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Madlib : Supa ! MF Doom : (Rires) Madlib : Encore bourré ! MF Doom : Je crois que je vais retourner me coucher ! Madlib : Dit-il en se dirigeant vers le bar ! (Rires) On était sur scène toute la nuit à Londres, nous n’avons presque pas dormi ! Il parait que Mos Def était là aussi. Ouais c’était vraiment cool ! On travaille sur un album ensemble en ce moment, ça avance vraiment bien ! Et dans l’immédiat, c’est quoi ton actualité ? Le dernier album que j’ai sorti c’était Rock Konducta qui fait partie de la série des Beat Konducta. Sinon le prochain à paraître, c’est celui avec Freddie Gibbs, Piñata. Après j’ai beaucoup d’autres albums qui sont terminés mais aucune date de sortie pour l’instant. Tu peux nous parler un peu de tes parents, de la façon dont ils t’ont initié à la musique ? Mon père était chanteur de soul dans les années 60, il faisait partie du groupe Otis Jackson & The Compromisers. Quand j’étais petit, il m’emmenait avec lui dans son studio et me laissait toucher à tout, je passais beaucoup de temps à le regarder travailler. C’est comme ça que je suis tombé amoureux de la musique et que j’ai appris la production. Il avait aussi une énorme collection de vinyles, mon frère et moi on passait des journées entières à les écouter. Toute ma famille est dans la musique. Ma mère écrivait les chansons de mon père, mon oncle Jon Faddis était trompettiste de jazz et mon frère Oh No fait la même chose que moi. En parlant de ton frère, vous allez faire un album ensemble un jour ? C’est déjà fait ! Je ne sais pas quand il sortira mais il est terminé depuis un bon moment ! Tu écoutes énormément de musique et tu en produis tellement que c’est un peu difficile de te suivre, comment trouves-tu le temps de tout faire ? Ça t’arrive de dormir ? Ça m’arrive ! (Rires). J’aime la musique tout simplement, tu vois ce que je veux dire ? Je peux bosser des semaines entières sans presque jamais m’arrêter, puis je fais un break de quelques mois. Je produis tellement de musique en une journée que je peux ne pas enregistrer pendant une semaine entière, des mois… J’ai toujours fonctionné comme ça. Quand j’étais plus jeune, mes potes allaient jouer au basket et moi je m’enfermais dans ma chambre pour faire de la musique, c’est ce que j’ai toujours fait ! Parle-nous un peu de ta façon de faire, de l’équipement avec lequel tu travailles. Je n’ai pas vraiment de processus. Parfois je peux utiliser deux CDJ et faire un beat. Je travaille très peu sur ordinateur mais il m’arrive de faire des beats sur mon iPad. J’utilise essentiellement un équipement très cheap, des claviers et des samplers, je ne suis pas trop attiré par tout ce qui est hi-tech. Tu peux utiliser

plein de machines différentes et pourtant faire toujours la même chose… Ta discographie est particulièrement éclectique, tu produis du hip-hop, du jazz, de la soul, tu as même mixé du reggae sur Blunted in The Bomb Shelter, comment définirais-tu ton design sonore ? Quelle est sa principale caractéristique ? “My Soul, my blue Soul” ! J’aime rester dans le vague et travailler de manière instinctive, je ne suis vraiment pas du genre à polir un beat jusqu’à ce qu’il soit parfait. Une fois que c’est terminé je passe à autre chose, je ne reviens jamais dessus. A certains moments je peux travailler sur dix albums en même temps, alors je ne perds pas de temps avec tout ça. Vous en êtes où avec Doom sur le prochain Madvillain, ça avance bien ? Ouais l’album est presque fini, on a déjà 13 titres. Il se tourne vers MF Doom qui est accoudé au bar et qui entame une autre bière : Madlib : Ah merde, il reste plus qu’une bière (Rires). MF Doom : Aujourd’hui je commence tôt, tchin tchin ! Comment décrirais-tu ta relation avec Peanut Butter Wolf, le fondateur de Stones Throw ? On est potes depuis très longtemps. Je suis le premier artiste qu’il a signé sur Stones Throw. Mon père avait sorti le premier EP de Lootpack, Pysche Move, sur son label Crate’s Digger Palace. Il l’a fait écouté à Wolf qui a tout de suite adoré et qui nous a immédiatement signés, juste en écoutant l’album. Après tout s’est enchaîné très vite : il a déménagé en Californie. Egon et moi avons emménagé dans sa maison où l’on a vécu cinq ou six ans avec Jeff Jank aussi. Je suis resté là-bas aussi longtemps car j’avais vraiment une grande liberté, je pouvais faire ce que je voulais quand je voulais, tout en gagnant de l’argent. Changeons de registre, pourrais-tu nous parler un peu de tes goûts cinématographiques ? J’aime beaucoup les vieux films de la Blaxploitation et les films de science-fiction. Mon réalisateur préféré est sans hésiter Melvin Van Peebles, sans doute parce que ses films sont aussi bizarres que ma musique (rires) ! C’est à travers ses films que j’ai découverts les bandes originales. Je les ai beaucoup samplées pour les Quasimoto. Pour finir une question pas simple : selon toi quelle est l’essence du hip-hop ? Difficile à dire mais en tout cas je pense que ce qui est fondamental, c’est d’être le plus honnête possible avec toi-même, de ne pas être faux et d’essayer d’absorber les quatre éléments, tu vois ce que je veux dire ?

Propos recueillis par Maxime Rosenfeld Photographies : Simon Betite, pour Crumb magazine

Crumb magazine 2010 2015  

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