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G pour Grünt et pour engaGé. Acteur principal de la scène rap underground parisienne mais aussi angegardien de l’état d’esprit hip-hop parfois malmené, Grünt est une “nébuleuse culturelle”, partenaire de   Radio Nova, qui surprend par son ambition, étonne par son énergie et séduit par sa modestie. Dans une   tension créative entre lyrisme éloquent et réalité urbaine, Jean Morel, tête pensante à lunettes du projet   discute dans son rade préféré. Une langue débridée et une passion intelligente qui soulèvent une   réflexion sur l’évolution du journalisme d’aujourd’hui, son rôle et le statut de ses acteurs. Optimiste, Grünt   nous offre un départ direct vers une presse engagée dans son essence meme : son audience. T’inquiètes   pas, tu vas vite saisir…

         

Si personne n’arrive à définir Grünt, toi tu y arrives ? Grünt c’est un tel bordel que je me force à théoriser au minimum. C’est un projet en cours, ce qui sous entend que la forme n’est même pas définie pour nous. Par exemple, pour confronter la culture rap à la culture dominante, notre dernière idée a été de demander à des Normaliens en Lettres de commenter des textes de rap, comme si c’était un examen de BAC. Le terme vague de « nébuleuse » permet d’avoir l’espace de prendre des nouvelles directions et de surprendre notre public. Je n’ai jamais voulu considérer Grünt comme un unique format vidéo. Sans prétention, j’essaye d’élever le niveau. Dès la naissance de Grünt l’auditeur pouvait t’entendre dire : “Nous avons pour ambition de mettre en avant la créativité d’aujourd’hui puisque celle-ci n’est plus assurée par les formats vieillissants”. Tu restes sur cette position aujourd’hui ? Je le crois toujours mais j’ai commencé à être moins vindicatif. Grâce à l’expérience Grünt, je mesure mon propos maintenant. Comme je me rends compte que Grünt me fait vraiment vibrer, j’aimerais bien qu’il y ait un de ces grands médias là qui ait l’intelligence de comprendre l’ambition qui est la notre à savoir une culture présentée comme telle, brute, sans altération de forme imputée par un format classique. Du coup, jamais Grünt ne modifiera son format journalistique parce que ça représente notre innovation et notre état d’esprit. Alors un média comme Radio Nova joue quel rôle dans l’aventure Grünt ? Nova nous sert et nous apporte énormément, grâce à son image et son rayonnement. Sans rien avoir inventé, j’ai plaisir à pouvoir me dire que nous avons réinstauré au sein de Nova un format mis en place par Dee Nasty. Je cherche à faire réapparaître l’esprit authentique du hiphop. C’est marrant de voir qu’on a pu avec Adrien Gingold (aka Gingoldescu, ami de Crumb et Responsable Éditorial de Novaplanet, ndlr) réutiliser le format free-style que Nova avait la première mis à l’antenne, le seul format qui vaille pour le hiphop. Et puis Nova est pour moi la seule radio qui a toute sa légitimité, la seule dans laquelle je me ressens en terme d’historicité du hiphop. De toute façon aujourd’hui j’ai le meilleur partenariat du monde, c’est le Saint Graal.

Ton expérience chez Nova a probablement fait évoluer ta vision du journalisme… Tel que moi je veux le pratiquer c’est une passion, après tel que je le perçois autour de moi c’est quelque chose qui a été dévoyé au fil du temps. Je pense qu’il existe deux types de journalisme. Celui d’investigation et l’autre qui est en cours de mutation. Plus par l’accélération de la nouveauté que par la volonté même des journalistes, d’ailleurs. On n’a plus le temps de creuser suffisamment. La politique est celle de l’exclusivité, surtout dans le milieu culturel. Avec les blogs, là où j’ai commencé, tu fais une chasse à la nouveauté parfois au détriment de la qualité. C’est la logique de Google, premier à citer, premier à être référencé, et c’est à partir de là que commence l’influence de ta plateforme. C’est ce qui t’a amené à changer de format ? Exactement ! Ce nouveau format nous permet de proposer un contenu plus poussé et plus exclusif sur la toile. En fait ce n’est pas complètement nouveau puisque le free-style hiphop existe depuis toujours mais le fait qu’il soit filmé en appartement et dure assez longtemps (30-40min, ndlr) marque la différence. Ca permet à l’auditeur d’avoir le temps de plonger dans le délire. Dans le contenu journalistique pur, j’essaie de creuser pour éviter le « Est ce que t’aime bien les « bitches » et l’argent ? ». Je me tourne vers l’aspect technique du rap, le rapport à l’écriture, au son, à l’esprit de collectif. A côté de ça, quand un rappeur est invité par un grand média, on lui pose une question minable sur la société et jamais sur son Art en lui-même. J’avais envie d’aborder le sujet avec qualité, c’est la seule chose qui peut nous permettre de nous démarquer depuis que tout le monde peut écrire sur le net. Au début de Grünt on avait le droit à des articles engagés sur la place et l’histoire du hiphop. Maintenant Grünt se concentre sur le format vidéo. Pour quelles raison cette évolution ? Je n’arrive pas à trouver un format satisfaisant à l’écrit. J’ai trop envie que ça soit précis, irréprochable parce qu’il y en a beaucoup qui écrivent sur le hiphop et il faut que cela reste accessible, pédagogue, divertissant. J’ai le sentiment que dans mes interviews vidéo/radio, je suis autant pointu qu’à l’écrit. En même temps je viens de découvrir le format radio. Après

Crumb magazine 2010 2015  

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