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an. Et même si en une année il s’est passé beaucoup de choses, on voudrait que cela aille toujours plus vite. Alors on tente d’être patients et de laisser le temps aux gens de découvrir notre musique avant de décliner notre univers sur d’autres supports. Vous êtes aux antipodes de la création musicale actuelle. La scène française d’aujourd’hui est-elle trop conventionnelle selon vous ? Beaucoup d’expériences sont menées mais trop souvent dans le silence. Ce n’est pas un problème de musiciens. En France comme ailleurs, il y a beaucoup de personnes créatives. Ce n’est pas non plus un problème de public. Quoi qu’on en dise, le public français n’est pas une “masse” qui ne supporte que la musique facile et bête. Il y a au contraire beaucoup de curieux. Nous sommes à chaque fois étonnés de voir que notre musique touche des personnes de tous les horizons, sans limite de culture ou de distinction. Cela fait d’ailleurs plaisir à voir car nous apportons quelque chose d’assez proche de la musique classique. Beaucoup de personnes y sont réceptives et laissent tomber les préjugés. S’il y a un problème, il vient de l’industrie et des personnes qui prennent des décisions automatiques au nom de la culture de masse. Ce phénomène n’est pas limité au seul domaine de la musique mais c’est là que nous le ressentons le plus. Ödland n’intéresse pas les majors de l’industrie musicale. On nous a reproché de ne pas être assez “mainstream” ! Alors, nous avons décidé de promouvoir notre musique telle qu’elle est et nous verrons si cela fonctionne ou non. Nous autoproduisons nos albums, nous les dessinons nousmêmes, les enregistrons, les fabriquons, les vendons, les distribuons. Alors bien sûr c’est beaucoup moins rapide, mais les personnes que nous touchons de cette façon ne tombent pas amoureuses de notre musique sous l’effet d’une campagne de publicité, seulement parce que notre univers les a séduit d’une façon ou d’une autre. Nous ne savons pas jusqu’où nous irons, si un jour l’industrie nous aidera ou non,

                                     

mais nous savons que les débuts se font seuls, que chaque nouveau fan ou chaque CD vendu représente déjà pour nous une grande chance. La plupart de vos chansons sont écrites et interprétées en anglais. Pourquoi ? C’est avant tout parce que nous avons d’abord eu plus d’écoute en Angleterre et en Allemagne avec notre premier EP que nous utilisons cette langue. Dans notre premier EP, il n’y a qu’une seule chanson qui contient un peu d’anglais. Si vous écoutez Ottocento, les parties anglaises qui s’y trouvent sont presque absolument toutes extraites de l’œuvre originale d’Alice au Pays des Merveilles. Pour tout le reste, nous restons des amoureux de la langue française, il serait trop dommage de la laisser de côté ! La signification des chansons, les histoires et l’humour nous importent beaucoup. Nous avons énormément d’écoute à l’international. Nous envoyons des albums aux États-Unis et même au Japon. C’est pourquoi nous sommes partagés entre l’anglais et le français. Notre premier morceau, The Caterpillar mélangeait anglais et français, politesse et irrévérence, à l’image de ce chapitre d’Alice où la discussion avec la chenille se perd dans des jeux sur les bonnes manières. Ces paroles ouvrent notre album “That Is Not Said Right, Not Quite Right I’m Afraid” et parlent de la peur. Quelle est la chose qui vous fait le plus peur ? Ne pas avoir le temps de conquérir le monde. Une dernière chose à dire aux lecteurs de CRUMB ? Nous aimons vents et violons, piano et nuages. Il faut que nous rêvions pour ne pas oublier ce paysage. Nous sommes nés dans un train fou et voyageons avec des fantômes. Notre ombre va renaître car le passé nous éclaire. Bienvenue sur nos terres !

Propos recueillis par Thomas Carrié.

Crumb magazine 2010 2015  

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