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train de se remettre en question. Même si l’on est parfaitement convaincu de notre démarche artistique, on vit notre aventure à cinq : nous quatre et le public ! La femme de notre bassiste filme la plupart des concerts et cela nous permet vraiment de nous mettre face à face, de regarder les détails à améliorer, les choses qui ne fonctionnent pas… Donc chaque concert est différent ? Théo : Chaque concert diffère parce qu’après chaque remise en question, on essaie de mettre en forme un espèce de «savant mélange musical», de manière à ce qu’à chaque fois le public soit réceptif de façon différente. Antoine : Ce n’est ni prétentieux ni populiste. On n’a pas la vanité de se retrouver face à un public qui ne s’amuserait pas, on le prend donc en considération. Et puis sur scène, on essaie de ne pas s’enfermer dans une bulle, mais d’être véritablement présent et de s’amuser. Ne serait que pour moi, qui chante, être face au public, les yeux ouverts et regarder les gens, c’est quelque chose qui frappe, qui fait toute la différence, par rapport à un chanteur qui fait semblant d’être aveuglé ! Je crois savoir que tu fais du théâtre, alors tu dois connaître cela… Absolument ! Donc, en quelque sorte, pour résumer, vous faites de la musique participative ? Antoine : C’est un peu ça, oui ! Pour nous, avoir une démarche qui tient compte du public, c’est avoir une vraie démarche d’artiste. Un artiste qui se parle à luimême, que ce soit en sculpture, en peinture ou au cinéma, cela peut être très beau mais ça reste stérile. Est-ce que cette manière de vouloir à tout prix tenir compte du public n’enlève pas un peu de spontanéité à votre travail ? Augustin : Non, je ne pense pas. Si on sent que le public décroche, on se regarde, on est à l’écoute, on décide d’adapter l’interprétation à ce que le public aime. C’est une remise en question sur scène, il n’y a rien de figé. C’est d’autant plus spontané que l’on est réellement intéressé par le procédé chimique qui fera que tel ou tel morceau va plaire ou non à un moment donné. Augustin, tu parlais toute à l’heure d’une période plutôt rock. Puis vous avez dérivé vers la pop. Vous êtes à quelle frontière aujourd’hui entre les deux ? Augustin : Sur une frontière électro rock ! Pascal (qui vient d’arriver) : Mais cela se voit davantage en live que sur ce que l’on propose à l’écoute sur notre MySpace actuellement. Augustin : Le truc c’est qu’on évolue très vite. Quand on enregistre, qu’on se réécoute quatre mois après, on a envie de passer à autre chose. Ce n’est pas de l’autocritique, mais une vraie recherche d’évolution. Et l’avantage aussi de n’avoir pas signé avec un label, c’est que cela nous laisse le temps de changer, de

bouger, de prendre d’autres orientations. Et on expérimente cela en live. Vous pensez d’abord au live avant de composer ? Théo : Oui. Je pense que l’avenir de la musique, en tout cas à l’heure actuelle, se joue sur le live. Et puis, il y a un vrai plaisir personnel… Il y a un rapport esthétique assez important dans le groupe. Antoine, tu as fait des études cinématographiques, avec sans doute, une certaine influence. C’est toi qui écris les textes ? Antoine : Moi et ma femme. Oui, je suis marié, tu n’es pas obligé de le mettre dans l’interview ! Comment travailles-tu pour reproduire tes influences graphiques dans les textes ? Antoine : Tu as senti une influence graphique dans les textes ? Oui ! Antoine : C’est génial, parce que les gens n’écoutent généralement pas les paroles. Dans la construction, cela dépend. Par exemple, pour Big, on est parti de Max et les Maxi monstres, d’une esthétique enfantine, un espèce de rêve-cauchemar. Il n’y a pas de référence de film pour chaque morceau mais l’élaboration d’un univers cinématographique imagé. Si l’on sent des références, elles ne sont pas forcément conscientes donc ? Antoine : Exactement. Et comme j’écris en anglais et que je n’ai pas vraiment de référence littéraire – même si je comprends tout ce que j’écris hein (rires), j’ai des références visuelles. C’est aussi pour cela que l’on s’appelle PHOTO. Il y a l’image, la lumière, un langage simple, minimaliste, universel. Sur scène, est-ce que cela se traduit par un esthétisme particulier ? Antoine : Pas pour le moment. Nous n’avons ni les moyens ni le public pour. On a joué dans plein de petites salles parisiennes, mettre en place une vraie mise en scène déshumaniserait le concert. Et puis comme on a mis pas mal de temps à trouver notre son, nous n’avons pas vraiment défini l’esthétique graphique du groupe. On teste des trucs. Et comme le son bouge très vite, c’est assez difficile de suivre l’image. Mais dans un avenir riche et célèbre, on fera des shows à la Madonna ! Pour finir, un titre que vous écoutez en ce moment, que vous aimez particulièrement ? Antoine : Lady Dada’s Nightmare, MGMT Pascal : Wax Simulacra, The Mars Volta Théo : The Rip, Portishead Augustin : Et moi ? Myxomatosis, de Radiohead

Propos recueillis par Thomas Carrié

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