Cahier numérique du CRIEM / CIRM’s Digital Notebook 04.05 — Aménager : Émouvoir

Page 1

CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

en collaboration avec le

4 juin 2019

Audray Fontaine

ÉMOUVOIR Aménager : Expérience et innovation d’un quartier

vol. 4, n° 5, juillet 2021


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Table des matières INTRODUCTION _______________________________________ p. 4

PANÉLISTES ___________________________________________ p. 8

LA VILLE QUI SE REND À NOUS PEUT ÊTRE UNE ŒUVRE D’ART ___________________________________ p. 12 Guillaume Éthier ENTRETIEN AVEC MICHEL DE BROIN, ARTISTE DES DENDRITES ___________________________ p. 20

ITINÉRAIRE ___________________________________________ p. 28

PRÉSENTATION ET HISTORIQUE : FONDERIE DARLING _________________________________ p. 30

Guillaume Éthier

POÈME GRAPHIQUE : LA BEAUTÉ DES VILLES ______________________________ p. 36 Aliki Economides LE BEAU BON VÉRITÉ LÉGITIME NÉCESSAIRE EXPÉRIENCE DISCOURS CHAOS SURCHARGE SUBLIMATION ________________________________________ p. 44 Cécile Martin

2


ÉMOUVOIR

3


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Aménager : Expérience et innovation d’un quartier

F

orts du succès de Construire, d’Habiter et d’Appartenir, le Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises (CRIEM) et le Quartier de l’innovation (Qi) se sont à nouveau associés, au cours du printemps 2019, pour présenter une deuxième saison de la série Aménager : Expérience et innovation d’un quartier. La série invite les Montréalais∙es à (re)découvrir des projets d’urbanisme et des lieux des quartiers limitrophes au Qi dans le but de susciter des conversations sur l’aménagement public ainsi que sur la résilience des quartiers et de faire la lumière sur des pratiques innovantes d’organismes locaux qui s’affairent à repenser leur milieu de vie. Chacun des événements de cette deuxième saison prend la forme d’une conférence-expérience, un rendez-vous bipartite qui allie une visite de terrain et des discussions transdisciplinaires et multisectorielles où savoirs de terrain et savoirs universitaires s’enchevêtrent. Les organisatrices de cette nouvelle édition d’Aménager – Amélie Côté, ancienne chargée de projet et des relations universitaires du Qi, et Audray Fontaine, coordonnatrice en transfert des savoirs du CRIEM – ont imaginé deux rendez-vous qui, dans le prolongement de questions soulevées lors de la première saison, font la part belle aux dimensions esthétiques et culturelles de l’aménagement urbain : •

Communiquer explore la dimension sociale de la communication et l’espace public où discours, discussions et points de vue peuvent être produits et transmis, qu’ils soient générés par les citoyen∙ne∙s ou les différent∙e∙s acteur∙rice∙s des milieux social, économique et culturel d’un quartier ;

Émouvoir rend compte de la dimension structurante de la beauté (ou de la laideur) dans l’espace public et des façons que cette dernière peut être ressentie par les citoyen∙ne∙s de la métropole.

Deux ans après le lancement de cette deuxième saison, le CRIEM vous propose de revisiter ces lieux et de redécouvrir certains des propos échangés entre les invité∙e∙s des conférences-expériences et le public. Ces cahiers numériques sont également l’occasion pour certain∙e∙s panélistes participant∙e∙s d’ajouter à leur réflexion initiale, expertises et postures indéniablement métamorphosées par les nouvelles réalités sociales, économiques et personnelles que suppose la pandémie vécue depuis mars 2020.

4


ÉMOUVOIR

À propos du

F

ondée en 2013, la Société du Quartier de l’innovation de Montréal (Qi) est un organisme à but non lucratif qui a pour mission de cultiver un écosystème d’innovation unique au cœur de Montréal et de favoriser la collaboration et l’expérimentation entre les milieux académique, entrepreneurial et citoyen dans le but de créer des retombées positives pour la société. Son territoire d’expérimentation de calibre international englobe Griffintown et la Petite-Bourgogne et est délimité par le boulevard René-Lévesque et le canal de Lachine, du nord au sud, et par la rue McGill et l’avenue Atwater, de l’est à l’ouest (incluant le Silo n° 5 et le bassin Wellington). Le Qi est soutenu par le gouvernement du Canada, le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal, quatre universités (École de technologie supérieure, Université McGill, Université Concordia et Université du Québec à Montréal) et près d’une vingtaine de partenaires privés.

Quartier de l’innovation

5


Audray Fontaine

CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

6


ÉMOUVOIR

ÉMOUVOIR

À

Textes des pages 4 et 7 par Audray Fontaine

7

Après avoir exploré les différentes ramifications des Dendrites en compagnie de son créateur, le public s’est mu vers la Fonderie Darling où Guillaume Éthier (UQAM) a fait interagir les différent∙e∙s invité∙e∙s sur les variables de la beauté urbaine. Patrimoine, architecture et art visuel se sont enchevêtrés dans l’intervention de Caroline Andrieux (Fonderie Darling), dont l’institution qui diffuse les créations d’artistes locaux et internationaux et qui contribue à la circulation de différentes manifestations esthétiques a élu domicile dans un témoin magnifique de l’industrialisation du xixe siècle de la métropole. L’artiste Cécile Martin s’est pour sa part arrêtée à réfléchir au concept du beau dans sa pratique visuelle. Intéressée par les ornements dans l’architecture et par la constitution d’identités par le bâti et le naturel, Aliki Economides (École d’architecture McEwen) a souhaité émouvoir le public par la lecture de son poème « La beauté des villes », déconstruisant du même coup l’intervention attendue d’une chercheuse universitaire. Enfin, fort de sa réflexion menée dans Et si la beauté rendait heureux et à titre d’observateur quotidien de la métropole, François Cardinal (La Presse) s’est entretenu avec les participant∙e∙s sur les liens indéniables entre beauté et émotions vives provoqués par des espaces urbains d’ici et d’ailleurs.

