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Et quand cela va mal, j’écris ! Mais tous les artistes font la même chose, non ? Je crois. Il y aussi chez toi la peur et ton titre « The Fear »… Pourquoi ce nom ? Cette chanson concerne en fait la détermination, le but, dans la vie de chacun. A l’origine elle ne devait pas être pour moi. Arrivé à la moitié du texte, dans ma phase de travail, mon processus d’écriture, je me suis rendu compte que j’étais à nouveau en train d’écrire une chanson sur moi. J’y parle de mes réflexions en général, des questions – souvent beaucoup trop nombreuses – que l’on se pose quant aux bonnes décisions à prendre dans nos vies. En tant que musicien, je me demande souvent à quoi sert la musique. Pourquoi est-ce que, nous artistes, montons-nous sur scène ? Devant un public ? Pourquoi les gens sont là, réagissent, applaudissent, encouragent ? C’est un métier étrange. Ce n’est peutêtre même pas un métier, je ne sais pas. Cela des responsabilités. Du coup, je passe pas mal de temps à me demander si je prends les bonnes décisions, si j’emprunte les bons chemins artistiques ou personnels. Parfois, je suis effrayé par ces choix, par les étapes qui suivent. Cette chanson parle de cela. (Silence. Un temps) Pour l’anecdote, ce qui est drôle, c’est que j’ai fini par avoir réellement peur de jouer cette chanson. Chaque fois qu’on l’interprète avec le groupe, il y a quelque chose qui foire. Une fois, en la jouant, j’ai cassé trois cordes, trois fois de suite, sur scène. Une fois, Chris (son bassiste, sur scène, ndlr) en a cassé douze, un record. Dernièrement, les cymbales de la batterie sont tombées par terre en plein milieu du morceau. C’était dingue. A croire qu’il y a quelque chose autour de ce titre, que je ne contrôle pas… Ben continue la promenade. Debout, entre deux immeubles, essayant de respirer ce qu’il reste de soleil, il me demande : « Tu as écouté mon album en entier, d’un bout à l’autre, ou tu seulement des pistes de façon arbitraire ? ». Je lui réponds que j’écoute toujours les albums d’un trait. Ma réponse semble le satisfaire. Il sourit et dit : Il y a beaucoup de chansons écrites à des moments très différents de ma vie dans cet album. Les morceaux représentent mes trois dernières années, jusqu’à aujourd’hui. Lorsque j’ai commencé à travailler dessus, j’avais à peu près vingt-cinq titres avant de passer à l’enregistrement. Il en reste dix aujourd’hui. Keep Your Head Up est la plus ancienne. Elle date d’il y a trois ans, The Wolves d’il y a deux ans, alors qu’Only Love, Black Flies et The Fear sont relativement récentes et toutes fraîches. Le résultat est relativement homogène et il me semble avoir réussi à faire en sorte que tous ces morceaux, composés à différentes périodes de ma vie, dans des états d’esprit différents forment un tout et ne font qu’un. Il y a en ce sens, peut-être un fil conducteur, du

début à la fin… Le tour du quartier terminé, on piétine un peu, pour avoir le temps de continuer à parler quelques secondes, de Laura Marling, de combien elle écrit bien. Ben me confie qu’il la considère comme la meilleure songwriter de Grande-Bretagne du moment. Il dit également écouter Little Dragon, James Blake et adorer Bon Iver. Pour lui, ces derniers tirent véritablement la scène musicale actuelle vers l’avant. En suspens, je le confie à Diane, notre photographe, le temps de quelques clichés et termine sur ces mots avant de vous laisser vous précipiter sur son album, là, maintenant, tout de suite.

Propos recueillis par Bastien Internicola Photographie : Diane Sagnier, pour Crumb magazine

Crumb magazine 2010 2015  

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