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Qui est Jain ? Je m’appelle Jain, enfin, mon vrai prénom est Jeanne. Je suis née à Toulouse dans le Sud-Ouest de la France. Lorsque j’avais 3 ans, on a déménagé avec ma famille à Pau. Là-bas, j’ai commencé la musique en faisant de la batterie pendant 12 ans. Et à mes 9 ans, nous sommes partis vivre à Dubaï où j’ai fait des percussions arabes, notamment de la « Derbouka ». J’étais dans un lycée français, c’était la première fois que je partais hors de France et que je voyageais hors du pays. C’était un peu un choc. Après 3 ans là-bas, nous sommes allé au Congo, dans une ville du Sud, à côté de l’océan. C’est là-bas que j’ai fait mes premières compositions de musique avec Mr Flash, un rappeur et beatmaker très connu - il y a énormément de rappeurs congolais. Il faisait des rythmiques et m’a donné des logiciels pour pouvoir m’enregistrer chez moi. J’ai pu mettre mes chansons sur Myspace, où j’ai rencontré mon manager et producteur (Yodelice, ndlr). C’est à partir de ce moment-là que la musique a réellement commencé pour moi. Ensuite, j’ai déménagé à Abou Dabi pour passer mon bac et enfin, je suis retournée à Paris où je me suis inscrite en Prépa Art. Comment on fait pour se construire, lorsque l’on passe son adolescence aux quatre coins du monde ? C’est justement ce qui était assez compliqué et ce pour quoi j’ai commencé à écrire des chansons. À un moment, je me suis vraiment sentie déracinée. A 18 ans, j’avais passé la moitié de ma vie hors de France, et je ne me sentais pas non plus tout à fait française. Pourtant, je n’étais ni congolaise ni d’Abou Dabi. J’en suis finalement venue à me dire que cette question d’appartenance n’est pas liée seulement à un pays, mais plutôt à une famille. Elle concerne les gens qui nous entourent. Donc voilà, je viens de ma famille ! J’ai décidé que pour ma musique ce serait pareil et que je ne choisirais pas un camp particulier mais que j’essaierai plutôt d’apprendre de tout ce que j’ai vu et des pays où j’ai vécu. Tu as justement pleins de cordes à ton arc. Ta musique est à la fois ethnique, hip-hop, soul, folk, etc. Qu’est-ce qu’il y a dans tes écouteurs ? Un peu de tout. Il y a pas mal de hip-hop mais aussi des chansons africaines et musiques traditionnelles. J’aime beaucoup écouter les musiques traditionnelles, qu’elles viennent d’Amérique du Sud, ou d’Afrique. Il y a quelque chose de tribal, un son chaud que j’aime et que j’aimerais bien retranscrire dans mes chansons. Il y a également de l’électro, notamment Daft Punk. Ce qui est drôle c’est qu’avant mes concerts, généralement, on me demande de faire une playlist d’attente. La mienne est très éclectique, il y a vraiment de tout, ça en énerve certains (rires). Tu as dit que ton coeur venait d’Afrique et que tu aimais beaucoup la black music… Oui, c’est quelque chose qui me touche énormément car quand j’étais petite, on en écoutait beaucoup à la maison. Ma mère est d’origine Malgache, elle écoutait beaucoup d’artistes comme Miriam Makeba, Youssou

N’Dour. Et surtout, j’ai commencé la musique par la batterie et les percussions, donc forcément, il y a quelque chose d’ethnique qui me touche dans ce rapport au rythme, qui est très riche. Je t’ai vue en concert au MaMa Festival. Sur scène, tu passes d’un instrument à un autre. Comment composes-tu ? Tu fais tout toute seule ou tu es aidée par quelques musiciens ? Chez moi j’ai mon petit atelier, mon laboratoire. Je commence par faire des maquettes très « roots », pas très professionnelles où je banlances toutes mes idées et ensuite je vais au studio de mon producteur. C’est à partir de ce moment qu’il m’aide à rendre le tout plus professionnel, à l’enrichir et surtout à bien le cadrer. Car chez moi, tout part souvent dans tous les sens. Tu l’as dit, Yodelice t’a reperée sur Myspace. Quel rapport entretien-tu avec internet ? Je cherchais surtout à avoir un avis professionnel, car j’avais des retours de ma famille et mes amis, mais qui n’étaient forcément pas objectifs. J’ai donc envoyé des mails à tout le monde, j’ai eu quelques réponses. La plupart me disaient que c’était trop fouillis. J’ai reçu une réponse de mon manager actuel qui m’a mis en contact avec Yodelice. Internet a vraiment joué un rôle très important pour moi car c’était vraiment ma seule solution de partage et de communication lorsque j’étais au Congo, de par les réseaux mais aussi étant donné que je ne viens pas d’une famille qui fait de la musique ou qui est implantée ou reconnue dans le milieu. C’était le seul moyen dont je disposais pour me faire connaître. Ton premier album s’appelle Zanaka. Parle-nous-en. Et d’ailleurs, que signifie Zanaka ? Ma mère est métisse malgache, Zanaka, cela veut dire enfant en malgache. C’est un album que j’ai écrit il y a sept ans au Congo et qui a grandi avec moi, pendant toute mon adolescence, et aussi un peu plus tard, lors de mon retour à Paris. C’est un album très joyeux, assez optimiste, avec pleins d’influences. J’aime beaucoup dire que c’est un melting-pot qui mêle un peu d’ethnique, du hip-hop, de la soul. C’est un petit bordel organisé, quoi ! Moi j’ai un petit faible pour All My Days. J’ai beaucoup aimé la pochette de ton album qui fait référence à la déesse Shiva. C’est toi qui l’as imaginée ? J’avais fait la pochette de l’EP et on voulait garder cette même idée. Un peu comme avec mes chansons, nous sommes partis de ma maquette avec Paul & Martin qui sont les deux photographes. Je voulais commencer à mettre de la couleur car il y a beaucoup de noir et blanc. C’est aussi une manière de montrer ce qui se passe en live, l’idée de multi-tâche et faire aussi un petit clin d’oeil à la déesse Shiva. Cela montre la démultiplication. C’est comme créer le visuel d’une super-woman multi tâche (rires). Tu as fait une Prépa Art. Tes clips sont très visuels, y compris tes photographies et tes mises en

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