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En 1992, des problèmes de financement viennent malgré tout compliquer les choses et McGee se voit dans l’obligation de vendre la moitié du label à Sony, rude période qu’il décrit comme « le début de la fin du véritable Creation ». Une mise sous administration judiciaire difficile à accepter au moment où Oasis fait son entrée dans le catalogue. Le groupe mancunien, devenu très vite LE symbole britpop de l’époque, vend ses albums comme jamais pour un groupe indépendant. Leur second LP (What’s the Story) Morning Glory? (1995), souvent présenté comme l’album anglais le plus vendu de la décennie, marque un profonde rupture dans l’histoire de Creation et dans la vie de McGee. Cette année là, il retourne tout de même à la musique et fonde The Chemical Pilot avec Ed Ball dont le premier album Journey to the Centre of the Mind sortira en 1996. Mais l’impact de Sony devenant trop lourd, il annonce trois ans après la fin de Creation, son petit label indé qui ne ressemble finalement plus à ce qu’il était. Il reste malgré tout le manager des Jesus And Mary Chain, Mogwai, The Kills, The Libertines, The Beta Band ou de Dirty Pretty Things et continue de publier My Bloody Valentine, Swervedriver ou Primal Scream sous le nom de « Creation Songs ». Le dernier album sorti sur Creation est XTRMNTR de Primal Scream (2000). Quelques mois après et emporté par la volonté de renouer avec l’indépendance absolue de ses débuts, McGee crée Poptones (nom en référence à Public Image Ltd) et produit plusieurs albums remarqués, notamment le premier de The Hives en 2002 qui fixe le succès du label. Pour les mêmes raisons financières, accentuées cette fois par le numérique, et parce que McGee souhaite se consacrer au management de groupes, Poptones s’arrête en 2007. Un docu culte Un jour écrivain pour le Guardian Weekly Music Blog ou pour le Huffington Post UK, une autre fois conférencier à l’Université de Gloucestershire (Angleterre) puis manager du fameux club Death Disco ou DJ aux quatre coins du monde, McGee restera un hyperactif incorrigible jusqu’à la sortie en DVD du génialissime et déjà culte documentaire Upside Down (2011). Présenté cette année là au festival ‘Filmer la Musique’ (Gaité Lyrique) par McGee himself et le réalisateur Danny O’Connor, le film retrace avec honnêteté et virulence toute l’histoire de Creation Records à coup d’images d’archives hallucinantes imprégnées de dope, de passion, d’amitié, de prises de tête, de concerts, de dettes, de galères ou même de politique. Un docu très réussi, pour une histoire humaine avant tout, basée sur les témoignages de McGee, Bobby Gillespie, Noel Gallagher ou Kevin Shields et qui, non seulement

         

rend compte de l’importance du label mais qui nous en apprend aussi beaucoup sur l’industrie de la musique. A la limite du surnaturel, le film nous fait entrer dans l’univers Creation, l’alternatif eighties/nineties et donne de quoi affirmer que le label britannique reste un des plus importants de l’histoire aux côtés de Factory, Rough Trade ou Mute. De la musique au cinéma Depuis 2012, McGee se concentre sur divers autres projets, en commençant par le cinéma. Il fonde la société de production Escalier 39 avec le scénariste, réalisateur et producteur britannique Dean Cavanagh (connu notamment pour ses collaborations avec Irvin Welsh, l’auteur de Trainspotting). Dévoilé avec une bande originale époustouflante en juillet 2012, leur premier film Kubricks dessine l’histoire de Donald The Director (joué par Roger Evans), un réalisateur qui souffre de dépression et qui, au beau milieu du tournage de son film, plonge toute l’équipe et les acteurs dans ses délires sinistres et obsessionnels. Le trailer du film annonce une bonne dose de spiritualité et de physique quantique, que McGee résume comme ceci : « Kubricks a été tourné pendant le solstice d’été sur une ligne cosmique et l’histoire parle d’un réalisateur qui devient fou en essayant de faire un film DIY ». « No music business, no bullshit » Aussi, annoncé depuis plusieurs mois, le retour de McGee à la production pure (et après 5 ans d’absence) vient tout juste de se confirmer avec le lancement de son nouveau label basé à Londres, 359 Music. Une nouvelle histoire qui débute et issue d’une amitié vieille de plus de 30 ans avec Iain McNay de Cherry Red Records. McGee prévoit de produire une dizaine de groupes par an et présente le label comme un tremplin pour des artistes qu’il aime et des talents ignorés. Clairement opposé à l’idée de le faire devenir aussi gros que Creation, McGee explique son désir de retour au DIY à l’ère du numérique : « Il y a un vrai besoin de proposer une ouverture à de nouveaux artistes qui ont été exclus par le système et j’espère que 359 Music sera cette ouverture ». Il précise d’ailleurs que tout artiste souhaitant être considéré par le label peut envoyer ses demos musique et bandesson, par mail à infoat359music@aol.com et qu’il « écoutera personnellement » chaque envoi ! A bon entendeur…

Gaelle Simonetti. Retrouvez une interview d’Alan McGee pour nos amis de The Autojubilator ici.

Crumb magazine 2010 2015  

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