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      « Dieu que cette histoire finit mal / On n’imagine jamais très bien / Qu’une histoire puisse finir si mal /   Quand elle a commencé si bien »     Voilà vingt ans que ces quatre vers, relayés par Bernard Lenoir, résonnent dans nos oreilles. Dominique   avec le Courage Des Oiseaux débarquait sur la scène française. A     l’heure de la rétrospective, l’intégralité des ses albums a été rééditée. Une tournée anniversaire, A   passant par le Théâtre de la Ville de Paris, a pris fin quelques jours avant la sortie de Vers Les Lueurs, son   neuvième album, attendu le 26 mars prochain.             Dominique, pour fêter vos vingt ans de carrière, vous ressortez tous vos CDs, dont les quatre premiers remasterisés. Cela vous tenez à cœur de retravailler le son de ces albums? Cela me tenait à cœur dans le sens où comme on ressortait tous les disques, je voulais que ce soit optimisé. J’avais vraiment envie d’en ressortir quelques-uns, surtout La Fossette, mais je n’espérais pas que tout le soit (rires). Cela a été difficile, suite à mon changement de maison de disque de EMI à Cinq7, puis finalement ils se sont entendus. Il y a également eu le hasard du calendrier avec la programmation au Théâtre de la Ville, à Paris, coïncidant avec les vingt ans du premier album. Cela me permettait d’envisager de rejouer le premier album sur scène, et donc de le reproposer remasterisé dans les bacs. Finalement par ricochets, tout est ressorti. En regardant ces rééditions et tous les bonus présents, on remarque que vous avez fait beaucoup de tris, vous auriez pu sortir quinze albums ! C’est vrai, cela fait seize disques en tout. J’aime bien les ébauches et les versions de travail qui n’aboutissent jamais et restent en l’état. Il y a les disques officiels et des espèces de morceaux qui courent, qui s’agrippent, comme ces bonus. Au final, ces morceaux-là sont tout de même rattachés à des périodes, symbolisées par les disques. J’avais envie de les faire écouter. Le fait de tout ressortir aujourd’hui en magasin, implique de toute façon une politique de bonus. On peut être contre ou pas, moi je n’ai rien contre, du moment que ce n’est pas vendu trente euros. Il fallait que ce soit cohérent, que le disque bonus soit au moins aussi long que l’album original, et c’est le cas. Cette réédition m’a permis de vider le sac, Maintenant il n’y a plus rien à sortir, j’en suis débarrassé et vous aussi (rires). Le mois dernier j’ai réécouté La Fossette, chose que je n’avais plus faite depuis des années. Et j’ai éprouvé deux sensations inédites. La première j’ai souri, puis la seconde a été une réflexion sur le fait d’avoir sorti un album comme celui-ci fait maison, à cette époque.

Vous avez ouvert des portes incroyables à de nombreux artistes. Comment avez-vous vécu cela il y a vingt ans ? Dans une inconscience totale. La démarche a été personnelle, mais tout de même dirigée. J’avais conscience que ce n’était pas dans la norme, mais en même temps j’étais persuadé du bien fondé de ma démarche. Par contre, de là à déclencher des déclics chez des gens, ce n’était pas mesurable. Je savais que cela pouvait plaire à des personnes qui étaient dans le même esprit que moi, mais je n’aurais pas pensé que cela puisse susciter des réactions tant extrêmes, aussi fortes. Aujourd’hui, à l’heure de la rétrospective, maintenant que les choses se sont décantées on se dit “Oui cela a ouvert des portes”, mais sur le moment ce n’était pas aussi clair. L’histoire se réécrit un peu a posteriori. Cet album ne s’est pas vendu par centaine de milliers, cela a été assez souterrain, très progressif, le bouche à oreille a très bien fonctionné. Au final, tout cela amène la dimension du disque culte, mais ce n’est que très tard que je m’en suis rendu compte. C’est comme Un Disque Sourd en bonus de La Fossette dans cette rétrospective. Cet album a un son incroyable avec le vinyle que l’on entend craquer, pourquoi ne pas l’avoir sorti à l’époque ? En fait, La Fossette est Un Disque Sourd abouti. Au départ Un Disque Sourd a été autoproduit et tiré à très peu d’exemplaires. Par la suite, Vincent Chauvier de Lithium (son premier label, ndlr), m’a contacté pour faire un disque. Je lui ai dit que je voulais sortir celuilà tel quel. Seulement, d’autres morceaux sont arrivés entre temps. A l’époque, il n’y avait pas lieu de ressortir un disque où la moitié des morceaux auraient été communs. Vous regrettez ce label indépendant qu’était Lithium ? Non pas du tout. Cela a été une belle histoire, assez passionnante d’ailleurs, parce que c’était un état d’esprit. Ce label avait une identité très forte. L’histoire lui a échappé, il n’a pas eu l’identité qu’il avait envie de se construire autour de la chanson française.

Crumb magazine 2010 2015  

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