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Tu as écrit et composé For Kenny, ton premier album, très jeune. Il est aussi très différent de ce que tu fais maintenant. As-tu eu une liberté artistique pour l’écriture des morceaux ? Charlotte OC : J’ai été signée par Columbia après un événement Quiksilver. J’ai beaucoup travaillé avec la marque et je pensais que j’étais influencée par tout cet univers lié à l’eau et à la plage. Je le trouvais très romantique. Alors que je n’ai pas du tout grandi dans cet univers là. Avec le recul, je pense que c’était un peu comme une parenthèse dans ma vie : c’était plus une vie que je voulais, pas forcément celle que j’avais ni même ce que j’étais. Je déteste la mer ! J’ai la phobie des poissons mais j’étais sponsorisée par une maque de surf, c’est comme cela. Ça n’a pas vraiment de sens. J’ai grandi dans une ville industrielle – Blackburn, au Royaume-Uni – un peu sombre et sinistre. C’est à peu près ce que je suis maintenant d’ailleurs. Quel regard portes-tu sur For Kenny, aujourd’hui ? J’étais une gamine et je m’amusais beaucoup ! J’ai vraiment eu beaucoup de chance de pouvoir expérimenter tout ça. Je pense que tout le monde devrait faire un très mauvais album et ne pas le sortir, pour pouvoir apprendre et faire mieux après ! Tout le monde devrait passer par ce schéma : être signé, être viré. Qu’est-ce que tu as fais après avoir été lâchée par ton label ? J’ai pris deux années Off et j’ai embrassé beaucoup de garçons ! J’ai expérimenté pas mal de trucs, j’ai fait la fête, je me suis levée tard, j’ai voyagé à Berlin, et dans d’autres villes. Je voulais juste être une jeune fille. Quand j’avais 16 ans, je vivais dans des chambres d’hôtel. C’est bizarre de vivre ça à cet âge. Chanter, c’est un job, un business. C’est sympa d’être dans un studio et d’écrire de la musique. Mais tu le fais avec des hommes qui ont la cinquantaine, alors que tu es une adolescente. On n’avait pas vraiment les mêmes goûts musicaux. J’avais besoin de ces deux ans pour devenir une jeune fille. Au moins le redevenir. ! Pour m’amuser, avoir le coeur brisé. A quel moment t’es-tu remis à la musique ? En janvier 2012, je me suis envolée pour Los Angeles et j’ai commencé à travailler avec Tim Anderson. On a écrit “Color My Heart” et “Hangover” ensemble. Je revenais tout juste de Berlin. J’étais toujours dans l’esprit de la ville, de ce que j’avais expérimenté làbas et de la musique que j’avais entendue. Je crois que c’est la première fois de ma vie que quelque chose me touchait autant et j’avais besoin de le dire… J’étais au Berghain (club berlinois, ndlr) et il y avait un remix techno de Bon Iver. Le club a une ambiance d’étrange église. Il y a une atmosphère très religieuse. Il n’y a pas d’horloge, tu ne sais jamais quelle heure il est. Tu es juste là pour passer le meilleur moment de ta vie. Là-bas, j’ai entendu des musiques incroyables. J’ai été très touchée et émue de ces sensations et j’avais besoin d’en dire quelque chose. Donc quand je suis arrivée à L.A, j’ai raconté à Tim ce que j’avais vécu et il m’a dit qu’il fallait que l’on fasse de la

musique ensemble. Il a très bien compris ce que j’avais à dire. Il est la première personne avec laquelle j’ai écrit aux États-Unis et ça a instantanément marché ! Les morceaux de tes deux EPs – Strange et Color My Heart – semblent assez personnels… Qu’est-ce qui t’inspire ? Certains morceaux sont à propos de moi et d’autres ne le sont pas. “Hangover” est à propos de quelque chose dont je ne parlerai jamais et que je ne veux pas expliquer. Mais ce n’est pas à propos de boire de l’alcool, on pourrait penser que ça parle de ça. Enfin si, la chanson parle d’alcool mais pas de Love Hangover. C’est un peu plus sombre. “Color My Heart” parle de ma soeur. Elle était en train de divorcer. Quand j’ai écrit cette chanson, je savais qu’elle aimait encore ce type alors qu’il n’était pas très sympa avec elle. Cette chanson est une sorte de prière que je voulais lui adresser. Quelle genre de musique écoutes-tu ? Leonard Cohen, Talking Heads, Aretha Franklin, Roberta Flack, entre autres. Mon père écoutait beaucoup de Folk et ma mère beaucoup de Soul. Je pense que c’est ce qui m’a le plus influencé quand j’ai commencé à jouer de la guitare à 15 ans. J’ai pris des cours pendant deux ou trois mois. Je ne voulais pas en apprendre trop. Je voulais travailler avec le minimum syndical et voir ce que je pouvais créer à partir de ça. C’est un vrai challenge. Quand tu es ado, tu veux toujours te rendre la vie plus compliquée. J’ai lu quelque part que tu avais passé deux ans avec ta mère, dans son salon de coiffure. C’est vrai ? Oui mais j’ai tenu une semaine ! Je n’étais pas très sympa avec les clients. Je lavais les cheveux de ces gens alors que je voulais juste faire de la musique. Je n’aimais pas trop que l’on me dise ce que je devais faire aussi. Donc oui, je ne suis pas restée très longtemps, jusqu’à ce que ma propre mère me mette à la porte ! Quand j’étais plus jeune, j’étais fascinée par ma mère ! Elle est toujours l’être humain le plus incroyable que je connaisse mais je voulais être comme elle. Je la trouvais tellement belle, je voulais faire de la coiffure pour lui ressembler ! Je pense que ce qui m’intéressait dans la coiffure, c’était le fait de créer quelque chose. Ton premier album en tant que “Charlotte OC” n’est pas encore sorti. A quoi peut-on s’attendre ? C’est difficile à dire parce que je suis toujours en train d’écrire des chansons. J’ai encore beaucoup de choses à dire. J’espère que l’écriture sera terminée d’ici septembre. Mais on ne peut jamais prévoir à l’avance. Pour le son, je ne sais pas comment l’expliquer mais je ne veux pas trop de production lourde. Je veux que ma voix soit l’élément principal des morceaux et qu’il y ait autour d’elle de petits éléments, comme les cordes sur “Color My Heart”. J’ai hâte. . 
Propos recueillis par Arièle Bonte

Crumb magazine 2010 2015  

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