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L’artiste vient ensuite s’assoir à nos côtés. Elle se relève pour aller chercher un objet qui s’apparente de loin à un jouet en forme de dinosaure, laissé près de sa guitare. Serait-ce Godzilla ? C’est plutôt un faux Godzilla, vu qu’il a été fait en Chine, le vrai est japonais (rires). Je l’ai trouvé dans un marché en Angleterre, je le ballade beaucoup depuis : sur scène, partout et tout le temps. Tu as donné plusieurs concerts au festival South by Southwest le mois dernier, que retiens-tu de cette experience ? C’était déjà il y a si longtemps ? (Rires). Je n’en reviens pas. C’était vraiment incroyable car nous avions tourné en Europe juste avant, le choc thermique fut violent ! La chaleur était insoutenable et mon corps n’y était pas préparé. Ca grouillait de monde et une sorte de bruit permanent arrivait de toute part. Pour nos derniers shows, j’étais d’humeur à jouer très bas, pour donner du répit à mes oreilles tant il y avait de la musique venant de partout dans la ville. Je me demande vraiment comment les gens ont supporté ça. Là-bas, on ne peut pas vraiment savoir l’impact que l’on a sur les gens, il n’y a pas de balances et les shows sont très courts. Certains furent vraiment épiques, mon clavier m’a lâché pour plusieurs concerts donc j’ai dû jouer de la guitare. Au final, le concert que je pensais le plus catastrophique a été le plus commenté par la presse et de manière positive, ça m’a surprise. Le contraste avec notre tournée précédente avec Ryan Adams où nous avions des balances d’une heure et jouions dans des salles magnifique ont rendu l’expérience encore plus absurde. Comment t’es tu retrouvée à Nashville pour écrire cet album ? Habiter à Nashville ne m’avait jamais attiré auparavant. Je n’avais jamais écouté de la musique country, cela ne m’intéressait pas. Lorsque je me suis installée à Boston je me suis sentie misérable pendant un an. L’ambiance de la ville était trop sombre à mon goût et j’y avais très froid. Mon père a eu un nouveau job à Nashville. En allant lui rendre visite j’y ai retrouvé deux amis de Virginia Beach (sa ville natale, ndlr) qui m’ont baladé dans la ville. J’ai tout de suite aimé l’atmosphère très cool. C’est une ville de musiciens et à l’époque, je souhaitais vraiment apprendre le plus possible sur ce qu’implique être un songwriter et un musicien. Quelles influences la ville a-t-elle eu sur ton disque ? Je n’écoute toujours pas de country, ça n’a jamais été un type de musique avec lequel je sens une connexion. Mais tout de même, il y a des chansons vraiment superbes que j’écoutais beaucoup et qui m’ont influencée. Patty Cline et Dolly Parton par exemple, avec des tonalités plus soul que la country

en général. Et puis, c’est un peu difficile de ne pas être influencée par l’atmosphère générale de la ville. Comment as-tu abouti à ce son très orchestral ? Je dois donner tout le mérite à Trey Pollard pour cette prouesse ! C’est lui qui s’est chargé des arrangements des cordes. J’adore ce son et bien que j’avais déjà fait des chansons avec de genre de production, je n’ai pas les capacités d’écrire tout cela. Trey et Matthew E. White se sont chargés d’emmener mes chansons aussi loin qu’ils pouvaient. J’avais une vague idée de ce que je voulais entendre, mais je n’avais jamais imaginé que It Is You se transformerait en musique de conte de fée. Bien sûr j’avais ce désir d’expérimenter le plus possible mais je ne pensais pas en avoir l’opportunité un jour. Lorsque Trey m’a dit « Allons-y à fond pour celle-ci » je pensais qu’il plaisantait. A cause de cette chanson ta voix a été comparée à celle d’une princesse Disney, comment l’as-tu perçu ? Je suppose que je suis habituée maintenant. La première fois il me semblait que les gens me comparaient à cela car c’était facile. Mais au final, je sais que ma voix a toujours été comme ça et puis j’adore les chansons de Disney. Je pense que tout le monde les aime, non ? Ce n’est pas grand chose, je ne veux simplement pas que cela devienne quelque chose de réducteur ou négatif. Qu’as-tu appris en écrivant pour d’autres artistes ? J’ai appris que ce n’était pas toujours très fun (rires) ! Ce n’était pas ce que j’avais envie de faire, mais c’est un bon exercice. Cela aide à sortir de son interprétation personnelle du monde. Lorsque j’ai pu parler en tête à tête avec un artiste que j’aidais, je me suis senti comme dans la peau d’un médium ou d’un capteur d’énergie à essayer de comprendre ce qu’il souhaitait exprimer. Mais c’est une situation compliquée. Il y a beaucoup de pression, le travail est moins stimulant que lorsqu’on écrit pour soi. J’ai des amis à Nashville qui écrivent deux à trois chansons par jour pour d’autres artistes, dans l’espoir qu’un de leur morceau se retrouve sur un album de country. Ils font ça depuis des années. Ils obtiennent peu mais travaillent comme des dingues. Je ne pourrais jamais me torturer ainsi aussi longtemps. Ta musique n’a rien à voir avec tout ce qui sort en ce moment. Quelles ont étaient les réactions des gens avant que tu ne trouves ta place chez Spacebomb Records ? J’avais vbesoin de faire un vrai album. J’ai rencontré tant de producteurs à Nashville dans des diners, des cafés, autour de verres pour présenter mes envies. Mais il y avait souvent un décalage. Les gens faisaient une tête bizarre lorsque j’évoquais Dionne Warwick comme référence, maintenant elle parait plus normale. Même quand j’étais en tournée avec Jenny Lewis pour ouvrir les shows de Beck l’été dernier, lorsque je parlais avec l’un des musiciens de Beck, il me demandait à quoi ressemblerait mon album. Je lui

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