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Nobody Asked Me, Omanko, Kristine et enfin Night Time, My Time. Des morceaux incisifs, sombres et intimes, qui reflètent cette tension entre le label et la jeune artiste. “Aujourd’hui, mes relations avec le label sont meilleures, surtout depuis que j’ai un nouveau management. Mais je ne suis pas une personne difficile, j’ai seulement un point de vue sur ce que je veux faire. Je ne voulais pas mentir aux gens. Si j’avais voulu sortir un album que je jugeais pas mal et seulement pas mal, j’aurais sorti la première version.” La suite, Sky Ferreira en est elle-même étonnée : “Depuis que Night Time, My Time est sorti, certaines personnes ont commencé à changer la perception qu’elles avaient de moi. Je ne m’attendais pas à certaines réactions ! Et j’ai enfin trouvé un manager qui est dans la mesure de dire que je n’ai pas à complètement changer pour avoir du succès.” Lorsque Sky Ferreira prend la parole, elle choisit ses mots. Parle lentement. Hache ses phrases tout en évitant de regarder son interlocuteur trop souvent dans les yeux. Elle scrute la fenêtre, laissant transparaître une personnalité réservée. Mais ce qui ressort de cet échange, c’est à quel point elle reste fidèle à elle-même. Elle n’hésite pas à prendre la parole pour dénoncer un discours indécent à son égard, sur internet principalement. “Ma carrière a commencé quand j’avais 15 ans grâce à Internet. J’étais très jeune, dans cette période où l’on a peu confiance en soi. Bien sûr, j’essaie de ne pas faire attention à ce que disent les gens, mais on veut toujours que les autres nous aiment bien, et non qu’ils nous détestent. Je n’ai jamais rien fait pour qu’on me traite comme cela ou que l’on parle de moi de cette façon. Aujourd’hui, ce genre de personnes ne représente pour moi que des gens derrière des écrans d’ordinateurs. Rien d’autre.” Victime de propos haineux, Sky Ferreira se défend directement sur Facebook où elle a écrit la semaine dernière un message pour dénoncer la violence des propos qu’elle reçoit. “Ce que j’ai écrit sur Facebook, ce n’est pas à propos des haters, des trolls, c’est seulement à propos d’humanité. Si tu as agresses sexuellement quelqu’un via un clavier, cela revient au même que d’avoir l’intention de le faire en vrai. Alors que la plupart des gens ne diraient jamais ce genre de choses dans la vie. Les filles peuvent particulièrement être très violentes et écœurantes. Tu peux regarder ce que certaines disent sur Lana Del Rey ou Miley Cyrus, cela peut faire peur parfois. Je reçois également ce type de commentaires et cela a toujours été le cas. J’essaie de les ignorer pour ne pas leur donner de crédit. Ce que j’ai écrit sur Facebook, c’était plus une pensée que j’ai eu au milieu de la nuit qu’un message à proprement parler. J’ai eu beaucoup de retours positifs. C’était la première fois qu’une telle chose m’arrivait ! Mais ce qui me contrarie aussi, c’est qu’un message de ce type, écrit par une femme, est considéré comme une rébellion. Alors que si cela avait été écrit par une rock star, il aurait été considéré comme quelque chose de cool.” Elle pointe alors le problème du sexisme dans l’industrie musicale. “De mon expérience personnelle, les gens ont été

sexistes. Mais je suis sûre que les mecs sont aussi victimes de cela, comme Justin Bieber, par exemple qui a dû faire face à des insultes.” La tête sur les épaules, Sky Ferreira donne sa vision de la pop music et du climat de compétition qui règne entre les artistes féminines : “On est constamment comparées les unes aux autres, ou présentées comme étant la nouvelle version d’une fille qui a sorti un titre le mois d’avant. La compétition n’est pas forcément une mauvaise chose, mais je ne pense pas que l’on devrait se mettre des bâtons dans les roues. Tenir publiquement des propos contre une autre fille ne fait qu’empirer les choses. Les gens trouvent cela divertissant, mais nous n’avons pas besoin de négativité.” Elle évoque alors son amitié avec Miley Cyrus qui lui a offert la première partie de sa tournée : “Si on s’entend bien Miley et moi, je pense que c’est parce que nous ne sommes pas en compétition et nous faisons ce que nous avons envie de faire.” En attendant mon tour pour l’interview, je patientais dans le living-room de l’hôtel. Un magazine était posé sur la table basse en face de moi. En le feuilletant, je suis tombée sur une photographie de Sky Ferreira illustrant une interview de la jeune photographe canadienne, Petra Collins qui revendique ses idées et valeurs féministes. Des idées que partagent Sky Ferreira : “Je me considère comme une féministe. Même s’il y a toujours un stéréotype négatif quand on parle de féminisme. Il se passe beaucoup de choses. Il faut faire entendre notre voix.” Le 10 mars dernier, Sky Ferreira a écrit sur son compte Facebook : “ I almost wrote “fuck the media” until I realized that’s all I’ll be doing for the 12 hours today.” Elle s’explique librement sur le sujet : “Certains médias essaient de manipuler mon image ou de manipuler les mots que je dis pour les rendre plus divertissants pour les personnes qui vont ensuite les lire. Les gens ont la possibilité de changer tout ce qu’ils veulent. Je dois constamment me défendre alors que les interviews sont l’occasion, à mon sens, de connaître les artistes, de savoir ce qu’ils pensent et ce qu’ils font plutôt que d’essayer de les faire se disputer avec vous. J’ai l’impression que cela arrive beaucoup.” L’interview est sur le point de se terminer. Juste le temps d’évoquer le passage de Sky Ferreira au Nouveau Casino, à Paris, à la fin du mois de janvier : “On devait faire une reprise mais on n’a finalement pas eu le temps de la préparer.” Et pour le dernier morceau avorté de la setlist, Gurl You Gotta Party ? Elle réfléchit une seconde, puis éclate de rire : “C’était une blague ! Pour la personne qui aura la setlist, qu’elle se demande “mais quelle est cette chanson ? Je ne la connais pas !”.”

Texte et propos reccueillis par Alice de Jode

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