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Tu dis que personne ne le savait mais tu as quand même eu de belles collaborations tout au long de l’album… Elles se sont faites assez naturellement en fait. J’ai pas mal travaillé en famille. Les filles de Brigitte pour ne citer qu’elles, par exemple, sont des amis de très longue date. Aurélie (la blonde, ndlr) est une de mes meilleures amies depuis quinze ans. Ours, (le fils d’Alain Souchon, ndlr) c’est pareil, ça fait des années que l’on se connait, un jour on a improvisé à la campagne sur ce qui est devenu Daisyduke. Pour Yodelice et Xavier Quo qui ont une identité propre, cela s’est fait un peu différemment. Jai rencontré Maxime (de Yodelice, ndlr) il y a quelques années. Il m’a entendu chanter à une soirée. Il m’a demandé ce que j’avais chanté. Je lui ai répondu “Une chanson à moi”. Il m’a proposé de passer à son studio. Je lui ai fait écouter des maquettes, qui étaient des trucs faits sur Garageband que je n’avais jamais fait écouter. D’un coup j’ai eu envie et confiance et voilà comment tout a commencé. Seuls ces gens étaient au courant finalement, mais sans eux, cet album n’aurait jamais existé. Tu parlais de ton envie de faire de la musique autour de toi ? J’ai fait venir le noyau dur des gens qui m’entourent dans les premières parties, quand je jouais dans les bars, etc mais je ne l’ai jamais trop ramené non plus. Cela s’est fait doucement. Et puis, ça me faisait plutôt marrer parce que quand quelqu’un l’évoquait, c’était “Ouais, il paraît que tu prépares un album…”. Il y a eu plusieurs réactions. J’ai vu les gens suspicieux. C’était beaucoup plus sain de travailler comme ça, sans rien. L’univers graphique de l’album est très marquant, très cohérent. Qu’est-ce qu’il a déterminé pour toi musicalement ? Je n’ai pas d’explication mais depuis le tout début de ce projet j’ai cette obsession des rayures rouges et blanches qui est là. Le rouge est une couleur que je porte beaucoup, que j’ai toujours aimée. Dans la vie je suis assez cartésienne donc j’aime beaucoup les lignes, les diagonales, les perspectives, ce qui est graphique. J’ai beaucoup parlé de la verticalité mais c’est très bizarre, tout ça était très spontané en fait. Il y a quelques chose d’instinctif visuellement là-dedans. Tu as déterminé le track-listing de l’album selon cette métaphore graphique ? Le track-listing est presque ce qui a été le plus difficile à faire car il y a beaucoup d’univers qui se confrontent dans l’album, certaines chansons que l’on ne pouvait pas mettre l’une à côté de l’autre. Pour cette raison, il y a des chansons que j’ai mises de côté. Je me disais qu’il fallait une porte d’entrée et la chanson numéro 1, Better than Yesterday était une bonne porte d’entrée pour pouvoir au fur et à mesure aller vers des morceaux parfois plus exigents, qui demandent une écoute différente. The Fall par exemple est en plein milieu de l’album et dure cinq minutes. C’est un morceau très produit, je ne pouvais pas la mettre en numéro 2. Il faut le temps de rentrer dans un album. Ca été très difficile.

Quels groupes (ou artistes) actuels t’inspirent ? Il y en a plein. Les gens qui m’ont influencé ? Ting Tings, LCD Sound System, Portishead dans un autre style ou encore Radiohead. Ce sont des groupes que j’ai énormément écouté. En ce moment j’adore ce que fait Disclosure (lire interview page 174), je suis vraiment épatée par leurs propositions, le fait qu’ils aient douze ans et demi et qu’ils soient des producteurs aussi dingues. J’adore AlunaGeorge aussi (lire interview page 36). Je regarde beaucoup tout ce qui se passe en Angleterre parce que j’ai toujours été beaucoup influencée par ce pays et sa culture et que j’y ai habité. Les renouveaux musicaux partent souvent de chez eux. Bon. Et je dois avouer un petit faible un peu moins pointu pour Bruno Mars. Voilà je l’ai dit. Il faut que j’arrête de faire la faux cul (Rires). Je n’adhère pas sur tout, j’aime moins les balades, mais je suis assez bluffée par son travail. Et je dois dire que ce que j’aime beaucoup c’est l’empreinte aussi d’un autre artiste, Mark Ronson dont j’aime le travail en tant que producteur et compositeur. On ressent une certaine mélancolie à l’écoute de certains titres. C’est une mélancolie que j’ai naturellement. Plus je parle de l’album et plus je me rends compte qu’il est très personnel. Le fait d’avoir écrit des textes mélancoliques et d’avoir mis dessus une énergie parfois très contradictoire, ce qui est le cas pour Come Back To Me, c’est assez ce que je suis. C’est à dire qu’il y a la première couche de l’énergie qu’on reçoit et qui rend optimiste et en deçà, une partie très sensible voire “soupe au lait” parfois, qui se traduit par une mélancolie qui vient peut-être de l’adolescence et qui est restée, cette espèce de truc qu’on peut avoir, où tout est terrible. Cette mélancolie-là, au lieu de la réduire en quelque chose qui pourrit la vie, j’ai voulu la transformer en une proposition artistique. Cela vaut aussi certainement pour ton parcours. Aujourd’hui il est à la croisée des arts. Qu’est-ce qui t’inspire en dehors de la musique ? Tout ! Dans le cinéma, Terrence Malick ! Parce qu’il a inspiré une des chansons, Daisyduke. Après je suis très alerte des oeuvres d’un vidéaste qui s’appelle Ange Lecchia, qui travaille beaucoup sur la lumière. La lumière me fascine beaucoup, d’ailleurs c’est pour ça que le clip de Come Back To Me est rempli de lumières très différentes. J’adore aussi Egon Schiele, les expressionnistes allemands. J’aime profondément Ingres et sa manière de travailler les peaux. L’inspiration est partout, chez les gens, elle est émotionnelle. J’ai entendu l’autre jour une interview d’Oxmo Puccino qui disait « Quand les artistes disent qu’ils n’ont plus d’inspiration je leur propose de retourner dans le métro ». Je suis assez d’accord avec ça. J’ai toujours pris le métro et c’est vrai que ça résonne, c’est palpable, les gens que l’on croise, les visages, ce que l’on s’imagine de leur histoire…

Propos recueillis et textes : Lucie Rico. Pour les besoins de la mise en page, l’interview a pu être raccourcie ou écourtée de certains passages

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