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L’album sort bientôt en Europe. Comment a-t-il été reçu au Brésil, chez toi ? Je ne peux pas vraiment savoir. Toutes les informations que j’ai proviennent de mes amis et des concerts. Cela dit, je peux dire que j’en suis très satisfait. Les réactions ont été très intéressantes. Pas seulement positives. Les gens parlaient des paroles, des idées et du son de l’album. Ils ont été surpris que je fasse un disque comme cela ! J’ai eu le retour que je voulais. En plus, jouer l’album en concert a été très libérateur car je savais que ça allait être quelque chose de très délicat : ce sont des chansons qui prennent beaucoup d’espace, qui ont un certain dynamisme. Les Brésiliens ont l’habitude de me voir très bruyant avec Los Hermanos ou même avec Orquestra Imperial. C’est un autre groupe que j’ai. C’est dans le style de la musique des casinos des années 1940. Nous avons commencé il y a maintenant douze ans. Nous avons fait l’Europe et les Etats-Unis ensemble. Avec ce groupe, nous avons apporté un type de musique qui avait d’une certaine façon disparue au Brésil et aussi un type de samba qui est la gafieira. C’est un type de samba qui a été particulièrement influencé par le jazz américain dans les années 1940 et 1950. J’ai formé ce groupe avec plusieurs amis dont Seu Jorge, un chanteur compositeur brésilien qui a notamment travaillé sur un film de Wes Anderson. C’est lui qui chante Bowie en portugais ? Tout a fait. Le groupe était composé de Seu, Caetano, qui est un très bon ami moi et quelques autres gars de Rio. Je raconte cela pour te dire que c’était quelque chose de très différent et que mon nouvel album est aussi différent par rapport à tout ce que j’ai fait auparavant. Même par rapport à Little Joy. Ce fut un véritable défi. Avec Cavalo, au lieu de pousser, je me retire légèrement. Je crée du silence pour que les gens puissent se rapprocher. Tout l’album contient cette idée de silence. En tout cas, j’ai eu de bons résultats, de bonnes critiques, et mes amis ont apprécié. Je sens que pour sortir un album comme ça il faudrait du temps, mais je l’ai laissé sortir. Je ne parle pas de temps pour atteindre un certain succès, mais du temps pour que les gens l’écoutent. C’est bien plus calme que Little Joy, qui était déjà assez détendu avec une ambiance plus silencieuse. J’ai lu ta lettre qui expliquait que tu étais sans meubles… Parle-moi un peu de cette histoire. C’était une lettre pour Caetano Veloso, peut-être le plus grand compositeur brésilien. C’est le fondateur du mouvement Tropicália. Il a une certaine importance et il se trouve que je suis son ami. Je lui ai écrit une lettre avant la sortie de l’album. Pendant que j’écrivais, je parlais avec Devendra Banhart. Nous sommes partis en tournée ensemble. Il m’a alors conseillé d’écrire mon propre communiqué pour la sortie de mon album au lieu de la faire faire à quelqu’un. D’habitude on donne ce travail à une personne qui a un certain nom ou une opinion qui compte. Cela dit, je n’ai jamais trop aimé ce processus. Alors, quand j’ai réfléchi à ce que j’aurais

dit, je me suis rendu compte que la lettre que j’avais écrite à Caetano était parfaite. J’ai effacé le “Cher Caetano” et j’ai changé quelques passages pour que cela devienne la chronique de l’album. J’écris à quelqu’un qui est intéressé, qui apprécie les idées et les concepts. Je me suis dit, “C’est parfait ! Je ne devrais pas me retenir ou m’excuser car je veux dire quelque chose en particulier !”. C’est plus ou moins la manière dont cela s’est déroulé. Vous avez besoin d’une chronique ? La voilà ! J’étais un peu inquiet que cela ne marche pas en dehors du Brésil, car il y avait quand même une sorte d’attente et j’ai voulu présenter le projet correctement pour ceux qui auraient eu une certaine envie de savoir ce que je pense. L’album t’intéresse ? Tu veux savoir ce qu’il y a derrière l’album ? D’où ça vient ? Eh bien voilà ! Cela a très bien marché dans mon pays. Les gens qui posaient les questions savaient de quoi ils parlaient et cela se sentait. Cela a dirigé leur écoute. C’est plutôt nouveau comme concept, je n’y avais jamais pensé avant et je suis très heureux de l’avoir fait. Où as-tu déménagé ? Aux États-Unis. J’ai vécu au Brésil toute ma vie et j’ai commencé à y aller pour enregistrer. Je n’ai jamais imaginé aller un jour vivre aux States, mais j’ai rencontré Devendra Banhart à Londres quand je jouais à un festival et nous sommes devenus amis. Nous avons échangé nos adresses électroniques et quelques chansons. Il m’a ensuite invité à aller aux États-Unis pour enregistrer avec lui. À l’époque, Los Hermanos étaient encore actifs, c’était en 2007 je crois. J’y suis allé pour enregistrer quelques chansons mais j’ai fini par enregistrer tout l’album avec lui. Nous sommes devenus de très bons amis, y compris avec Nowa, le productueur et ingé-son. C’est aussi l’ingéson de Cavalo et de Little Joy. C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai reçu un appel de Fabrizio, le mec avec qui j’ai fait l’album de Litlle Joy. C’est le batteur des Strokes. Je l’avais rencontré au Portugal à un autre festival quelques années auparavant. Il m’avait dit “J’ai cru comprendre que t’es à L.A., on se voit ?”. On s’est vu et il m’a proposé de l’aider à finir sa chanson. Cela devait être une seule chanson, mais c’était tellement facile de composer avec lui qu’au final c’est devenu un album entier : Little Joy. Ensuite je suis parti en tournée aux U.S. avec Devendra, puis avec Little Joy. Au bout d’un moment je me suis retrouvé avec deux adresses, et je me suis dit “Tu sais quoi ? C’est génial !”. Après l’album de Devendra, nous avons décidé de se séparer avec Los Hermanos. Nous avons fait une pause. C’était parfait pour moi d’aller sur une nouvelle terre où il faut que je parle une autre langue. Un autre défi pour moi et ma musique, aller quelque part où il n’y a pas d’attente de la part du public et où tout le monde se fout de toi. Je me disais “Présente ta musique et l’on verra ce qui se passe”. En tant que compositeur, c’était important pour moi de le faire. Parle-moi de ta chanson en français, Mon Nom. C’est un grand défi d’écrire en anglais. Je parle assez bien anglais maintenant, mais écrire est quelque

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