l’est, le martèlement de machineries qui s’affairent à fracturer le roc pour faire place à d’éventuelles fondations d’une tour immobilière. À l’ouest, le vrombissement d’un train qui entre en gare Bonaventure. Sur l’autoroute du même nom, du nord au sud, une circulation automobile incessante qui mène des passager∙ère∙s au cœur de la métropole ou vers le fleuve Saint-Laurent. Au milieu de cette trame sonore urbaine, à l’angle de la rue Notre-Dame, juchés au sommet de l’œuvre de Michel de Broin intitulée Dendrites, des dizaines de participant∙e∙s de la conférence-expérience Émouvoir amorcent une réflexion et une discussion sur la beauté des villes et sur sa capacité (ou non) à faire vibrer ses occupant∙e∙s. Ce dernier rendez-vous de la série Aménager, qui s’est tenu le 4 juin 2019, a convié artistes, journaliste, urbaniste et architecte à réfléchir communément avec les Montréalais∙es présent∙e∙s à l’expérience sensible que peut être la ville, à l’importance de l’esthétisme comme facteur d’attractivité urbaine et à la place de la beauté (et de la laideur) dans les discours politique, économique et citoyen. La beauté, bien que dimension structurante de l’urbain, n’est pas appréhendée de la même façon selon que l’on soit public, créateur∙rice ou passant∙e indifférent∙e et ne provoque pas le même engagement selon ses formes.


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

| Panélis tes | GUILLAUME ÉTHIER Animateur ; Professeur, Département d’études urbaines et touristiques, UQAM Guillaume Éthier a rédigé une thèse de doctorat en études urbaines qui a débouché sur son livre Architecture iconique : les leçons de Toronto (PUQ, 2015). Il est maintenant professeur en théories de la ville à l’UQAM. Il s’intéresse aussi à l’impact de la culture numérique sur le paysage urbain. Dans une vie parallèle, il a une pratique de musicien professionnel et de photographe amateur. Il co-anime aussi un podcast sur la ville intitulé Cadre bâti.

MICHEL DE BROIN Artiste multidisciplinaire Michel de Broin est l’artiste responsable des Dendrites. Il vit et travaille principalement à Montréal, mais ses œuvres d’art public ont été exposées partout au monde : Dendrites (Montréal, 2017) ; Seuil (Montréal, 2017) ; Interlude (Québec, 2016) ; Bloom (Calgary, 2015) ; Possibilities (Mississauga, 2012) ; Interlace (Changwong, 2012) ; Majestic (Nouvelle-Orléans, 2011) ; Revolution (Rennes, 2010). Il a été soutenu, entre autres, par le Sobey Art Award et le Conseil des arts du Canada et a obtenu des résidences artistiques à New York, Londres, Berlin et Nice.

8


ÉMOUVOIR

| Panélis tes | ALIKI ECONOMIDES Assistant Professor, McEwen School of Architecture Aliki Economides is the first member of her extended Greek family to be born in Canada. A native of Toronto and a Montrealer “by adoption,” Aliki spends much of her time in Sudbury, where she teaches at the McEwen School of Architecture. Her research interests include three main areas: the roles played by the built and natural environment in the construction of identity; the profound interrelationships between social and spatial inequalities; and the history, theory, and contemporary practice of ornament in architecture.

CÉCILE MARTIN Artiste ; fondatrice et directrice, Tec Tec ; directrice au développement stratégique, Agrégat ; chargée de cours, École de design, UQAM Cécile Martin est artiste photographe, vidéaste, performeuse, scénographe, d’art Web et d’art public ainsi que commissaire des arts médiatiques et d’architecture à Montréal. Ses œuvres ont été exposées dans de nombreux pays, incluant le Canada, l’Inde, le Brésil et l’Allemagne. Elle est aussi directrice à Tec Tec, une entreprise nomade en aménagement du territoire, et Agrégat, un centre d’artiste autogéré. Elle enseigne à l’École de design à l’UQAM.

9


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

| Panélis tes | CAROLINE ANDRIEUX Fondatrice, directrice générale et artistique, Quartier Éphémère et Fonderie Darling Caroline Andrieux détient un doctorat en histoire de l’art de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle travaille pour le Quartier Éphémère et la Fonderie Darling, centres artistiques qu’elle a fondés et qui ont comme mission la consolidation de la présence des artistes dans la ville et l’affirmation du rôle de l’art dans la société. En 2018 et 2019, elle a été commissaire d’exposition pour Night School de David Armstrong Six (2019), Buveurs de Quintessence (2018) et The Silver Cord (2018).

FRANÇOIS CARDINAL Éditeur adjoint et vice-président Information, La Presse François Cardinal détient un diplôme de sciences politiques de l’Université Laval, de sociologie de l’Université Lumière (Lyon II) et de journalisme de l’Université de Montréal. Il est présentement éditeur adjoint et vice-président Information au journal La Presse, où il travaille depuis presque vingt ans. Préalablement, il a travaillé pour Le Devoir et le Journal de Montréal.

10


Conférence-expérience Aménager : Émouvoir, 2019


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

La ville qui se rend à nous peut être une œuvre d’art GUILLAUME ÉTHIER

L

e lien entre art et ville me rappelle avant tout le fait d’arpenter les rues d’une ville avec des écouteurs sur les oreilles. Je pense à ces moments où le paysage urbain coïncide avec la musique que j’écoute et donne un sens, une émotion, à la trajectoire empruntée. Le spectacle qui se déploie devant moi est alors fait de rythmes, de synchronisations fortuites, d’une succession d’intérieurs et d’extérieurs à contempler, d’édifices pleins et d’interstices vides, de foules sur les trottoirs et de ruines qui s’harmonisent ou s’entrechoquent avec la trame sonore choisie. Je fais ces marches musicales dès que j’en ai la chance, et j’ai le souvenir d’avoir ressenti des émotions similaires, depuis l’enfance, en regardant à travers les vitres des autobus, des trains ou des voitures. Le paysage urbain a cette qualité qui rend disponible à nos sens, si l’on a le temps de s’y attarder, une gamme quasi infinie d’expériences esthétiques. Voir la ville avec émotion nous lie à son destin.

