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FOXYGEN Rencontre/texte publiée le 23 octobre 2014

Le duo Foxygen sera sur la scène de la Grande Halle de la Villette pour un concert d’Halloween à l’occasion du Pitchfork Music Festival, à Paris. Il présentera alors …And Star Power, le dernier résultat de tribulations punk. Jonathan Rado, le compositeur du groupe, nous a confié sous un soleil de plomb ses aventures californiennes.

Depuis plusieurs années, Foxygen dispose d’une aura mystique dans notre imaginaire. Notre rencontre avec Rado, le compositeur du duo l’a confirmé, en y ajoutant une belle touche d’innocence. Si We Are The 21st Century Ambassadors of Peace and Magic avait fait grand bruit à sa sortie début 2013, grâce à une production léchée et des mélodies gorgées d’air californien, Star Power apparaît au premier abord comme un obscur come back : 24 titres dont les durées varient entre une et sept minutes et une phrase qui peut laisser perplexe. “Star Power is the radio Station you can hear only if you believe.” Heureusement, le parfait triptyque d’ouverture nous enlace et nous mène au voyage punk de Sam et Rado. “C’est un album sur la folie, qui passe par tous les aspects de son spectre, de l’optimisme à l’incontrôlable névrose, explique Rado” De ce guet-apens bordélique émane une mélancolie plus assumée, sans fard. L’époque du lycée où les deux s’enfermaient dans leur garage pour composer des albums entiers tend à s’éloigner peu à peu. Le groupe avait partagé l’an dernier via les réseaux sociaux un album ultra barge (36 titres) nommé The Jurassic Explosion Philippic, composé lorsqu’ils avaient quinze ans. Le format du double album n’est donc pas une nouveauté pour eux. “Au fur et mesure de la composition, nous avons compris que nous étions dans le même processus que lors de l’écriture de Jurassic, à raconter des histoires d’aliens. Star Power s’apparente à une suite implicite de cet album.” Par ailleurs, Richard Swift (du groupe The Shins et bassiste des Black Keys) qui avait produit

leur premier album après avoir découvert le génial EP, Take The Kids Off Broadways, n’était pas présent pour calibrer leurs dernières expérimentations en un format plus pop. “J’aurais aimé qu’il produise celui-ci, mais il n’était pas disponible, puis nous voulions prendre notre temps pour Star Power. Le précédent album avait été produit très rapidement. Nous nous sommes donnés cinq mois pour faire cet énorme puzzle.” A l’écoute de leur trip, c’est bien un sentiment de temps stoppé qui nous attrape, transcription d’une thérapie violente émanant des souvenirs chaotiques de la tournée, et nous fait regretter que peu d’artistes prennent ce genre de risque à l’ère de la “spotifisation” de la musique. “C’est un album auquel il faut laisser une chance. Il pourrait bien vous sauver la vie, mais seulement si vous y croyez.” Cette invitation au voyage est le résultat d’une session d’enregistrement qui a permis au groupe de renaître. “Ma relation avec Sam n’a jamais été en danger, confie Rado. Seulement, un enchaînement d’accidents et des annulations de tournées ont fait dire à la presse tout et n’importe quoi. Nous n’avons pas voulu nous en mêler. On a laissé faire et ce fut pour le mieux. Star Power était la catharsis dont nous avions besoin, un retour à ce pourquoi nous avions initié ce groupe.” Si Rado n’était pas musicien, il lâche avec nonchalance qu’il aurait aimé bosser dans un parking. “Tu restes toute la nuit dans ta cabine à regarder la télé, ça n’a pas l’air d’être un boulot stressant.”

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