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C’est ce qui m’a donné envie d’écrire en anglais d’une manière extrêmement naturelle. Ce n’est pas vraiment une décision que j’ai prise consciemment, j’étais simplement en état de réceptivité par rapport à l’inspiration. C’est souvent ma vie et son contexte qui vont orienter mes inspirations. J’ai passé plus de temps ici et j’ai eu l’envie de creuser cette facette romantique parisienne : l’Amour, Paris, comment je l’exprimerais en musique… Cet album comporte une orchestration très riche, comme si tout votre univers synthétique avait fusionné avec quelque chose de plus organique. Parlez-nous de la composition même d’une chanson, de la finition d’un morceau à une orchestration complète, avezvous déjà une idée précise du rendu final ? Cela dépend des titres, certains viennent déjà avec leurs orchestrations. Paris J’ai Pris Perpète venait naturellement avec des cordes, des cloches, une espèce de peinture sonore. C’est très cinématographique aussi. Certains morceaux me font des surprises, je les écris, ils existent en piano-voix ou guitare-voix et puis d’un coup j’essaie une programmation qui m’emmène complètement ailleurs. Un peu comme un voyage. Parfois je vois très bien là où je vais et c’est très clair, d’autres fois, j’avance à petits pas, je découvres où je suis, à tâtons et je ne sais pas trop où les choses me mènent. L’album débute par un hymne à la capitale avant de nous mener vers d’autres altitudes, de nous diriger vers différents registres musicaux que vous n’aviez pas encore ou très peu abordé avant, notamment des influences latino-cubaines dans Encre, un registre asiatique avec Perdu Dans Tes Bras. Avez-vous entièrement réalisé cet album ? Oui. J’ai réalisé l’album mais aussi collaboré avec des artistes, producteurs et réalisateurs que j’ai invité pour l’occasion : Tahiti Boy, Ian Caple, et David Kahne à New York qui a aussi travaillé avec nous. C’est un album que j’ai réalisé comme les précédents, mais pour la première fois je n’étais pas entièrement seule à prendre toutes les décisions de production. J’ai invité des gens à avoir une vision extérieure sur certains titres. C’était très enrichissant, on apprend toujours des collaborations. Un réalisateur comme Ian Caple a tellement d’expérience, qu’il arrive avec ses « bagages » et sa bienveillance, ce qui m’inspire forcément ou me donne envie de développer plus ou moins certains aspects de la création. Certaines collaborations m’aident à aller plus loin, à me pousser, à être plus audacieuse. D’autres m’encouragent à être plus classique, cela dépend et c’est toujours très enrichissant. Cet album est en fait très international, parce que je lai enregistré à Paris, puis les cordes et les cuivres à Londres et à New York j’ai mixé et enregistré les voix. Parlez-nous de la pochette de l’album où vous vous mettez littéralement à nue. Il y a quelque chose de très épuré, parfaitement serein. J’ai travaillé dessus avec un artiste qui m’a proposé plusieurs idées. Sur celle que l’on a retenue, j’aimais

le côté « peau », très nue, comme si le visuel portait des émotions écrites sur le corps. J’aimais aussi le contraste avec le livret sur l’édition limitée où l’on raconte l’histoire d’amour qui passe par différentes météos intérieures pour finalement tourner la page et passer à autre chose. L’image laisse sa « mue » et accepte de laisser des choses dont on a plus besoin, de se renouveler. Vous êtes une artiste touche-à-tout. Vous composez, jouez, arrangez, chantez. Aujourd’hui vvous endossez également la casquette de metteur en scène pour votre clip Menteur que vous avez écrit et réalisé, seule... J’ai adoré imaginer, écrire l’histoire, oui. Il y en avait plusieurs d’ailleurs avant celle-là, parce que j’ai beaucoup tourné autour du sujet de Menteur, la façon dont on pouvait travailler avec ce morceau. Il y tellement de possibilités, c’est incroyable. Écrire l’histoire, trouver l’équipe, m’amuser à me trouver des personnages, faire le casting, trouver des visages que je voulais projeter, des lieux, des décors, les essais d’images, les différentes textures possibles, c’était un tout absolument fabuleux. Le clip a été tourné aux États-Unis avec une équipe de Los Angeles qui a été superbe. Ça a été une incroyable expérience en tant que réalisatrice. Ils ont été super, eux-mêmes réalisateurs. Jai été très bien entourée et je n’aurais pas pu imaginer une meilleure première expérience. J’adore cela en fait, imaginer une histoire, d’un bout à l’autre. Peu de réalisateurs ont également la capacité de savoir réellement mettre en scène. Ce n’est pas simple, c’est vrai.. Mais tout s’est très bien passé et je suis ravie du résultat. Faire les deux c’est certain que ça n’a pas été facile mais je n’imaginais pas le tournage autrement. Votre univers musical est souvent rattaché au domaine cinématographique, décrit comme étant très visuel. Le bonus track Wicked Game de Chris Isaac est grandement rattaché à Sailor et Lula de Lynch. Est-ce un hommage ? Je crois qu’il y a beaucoup de choses. C’est vrai qu’il y a l’univers cinématographique, mais j’avais aussi fait un duo avec Chris Isaac il y a deux ans pour Taratata. On s’était rencontrés et on avait fait notre duo sur Blue Hotel. Il avait aussi été question de le faire sur Wicked Game à un moment, je l’avais écouté et j’avais adoré. Je pense que c’est plus un clin d’oeil, un petit hommage, mais c’est effectivement aussi des morceaux qui sont dans des films cultes pour moi, cela marche à plusieurs niveaux. Quel est l’intérêt pour un artiste d’avoir autant de liberté, de contrôle concernant toute la conception d’un album. Est-ce qu’il n’y pas une limite à ne recevoir de l’aide d’aucun regard extérieur ? Je ne sais pas. D’abord c’est ce que j’ai envie de faire et cela me remplit de bonheur de l’imaginer. J’ai des

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