12

Guillaume Éthier

C’est ensuite à la photographie que je pense quand j’associe « art » et « ville ». J’ai découvert le plaisir de la photographie urbaine plus tardivement, quand j’essayais tant bien que mal de documenter les projets d’architecture et d’urbanisme sur lesquels portaient mes recherches universitaires. Le fait d’avoir un appareil en bandoulière, je l’ai réalisé rapidement, me place en mode contemplatif. Cet état quasi méditatif me rend sensible à la beauté du cadre bâti et de l’activité urbaine, deux choses qui ne sont pourtant pas uniquement destinées à être belles. Elles le sont un peu par défaut, et ce, précisément

parce que j’y surimpose une émotion à titre de spectateur. La promesse démocratique de la photographie – tout le monde peut s’y adonner – s’est maintenant rependue par l’entremise de nos téléphones intelligents, et tout·e citadin·e moyen·ne est devenu·e, par la force des choses, un·e photographe urbain·e en puissance.


Guillaume Éthier

ÉMOUVOIR

Pourquoi commencer par ces considérations triviales ? Parce que j’estime qu’en aménagement, on aborde la question de l’art et de la culture en partant trop souvent du mauvais bout, soit en considérant la ville en surplomb et en réduisant l’art à ce que l’on peut insérer dans l’espace urbain pour le rendre plus beau, ou plus attrayant, si l’on considère que la « fonction urbaine » de l’art consiste à vendre une certaine expérience urbaine. On tend ainsi à oublier que ce sont d’abord les citadin·e·s, les résident·e·s, les passant·e·s, les visiteur·se·s occasionnel·le·s, mais aussi les artistes mêmes, qui ont le pouvoir de porter un regard esthétique (attendri ou critique) sur leur expérience urbaine, de faire de la ville une œuvre d’art à leurs yeux.

vement penser que le travail des artistes doit faire partie intégrante de tout paysage urbain.

Cette perspective immanente sur l’art et la ville, en partant d’une expérience sensible commune, traîne dans son sillage un ensemble de conséquences : elle nous invite d’abord à nous rappeler que la production de la ville, comme nous venons de l’évoquer, n’est pas que l’œuvre de ses concepteur·rice·s et décideur·se·s. Elle part d’en bas, de l’espace vécu de ses citadin·e·s et de l’espace perçu de ses artistes, pour reprendre les catégories d’Henri Lefebvre1. Elle permet ensuite de considérer avec suspicion ce que nous ferons ci-bas, la place centrale qu’occupe désormais la culture dans les stratégies de développement urbain. Elle invite enfin à penser qu’il reste possible, Le point de départ est ici celui de l’expérience sur le plan urbanistique, de valoriser cette saisensible, la mienne comme celle de tout le sie esthétique de la ville en adoptant non pas monde : cette expérience nous dit que la beau- une stratégie, mais bien une certaine attitude té urbaine est déjà là, qu’on n’a pas à remplir la par rapport à la place de la culture dans les ville de culture et, qu’en plus de la beauté qui 1  Henri Lefebvre. La production de l’espace. Paris, Anthropos, émane des choses ordinaires, on peut effecti- coll. « Société et urbanisme », 1974.

13


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Guillaume Éthier

un contexte de compétition interurbaine. On avait bien sûr envie de rendre les villes belles et attrayantes autrefois, notamment par le truchement de l’architecture monumentale, mais ces considérations esthétiques étaient secondaires, ou superficielles, c’est-à-dire La culture comme moteur qu’elles avaient trait au contenant des villes, Il serait frappant pour des urbanistes de pas tellement à leur contenu. La culture, c’était quelques générations passées d’apprendre la finition, la carrosserie rutilante sur une maque la culture occupe aujourd’hui une place chine économique féroce. Depuis le passage à centrale dans le développement des villes de l’ère postindustrielle, on l’a mise sous le capot. toutes tailles. Il n’y a qu’à lire un document Elle est devenue le moteur économique des comme la Politique de développement cultuvilles. rel de la Ville de Montréal, par exemple, où l’on insiste pour la définir comme une « mé- Les raisons qui ont motivé ce changement tropole culturelle », pour s’en convaincre : de sort pour la culture sont bien connues dela culture est devenue un outil de dévelop- puis au moins la parution du classique The 2 pement économique, la locomotive derrière Cultures of Cities de Sharon Zukin en 1995 , laquelle s’accrochent toutes les autres initia- 2  Sharon Zukin. The Cultures of Cities, Royaume-Uni, Wiley, tives visant à améliorer le sort des villes dans 1995.

Guillaume Éthier

milieux urbains. Nous offrirons ici quelques suggestions à quiconque voudrait adopter cette posture urbanistique qui vise à faire émerger la culture urbaine plutôt qu’à l’imposer sur un territoire.

