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défaut de l’album. Le premier album est toujours un regroupement un peu flou de ce qui a été écrit pendant plusieurs années. Par exemple, le dernier album de Metronomy– Love Letters– est très défini : il est parfaitement cohérent musicalement et conceptuellement (lire interview pages 44 et 50). De quoi parle exactement le titre Jailhouse Talk ? C’est un échange entre trois personnages. Jenny et Johnny voudraient être ensemble. Ils ne peuvent pas car Johnny est en prison pour meurtre. Il y a aussi le gardien de la prison qui est le troisième personnage. Il représente toutes les raisons pour lesquelles Johnny est en prison. J’aime penser que cela est presque comme un scénario avec des répliques pour chaque personnage. La chanson est inspirée d’une scène de Paris, Texas de Wim Wenders. Tu as étudié au Liverpool Institute for Performing Arts. Est-ce que tu as réalisé ce dont tu rêvais ? 
J’osais même pas rêver d’un truc comme ça ! A l’époque j’étais guitariste et il n’y avait que cela qui m’intéressait. J’ai eu une tendinite aux deux bras qui a durée trois ans, j’ai donc été obligé de repenser ma manière de voir la musique. J’ai commencé par dédier beaucoup plus de temps à l’écoute des paroles, des mélodies et des histoires. 
 En tant qu’ancien étudiant en musique, te sens-tu différent par rapport aux autres musiciens qui t’entourent ? 
A vrai dire, en ce moment, je suis en tournée avec des musiciens de Juliard et Berklee (deux collèges de

                                                   

musique, ndlr). Ils sont tellement habiles et intelligents, musicalement parlant. De mon côté, ça n’a jamais été quelque chose que j’ai vraiment recherché. Je n’ai pas l’impression que les autres me regardent différemment dans la mesure où ma musique et ma personnalité n’ont rien à voir avec un style académique et scolaire. 
 As-tu envie que l’on se souvienne de toi, musicalement, dans 100 ans ?
 Je m’en fous. Certains artistes racontent comment ils ont aidé des gens grâce à leur musique. Je n’ai jamais fait des chansons pour les autres, je les fais pour moi. Quand les gens aiment ce que je fais, c’est la plus belle chose au monde mais ce n’est pas mon but. Je pense que ca n’a jamais été le but de qui que ce soit de faire partie de l’histoire de la musique. Au contraire, je crois que c’est toxique de penser de cette façon. Cela dit, ça ne me dérangerait pas que l’on se souvienne de moi (rires).

 Tu connaît des artistes qui vont entrer dans l’histoire ?
 Oui. J’ai de très bons amis extrêmement talentueux comme Jonas Alaska et Billie Van. Je pense qu’Avi Buffalo est un des meilleurs compositeurs de notre époque, il est aussi très bon en concert. Phosphorecent est aussi très cool, même s’il ne fait pas forcément quelque chose de spécial, les histoires et les mélodies sont ce qui il y a de plus important. Pouvu que ce soient elles qui restent.

Propos recueillis par Martin O’Pojac.

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