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Nous étions partagés par un sentiment hyper touchant et en même temps la réalité qui est que ce n’est pas vraiment une chanson joyeuse pour danser avec son père. Il est question de désespoir, d’échec mais de la nécessite de continuer. Elle, semblait penser qu’il s’agissait de gens qui restaient unis malgré tout. Ce rapport à la différence entre plusieurs niveaux de lecture est génial. Il faut tout toujours laisser planer du mystère sur les chansons pour que chacun puisse en profiter comme il l’entend.

Martin : Les écossais expriment leur sentiment une fois tous les 9 mois théoriquement.

Vous avez remixé Hurricane de MS MR, c’est un exercice qui vous plait particulièrement ? Lauren : C’est vraiment quelque chose de sympa à faire, s’amuser avec le travail de quelqu’un d’autre et faire quelque chose de différent. Comme une belle chaîne de créativité en se réappropriant une matière qui n’est pas la nôtre. Ca aussi, c’est une question de lecture ou de relecture !

Lauren : Pourquoi ai je choisi d’être dans ce groupe, avec ces deux mecs ?

Martin : Si on est dans un studio en train de mixer et que quelqu’un nous suggère de remixer Speed Demon de Micheal Jackson, la première réaction est toujours « C’es complètement malade ». Puis, on le fait parce qu’on réalise qu’il est important de ne pas avoir peur d’explorer les morceaux, ne pas les considérer comme trop précieux ou intouchables. Nous faisons aussi des DJ set, sous deux formes, la première exclusivement électro, la seconde consiste seulement à faire danser le public jusqu’au petit matin. Chacun d’entre nous s’en charge. Lauren mixe surtout dans les soirées les plus importantes, moi, je commence à prendre ce jeu au sérieux maintenant, si je n’étais pas un musicien je serai DJ. C’est nul sur le papier mais je gagnerais plus d’argent, je crois. L’adjectif “démocratique” revient souvent dans vos interviews, par rapport à votre manière de travailler. Comment arrivez vous à surmonter les désaccords pouvant survenir quand il faut composer de la musique à trois ? Martin : La démocratie c’est se battre pour ses idées. Tout le monde a son mot à dire, chaque jour, mettre en avant des arguments, des raisons, la discussion en studio est fondamentale. Si il y a un problème mais qu’il est vite oublié, on n’y revient pas. On essaie. En revanche, si des doutes persistent, on prend le temps qu’il faut pour les mettre à plat et avancer, à trois. Lauren : C’est une question de respect et de confiance mutuelle, je crois. Un partenariat divisé entre le travail et l’amitié crée une vraie dynamique. Bien sûr on se dispute à 5h du matin à l’aéroport, en studio, en voiture, partout mais quand il s’agit de choses vraiment sérieuses, qui touchent au fond de la musique, à sa forme, on prend le temps de réfléchir. Encore plus lorsque nous prenons du recul sur ce que nous avons vécu depuis quelque temps, il faut être sûr que nous nous sentions à l’aise dans le groupe, chacun à sa place. Les écossais ont la réputation de communiquer, de beaucoup exprimer leurs sentiments. Cela se ressent à travers notre groupe. Pur sarcasme, vous l’avez compris.

Iain : Cela se passe souvent dans un bar d’ailleurs. Un type s’enflamme devant son meilleur pote « I really love you man, I would use a fucking for you » et le lendemain matin c’est oublié. Jusqu’à une nouvelle démonstration d’amitié… Martin : 9 mois plus tard.

Propos recueillis par Bastien Internicola Traduction : Alice De Jode Photos : Justine Tellier, pour Crumb magazine

                                                                         

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