que je chantais il me disait de le faire plus calmement et au final je me suis limite retrouvée à parler… C’était une chouette rencontre. Feel It Break était pour nous lʼun des meilleurs albums de 2011, vous êtes parti en tournée pendant deux ans. Quʼen avez-vous tiré ? Oui, nous n’avons pas arrêté pendant deux ans. Après avoir joué dans autant de salles et de villes, chaque fois que l’on arrivait quelque part, on se disait « Il faut que l’on fasse quelque chose de nouveau, on a déjà joué ici ». On a pas mal fait évoluer les morceaux. Au début je n’avais vraiment pas confiance en moi en tant que “performeuse”, mais avec le temps on en apprend plus sur la technologie et le rapport à la scène. Et puis… On a joué avec The XX et The Gossip. Raconte-nous votre rencontre avec The Gossip ! C’était vraiment très cool ! Surtout que j’étais une énorme fan dʼeux quand j’avais 18 ans, et je les voyais toujours quand ils passaient à Toronto. Ce que j’adorais c’est que c’était à peu près toujours le même show : Beth retirait ses vêtements et courait dans le public ! Elle est très théâtrale et n’as jamais peur de s’exprimer. Huit ans après, nous avons joué ensemble à Berlin, et elle a refait la même chose ! Elle retire ses vêtements, court partout, chante Queen, mais cette fois devant 10 000 personnes. Elle n’a pas changé. Elle ne changera jamais. Sur Feel It Break, tu as travaillé principalement toute seule. Olympia est lui, le fruit dʼune collaboration entre toi, Dorian, Maya et Sari… Oui. Je voulais vraiment faire un album collaboratif, quelque chose qui reflétait nos concerts. J’avais l’impression qu’à la fin de notre tournée, nous avions une énergie tellement forte en live que cela ne ressemblait plus à l’album. Je ne voulais pas refaire un album solo, c’était important que tout le monde apporte ses idées pour donner vie à plus de créativité. C’est aussi un album différent, très personnel, à la limite de la confession, tu t’adresses à tes proches,

principalement à propos de ta vie, de tes relations ou déceptions… Oui. Il était important pour moi d’écrire des chansons à propos de certaines choses de ma vie. Je ne l’avais jamais fait avant. Jʼai pas mal réécouté de vieux albums que j’avais chez moi comme ceux de Cat Power. Je n’avais jamais vraiment écouté les paroles et je me suis rendu compte que c’était totalement différent quand tu les écoutes et les comprends. J’ai vécu une période difficile, la tournée était finie, il y avait tellement de poids et de pression sur mes épaules qu’il devenait vital que tout sorte de moi. Toutes les chansons avaient un but précis, et Sari mʼa aidé à combler les trous et améliorer le tout ! Que penses-tu si je te dis qu’aujourd’hui je trouve que les femmes osent réellement franchir les barrières et être celles qui créent et «vont plus loin»… J’ai toujours eu cette vision que pour qu’une femme ait la même reconnaissance quʼun homme, il fallait qu’elle se mette beaucoup plus en avant et se crée une histoire. Je préfère ton point de vue (rires). J’ai l’impression que dans l’industrie de la musique si tu es une femme, l’image est très importante, plus que celle dʼun homme. Je ne me serais jamais doutée que j’allais être dans des magazines de mode, par exemple, mais pour la promo d’un disque, c’est ce que l’on attend de toi… Tu es une icône gay, tu le sais ? (Rires) Ah, je ne sais pas. Je ne dirais pas que je suis une icône, mais je sais que j’adorais les concerts de The Gossip ou Peaches par exemple parce que du coup ça devenait des soirées gays. Dans nos concerts, il y a une bonne partie du public qui est gay mais aussi beaucoup hétéros. C’est chouette de voir que notre public, gay ou non, est là et apprécie le fait qu’on s’assume, tous et tous ensemble. La société devrait copier notre public. Ca ne ferait qu’améliorer les choses. Tu écoutes quoi en ce moment ? J’aime beaucoup les derniers mais aussi les vieux albums de Cat Power et le dernier The Knife… Tu en penses quoi, dʼailleurs, du dernier album de The Knife ? Il est très expérimental. Ce que jʼadore à propos d’eux, ce que je sais aussi, cʼest quʼil faut vraiment écouter le tout plusieurs fois pour assimiler leur musique. Et celui-ci il faut vraiment lʼécouter (rires) ! Quʼest-ce qui est le plus important pour toi ? Je crois que je dirais la santé et le bonheur. Il y a cinq ans j’aurais probablement dit la musique et ma carrière, mais aujourd’hui je veux juste vivre et surtout ne pas être la personne la plus connue au monde… Par pitié.

Propos recueillis par Lucie de Keyser 
Photos : Pauline Darley, pour Crumb magazine Pour les besoins de la mise en page, l’interview a pu être raccourcie ou écourtée de certains passages.

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