14


ÉMOUVOIR

rôle d’appât dévolu aux artistes : ces mêmes personnes qui donnent une âme à un quartier et l’embellissent au grand plaisir des autorités municipales sont souvent les premières à en être chassées quand ledit quartier devient cool et se voit gentrifié par des industries créatives. Le processus qui s’accomplit de la sorte révèle la couleur économique de ces stratégies en plus de réduire l’art au statut de « fonction urbaine » : l’art qui « sert à quelque chose », qui transforme, pour le meilleur et pour le pire. En reprenant la question à partir de l’expérience sensible de la ville, on peut d’abord se réjouir que la culture fasse l’objet aujourd’hui d’une attention sans précédent dans les politiques urbaines. Mais demandons-nous si ce qui fait défaut aux différentes politiques culturelles n’est pas précisément le fait d’importer, en chaque lieu, une stratégie calquée

Guillaume Éthier

Guillaume Éthier

et la recherche a ensuite bien documenté les effets pervers de cette instrumentalisation de la culture et des artistes. En somme, le déclin industriel des grandes métropoles du Nord a largement réorienté les économies urbaines vers les secteurs tertiaires avancés comme la technologie et les industries créatives, des domaines où la qualité des milieux de vie est un facteur important d’attraction et de rétention des entreprises et des travailleur·se·s qualifié·e·s. La qualité de ces lieux étant largement tributaire de leur vie culturelle, les villes se sont mises à adopter des stratégies de régénération par la culture dès les années 1980 pour se débarrasser de leur patine industrielle et se positionner avantageusement face aux autres villes. Le succès de telles approches se confirmant avec les décennies, leur multiplication sous forme de recettes a tôt fait de révéler le

15


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

aux yeux des résident·e·s d’un secteur, mais pas nécessairement : ils et elles peuvent tout aussi bien être attaché·e·s à ces choses dites laides ou banales. Mais comment le savoir, sans le leur demander au moyen d’enquêtes ethnographiques ? Des ruines commerciales, par exemple, signalent peut-être le déclin d’une certaine activité économique, mais peuvent aussi faire vibrer une corde sensible, notamment chez les plus nostalgiques d’entre Une beauté à laisser émerger nous. Cette fascination pourrait en tout cas Voici cinq propositions générales qui pourservir d’inspiration à de nouveaux projets raient guider une approche à la culture urbaine d’art ou de design urbain, ce qui ferait changepartant de l’expérience des résident·e·s pour ment du réflexe urbanistique usuel consistant favoriser des interventions plus harmonieuses à vouloir cacher ces espaces de la honte. avec les aspirations locales. 2.  Laisser l’art être de l’art. 1.  Interroger les gens sur ce qui les émeut. Les deux prochaines suggestions pourront D’abord, sur le plan urbanistique, il faut se sembler contradictoires. Elles ne le sont pas donner les moyens de recueillir les percepsi l’on considère que la première a l’absolue tions citoyennes de l’environnement avant d’y priorité sur la seconde et que les deux peuvent intervenir. Ce qui, de l’extérieur, peut sembler exister simultanément. En ce qui concerne la inintéressant, désuet, peut l’être tout autant

Guillaume Éthier

sur ce qui s’est fait ailleurs, sans s’interroger du même coup sur la qualité propre du territoire que l’on assaille. Qu’a-t-on fait de ce qui était déjà là avant qu’on y aménage des projets de design urbain, qu’on élabore des plans lumière et qu’on érige des œuvres d’art public comme autant d’aiguilles d’acupuncture sur le corps de la ville ? L’existant était-il si inintéressant qu’on devait absolument le changer ?

16


ÉMOUVOIR

commande en art public, je dirais que les tentatives visant à se servir de l’ajout d’une œuvre pour faire une pierre deux coups et régler un problème urbanistique, comme forger l’identité d’un quartier générique ou masquer un problème de circulation, échouent la plupart du temps à accomplir leur double mission. Les exemples montréalais abondent, mais évitons ici de nous en prendre à un projet en particulier. Limitons-nous à dire que nombreuses sont les œuvres d’art public et les œuvres du 1 % qui semblent avoir été posées là pour donner une image positive à des projets urbanistiques qui sont autrement moins glorieux (voirie, chantiers de construction, projets résidentiels et commerciaux, façades aveugles, architecture sécuritaire, etc.). À ce compte, il vaudrait mieux régler le problème urbanistique d’abord et laisser les artistes sollicité·e·s créer comme bon leur semble, évitant ainsi de leur imposer une fonction autre que celle d’être pour être, ce qui est déjà beaucoup. La

vie culturelle n’est pas un pansement sur la ville, c’est une activité autonome et alimentée par des gens qui intègrent librement – ou non, c’est leur choix ! – l’art public dans leur imaginaire du secteur. 3.  Favoriser un art que le public peut s’approprier. Il faut donc laisser l’art être de l’art, mais si l’on tenait tout de même à créer des œuvres qui seront adoptées par les populations locales, la recherche a bien montré que les lieux qui sont les plus susceptibles d’être pleinement appropriés par les résident·e·s sont ceux que l’on peut modifier, transformer, voire interpréter de plusieurs façons. C’est vrai des jardins publics, des lieux où l’on remue la terre et l’on récolte ce que l’on a semé3. Les implications sont différentes en ce qui concerne le design urbain et l’art public : pour le pre-

Guillaume Éthier

3  William H. Whyte. The Social Life of Small Urban Spaces, Washington, Conservation Foundation, 1980.

17


Panneau de publicité, Pointe-Saint-Charles, 2017 ; Mico Mazza


ÉMOUVOIR

mier, il est peut-être souhaitable d’éviter de construire des espaces minéralisés et impossibles à transformer et dont les fonctions – se balancer ici, manger là, se reposer ailleurs, etc. – sont clairement balisées et fixées pour toujours. En ce qui concerne l’art public, la suggestion est en phase avec les approches contemporaines en art consistant à éviter les monuments commémoratifs frappés d’un interdit sur leur piédestal, et ce, au profit d’installations plus ouvertes, protéiformes, voire carrément accessibles aux passant·e·s, comme l’œuvre Dendrites de Michel de Broin sur laquelle on peut se hisser à l’aide d’escaliers. Mais cette disponibilité à l’appropriation ne devrait jamais être une injonction, sans quoi on retombe dans les recettes déplorées précédemment. 4.  Accepter les mutations urbaines, le désordre. On ne doit pas avoir peur des interstices, des entre-deux, de l’indéterminé. Quand on considère la vie culturelle en surplomb de la ville, on tend à penser un territoire d’avant, pauvre, et un territoire d’après, réénergisé et réactivé par une couche de vie culturelle qu’on aurait en quelque sorte superposée à l’ancienne. À plus forte raison, ces interventions nouvelles sont représentées dans les documents d’urbanisme à l’aide de marques colorées qu’on surimpose à un territoire en teintes de gris. En plus de hiérarchiser les espaces en faveur de la nouveauté, ce type de représentation s’illusionne sur le fait que les nouveaux projets seront livrés dans un état définitif, pleinement utilisé et animé. Il serait peut-être souhaitable de penser qu’un nouvel espace public sera longtemps en construction, et ne sera pleinement animé peut-être qu’une poignée d’heures par année. Il restera donc banal, tiède, tout le reste du temps, ce qui n’est pas un problème. Pourquoi ne pas laisser évoluer l’appropriation des lieux en évitant de les clôturer en dehors des moments d’activation officiels ? Cela vaut en particulier

