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Carlotta : Oui, nous sommes de vrais « marathoneuses » de concerts elle et moi ! Nous pensons qu’un live en dit plus qu’une critique d’album. Ana : Oh et Youtube également. Carlotta : On y passe des heures ! Pouvez vous me parler de la scène musicale en Espagne ? Carlotta : Avant de former HINDS, on pensait qu’il y avait une scène énorme avec pleins concerts et de groupes, des liens forts entres tout le monde. Mais malgré ces connexions, nous avons réalisé que la scène était en fait très petite, chez nous. Ana : C’est bizarre car nous revenons de New York et là-bas tout le monde se connait. Comme si tout ce monde fonctionnait comme un voisinage. Ce n’est pas seulement une impression de notre point de vue extérieur, même eux le ressentent ainsi. C’est comme à Madrid mais en plus beaucoup plus étendu, avec forcément plus de salles, plus de groupes et surtout plus de concerts : je dirais 10 auxquels tu veux aller par soir ! En Espagne c’est un concert par mois ?! Et vous pensez que la situation de la scène musicale garage à Madrid va s’améliorer ? Carlotta : Je crois que ça commence déjà à s’améliorer. Le fait que nous tournions en dehors de l’Espagne a fait que, soudainement, beaucoup de gens comme toi, comme CRUMB, nous demande ce qu’il passe chez nous. Donc je pense que c’est en train de devenir populaire, car nous essayons vraiment de défendre cette scène, de travailler pour elle. L’Espagne est notre maison et je pense que c’est en train de s’améliorer par cet engouement. Ana : Ce qui est triste, c’est que ce qui s’améliore, c’est seulement les groupes, la place qu’on leur donne, la considération que l’on a pour eux, etc. Mais je n’ai pas l’impression que l’industrie en elle-même change. La culture de la musique en Espagne n’est pas en train de se transformer radicalement, mais au moins il y a une porte qui s’ouvre. Aujourd’hui, les groupes de Madrid peuvent aller se produire ailleurs. Avant, on trouvait qu’il y avait vraiment ce problème de frontière infranchissable. Là on commence à voir la lumière au bout du tunnel ! Mais du point de vue de l’industrie : les producteurs, magazines, festivals, je ne vois pas vraiment de différence. Et si j’en note une, c’est seulement parce que les groupes de Madrid sont en train de vivre un truc incroyable et que les médias ne veulent pas rater le coche. Votre album sort dans quelques mois, quel a été votre processus d’écriture ? Carlotta : L’album pourrait être découpé en deux parties en terme d’écriture : la première a été écrite quand nous passions plus de temps à Madrid, avant que nous partions en tournée. Ces chansons ont été écrites et composées dans une salle de répétition et

chez nous, d’une manière très relax où nous prenions notre temps. Puis nous avons commencé à tourner non stop et nous ne pouvons vraiment plus écrire. Notre vie en tournée se résume à jouer, dormir, faire des interviews (10 aujourd’hui, ndlr), des shootings et répondre à des emails ! Nous n’avons pas le temps de prendre une guitare. L’autre partie de l’album a été faite dans la fatigue, pendant de longues nuits sans dormir pour terminer les chansons en travaillant sur tous les instruments en même temps. Comme une explosion de musique lorsque nous sommes rentrées à Madrid alors que nous n’avions pas vu nos familles depuis des mois. Comment percevez-vous l’image des groupes de filles dans les médias ? Ana : Comme une image désastreuse qui s’améliore lentement. Carlotta : On m’a demandé l’autre jour si je ressentais être traitée de manière différente par mon label car je faisais partie d’un groupe de filles. Je n’ai jamais ressentie cela. Nous sommes différentes en tant que Hinds mais pas en tant que « groupe de filles » d’un label. Cette question est très compliquée pour nous car cela dépend du contexte et c’est quelque chose à laquelle nous ne voulons pas attachée une trop grande importance. C’est évident qu’il y un problème d’image quelque part mais nous n’y avons jamais vraiment été confronté. On se dit juste qu’il ne faut pas y attacher trop d’importance. Pourquoi nous inquiéter de que les gens pensent de nous ? On s’en fout. Ade : Cela dépend vraiment aussi des différences culturelles. Nous rentrons d’Amérique et face à cette question, les Américains sont incroyables. Il y a tant d’énergie, de soutiens aux filles qui font de la musique. Je n’ai jamais vu autant de femmes ingénieurs du son ou travaillant dans le secteur. Carlotta : Oui c’est dingue, il y a dix personnes dans les bureaux du label, dont deux garçons seulement ! En Espagne, il y que des garçons, en Angleterre c’est plus ou moins différent… Nous approchons de la fin de l’année, il y a-t-il un album sorti en 2015 que vous avez écouté en boucle pendant votre tournée ? Carlotta : Nous avons beaucoup écouté Glass Animals, leur album est dingue. Beaucoup de The Districts également, Mø (lire interview en pages précédentes, ndlr). Mais c’est très drôle car nous n’avons jamais la Wifi pendant les tournées, n’importe où que l’on soit, cela ne capte jamais. On a cinq albums sur nos téléphones qui passent donc en boucle !


Propos recueillis par Alice de Jode

Crumb magazine 2010 2015  

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