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Vous avez commencé la musique par la formation d’un autre groupe, les Racing Seagulls… Antoine : Oui mais ça remonte à loin ! Au départ cela fait 4-5 ans que l’on joue ensemble, avec divers musiciens. On a essayé de trouver notre univers mais c’est seulement quand Pascal est arrivé (le bassiste, ndlr), que cela a fait une vraie différence. Quelque part on a l’impression d’avoir mûris pendant cette première période, de s’être trouvé musicalement. Mais il n’y a pas grand-chose de passionnant à dire sur nos anciens groupes Augustin : Il n’empêche que ces formations nous ont appris à jouer ensemble, à se connaître musicalement mais par rapport aux projets que l’on fait aujourd’hui, par rapport à PHOTO, il n’y a pas de lien direct, ni de vraie influence. Il y a dans votre rapport à la musique quelque chose de très personnel, que vous explorez depuis longtemps… Augustin : Antoine et moi, on ne vient pas vraiment d’une famille où la musique est importante, mais c’est vrai que très jeunes on s’est retrouvés là-dedans. C’est plutôt une démarche personnelle, autodidacte et je pense que ce qui fait notre originalité musicale c’est qu’aucun d’entre nous n’as appris à jouer d’un instrument dans un schéma classique. A l’âge de quinze ans, je savais que je voulais être musicien et j’ai entrainé Antoine avec moi là-dedans… Antoine : Je suis arrivé, pour ma part, à la musique, par des chemins de traverse (le théâtre, le cinéma, ndlr). J’ai mis plus de temps à me focaliser sur certains domaines. Et puis j’ai été reçu dans une école prestigieuse de cinéma (l’INSAS, ndlr), en Belgique, pour des études. Je ne pouvais pas passer à côté de cette opportunité. On commençait à mettre en place quelques créations, j’ai dit aux garçons « Ne vous arrêtez pas pour moi, j’en ai pour 5 ans, trouvez un autre chanteur », et la réponse a été unanime : Hors de question. Ils sont venus me rejoindre en Belgique et l’on a vécu tous ensemble. Ce qui est assez dingue d’ailleurs. C’est ce genre de choses qui a fait que ce groupe est aujourd’hui incassable. Et puis, je ne sais pas si tu connais la Belgique, mais ce n’est quand même pas Hawaï. Ils n’étaient pas obligés de me suivre. On a loué là-bas une maison immense pour le prix d’une chambre de bonne à Paris. On y jouait toute la nuit. Il y a une relation à l’espace et au voisinage totalement différente d’ici. Et les gens aiment vraiment la musique. Est-ce que dans l’interview, tu peux peut mettre « États- Unis » à la place de Belgique, peut-être, non ?… (Rires). En fait, vous ne seriez pas allé en Belgique, il n’y aurait pas eu de vraie émulation au sein de PHOTO ? Théo : On ne peut pas vraiment répondre. En tout cas, je ne pense pas. Mais c’est vrai que se retrouver tous ensemble nous a aidé à apprendre à mieux se connaitre et à faire naitre un langage commun. Aujourd’hui, on arrive vraiment à se comprendre. On a su créer notre bulle.

Antoine : En Belgique, on répétait tous les jours et je crois que c’est une phrase de Kurt Cobain qui dit, «Un groupe sérieux doit répéter au moins 4 fois par semaine», le temps de trouver son propre style, de se chercher. Je crois que c’est vrai. Si l’on avait eu qu’une seule répétition par semaine, dans un grand studio parisien, avec 2 heures pour jouer, nous n’aurions pas eu le temps de chercher des choses ni même de nous planter. Je pense au travail de la voix notamment. A force de s’enregistrer, d’essayer, tu trouves une voix, un timbre qui te semble être le tien et tu essaies de le traiter de telle ou telle manière, mais cela prend du temps et tu ne peux pas le faire en ne répétant que 2 heures par semaine. Théo : Pour nous, le son a une vraie importance. On le place au-dessus de la technique. Donc il est vrai qu’avoir eu la possibilité de répéter 7 jours sur 7, nous a permis de vraiment maitriser notre travail. Après l’arrivée de Pascal, il y a eu un temps d’adaptation ? Antoine : Pascal (qui n’est pas encore arrivée à ce moment de l’interview, ndlr) a toujours eu une manière très particulière de jouer, c’est quelqu’un de très mélomane. Beaucoup plus que ce que l’on pourrait attendre d’un bassiste qui se contenterait de suivre la ligne de basse. Lui, apporte quelque chose de très travaillé. On pourrait avoir, c’est vrai, un bassiste plus simple qui ne nous poserait pas de problèmes et s’en contenter, mais les problèmes que nous pose Pascal enrichissent toujours d’une manière ou d’une autre nos compositions. D’ailleurs, si vous avez l’occasion de tendre l’oreille vers ce qu’il fait, il a des lignes de basse très particulières, avec un style bien à lui. Il a vraiment trouvé sa place et affirmé son style. Augustin : Le groupe est devenu vachement plus rock à une période et c’est beaucoup grâce à lui. C’est un excellent mélodiste. Il a libéré les autres instruments qui étaient un petit peu frustré par le manque de basse. Ca a, du coup, épanoui le groupe et a permis à chacun de se concentrer sur son propre instrument. (Un temps) finalement, je me dis que l’on a toujours eu de la chance dans notre cheminement artistique. Je ne parle pas en termes de contrat ni de réussite, mais par exemple l’arrivée de Pascal, ce genre de chose… Ou le fait que tout se passe bien en Belgique. Sans chercher de bassiste, on en a trouvé un, très bon, au bon moment ! Antoine : Nous sommes nous quatre, en perpétuel mouvement d’adaptation. On aime la musique qui parle aux gens. Donc à chaque fois qu’un morceau nous parait trop compliqué, on essaie de le retravailler. Un message simple en somme, pas trop long, mais profond, qui va vite à l’essentiel, à l’évidence. On ne cherche pas à faire des choses extraordinaires. Tout le monde pourrait faire ce que l’on fait mais personne ne le fait ! Théo : Au début surtout, juste après nos premiers concerts, on centrait nos compositions sur ce qui plaisait ou non au public. On est encore aujourd’hui en

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