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      Interview publiée le 16 mai 2012       Le   Limier, 1972. Dernier film de Mankiewicz en tant que réalisateur -un de ses réalisateurs préférés. Elle   parle d’un huis clos, d’une belle rencontre entre le théâtre et le cinéma. Milo Tindle, lui, coiffeur, correspond parfaitement à l’image du parvenu américain, du nouveau riche. Il rencontre le propriétaire   d’une maison immense, une sorte de magnifique manoir, riche collectionneur d’objets de cirque, de   maquettes, disséminées dans toutes les pièces de la demeure. Le film parle d’une lutte entre les deux   hommes, qui se piègent chacun leur tour pour l’amour d’une femme. Si les deux personnages ne   partagent guère plus qu’un nom très similaire, Mina Tindle trouvait que ce dernier sonnait bien. Elle l’a   gardé à cause de sa page MySpace nommée ainsi, de ses premiers concerts joués sous ce   pseudonyme, de même que les premiers articles écrits sur elle. Nous l’avons rencontrée un après   midi ensoleillé pour l’entendre raconter l’histoire de Taranta, son premier album. Voilà.             Taranta, cela signifie quoi ? C’est une des dernières chansons que j’ai écrite, qui n’est pas sur le disque. Je n’ai pas encore eu le temps de l’enregistrer. Récemment, dans un concert à la maroquinerie, j’ai invité des amies chanteuses, qui chantent divinement. J’avais même invité a mère, mais elle n’a pas osé venir ! Je suis tombée amoureuse de l’Italie du sud, une de mes meilleures amies en est originaire. Il y a cette tradition de la Tarentelle là-bas : cette danse, cette musique ancestrale propre à cette région. C’est une tradition transmise oralement, un véritable rite de passage, que chaque femme apprend différemment. Il s’en dégage une dimension très spirituelle. Ma mère m’a raconté des histoires et le fantasme qu’il y a autour de cette danse, ce qui m’a fasciné au point d’écrire cette chanson. Les femmes qui travaillaient dans les champs de tabac avaient des conditions de vie très difficiles, toute la journée en plein soleil, quand elles ne se faisaient pas taper dessus ou violer par leur patron. Mais une fois par an, elles avaient le droit de danser, dans une sorte de carnaval, ce qui constituait une véritable libération. Lorsqu’elles dansaient ainsi, on les qualifiait volontiers de folles, comme si elles avaient été piquées par une araignée -taranta en italien, d’où la Tarantelle. Les danses étaient justifiées pour faire “sortir” le venin qu’elles avaient en elles, dans une sorte de transe qui pouvait durer des heures, des nuits entières jusqu’au petit jour, en rond. C’est une belle image sur la création, l’hystérie et les femmes que j’ai voulu garder. Tu as pris ton temps pour créer des morceaux riches. Comment faire sur scène pour recréer l’atmosphère de l’album et la complexité de ses arrangements ? On a essayé d’adapter les morceaux pour la scène, bien sûr, car les morceaux sont très produits. J’ai une pédale de loop, pour faire des boucles. L’année dernière je faisais mes concerts toute seule, j’ai appris à m’en servir au fur et à mesure. Deux garçons

m’accompagnent au chant. L’un d’eux a une voix extrêmement aigüe, qui lui permet de chanter presque toutes les lignes que je chante sur le disque. Olivier Margueri, des Syd Matters, s’occupe de la session rythmique. Grace au pads, il balance des séquences prises du disque, pour donner un peu d’épaisseur. En étant peu sur scène numériquement, il est difficile d’habiller les morceaux autrement. Quel est ton moment préféré pour écrire ? La nuit. Je ne crois pas encore avoir de déclic ou d’habitude. Mais la nuit, je peux me retrouver à bosser sur des enregistrements ou des maquettes et être hyper heureuse. J’enregistre beaucoup chez moi. Tu n’écris donc jamais en rentrant, en ayant un peu bu ? En général, j’évite de boire quand je bosse seule. Cela serait un peu triste, non? Quand je bois, c’est que je suis avec des gens et que je n’ai donc pas envie de bosser. Parfois, en tant que bonne « geek » des temps modernes, je me retrouve sur Facebook, à écouter les morceaux que certains amis musiciens postent ou à cliquer sur une vidéo de Nina Simone pour ensuite écouter tous les liens associés. En étant un peu ivre, avec les images, je trouves presque que la musique est mieux que d’ordinaire ! J’ai un rapport bizarre avec les vidéos, Internet. Les gens cliquent, tu « likent », approuvent sans vraiment regarder, mais ne prennent pas le temps de regarder. Internet est complètement chronophage. Passer autant d’heures devant un ordi, quand on y pense, avec du recul, c’est c’est un peu ridicule. Ce que je préfère ? Écouter de beaux vinyles quand je rentre, le soir.

Propos recueillis par Bastien Internicola Pour les besoins de la mise en page, l’interview a pu être raccourcie ou écourtée de certains passages.

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