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Fender Rhodes et trompette c’est plus jaune tandis que le xylophone et les aigues c’est bleu. Non, ma composition n’était pas associée à des images parce que sur cet album je raconte une histoire grâce aux dialogues. Ces dialogues te sont venus comment ? C’est une recherche constante. Chez moi c’est un magasin donc je pioche. Le plus difficile c’est de chercher plein de bouts différents et de créer au final une cohérence, de donner l’impression que c’est le même groupe qui a tout joué, d’en faire ton son. C’est ça qui est marrant aussi, c’est de faire des collages à partir de voix de vieux disques et de les détourner pour recréer une pièce décalée. Sur Wet Dreams c’est une fille qui rêve de faire du fistfucking alors qu’évidemment ce n’était pas du tout le dialogue d’origine (rires). Comment les utilises-tu dans ta composition, pour rythmer la musique ? Je tombe sur une boucle et cela m’inspire tel ou tel sentiment. Le plus difficile c’est de trouver la bonne caisse claire qui permet de l’intégrer à la boucle en donnant l’impression qu’elle a toujours fait partie du morceau d’origine. Le travail de texture me prend le plus de temps. J’ai l’impression que le travail sur Last Days a été sensiblement différent. C’est vrai. Habituellement je fais de la musique tout le temps, par-ci par-là, alors que pour Last Days je me suis concentré pour faire un album construit. Je l’ai fait pour moi, sans vouloir le sortir, donc dès le départ ça allait devenir un album harmonieux. Pour Spring Tales j’avais simplement réuni pleins d’instrus. Pour La Fin de l’Espèce il y avait une grosse attente. J’ai un ressenti beaucoup plus intime avec Last Days. Avec La Fin de l’Espèce, le Klub a atteint un succès plus large que précédemment. Comment cela a joué par rapport à la sortie de Last Days ? Je sais pas pourquoi mais d’un coup j’avais envie de sortir Last Days. En le réécoutant il y a pas longtemps je me suis dit que c’était con de le garder que pour moi et que cela pouvait intéresser des gens. Mais avant je ne voulais pas le sortir parce que je savais que les gens attendaient une suite à Vive la Vie. Les gens ont tendance à moins faire attention à mes projets d’instrus alors qu’ils ont autant de valeur pour moi. Ils pensent que c’est juste un « sideproject ». J’ai donc attendu pour offrir à Last Days la place qu’il mérite à mes yeux. Les gens seraient passés à côté si je l’avais sorti avant La Fin de l’Espèce. Ils n’y auraient pas fait attention. Tu nous parles de substances et du son du Klub qui a toujours été teinté de pop. Comment ont-elles influencé ta production ? Aucun effet, c’est des conneries, dans le sens que c’est un mythe de dire que les substances te font créer une bonne musique. Simplement que je suis assez nerveux donc après une grosse journée de taff ‘ de bureau j’avais besoin de ça pour me calmer. A la

limite, parfois les substances te font entendre différemment la musique, tu te concentres sur un effet que tu n’avais pas assez remarqué, tu entres par une nouvelle porte dans ta musique. Mais sinon, quand tu t’es défoncé, il ne faut pas faire de musique. Tu fais une boucle, tu crois que c’est mortel et le lendemain matin t’écoutes et c’est nul. Quand t’es défoncé, t’es défoncé, c’est tout. Ca ne sert à rien. Ca ne mène nulle part. Tu aimes poser le doigt là où ça fait mal. Sur Vive la Vie c’était l’adolescence et le suicide, avec La Fin de l’Espèce c’était sur la reproduction et les relations aux femmes. Avec Last Days, tu cherches à soulever des questions ? Sur celui-ci c’est différent. C’était à un moment où je n’avais plus envie de rapper. Après la sortie de Vive la Vie, j’avais fait une grosse tournée mais j’étais dans une période de doutes à cause de l’industrie du disque qui se cassait la gueule. Donc j’ai compris que si je voulais bien vivre de ma musique il fallait que je travaille à côté sinon c’était difficile de ne pas « corrompre » ma musique. Donc j’ai trouvé un vrai taff’, à côté et j’avais plus forcement l’envie de rapper. Par contre, je voulais toujours raconter une histoire, d’où l’utilisation des dialogues. C’est un album qui est vraiment conçu pour chez toi. T’ouvres une bière et t’écoutes de la Musique, au-delà du style hiphop. Dans le catalogue on trouve une traduction en japonais. Quel est ton rapport à ce pays ? L’album sort au Japon mais je ne le savais pas quand je composais. Les japonais sont vachement dans ce style de musique cosmique. J’en reviens d’ailleurs et c’est fou là-bas. Tu trouves tout. Ils ne téléchargent pas du tout illégalement par respect de la musique d’abord et ensuite de la loi. Donc c’est un marché où le disque fonctionne encore, où les japonais font plus attention à la musique que nous. 70% de la musique que j’ai achetée sont des vinyls français qu’on ne trouve plus ici et qu’eux respectent. Il y a du jazz partout là-bas, tu vas pisser et c’est du Blue Note qui tourne - c’est leur musique de base. Même quand tu te balades au supermarché tu as l’impression d’être dans Cobra. Je pense qu’inconsciemment c’est pour cela que j’adore le jazz-funk parce que gamin quand je regardais les dessins animés j’étais face à de la qualité. Tes textes portent en eux l’esprit d’écriture française. Pourquoi ici présenter l’album en anglais ? Simplement parce que c’est un album qui pourrait être produit par un allemand ou un anglais donc j’ai voulu rentrer dans l’universel, à la fois par la langue utilisée mais aussi par la musique que je partage. C’est un projet international même si inversement ce serait ridicule de mettre mais titre en anglais sur le Klub des Loosers. Au fond, Last Days n’est même pas un album de beatmaker mais de musique, tout simplement. C’est fini la séparation de genres que l’on trouve dans les bacs chez le disquaire. Quand tu fais de la musique tu fais ce qu’il te plaît, sans cloisonnement mais avec emprunts. C’est pour cela que j’adore la musique brésilienne, elle est faite de

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