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                                    Interview publiée le 25 septembre 2015         A l’occasion de la sortie du nouvel album de Destroyer — Poison Season — qui nous emmène   sensuellement vers l’automne, nous avons rencontré Dan Bejar qui nous parle de ce nouveau “morceau   de fiction insulaire”. L’artiste qui répète vouloir maintenant prendre son rôle de chanteur de jazz au   sérieux, s’approche des bords de profonds états d’âme sans jamais plonger, explorant une sorte de   vertige à travers des paysages mentaux qui longent l’idée romantique de la chose jamais atteinte. On ne  peut pas parler de retenue quand on l’écoute. Il y a là plutôt une mélancolie maîtrisée qui identifie sa   musique à une forme de détachement lyrique où le ravissement serait du côté d’une vague tristesse.   L’obscurité n’est donc jamais très loin et quand Dan Bejar nous fait presque croire à une résignation, il se  rattrape finalement en évoquant sa musique comme l’empreinte d’une quête passionnée.              

DESTROYER

Quelle idée avez-vous du romantisme ? J’ai deux réponses. La première est musicale donc peut-être historique : des sons de large envergure mais toujours mélancoliques, des sons peut-être antérieurs au rock’n’roll, des sons qui font comme allusion aux européens, qui ne sont pas nordaméricains. C’est plutôt de l’ordre d’une définition historique : une influence de la musique classique, des accords de Jazz qui pour moi sont très romantiques. Et puis il y a une définition lyrique où le romantisme évoque ce qui est voué à l’échec. Pensez-vous qu’aujourd’hui le romantisme soit anachronique ? J’ai beaucoup de mal à imaginer des versions du XXIème siècle, parce qu’il a l’air ruiné. Je suis aussi plus âgé et donc plus attaché au XXème siècle. J’ai adoré le XXème siècle, c’était super, vous auriez dû être là !

Le romantisme du XIXème siècle est-il toujours possible ? Non, ce n’est plus possible —je ne réponds pas de façon personnelle bien sûr, je garde en tête ce que je fais, des albums. Je pense qu’il y a certains artistes ou écrivains qui essaient de retrouver cette tradition simplement parce qu’ils sont attirés par ce qui semble universel, les formes dégageant une sorte de classicisme mais qui ne sont pas aussi bonnes. Cela peut être une béquille mais c’est toujours plus facile d’en faire quelque chose de beau ou d’étrange que ça ne l’est avec des sons obsédés par l’idée d’être actuels. Je pense qu’une jeune personne est plus impliquée dans ce qui se passe autour d’elle culturellement — par la culture jeune ou pop — et peut-être aurait-elle une meilleure réponse à ce que le romantisme veut dire dans un sens contemporain. Elle dirait sans doute qu’il s’agit de quelque chose de sexuel.

Crumb magazine 2010 2015  

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