Page 199

                                        Interview publiée le 21 janvier 2012       Quatre lettres, des fêlures et des blessures et une envie de musique qui résonne en elle comme une   évidence. Trouver la voie n’a pas été simple et pourtant elle était là, devant elle, depuis son enfance et   ces moments où elle s’imaginait que Gainsbourg écrirait un jour pour elle. Aujourd’hui, en cessant de tout   vouloir maîtriser, Røbi s’est enfin trouvé. Pour notre plus grand bonheur. « Cette interview, c’est un peu   une psychanalyse », balance t-elle, le regard noir, profond. Elle avait arrêté de se poser des questions. Le   temps d’un café, on lui en a reposé quelques-unes…            

R0BI

L’interview est simple. Une conversation. Tu prends ce que tu veux. On commence par l’enfance. Tu as passé la tienne en Afrique… Oui. Jusqu’à l’âge de dix ans (puis à la Réunion, ndlr). Je pense que le fait d’y avoir grandi m’a éduqué à un rapport au rythme qui n’est pas le même que celui que nous connaissons ici, en Occident. Ces sonorités, je me suis rendu compte plus tard qu’elles agissaient sur moi presque comme une obsession à laquelle je n’ai pas donné libre cours de suite – la part très intellectuelle de moi-même ne me l’ayant pas autorisé (rires). Aujourd’hui, ma musique est essentiellement basée sur des basses et des drums. Ce sont là les traces qu’il me reste de mon enfance. Très tôt, tu t’es réfugiée dans la chanson française… Oui. J’avais des parents passionnés par Brel, Brassens, Barbara… Lorsque je suis arrivée à La Réunion, les choses auxquelles j’avais accès étaient particulièrement commerciales. Mes seules révélations rock furent Nirvana et Noir Désir – qui étaient déjà de grosses machines à l’époque – je

n’avais pas accès à la culture « indé » métropolitaine et c’est vrai que, de manière un petit peu rebelle, comme en opposition, je me suis tournée vers la chanson française. C’était la seule chose à laquelle je pouvais vraiment me rattacher. Je n’avais pas la culture rock pointue des rennais de mon âge. A La Réunion, l’alternative était assez limitée. Ton arrivée à Paris a donc été une révélation musicale ? Complètement. Avec ce sentiment de frustration d’arriver dans la capitale et de me rendre compte à quel point j’étais loin d’avoir tout découvert. Plus qu’une révélation, Paris a été une révolution. Et le cheminement entre le moment où j’ai commencé à faire de la musique et celui où je me suis dit que je ne pouvais rien faire d’autre a été long et rapide à la fois mais surtout inconscient. Il s’est imposé à moi, il n’y a pas eu de déclic. Ceci étant, à 9 ans, j’étais déjà persuadée que Gainsbourg allait un jour m’écrire des chansons. Quand il est mort ce fut un choc. Je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie ! (Rires).

Crumb magazine 2010 2015  

Le meilleur du fanzine CRUMB, 2010-2015 dans un book digital. Fil rouge de 5 années d'aventures en 300 pages et 70 interviews, riches en pho...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you