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mes influences musicales. Ce qui touche aux années 60, je l’ai atteint plus tard, par le biais de la chanson française, France Gall, Dutronc, des artistes comme ça. Rien qu’au niveau de l’image c’est magnifique, hyper pop, coloré. C’est une époque qui paraît formidable. Je ne sais pas si je m’y serais sentie bien mais quand tu regardes cela avec du recul tu t’aperçois qu’ils étaient tous beaux à cette époque-là, jeunes, fringants, le monde était en train de s’ouvrir, il n’y avait pas de crise. Ils avaient certainement bien d’autres problèmes mais en tout cas pas ceux que l’on connaît aujourd’hui. Tu as justement repris quelques chansons d’artistes de cette époque et d’autres, plus contemporains, comme Benjamin Biolay… Oui ! J’adore Benjamin Biolay. Je trouve incroyable qu’il soit juste reconnu par le public maintenant alors qu’il a donné vie à des perles musicales incroyables, depuis le tout début. En reprenant des chansons qui te plaisent, tu donnes à entendre finalement un jukebox personnel en plusieurs EP, un peu comme une collection de 33 tours… Exactement ! C’est un objet que j’aime énormément. Et puis il y a un truc génial dans le fait de sortir des disques à 4 chansons : c’est beaucoup plus court donc, comme dirait mon ami Edgar, si tu te plantes sur un 4 titres c’est beaucoup moins grave que si tu te plantes sur un album. Tu peux prendre plus de liberté, plus de risque, tu t’ennuies moins. Faire des reprises, c’était aussi pour moi l’occasion de chanter en anglais – chose que je n’aurais pas tenté sur un album entier. Enfin, je me suis lancé un mini défi. Celui d’arranger le troisième EP. Pour les précédents j’avais fait appel à Florent Marchet et à Julien Ribot sur le deuxième. Là, on a vraiment fait cela avec les garçons, qui m’accompagnent sur scène. On a passé des journées de pré-prod, à écouter, essayé, choisir les arrangements qui nous plaisaient. Et puis après on ne les a plus écouté du tout, on les a un peu bousculé pour se les réapproprier et j’ai complètement oublié la question… (Rires). Je parlais de jukebox personnel… Oui ! C’est cela ! C’est un excellent moyen de faire connaître mes influences musicales et en même temps je me suis énormément demandé si ce n’était pas une erreur car reprendre les chansons d’un artiste que tu aimes est toujours un pari risqué. Si tu fais moins bien que ce que tu espères notamment. En même temps, si tu te poses trop de questions, tu ne fais plus rien ! Alors voilà, j’ai livré ma version des choses et j’en suis tout de même assez satisfaite. J’ai lu que tu comparais ces sortes de mini disques à des nouvelles de roman. Est-ce que justement plutôt que de passer par la musique, tu n’as pas envie de t’essayer à la littérature ? A vrai dire, tout est toujours venu par le texte – j’ai fait des études littéraires, c’est quelque chose qui me tient à cœur – dans le principe de nouvelles, c’est qui me plait, être capable en très peu de temps – et cela a

aussi un rapport avec la chanson – dans un texte très court, de raconter une histoire poignante. Tout dire en très peu de mots. C’est quelque chose de super compliqué. C’est un défi à chaque fois et c’est en même temps super agréable à faire. J’aurais dû mal à faire des descriptions longues parce que ce n’est pas comme cela que je suis non plus. J’aime bien synthétiser et m’accrocher à certains détails qui vont tout de suite créer une ambiance, un personnage, sans tout dévoiler. Et c’est cela qui est aussi intéressant dans les chansons, en tout cas les miennes, il y a toujours une part d’autobiographie mais elle est toute petite et j’essaie de faire précis tout en restant universel pour que tu puisses toi garçon – alors que je suis une fille – trouver des choses qui te parle dans mes textes. Les arrangements musicaux sont relativement minimalistes, très intimes. Comment tu les as travaillés ? Comme j’enregistre mon travail en plusieurs parties, j’arrive chaque fois en studio avec une expérience un peu plus forte et un peu plus d’idées. Au début j’avais vraiment envie de toucher à la musique mais je ne connaissais rien du langage musical – un peu comme quand tu demandes à un petit enfant, qui n’a que 400 mots de raconter une histoire précise. C’est beaucoup plus facile une fois que tu en as 40 000 pour pouvoir t’exprimer. Pendant le premier E.P, j’ai beaucoup observé Florent (Florent Marchet, ndlr). J’ai eu de la chance qu’il m’intègre dans le processus de création dès le départ. Pour le deuxième, on a travaillé davantage en amont, sur ce que j’aimais, les ambiances que je voulais donner à telle ou telle chanson et puis il s’est passé beaucoup de choses en studio. Notamment, au Studio Gang, qui était le studio de Michel Berger, où l’on travaillait à 2 heures du matin. Il y avait une ambiance très bizarre. On avait préparé beaucoup de choses, pour au final n’en garder que quelques-unes. Et là, sur le dernier EP, on est arrivés avec de simples bases et l’on a tout construit en studio (La Fabrique, à St-Rémy de Provence, ndlr). Pour le prochain, je m’investirais encore davantage. Je ne sais pas encore avec qui je vais travailler. C’est cela que j’aime beaucoup d’ailleurs et que je souhaitais : quelque chose de très spontané. Tu es aussi rédactrice de mode ! Est-ce que cela a une influence sur tes créations ? Oui. Je pense qu’il y a un rapport. La musique et la mode ont toujours été intimement liés et les musiciens sont la plupart du temps une grande source d’inspiration pour les créateurs. Ce qui est génial dans la mode, c’est que l’on est toujours en avance – on travaille six mois à l’avance sur les collections de l’été prochain. Et puis, la mode a un aspect sociologique. Tout ce qui s’y passe y est politique. Cela oblige à être curieux et à rester ouvert sur pleins de choses. Il y a aussi un truc dont je me suis rendu compte le jour où j’ai commencé à écrire: le processus de création d’une chanson est le même que celui d’un vêtement : on part d’une base, une matière, un tissu ou bien un instrument, un matériau, une guitare et l’on brode au

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