19

dans un secteur où il y a plusieurs chantiers en simultané : il est certes valable de vouloir relier un territoire décousu par des interventions artistiques, mais pourquoi ne pas laisser les adolescent·e·s, par exemple, occuper ces espaces dans leurs phases transitoires, ou penser aux autres usages qui peuvent y germer quand ces lieux sont en jachère ? Laisser respirer la vie culturelle d’un secteur, c’est éviter de le penser à partir d’un avant et d’un après rigides. 5.  Défendre le banal et la laideur. Enfin, et de manière plus générale, il faudrait éviter d’avoir peur de ce qui est laid, ou plutôt, de penser en termes dichotomiques qui opposent les « belles » interventions artistiques aux traces « affreuses » laissées par la culture locale. L’une et l’autre ont un pouvoir égal d’émouvoir. L’histoire nous rappelle cycliquement que les préférences esthétiques d’une génération, une fois passé l’engouement initial, finissent souvent par gagner la faveur d’une autre génération, comme le montre actuellement l’attrait renouvelé pour l’architecture brutaliste des années 1960-1970. Ce qui est détruit ne l’est qu’une seule fois et pour toujours (comme on aime à le rappeler en patrimoine), ce qui devrait nous convaincre qu’un paysage urbain même très banal pourra un jour constituer quelque chose suscitant l’admiration. L’idée ici, sur le plan urbanistique, n’est pas de se contraindre à l’inaction par peur de se tromper face à la postérité, mais simplement de se rappeler, humblement, que les citoyen·ne·s qui sillonnent quotidiennement ce territoire y voient peut-être quelque chose d’émouvant, quelque chose à faire rimer avec la musique dans leurs oreilles.


ENTRETIEN AVEC MICHEL DE BROIN, ARTISTE DES DENDRITES

Michel de Broin, Dendrites, 2017 ; art_inthecity (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)


Q

ÉMOUVOIR

Qu’est-ce qui a inspiré la création des Dendrites ? Quelle est la signification des Dendrites ? La stratégie soutenant ma démarche artistique a consisté à abstraire l’escalier de son cadre architectural pour le faire exister de manière autonome comme œuvre d’art offerte à l’expérience esthétique. Recontextualisé à travers une nouvelle configuration sculpturale, l’escalier cesse d’être un objet utilitaire, mais conserve ses qualités d’appareil circulatoire permettant le mouvement des êtres humains. Les troncs s’élèvent au-dessus du sol et de la chaussée comme pour s’en détacher et suggérer l’envol avec leurs grands porte-à-faux. Il y a dans l’être humain un désir d’atteindre la plus haute cime d’un arbre ou d’une montagne afin d’en contempler la vue et d’embrasser le paysage qui s’offre à lui. Dendrites propose l’expérience de grimper sur ses branches, qui donnent chacune un point de vue sur le monde. Ses courbes et la couleur ocre d’oxyde de fer de ses troncs en feront le point focal de son environnement. L’œuvre monumentale pourra être appréciée de près comme de loin, par des piéton·ne·s, des cyclistes ou des automobilistes.

Q

Comment avez-vous composé avec l’intégration de l’œuvre dans le paysage de l’autoroute Bonaventure ? Existe-t-il un lien entre innovation et beauté (par le recours inattendu de certains matériaux pour contribuer à l’esthétisme de l’œuvre, par exemple) ? Intégrées au seuil nord du projet Bonaventure, les Dendrites sont implantées de part et d’autre de la rue Notre-Dame. Les deux sculptures en escalier qui composent l’œuvre rappellent les troncs de très grands arbres avec leurs réseaux de branches qui se déploient. De morphologies semblables, elles se distinguent par leur taille et leurs sinuosités. Construite en acier intempérique, l’œuvre prend la couleur ocre du tronc d’arbre qu’elle représente. Elle constitue en outre un rappel du passé industriel du site et de ses structures de fer. Par son oxydation de surface, l’acier Corten participe au théâtre moléculaire de la nature. La cristallisation microscopique des particules de fer sur sa surface rappelle la formation des dendrites, créant un parallèle entre la forme ramifiée de l’escalier et son matériau. Le projet d’aménagement du site Bonaventure détrône l’automobile de la place centrale qu’elle occupait jadis sur le tronçon autoroutier surélevé. Les voitures ainsi écartées laissent entrevoir un nouvel espace vert, un point de rencontre conçu pour être fréquenté par des piéton·ne·s et des cyclistes. Transcendant les inconvénients d’un monde dominé par l’automobile, le projet dans son ensemble propose de mettre les êtres humains et le monde végétal au centre de ce milieu de vie. La promenade sinueuse d’environ 700 mètres à travers des éléments naturels se poursuit et s’étend jusque dans les branches des Dendrites. Cette promenade offre aux passant·e·s l’occasion de participer et d’habiter le

21


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

paysage en le connectant directement avec son environnement. En grimpant dans les branches, les passant·e·s animent l’œuvre, tel le feuillage d’un arbre. Offrant différentes trajectoires de circulation, Dendrites encourage l’ascension active. Lorsqu’un·e passant·e gravit l’escalier, il ou elle rencontre nécessairement une bifurcation, où une décision doit être prise. La pensée dans le cerveau se forme par la transmission d’impulsions électriques au sein d’un réseau de dendrites neuronales, un peu comme le·a grimpeur·se dans la sculpture découvrant les structures de son monde. D’un bout à l’autre de l’oeuvre – comme une impulsion dans le cerveau qui voyage d’une neurone à l’autre – le·a promeneur·se gravit les marches de l’escalier et s’aventure dans la sculpture en reliant sa présence à celles des troncs – qui se font face de par et d’autres de la rue Notre-Dame – et à celles des édifices avoisinants.

