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avoir bégayé au commencement, je me plais bien sur ce format. A l’oral, il y a ce moyen de rentrer en contact avec le rappeur à travers le langage. Tu peux rebondir sur ce que te dis l’autre. Alors que l’écrit est plus rigide. Au final, c’est cela que permet Internet, être multi formats. La vidéo, elle, c’est un concert à emporter, une performance live devant ton ordi donc ça attire. Malgré tout, l’écrit reste ma source principale de donnée mais le plaisir que je trouve dans l’échange de l’interview est une belle découverte. Vers un retour à l’écriture ? Idéalement j’aimerais bien sortir un petit bouquin, un projet de plus grande envergure, du genre essai. Je n’ai pas envie de faire un truc à la va-vite et qui n’a que peu de sens, j’ai envie de me fixer un mois pour sortir un produit fini dont je suis fier. C’est peut être aussi que je ne pense pas avoir une plume de ouf, que j’ai peur de l’écriture… Dans tout ça, la thune elle sort d’où ? Ahah. Dis moi si t’as une solution ! Pour l’instant on cherche à réussir à avoir notre propre matos et à ne plus l’emprunter à droite à gauche. On pourrait envisager des partenariats, mais est ce que j’ai envie d’être aliéné à une marque ? Surtout pas. Là je suis libre, je garde la qualité. Au fond je sais pertinemment que je ne gagnerais jamais ma vie avec Grünt. Après le rêve d’avoir une structure avec des potes est toujours là… Dans ce cas là, pour quelles raisons Grünt prend un rôle sur la scène culturelle ? Pour le lüv (rires) ! Partager, rencontrer des passionnés dans la rue qui te félicitent ça vaut toutes les mailles de la terre. Savoir qu’il y a des accrocs à Grünt, aussi. On a commencé par passion et continué en étant surpris du soutien. En retour j’aimerais que notre public nous prévienne si jamais on commence à déconner. Nous n’avons pas envie de finir avec de la merde dans les mains à 55 balais. Pour l’instant, toujours pas de haters. Étonnant ! Ensuite, parce que je pense qu’on est en mission. Avec la petite ampleur qu’on a prise, on commence à avoir un rôle à jouer. A présent, Grünt a pour mission de nettoyer ce que nous n’aimons pas dans le journalisme. Si on continue à fédérer autour de notre mouvance alors on pourra trouver notre place. Là on va commencer à rigoler parce qu’il y aura des gens méritant. On fait un second ORTF en imposant uniquement du rap underground ! (Rires)

survivre alors là tu gagnes. Mais ce sont des exemples minoritaires… Après ça, tu te demandes comment NRJ fait les plus gros scores ? Il y a un tel formatage, ça crée un tel instinct grégaire, c’est incompréhensible. CRUMB est intéressant parce qu’on est à un moment où toutes les cartes sont entrain d’être redistribuées. On va voir comment une presse de qualité avec un état d’esprit est accueillie par le grand public. Autour de nous, à part CRUMB je ne vois aucun organe de presse récent qui obéit à ce schéma là. C’est pour ça, chapeau CRUMB ! Vous êtes une belle histoire avec une équipe passionnée qui taffe. Grünt ça n’a rien à voir, on est encore une micro-niche. Mais c’est ce qui fait notre identité aussi. Seule la passion a de l’importance… On n’a jamais fait 1euros avec Grünt sans le réinvestir. Tout le matos est emprunté. Si on monétisait notre chaine YouTube on se ferait 30euros par mois, ce serait de la folie ! Faut réinventer l’espace où tu te fais de l’argent. C’est pour ça que Grünt je ne l’incarne pas complètement, j’essaie aussi d’en faire une image de marque, un label de qualité qui évoque un état d’esprit. Il n’y a qu’avec ça qu’aujourd’hui que je peux espérer faire ma vie. Est ce que la presse numérique est condamnée à cette limite d’audience et d’argent ? Il ne faut plus miser, contrairement à Rue89, qui a d’ailleurs été racheté, uniquement sur le contenu presse. Si tu arrives à avoir une image, un état d’esprit, une idée de valeur assez forte, c’est à partir de cela que tu peux espérer des revenus. Grünt y arrivera seulement par la diversification, organiser des soirées open-mic et se faire un peu de mailles sur les bières. Voilà où se fait l’argent de la presse : l’événementiel. Arrêtons de croire que vous allez vendre du contenu ! En même temps CRUMB à une vrai fanbase. C’est pour ça que votre projet m’intéresse, c’est un vrai pari.

Avec une telle fédération tu dépasses la simple dimension de journalisme. Moi c’est facile je fais que du culturel mais quand tu veux faire de l’info ça devient plus compliqué.

Justement quel est l’état d’esprit Grünt ? C’est le “Do It Yourself”, un peu comme vous. C’est vendre des sweats par chers, c’est discuter de manières de penser autour d’une bière. Je vis Grünt comme une famille qui bosse tous ensemble parce qu’on a besoin du public pour réussir. Je suis dans l’échange plus que dans une position dominante. Cette idée participative, ça fait plaisir : le public partage les free-styles, propose son matériel. Il fait notre force. C’était marrant aussi j’ai eu des mecs qui me demandaient de faire un stage chez Grünt. Si tu veux on peut aller faire un plat de pâtes ensemble c’est tout ce que je peux te proposer (rires) !

Les lecteurs du Canard Enchainé pensent que leur journal est la seule source de scoop. Ceux qui ont réussi leur business model de ce point de vue là c’est Médiapart. Déjà ils sont indépendants, ce qui brise la méfiance du public et en plus ils se basent sur le soutien des abonnés. Quand tu réussi à faire comprendre à ta fanbase que sans eux tu ne peux

Comment tu définis les valeurs identitaires de Grünt ? Jamais avec Grünt on ne « vendra notre boule » pour reprendre une ligne assez récurrente du Hip Hop. Ne pas mettre de publicités au début de nos vidéos, c’est pour nous capital. Je ne fais pas cela pour percer, pour l’argent ou la célébrité. D’ailleurs je n’aime pas trop montrer ma gueule. Nous les journalistes, nous

Crumb magazine 2010 2015  

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