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  Deuxième rencontre publiée le 18 novembre 2013       Presque deux ans après notre première rencontre, nous retrouvons Chloé Robineau, alias Røbi. Il est tôt   le matin, Røbi est au chaud sous ses gros pulls. Elle s’excuse de ses périphrases et de ses digressions,   elle prend son temps pour répondre aux questions parce chaque mot a sa place et sa force. Nous   sommes quelques jours avant son concert au Nouveau Casino, à Paris. Un concert qu’elle considère   comme le point d’ancrage de sa tournée. C’est avec justesse à soi qu’elle nous parle de sa musique.               Parle moi de ton chemin dans la musique, de ton chemin intérieur et des rencontres qui ont donné naissance à cette Røbi qui nous parle des sentiments et de la vie. Par où commencer… Pendant longtemps, j’ai écrit, réécrit, rayé, barré, cherché consciemment et inconsciemment à tendre vers certains modèles d’écriture et de composition mais c’était terriblement frustrant car évidemment je ne serai jamais Baudelaire ou Gainsbourg, aucun de ces artistes que j’admire. Il a fallu que j’arrive à découvrir que je n’étais que moi-même pour commencer à travailler à l’intérieur de mes concours limités. J’ai pu m’exprimer d’une façon plus forte et plus vraie. Ce travail demande de s’extraire de toute référence et de l’exigence intellectuelle qui n’a pas lieu d’être. J’ai vraiment envie de travailler sur l’émotion, ce qui ne veut pas dire pas d’exigence mais une exigence qui passe par l’intime et par la vérité de parole, pas par le biais cérébral. Røbi est née à partir du moment où j’ai été capable d’arrêter de me penser, de me réfléchir, de me regarder en miroir. À partir du moment où je me suis trouvée, tout est allé très vite : une première rencontre avec Frank qui a monté le label avec moi et qui est à la fois mon manager et directeur artistique puis une deuxième rencontre avec Jeff Hallam, bassiste. Il est le premier à avoir accompagné mon projet en tant que compositeur sans égo aucun, me laissant l’espace pour pouvoir m’exprimer avec le peu de mots que j’ai puisque je suis une musicienne autodidacte, je ne savais pas dire les choses. Le dialogue entre nous a été facile. Quelques mois d’enfermement en toute intimité et nous avons construit une sorte de petite maison sous forme d’un premier EP qui s’est transformé en album, L’Hiver et la Joie. Pourquoi n’as-tu pas gardé ton prénom comme nom d’artiste ? J’ai très vite éliminé le prénom Chloé car il porte une trop forte connotation féminine alors même que j’avais envie d’inscrire ma musique et ma démarche dans quelque chose qui soit plus universel, dans une sorte de neutralité. Røbi est mon surnom depuis que je suis à Paris et qui ne m’est pas étranger puisque c’était aussi celui de mon père. C’est comme une sorte

d’écho, quelque chose de l’ordre du passage qui me permet à la fois d’être moi-même et quelqu’un d’autre. Dans l’écriture de tes textes, comment arrives-tu à passer d’un aspect intime (voire intimiste) à une dimension plus universelle ? Je crois profondément que plus on va vers l’intime, plus on va vers une justesse à soi et vers une chance de toucher non pas le plus grand nombre mais le plus fortement. Les chansons qui ont touché le plus fortement les gens sont celles qui sont les plus universelles comme “Ne Me Quitte Pas” ou “Avec Le Temps” qui sont des chansons de l’intime. Nous sommes tous traversés par les mêmes choses et les mêmes questions : le sens de la vie, l’absurdité de la mort, l’absolu et la façon dans l’amour de répondre aux autres questions. C’est en ce sens qu’on a le plus de chance d’être entendu. C’est une façon de transformer son cœur en hall de gare. Tu réalises toi-même tes clips. Pourquoi ne pas avoir choisi de déléguer cette partie du travail d’un titre à un tiers ? Pour être honnête, c’est avant tout une nécessité financière lorsqu’on est dans une petite économie artisanale voire familiale comme la nôtre. À cette dimension financière s’ajoute la dimension de l’image. Il aurait été contradictoire et compliqué pour moi de confier mon image à quelqu’un. Je l’aurais ressenti comme quelque chose de très vaniteux. Il aurait fallu intellectualiser l’image que je voudrais qu’on ait de moi et imposer le fait que quelqu’un entre dans mon univers, d’être regardée et mise en scène. Ma seule envie était de poser la caméra et de voir ce que je pouvais en faire, comment je pouvais capter quelque chose dans une forme de solitude, comme un adolescent qui danse devant sa glace. J’ai adoré ça ! Je me suis découvert un plaisir fou à travailler cette matière qu’est l’image en mouvements. C’est une écriture qui me passionne et je compte continuer à le faire. Ton choix esthétique pour le clip d’“On Ne Meurt Plus D’Amour” (premier extrait de son album, ndlr) est plutôt fort.

Crumb magazine 2010 2015  

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