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STROMAE Interview publiée le 26 août 2013

Pour la sortie de Racine Carrée, on a peu de temps. La conversation part un peu dans tous les sens. On commence par parler de cinéma, de manière informelle, de ses siestes interminables en cours d’histoire du cinéma. Le film impossible à regarder par excellence, selon lui : Le Cuirassé Potemkine, Eisenstein, 1925. Le bruxellois n’hésite pas à s’interrompre de temps en temps pour me rappeler « Arrête-moi, hein, si je dis n’importe quoi. Je parle trop. ». Mais non, on t’écoute…

On commence par lui faire visionner une vidéo vieille de cinquante ans : Aznavour, 1962, « Tu t’laisses aller ». Réactions : C’est Eric Zemmour ? (Rires). Ah, c’est Aznavour. On n’invente rien… Je n’ai jamais entendu cette chanson. C’est le mec qui rentre du boulot qui est bourré, c’est ça ? C’est quoi le titre du morceau ? Tu t’laisses aller, Charles Aznavour en live à la télévision au Québec en 1962. Il sourit. En regardant la vidéo, il parle très peu. Attentif, il laisse transparaître certaines réactions. Il rit, fronce les sourcils, hoche la tête. Le personnage, la diction, le caractère du chanteur l’intriguent. On te compare souvent à Brel, il suffit de lire les commentaires sur tes vidéos.
 C’est bien de regarder cette vidéo d’Aznavour. Il n’y a pas que Brel qui jouait des personnages sur scène. Toute l’ancienne école le faisait. Piaf le faisait, Nougaro aussi. Ces artistes avaient une distance par rapport à leur image personnelle. C’est important. C’est sain, pour l’esprit, de jouer des personnages. Ce sont des petits films que l’on joue. Ce n’est pas étonnant de voir des médias qui sont outrés de voir Orelsan qui chante Sale Pute, parce que c’est

vraiment scandaleux. Mais il a le droit. Évidemment que cela se dit. Une meuf a aussi le droit de dire que c’est un vrai connard, un enculé, tout ce qu’elle veut. Mais les beaux couples, ce sont des connards et des connasses et c’est ça qui est beau. C’est la consommation de l’amour qui s’exprime. J’ai déjà raconté ça et on m’a rétorqué qu’avant, dans certains couples, des femmes étaient forcées de rester avec des hommes, à cause du mariage. Mais l’amour, c’est un peu ça. Et inversement. Aznavour chante “Tout a changé”. C’est normal, il ne faut pas s’attendre à ce que tout reste comme avant. Peut être que je ne le comprendrai jamais. Au final, à part des relations qui n’ont duré guère plus que trois ans, je n’ai rien connu. Cela reflète bien ma façon de “consommer” l’amour. Il y a des tutoriels pour utiliser Reason sur la toile, un logiciel qui sert à composer des morceaux. En trois minutes, tu cliquais sur deux boutons pour en faire un titre. C’est si facile que ça, pour toi ? Sur la vidéo, on ne montre pas les nombreuses nuits blanches de galère. Notamment au moment de l’écriture du deuxième album. Je calculais tellement, qu’il fallait que je sois dans un état de fatigue et de faim telle, qu’au bout de la nuit enfin, je lâche prise et arrive à être sincère et spontané. À ce moment là,

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