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Ce n’est pas vraiment intéressant de dire à la presse que tu es en train d’essayer mille choses en studio. C’est la différence, pour moi, entre les artistes et les célébrités, même si, médiatiquement, les routes se croisent. Nous ne sommes pas des célébrités mais des musiciens. On aime que les gens s’intéressent aux bonnes choses. A nos chansons. Surtout.

choses se sont faites naturellement, comme une évolution ! Et ce sera la même pour le prochain ? 
Je n’en sais rien, je n’ai pas envie de le savoir. Peutêtre qu’un jour nous nous poserons. Des contraires contre des contraires contre des contraires, c’est infini.

Enregistrer votre disque par sessions, c’était un moyen d’éviter l’isolation ?
 Oui. On l’a fait pendant quelques temps, mais cela ne dépassait jamais les deux semaines. S’isoler, c’est devenir claustrophobique, oublier l’objectif final des chansons et ça reniait aussi notre versant live. On aime la scène, il ne nous fallait pas perdre l’énergie et l’adrénaline de ces moments. C’était agréable de faire des pauses, de parcourir des festivals. Nous avions un véritable désir d’aller vers les autres avec ce disque, de trouver des idées pour les transformer en chansons. Et il est vrai qu’il est plus difficile de trouver des idées, enfermés entre quatre murs dans un studio sous terre.

Right Thoughts semble plus “léger” ?
 Je ne sais pas si “léger” est le bon terme mais je comprends ce que tu veux dire. Nous nous sommes focalisés sur les bonnes mélodies en tout cas. Nous avions un but précis : faire des chansons qui fonctionnent à l’instinct, sanguines, directes. Nous voulons que les gens ressentent quelque chose dès la première écoute, mais aient aussi envie d’y revenir plus tard, dans le détail. Notamment au niveau des paroles : la majorité des textes se présentent comme des grandes questions. Chacun peux y réfléchir à sa façon en fonction de son humeur. C’est aussi intéressant. Mais dans tous les cas, nous sommes d’humeur beaucoup plus « sympathique » avec ce disque que pour Tonight.

A l’écoute de votre album, on a un sentiment de retour aux sources du son Franz Ferdinand…
 Je pense que nous sommes revenus à l’essence même du groupe, en effet. Je me souviens d’une discussion avec Peter Bjorn en 2011 autour d’un café à Glasgow, où il nous demandait comment le disque allait sonner. On a juste répondu “Franz Ferdinand” ! Nous avons essayé de faire évoluer les choses mais sans oublier les bases de notre son et de son identité. Peter avait quand même répondu “Ah oui, un mélange entre Daft Punk et Dr Feelgood”. C’est une remarque que l’on nous fait souvent. C’est amusant parce qu’on a ajouté des éléments jamais entendus dans notre musique avec ce nouvel album, comme du saxophone, des cuivres, un solo de hautbois même, mais on a tenu à garder une sorte d’efficacité particulièrement importante pour nous. Vous avez un peu mis les synthétiseurs de côté ? 
Il y en a ! « Love Illuminations », « Goodbye Lovers And Friends », « Stand On The Horizon »mais contrairement à Tonight, nous n’avons pas basé les chansons que sur cela.. Quatre après, quel regard portez vous sur Tonight ?
 À cette période, nous étions plutôt pessimistes, fatigués du monde qui nous entourait, et nous voulions faire quelque chose de très différent de ce à quoi les gens pouvaient s’attendre. S’il fallait décrire notre groupe en un seul mot, j’utiliserai le terme “contraire”. Lorsque nous nous sommes formés, nous voulions sonner à l’opposé de tout ce qu’il se faisait, et c’est dans cette même philosophie que l’on a fait ce disque, qui reflétait aussi nos états d’esprits personnels à cette époque… Vous avez donc travaillé ce nouvel album par opposition totale à Tonight alors ?
 Oui ! C’était en pure réaction à cette période. Mais les

 

Vous semblez moins prendre de risques… Je pense qu’il est beaucoup plus risqué de trouver de vraies mélodies, avec des bons refrains, plutôt que de faire quelque chose de complètement abstrait et tortueux. Ces chansons sont très faciles à écouter, mais bien plus compliquées à écrire. Il faut beaucoup d’effort pour justement avoir un résultat qui ne s’écoute sans aucuns efforts. Peter Bjorn, Todd Terje : Qu’est ce qui a autant amené les Franz Ferdinand en Scandinavie ? Le monde froid qui nous entoure et son cœur de glace impartial (rires) ! Plus sérieusement, nous adorons la scène scandinave : Lykke Li, Lindstrom, les dernières sorties de Terje. J’ai l’impression qu’il y a une véritable humanité dans la musique de ces gens là. Peter (Bjorn, ndlr), lui, est un ami de longue date. Quel regard portez vous sur l’industrie musicale depuis que vous nous avez quittés il y a quatre ans ? Il n’y avait pas de Skrillex à l’époque…
 L’Amérique a découvert l’EDM trente ans après sa naissance, les jeunes groupes peuvent malheureusement de moins en moins se permettre de vivre de leur musique, mais je retiendrais surtout le boom de la musique électro. Quelques uns font du bon boulot, mais la grande majorité de ce qui en sort est plutôt merdique et c’est comme cela dans tous les genres ! On a récemment joué avec Major Lazer en Argentine, c’était assez marrant à voir sur scène, c’est plus un show que de la musique. Mais les choses risquent bien de changer. Notamment à cause de l’album de Daft Punk : l’influence que ce groupe arrive à avoir est impressionnante et indéniable. Bravo la France !

Propos recueillis par Brice Bossavie

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