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C’est à dire ? Eh bien, la plupart de mes albums préférés sont ceux que j’ai détestés ou qui me dérangeaient profondément. Par exemple la première fois que j’ai entendu The Boxer de The National, cela m’a totalement insupporté. Je n’aimais pas sa voix, son look, la structure des sons. Aujourd’hui, avec le temps, c’est sûrement un de mes albums préférés.

Eye Signal de Jon Hopkins. J’ai décidé de lui laisser toute liberté pour réaliser le clip à sa façon. Je n’ai pas voulu m’imposer car je ne suis pas réalisateur, j’ai totalement confiance en sa vision artistique. Le clip qu’elle a fait venait de son propre ressenti. Le fait de faire réagir un artiste et d’apporter sa pierre à l’édifice d’un autre artiste est toujours extrêmement enrichissant.

Comment avez-vous changé d’avis ? Je ne sais pas. Je ne pouvais pas m’empêcher de revenir dessus, de le réécouter tellement je le détestais. Je ne dis pas que c’est la réaction que j’aimerais forcément provoquer chez les gens mais le nombre de personnes qui écoute un album et l’aime immédiatement rate quelque chose. Il faut passer outre le fait d’aimer un genre de musique et essayer de creuser un peu plus. Pour moi, l’intérêt de faire de la musique c’est de trouver le lien entre quelque chose de beau et d’intéressant sans avoir peur de provoquer une réaction chez l’auditeur, bien au contraire, qu’elle soit positive ou négative.

Pourquoi avoir choisi Cavalier comme premier titre extrait, pour promouvoir votre album ? Parce que je ne voulais pas introduire ce nouvel albul par une chanson dans la lignée du précédent. C’est audacieux mais je voulais que les gens sachent tout de suite que ça allait être différent, surtout au niveau de l’aspect esthétique !

Lorsque vous composez, pensez-vous aux émotions que vous souhaiteriez transmettre ? Lorsqu’on compose seul, on est obligé d’être son seul public. Tout ce que je fais est personnel. Je suis devenu un fan de musique dès l’instant où j’ai commencé à en faire. Quand on travaille dur, on a envie d’être autant impressionné par le travail des autres que par le tien, pas d’un point de vue narcissique bien sûr mais ceux qui font de la musique pour l’argent ou le succès se trompent. Vous devez avoir de nombreuses influences qui vous ont toujours marqué depuis votre enfance, mais récemment, qu’avez-vous découvert dans les autres domaines artistiques qui a enrichi votre univers musical ? Take Care de Drake a eu un énorme impact sur moi. Il m’a surtout impressionné au niveau de la production. C’est un génie dans le sens où il trouve les meilleures personnes et les meilleures idées à placer dans un contexte moderne. Il a osé mettre certains types d’orchestrations là où on ne s’y attend pas, et ça marche. Dans un autre registre, j’ai vu Gravity récemment, un des meilleurs films que j’ai jamais vus. J’adore le réalisateur (Alfonso Cuarón, ndlr). Il a su créer quelque chose de brillant et qui a eu un succès mondial alors que le sujet ne tourne qu’autour d’une seule et même personne. La plupart de mes films ou albums préférés sont de gros succès commerciaux. J’adore l’idée que quelqu’un puisse faire à la fois quelque chose d’ingénieux et commercial et qui va par conséquent s’adresser à un large public. C’est beaucoup plus difficile à faire que quelque chose de faussement artistique qui ne va s’adresser qu’à un groupuscule ou un public niche. En parlant de cinéma, vous avez travaillé en collaboration avec Aoife McArdle pour votre clip et allez en faire une trilogie… Oui, c’est vrai. Elle est en train de travailler dessus. J’avais énormément apprécié son travail sur Open

Propos recueillis par Louise Autain
 Photographies : Yann Morrison, pour Crumb magazine

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