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pas mal avec les instrus c’est que je m’en lasse pas et j’arrive même à en profiter sans me dire que c’est moi qui l’ai composé. Je l’ai fait que pour moi au départ et j’apprécie la distance sentimentale que je peux avoir avec cet album. J’essaie de ne jamais sacraliser la musique par rapport à une période. Enregistré en 2006, quel effet cela te fait de le sortir maintenant, 7 ans après et à la suite d’un album composé plus tard ? Je trouve ça super bien. Le rapport que j’ai avec la musique est très distancié de l’actualité. Moi je suis surtout dans le jazz, j’écoute des trucs des années 60, sans tout ce que l’on trouve aujourd’hui autour de la musique du type promotion-buzz-image. Ce sont des mots horribles qui t’éloignent de la musique ellemême. Là avec la distance je ne suis plus dans l’album, j’en parle mieux, avec du recul. Ca ne m’était jamais vraiment arrivé et c’est pas mal même si je ne le ferai pas sur chaque album. Tu as une relation particulière à la production et ici tu apparais exclusivement comme un producteur, un beatmaker. Quel effet cela te fait par rapport à l’image que le public a de toi, c’est à dire purement un chanteur/rappeur ? Je suis beatmaker depuis le départ, depuis 15 ans mais les gens pensent que c’est Detect qui fait les sons alors qu’il est mon Dj et mon ingé-son. Au départ, même avec le Klub des 7 c’était mon album de beatmaker mais je me suis juste caché derrière le groupe. Donc moi cela me fait pas bizarre d’apparaître exclusivement en tant que beatmaker. Ce qui est marrant c’est que mon travail de rappeur est très cloisonné de celui de beatmaker, je ne les associe que pour la finition mais dans ma tête ce sont deux mondes. Pour Last Days, je me dis « Enfin ! Les gens ne pourront pas fermer les yeux sur mon travail sonore ». Je n’ai pas fait cet album pour montrer ma production en tant que beatmaker parce que chez moi ce travail est continu. Il y avait déjà Spring Tales même si c’est purement un album hiphop pour rapper dessus alors qu’avec Last Days c’est un projet en tant que tel. Je ne dirais même pas que Last Days est un album hiphop mais plutôt un disque de beats. Il n’y a pas du tout que du sampling. Sur pleins de morceaux j’ai tout joué, modifié, programmé. Mais bien sûr il y a toujours mon approche hiphop avec la boucle. Sur Last Days alors, avec quelles machines as tu composé ? Ahah. C’est cool d’enfin parler de musique. Merci CRUMB. Normalement on me demande juste : « Pourquoi le masque ? ». Dans Last Days j’ai bossé essentiellement sur la MPC 2000 XL, un Minimoog et des machines plus vintages comme le Korg Sigma et le Fender Rhodes. Ce n’est que de l’analogique parce que je suis très attaché à ce grain chaud. Tu le sens, l’album est sale mais dans le bon sens du terme, il grésille. J’adore quand le son est chaleureux, c’est ma marque du Klub. Cet album vient un peu de mon obsession pour le Minimoog et toutes ces ambiances

spatiales… Tu sembles chercher l’harmonie sonore, un grain musical particulier sur chacun de tes albums. Complètement. Ici je suis encore dans la lignée des précédents projets : un son hyper chaud, hyper LowFi, analogique. C’est pour ça que j’ai toujours Detect comme ingé-son qui vient nettoyer mes mixs. Parfois je lui donne des morceaux vraiment trop crades pour qu’ils soient passables (rires). A quel point Detect t’a apporté sa patte sur Last Days ? Par énormément sur ce projet là. Juste que comme on bosse ensemble depuis longtemps il sait parfaitement ce que je veux et le grain que je cherche. Donc il fait le travail de finition au niveau du son en neutralisant certaines fréquences qui crachaient trop. Il me connaît bien. De la manière dont je t’écoute on dirait que tu te préfères comme beatmaker ? En fait, oui, je pense. En tout cas plus que comme rappeur. J’ai toujours rêvé d’être beatmaker depuis mes 13 ou 14 ans mais j’ai dû attendre de signer chez Record Makers pour avoir des avances et m’acheter une MPC. J’ai trouvé un Minimoog pas trop cher en 2005 après Vive la Vie. A partir de ce moment là j’ai rattrapé le temps perdu. J’avais plein de vinyls prêts à être samplés et j’étais comme un gosse. C’est là que tout a vraiment commencé pour moi. Quand tu composes, comment avances-tu ? Est-ce l’improvisation qui te fait progresser ou tout est déjà organisé dans ta tête ? Comme c’est un travail constant, parfois ça va partir d’une boucle à partir de laquelle je retravaille ou parfois c’est un air qui me vient du synthé et qui m’accroche. Je n’ai pas de méthode type puisque je compose tous les jours. Ce qui est super c’est que les instruments t’aident à composer ta musique. Le Minimoog ca ne fonctionne pas avec des accords donc il va m’inciter à jouer d’une certaine manière alors que le Fender Rhodes me permet de me lâcher sur les accords. L’instrument m’amène à composer d’une certaine manière, ça fait évoluer ma musique. C’est pour cela que je pense aussi que les mecs d’aujourd’hui font souvent tous la même musique. Sur numérique c’est une machine avec les mêmes réglages c’est plus difficile d’être original. Alors qu’avec l’analogique ce qui est intéressant c’est l’erreur. Par exemple le Minimoog il est hyper capricieux : ça met 10 minutes à chauffer, parfois tu joues et il se coupe. Comme tu nous l’as raconté, il y une histoire solide dans Last Days, c’est un album qui parle facilement grâce aux samples mais aussi à un effet roadtrip passionnant. Est ce que tu associes ta musique à des images ? Pas à des images mais plus à des couleurs. C’est un peu con mais cet album est bleu parce que pour moi l’espace c’est forcément bleu et cosmique donc je l’ai illustré par des pianos et du Moog. Tout ce qui est

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