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répondais : « J’aimerais qu’il évoque Dionne Warwick » et il était choqué. Je savais que toutes ces années d’expérimentations, pour savoir précisément quelle artiste j’avais envie d’être, ne pouvaient être effacées par des gens qui ne voyaient pas où je voulais en venir. Il y a eu beaucoup de discussions, mais pas de vrais liens naissant avec la plupart des gens que je rencontrais. J’étais très frustrée. Un ami m’a conseillé de parler avec Matthew (Matthew E. White, un ami d’enfance, ndlr) et le courant est tout de suite passé. Il me comprenait très bien, nous venons de la même ville. Il était étonné par mon travail. Il m’a vue sur scène et a compris ce que je voulais. Nous avons commencé à travailler ensemble de manière très instinctive. Même au delà de la musique, nous avons les mêmes expériences de jeunesse à Virginia Beach donc tout cela rendait les discussions naturelles. A Nashville, tout le monde fait de la musique, mais personne ne prend le temps de soigner les choses. On est allés à Richmond, les gens y étudient la musique, l’ambiance est différente. C’est ce dont j’avais besoin, un album qui respire, pour lequel nous avons pris notre temps. Je voulais prendre un an, et c’est ce que nous avons fait ! Puisque tu évoques ton adolescence à Virginia Beach, comment t’es venue l’envie d’être musicienne dans cette petite station balnéaire ? Je dois cela à mon père. Ce n’est pas un musicien professionnel mais ça lui arrivait de jouer de la guitare à la maison pour le plaisir et cela me fascinait. Je me souviens parfaitement qu’enfant j’ai eu cette espèce de révélation lorsque je l’ai entendu jouer un air, e lui ai demandé ce que c’était, il m’a répondu qu’il venait de l’inventer. J’ai trouvé cela incroyable, je lui ai dit que j’allais faire pareil. Je trouvais cela vraiment cool que l’on puisse écrire de la musique uniquement pour le plaisir. A l’école primaire je faisais des concerts pour mes voisins, puis au collège j’allais voir les amis de mon frère pour leur demander comment monter un groupe. Ils me répondaient “Demande à quelqu’un de jouer avec toi, c’est tout”. Je ne savais pas par où commencer, mais je savais que je voulais le faire à fond. Avec Matthew on se demande souvent comment les choses seraient si nous avions grandi à Nashville, avec toute l’atmosphère de l’industrie du disque autour de nous. C’est aurait été peut être plus simple pour comprendre l’industrie. Mais Matt et moi n’avions aucune idée de ce qu’il fallait faire ! On était naïfs, on l’est encore. Nous ne faisions qu’écrire et jouer. C’est intéressant parce que Virginia Beach est une ville touristique à l’atmosphère un peu étrange, qui n’a rien avoir avec Nashville. Les paroles de tes chansons sont assez personnelles, ton écriture fait-elle office de thérapie ? La plupart du temps oui, car l’écriture a toujours été un moyen de clarifier mes idées, de comprendre ce que je ressens et m’éviter de devenir dingue. C’est ma façon de communiquer et de me calmer. J’écris par

passion, c’est quelque chose de personnel, qui m’est absolument nécessaire. Mais parfois, je vais chercher des mots ailleurs. Par exemple pour le morceau Christy, c’était juste une histoire inventée. Pour It Is You, je voulais emmener les gens dans des endroits oniriques. Mes amis m’appellent Elfe, un nom qui résume bien les choses je suppose (rires). D’où l’atmosphère un peu rêveuse de ta musique… Tu étais dans la lune quand tu étais ado ? Oh mon dieu, oui. Et encore aujourd’hui ! Je m’intéresse un peu à l’astrologie, tu sais. Mon signe, poisson est caractéristique du rêveur. Je crois correspondre assez bien à la description du poisson, toujours ailleurs…!

Propos recueillis par Alice De Jode

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