Q

Aviez-vous anticipé comment les citoyen·ne·s allaient interagir avec votre œuvre, comment ils et elles allaient se l’approprier ? Je ne pense pas aux citoyen·ne·s comme catégorie sociologique manipulable. L’art ouvre une brèche dans le monde connu, il cherche par ses moyens à dilater l’espace et à redonner une densité à l’expérience. On souhaite qu’une œuvre désenclave, singularise et élargisse le site qui la reçoit. Un projet comme les Dendrites (avant de se concrétiser dans une matière sur un site) est avant tout le résultat d’une très longue méditation. Cette méditation n’est pas quantifiable, mais permet de dessiner cette ouverture, ce vide nécessaire pour que l’œuvre s’ouvre. Lorsqu’une personne se balade par là, on souhaite qu’elle vive une expérience la rapprochant d’elle-même, une expérience qui lui appartienne et dont elle est l’actrice singulière. C’est ce type de promesse qu’un tel travail peut potentiellement concrétiser. Mais l’œuvre d’art est un risque : aucune promesse ne garantit que cette fissure dans le béton de la ville tiendra le coup. En imaginant les Dendrites comme des entités détachées et libres d’obligations envers les spectateur·rice·s, je cherche à offrir ce champ ouvert, propice à procurer une expérience libératrice. Mais les citoyen·ne·s et la ville sont souvent contraint·e·s par leurs obligations, leurs soumissions aux normes, aux usages et aux fonctions. L’œuvre d’art réussie est comme le souffle du vent qui fait balancer doucement les feuilles d’un arbre, quelque chose d’imperceptible, d’inutile et, parfois, d’agréable. C’est quelque chose d’invisible à celui ou à celle qui attend quelque chose de précis en retour ; c’est une chose pour laquelle il faut se rendre disponible et n’avoir aucune attente. Au terme de cette méditation, qui a donné lieu à cette mise en œuvre, tout repose maintenant sur les promeneur·se·s qui sauront saisir cette occasion de contemplation.

22


Michel de Broin, Dendrites, 2017 ; art_inthecity (Flickr, CC BY 2.0)


Michel de Broin, Dendrites, 2017 ; art_inthecity (Flickr, CC BY 2.0)


Q

ÉMOUVOIR

Lors de l’événement, une vingtaine de personnes se sont installées dans les différentes branches de votre œuvre pour lancer la discussion. Comment avez-vous réagi en voyant ces personnes investir Dendrites ? J’ai grimpé l’œuvre à plusieurs reprises avec différents groupes, c’est toujours assez agréable de s’installer là-haut pour regarder la ville. J’ai remarqué que, contrairement aux parents, les enfants sont un meilleur public : ils et elles ont une plus grande facilité à investir le monde qui les entoure, à jouer et à être curieux·ses. Les adultes, surtout en groupe, ont une manière plus convenue d’appréhender l’œuvre. Ces dernier·ère·s sont souvent passif·ve·s et ont plus de difficulté à faire l’expérience sans s’attendre à ce qu’on la leur explique, qu’on leur fournisse un mode d’emploi. Les parents ont tellement l’habitude de se faire diriger qu’ils et elles en redemandent et voudraient que l’artiste donne toutes les clefs. Le travail de médiation est d’enseigner au public à être curieux, à faire leur propre expérience. On invite les citoyen·ne·s à être à leur manière auteur·rice de l’œuvre, à la redessiner ou à la prolonger, à s’en approcher ou à s’en éloigner. La médiation a pour but de redonner aux adultes, pétrifié·e·s par leur vie encadrée, une expérience du monde que les enfants connaissent naturellement.

25


Q

CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Le jour de l’événement, de grosses machineries lourdes s’affairaient à creuser et pilonner le sol et à rejeter la terre, le roc, etc. dans des camions afin de couler les fondations d’un bâtiment à venir. Vous aviez souligné ce contraste entre le beau souhaité de l’art public et des Dentrites et le laid à rejeter du chantier adjacent. Quel souvenirs gardez-vous de ce moment ? Le jour de la conférence-expérience, lorsque nous étions sur les hauteurs des Dendrites, nous pouvions contempler au loin un chantier de construction où une gigantesque pompe à merde régurgitait, comme un géant qui vomit, de la matière brune. J’ai invité les visiteur·se·s à regarder cette chose monstrueuse dont la présence insolite éveillait chez moi un profond sentiment esthétique. L’informe, la dépense et l’excès (que le design, l’urbanisme et la police cherchent à éliminer d’une ville) sont tout aussi essentiels et beaux. J’aime ce qui résiste à cette idée convenue du beau, qui aplatit la ville et cherche à masquer son caractère, en s’efforçant de réduire la ville à une certaine idée de la beauté. On demande aux architectes de désherber les friches et de stériliser le terreau fertile qu’est la ville. Laissons-la exister, prenons le risque de laisser la beauté nous excéder. Laissons la laideur nous émouvoir, cette beauté offerte en programme est un simulacre qui sert de prétexte à désinfecter la ville.

