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Malgré certains obstacles rencontrés. « On est en licence chez Polydor, ce qui veut dire que l’on investit nous même dans tous nos clips, notre merchandising et nos soirées, c’est le contrat. On travaille bien mieux tout seul qu’avec des gens qui veulent se faire de l’argent sur notre dos, sans vouloir cracher sur les majors» rajoute Sneazzy West, qui tout comme le reste du groupe se sent très bien dans cette situation. En outre, passées les nombreuses heures de discussion collective, une idée en ressort, et la bande se met alors au travail. « 1995, Syrine ou Le Garage, on aime les mêmes choses dans tous les domaines, on a finalement la même passion qui nous poussait à bien faire notre travail » Et si le travail se caractérise par une organisation débrouillarde, le résultat, lui, vient d’une envie bien précise de la part du groupe et de Syrine. Passées des années de clips et de visuels aux carcans très établis dans le milieu hip hop, Sneazzy West et ses acolytes ont pris la décision de faire changer les choses : « Après deux années de streets-clips on avait envie de passer le cap des vidéos de rap français lambda où l’on voit un mec qui rappe sur un parking, ça ne nous intéresse plus. On préfère créer des objets visuels, que ce soit pour nos clips ou nos pochettes » explique-t-il. Une initiative qui quoiqu’on dise, a permis au groupe de se différencier : « C’est clair qu’on a réussi à se démarquer même si on a souvent pris des risques. On nous faisait souvent remarquer que nos clips étaient marrants, originaux, ce n’était pas un hasard. On fait d’abord ça pour nous ». Résultat des courses, le groupe forme une réelle identité au projet 1995 grâce à la patte artistique de Syrine. « Dans une France où les artistes ne font plus forcement attention à leur image, puisque c’est les maisons de disques qui gèrent tout, c’est un plus de faire attention à la leur » montre Syrine, approuvé par son partenaire (une tendance qui se perd maintenant, aidé d’un sentiment d’indépendance artistique de plus en plus présent) Le travail d’image de 1995 a révélé tout son potentiel en accompagnant le groupe hors des sentiers du genre, en se répandant dans les bibliothèque musicales des non initiés. Attirés par un visuel intriguant, ainsi qu’une musique fraiche et différente, ce nouveau public a permis au groupe de prendre un véritable envol en moins de 2 ans, sillonnant les festivals français, et cassant les codes sociaux du hiphop. « Les gens ont pu s’identifier à nous parce qu’ils ont vu qu’on était des rappeurs qui ne se prennent pas la tête, dans un milieu où actuellement l’égocentrisme et le cliche prennent parfois le dessus » explique Sneazzy avant de rajouter « Ça me fait d’autant plus plaisir quand une fille de 15 ou 19 ans me dit qu’on lui a fait découvrir le rap et qu’elle s’ouvre à d’autres artistes ».

La philosophie 1995 relève d’une proposition alternative, sans se compromettre dans ses choix et sa façon de faire : « On passe en radio sans être dictés par un supérieur, on choisit notre truc sans se soumettre. C’est super important pour nous. ». Une façon de faire, et un succès populaire qui n’aurait surement jamais été autant possible sans l’aide du Garage et de Syrine, qui défend réellement une « autre » vision de cette musique : «On fait des choses que le public rap n’irait pas voir en premier, et c’est pour ça qu’on a réussi à attirer une autre catégorie de personnes. Et même dans notre état d’esprit, on refuse la concurrence. On fait juste nos trucs sans faire gaffe aux autres, et sans les juger ». Le succès de 1995 pourrait donc ne pas se résumer à l’image de « boys band du rap français » que leur ont collé leurs plus fervents détracteurs, en allant voir les propositions qu’offre le groupe sur la scène musicale française. En collaborant avec un collectif artistique indépendant comme Le Garage et en s’écartant des codes récents du genre, les 1995 ont montré qu’une autre formule était possible. Plus urbaine et jeune peut être, mais tout autant artistique et soucieuse du détail. Des valeurs que Syrine défend : « On a des envies qu’on veut accomplir et on va au bout, peu importe le style musical. Mais dès qu’on aime bien ou dès que ça nous inspire, on fonce». À tel point que le groupe comme le collectif ont prouvé – en totale indépendance – que malgré les embûches et les fidèles puristes, une seule façon de penser pouvait vraiment payer : la sincérité, encore, toujours.

Par Brice Bossavie Photographie : Améli Monti, pour Crumb

                                     

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