Page 127

aborde, après oui il y a une forme de mélancolie en filigrane, cela va de soi. Je pense que la chanson a intrinsèquement quelque chose d’introspectif. A l’intérieur se développe la mélancolie. Mais pas que, je ne crois pas. Il y a aussi de l’humour, de la distance et de la légèreté, c’est un mélange de pleins de trucs. Les références à Baudelaire viennent du fait qu’ils abordent des thèmes qui me sont chers, comme l’invitation au voyage tout simplement. Tu signes un duo avec Philippe Katerine (lire interview page 137), qui me semble avoir une personnalité relativement opposée à la tienne. Pourquoi cette collaboration ? Avec Philippe on s’est rencontré sur mes premiers concerts, je l’ai croisé dans un festival à Rennes, il y a huit ans, je ne sais plus. On est resté amis. J’adore son côté exubérant, drôle plein d’humour un peu décalé et en même temps je trouve que c’est un super musicien qui écrit des mélodies magnifiques et ça fait longtemps qu’on se dit qu’il fallait que l’on fasse une chanson ensemble. On s’est retrouvé en soirée, on a écrit des cadavres exquis et on les a conclus en chanson. Voilà comment cela s’est fait. Cet album, qu’a-t-il de plus que tes précédents ? Je pense qu’il est plus affirmé, plus direct en fait. Les rythmiques sont plus denses. Il y a, en tout cas quelque chose de plus libre, un je-ne-sais quoi de plus libre, voilà. Qu’attends-tu du public vis-à-vis de la réception de cet opus ? (Elle ouvre grand les yeux) Qu’il m’adore enfin ! (Rires). Enfin, surtout de faire des concerts et de pouvoir partager des moments avec tous ceux qui m’écoutent. Et puis la scène, monter un beau spectacle, avec des lumières un déroulement entres les chansons, une vraie histoire, que ce soit encore plus vivant que sur l’album. Si tu devais choisir un morceau, ce serait lequel ? Je suis incapable de choisir. J’aime un milliard de trucs dans le monde. Pour moi le titre le plus affectif c’est « Quatorze Ans ». En même temps quand on écrit c’est difficile de choisir. Il y a une raison pour tout. Tu aurais aimé vivre à une autre époque ? Non, je ne suis pas une nostalgique dans l’âme mais on vit une époque où les choses sont difficiles. Avec la crise économique, en tout cas celle que l’on nous vante, partout, dans les médias, on sait que les choses sont difficiles, notamment par rapport aux disques. J’ai tout de même mis deux ans à trouver un label qui veuille bien de moi. Il y a quelques années

           

Aujourd’hui, internet a pris le relais. On est dans une période de transition, qui demande de s’adapter. Ça demande à réfléchir aussi, de se poser des questions, notamment sur ce que l’on vit, ce que l’on s’apprête à vivre et ce que l’on a envie de vivre ! « Les Choses Importantes De La Vie » renvoie d’emblée au titre de ton album « L’Amour, l’Argent et le Vent ». Quand tu dis « Vent » est ce que cela veut dire que finalement l’amour et l’argent ne sont qu’éphémères ? Cela peut être une des lectures, en effet. Dans ces trois choses, il y a une valeur, un élément et un sentiment. C’est impalpable, cela nous traverse, c’est toujours avec nous. Un vent s’il est trop fort peut faire des ravages. C’est à peu près pareil si on se préoccupe trop de l’argent ou de l’amour. Ca bouleverse tout. Ce titre, c’est une manière poétique de mettre en perspective tout cela. Certaines critiques trouvent et jugent tes textes particulièrement tristes et mélancoliques… Quel est ton regard là-dessus ? Il n’y a pas que des choses tristes. Je pense qu’écrire des chansons permet de mettre les choses à distance, des choses que l’on n’exprime pas forcément publiquement. Mais il y aussi des clins d’œil, de l’ironie. Mes chansons sont un rapport à la vie. Elle n’est pas tout le temps gaie, ni tout le temps joyeuse. On n’est pas toujours heureux d’exister. L’exprimer en mots, dans des textes permet d’immortaliser ces instants de vie et finalement de mieux s’en débarrasser. Dans une de tes chansons « Ouai Ouai Ouai », tu parles d’une icône des années 60, ça m’a fait penser au titre Ava… Cette chanson, elle aurait pu parler de Lana del Rey (rires). Non mais elle m’a inspirée un personnage totalement fictif. Ca m’amusait d’imaginer quelqu’un. En l’occurrence une jeune fille superficielle qui pourrait être mal menée, un peu perdue, qui passe ses nuits en boite de nuit mais qui est un peu fragile aussi. C’est en effet un hommage pur à Lana Del Rey (rires). Il paraît qu’elle a des rituels assez superficiels d’ailleurs avant de monter sur scène. Tu en as toi ? Oui. J’ai toujours un trac de malade avant d’y aller, de monter sur scène, d’affonter le public, de chanter. Avec mes musiciens on fait le check des « Chivers » qui est tiré du film « Steak » de Quentin Dupieux. C’est super débile mais ça marche ! (Rires).

Propos recueillis par Camélia Mohamed

Crumb magazine 2010 2015  

Le meilleur du fanzine CRUMB, 2010-2015 dans un book digital. Fil rouge de 5 années d'aventures en 300 pages et 70 interviews, riches en pho...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you