Q

Quel est votre rôle en tant qu’artiste pour contribuer à la beauté d’une ville et pour y sensibiliser ses citoyen·ne·s ? Lorsque la branche d’une plante pousse – ce qui est beau et unique –, on ne sait pas pourquoi elle étend ses membres par ici plutôt que par là. Elle existe et se déploie pour elle-même et se dessine sur le paysage. Nous sommes tellement habitué·e·s à ce que les choses soient faites pour interagir avec nous, comme sur les rayons d’un supermarché, que nous ne suspectons pas qu’une chose puisse exister pour elle-même sans se soumettre à notre consommation. Regarder la nature permet de comprendre l’essence véritable des choses : exister et croître par-delà l’usage qu’on en fait. Faire de la beauté une commodité c’est d’empêcher ses formes multiples de s’exprimer. La beauté se dégage librement, comme la rosée sur l’étendue d’un pré. Fabriquer la beauté pour répondre aux attentes convenues d’une politique publique est une erreur et une subordination de l’être. La beauté est ce qui échappe à toute mise en boîte ­– un point de fuite, une ouverture, un ciel aux nuances infinies; elle n’est jamais un objet.

26


Michel de Broin, Dendrites, 2017 ; Cold, Indrid (Flickr, CC BY 2.0)


17 h 30  Visite du lieu (animation par Michel de Broin)

tre No rue

ru

eS

ain

t- J

-Da me O.

ac qu es

17 h 15  Rendez-vous aux abords des Dendrite

bo

ul.

Ro b

er

28

t-B

ou

ras

sa


es

rue Well ington

ITINÉRAIRE

n rue

Pri

nc

e

rue

Ott

aw a

18 h 35  Panel de discussion (animation par Guillaume Éthier)

29


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

PRÉSENTATION1 Fonderie Darling

S

ur-nommée1le « serpent » à cause des conduits d’aération qui émergent de son toit, la Fonderie Darling est un symbole important de l’histoire et du patrimoine industriel montréalais notamment par sa structure, ses seuils – munis de tirants de fer – et sa façade en brique. Aujourd’hui, la Fonderie Darling est un lieu d’arts visuels, fondé et dirigé par l’organisme artistique à but non lucratif Quartier Éphémère, dont le mandat est de soutenir la création, la production et la diffusion d’œuvres d’art actuel. La Fonderie Darling développe tout un éventail de stratégies et d’occasions de rencontres qui per-mettent la diffusion de l’art dans un cadre élargi. La présentation d’expositions et de discussions avec des invité·e·s internationaux·les, des installations à l’extérieur, des per-formances ponctuelles, des ateliers portes ouvertes, des activités pédagogiques dans des milieux créatifs et la 1  Présentation et historique adaptés du site Web de la Fonderie Darling.

mise à disposition d’ateliers à des artistes locaux·les et de résidences internationales offrent aux artistes et au public la possibilité de vivre une expérience épanouissante dans un cadre inspirant et dégagent une cohérence qui facilite la compréhension de l’art actuel. Ces ateliers, disponibles à moindre coût pour les artistes montréalais·es, contribuent d’ailleurs à l’avancement des arts visuels et à faire de la profession d’artiste un métier à part entière. La présence de professionnel·le·s internationaux·les est également une composante extrêmement stimulante pour la dynamique du lieu : elle permet aux artistes de s’ouvrir sur le monde, de confronter leurs idées, leurs techniques et de créer des relations durables entre les pays. À la recherche de croisements et de découvertes, et s’associant fréquemment avec d’autres organismes, la Fonderie Darling rassemble le public des arts visuels autour des préoccupations communes.

30



CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Archives nationales du Canada, PA-147588

HISTORIQUE1 Fonderie Darling

1850

1800

1820-1825 : Construction du c

Brooksbank (CC BY-SA 4.0)

La firme de la no Montréa

1830-1845 : Modernisation du p tréal. Établissement d chemin de fer entre Lachine.

32


Archives nationales du Canada, ANC-C6859

ÉMOUVOIR

1880 : Arrivée des frères Darling dans l’ancien quartier de Griffintown. L’implantation de la Fonderie Darling se fait dans un premier bâtiment à l’angle des rues Queen et Ottawa.

1888-1909 : L’architecte J. R. Gardiner est mandaté pour la construction des deuxième et troisième bâtiments de la Fonderie Darling.

1950

1900

canal de Lachine.

1914-1918 : La Fonderie Darling est réquisitionnée pour la fabrication d’armement lors de la Première Guerre mondiale.

1918 : e d’ingénieurs T. Pringle & Son est commanditée pour la construction ouvelle fonderie. À son apogée, deuxième des plus importantes de al, la Fonderie Darling est constituée de quatre bâtiments, ayant chacun une affectation technique spécifique.

1939-1945 : La Fonderie Darling est encore réquisitionnée pour la fabrication d’armement, cette fois-ci dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale.

33

Conrad Poirier ; BanQ, P48,S1,P5630

port de Mond’une ligne de e Montréal et


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE 1993 : Création de l’association Quartier Éphémère, née d’un accord de coopération entre une entité française, Usines Éphémères, et une entité québécoise, la Fondation pour le développement des artistes de la relève.

1991 : La Fonderie Darling ferme définitivement ses portes.

sparklg (CC BY-SA 2.0)

1990

1950

1970 : Fermeture du canal de Lachine.

1994 : Ouverture de Quartier Éphémère au 16, rue Prince, dans un ancien entrepôt adjacent au Vieux-Port de Montréal en échange de son occupation et de son entretien.

34

Jeangagnon (CC BY-SA 4.0)

ren


ÉMOUVOIR

2002 : Inauguration de la première phase de la Fonderie Darling, centre d’arts visuels.

2012-2013 : Célébrations du 10e anniversaire de la Fonderie Darling et du 20e anniversaire de la création de Quartier Éphémère.

2019 : Conférence-expérience Émouvoir, en partenariat avec le CRIEM et le Qi.

2020

2010

2000

2006 : Inauguration de la deuxième phase de la Fonderie Darling, avec ses ateliers et ses résidences.

