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                                Interview publiée le 19 mars 2011       Le couple franco-finlandais a connu son premier succès en 2008 avec On My Shoulders. Ils reviennent   avec Both Ways Open Jaws, second opus aux sonorités plus électriques. Nous avons rencontré Olivia.            

THE DØ

Votre nouvel opus est encore plus créatif et riche que le précédent… Comment l’avez-vous appréhendé et travaillé ? Dan a une manière amnésique de travailler. Il est dans l’oubli permanent de ce qui vient de se passer, de ce qui vient d’être réalisé et du coup, il était dans un système de création permanente. Je pense que c’est en rapport avec toutes les musiques qu’il écoute, qu’elles soient improvisées ou contemporaines. A quinze ans il écoutait Boulez (Pierre Boulez, ndlr) et toujours aujourd’hui d’ailleurs. Ce n’était pas du tout structuré dans sa tête, alors que, de mon côté, j’ai essayé de faire en sorte que ça le soit. J’ai bien dit « essayé ». Au final, cela a donné Both Open Jaws… L’album recèle une part de cinématographie que n’avait pas forcément le premier… Dans la texture, les arrangements et les couleurs, oui. Cela fait partie du travail de Dan, de son obsession à vouloir donner à chaque morceau une vraie identité. Je pense que l’on peut considérer cet album comme un « long métrage » dans le sens où il apparaît comme beaucoup plus cohérent que le premier, qui était lui, dans une veine déstructurée. A Mouthful aurait pu être un recueil de courts-métrages. Un long-métrage ici, qui reprend me semble t-il, l’imagerie de contes pour enfants… C’est possible, oui. Nous avons beaucoup regardé de films pendant l’enregistrement. Je pense que cela nous a vraiment inspiré, notamment un film japonais de 1964 : Onibaba, de Kaneto Shindô. J’ai lu un article dessus, d’ailleurs, qui disait « Onibaba se

ressent plus qu’il ne se critique ». Ca le décrit très bien. Il y a de la poésie, de la violence, de la magie. C’est l’histoire de deux femmes qui vivent seules au milieu des roseaux en temps de guerre. Des soldats se perdent dans ce champ et elles les tuent parce qu’elles n’ont pas d’argent. Elles vont revendre leurs vêtements, leurs armes, leurs armures et le tout devient une super histoire. Et puis, surtout, il y a toute cette imagerie autour du masque… Ce masque qui engendre un rapport totalement personnel, presque intime avec vos chansons… Je ne peux pas l’imaginer autrement ! C’est la raison pour laquelle j’ai encore un peu de mal à en parler. J’ai affronté beaucoup de démons et mis en forme certains mots que je n’utilisais jamais, j’ai essayé de combattre beaucoup de peurs dans cet album. Dan aussi. Je crois bien que nous sommes un duo de peureux. De quoi avez-vous peur ? J’ai eu peur du noir pendant longtemps. Je crois que j’ai gardé quelques traces de mes traumatismes. A vrai dire, j’ai peur un peu de tout. Il y a un côté très sombre sur cet album sauf sur Bohemian Dances précisément où l’on ressent beaucoup plus d’insouciance et de légèreté. Quoi qu’il en soit, j’aime l’idée que cet album soit hanté. Propos recueillis par Bastien Internicola.

Pour les besoins de la mise en page, l’interview a pu être raccourcie ou écourtée de certains passages.

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