Montrealfd (CC BY-SA 4.0)

Retis (CC BY 2.0) Fonderie Darling (CC BY-SA 4.0)

ne_beignet (CC BBY-NC-ND 2.0)

35


La beauté des villes

T

ALIKI ECONOMIDES

he series of conference-experiences organized as site visits to various Montréal neighbourhoods, paired with in situ discussions about urban issues, offer a refreshingly accessible and inclusive forum for exchange between citizens, community groups, and scholars. The invitation to panellists was to offer a five-minute reflection and participate in a discussion on the relevance and role(s) played by beauty in the urban realm. Interpreting this as a creative opportunity to work outside the conventional academic conference paper and lecture formats, I read a poem that I composed for the occasion. The combination of the verbal performance of “La beauté des villes” and its subsequent graphic design results in an aesthetic contribution that deliberately places the aesthetic concept of beauty within a morethan-aesthetic frame. An experimental exploration of the spatiality of word as image, the poem confounds expectations through its ostensibly light, rhyming play on Québécois expressions while delivering a polemical message. The contrast between the seeming levity of the poem’s graphic form in combination with its playfully subverted idiomatic expressions— the amusing force of which will hopefully be enhanced by the non-native French-speaking author’s reading—and the seriousness of the poem’s political content is, of course, part of the argument: that which is too often underestimated as superficial and thus non-essential, in fact, underpins matters of practical and political urgency. Emerging from my deep concern as both a scholar and citizen for the ways in which social and spatial inequalities are mutually reinforcing, this piece draws inspiration from the nuances contained within the overarching theme of this series of conference-experiences—the verb to move. It exposes urban beauty as something that has the power to touch us emotionally and that is important enough to stir thoughts and feelings in ways that lead to action.

L

a série de conférences-expériences, organisées sous forme de visites de lieux dans différents quartiers de Montréal jumelées à des discussions in situ sur des questions urbaines, offre un forum d’échange accessible et inclusif entre citoyen·ne·s, groupes communautaires et chercheur·se·s universitaires. Les panélistes ont été invité·e·s à partager une réflexion de cinq minutes sur la pertinence de la beauté dans l’espace urbain et le(s) rôle(s) joué(s) par celle-ci et à participer à une table ronde sur ce sujet. J’ai interprété cela comme une occasion d’exprimer ma créativité en dehors des formats conventionnels des conférences universitaires, et j’ai lu un poème que j’ai composé pour l’événement. L’agencement de la lecture orale de « La beauté des villes » et de sa conception graphique ultérieure donne lieu à une contribution esthétique qui place délibérément le concept esthétique de la beauté dans un cadre plus qu’esthétique. Exploration expérimentale de la spatialité du mot-image, le poème déjoue les attentes par ses rimes légères et ostensibles et son jeu sur les expressions québécoises tout en livrant un message polémique. Le contraste entre l’apparente légèreté de la forme graphique du poème, combinée aux expressions idiomatiques subverties et ludiques – dont la force amusante, espérons-le, est renforcée par la lecture de l’autrice non francophone –, et le sérieux du contenu politique du poème, fait bien sûr partie du discours : ce qui est trop souvent sous-estimé comme étant superficiel, et donc non essentiel, sous-tend en fait des questions d’urgence pratique et politique. Issu de ma profonde préoccupation, en tant que chercheuse et citoyenne, quant aux façons dont les inégalités sociales et spatiales se renforcent mutuellement, ce poème s’inspire des nuances contenues dans le thème général de cette série de conférences-expériences, émouvoir. Il expose la beauté urbaine comme concept qui a le pouvoir de toucher émotionnellement et qui est suffisamment important pour susciter des pensées et des sentiments de façon à ce qu’ils conduisent à l’action.


ÉMOUVOIR

Click here to listen. Cliquez ici pour écouter.

Dimension structurante de l’espace public, la beauté des villes est une préoccupation contemporaine et historique Au cœur des débats sur la qualité urbanistique, architecturale, Mise en page d’Aliki Economides

la beauté renvoie au bon, au bien-être La sous-estimer alors, c’est ÇA qui m’achale


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Click here to listen. Cliquez ici pour écouter.

Espa

productifs

les toits pla des serres et potagers Ruelles joyeuses, parcs, arbres, jardins, mais il faut aussi souligner le rôle prometeur

Question carrément esthétique

de l’agriculture

au premier regard,

urbaine

je propose d’élargir la définition avant qu’il ne soit trop tard

38

trai

aux pe

oign


aces devenus

s et mignons,

ats abritent

ÉMOUVOIR

Faisons face aux tendances mondiales dont on devrait avoir peur, Mais tenant à cœur

la survie de

d’autres aspects

la beauté

de la beauté urbaine,

c’est de valeur

j’insiste sur la durabilité de multiples façons et où ça nous mène

ités

etits

nons

39


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Fille d’immigrants je suis fière de l’être Nos villes sont enrichies par ces gens travaillants il faut le reconnaître

Je pro

pose

qu’un

soit m ult

e bell

e ville

icolo

r e, , inclusiv e et bien plus encore tolérante

Accessible à tous

ité n’importe leur niveau de mobil , le ille accueil v e ll e b e n u s fession n o c t e ue ité , musiq s r u e v ivers a s d e d ran g e d’un

40


ÉMOUVOIR

Click here to listen. Cliquez ici pour écouter.

rance

’igno murs d

et rielles é t a m res Barriè s is divisée o f la à s les ville belles ? et v r a i m e n t

Un tel non-sens n’aura a u c u n e chance Face à la discorde et à la disson

ance

Nous ne som

Et si on

l’état

enco

mes vraimen

ne fait

des ch

re pl

t pas chance

rien,

oses d

us m

ux.

evien

alhe

ureu

dra

x

Mais semble-t-il que la volonté collective d’éliminer de tes handicaps, c’est trop souvent r a r e comme un Bouddhiste qui snap

41


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Comprenant l’appartenance et la p a r t i c i p a t i o n,

La sa

nté s

la beauté urbaine est produite par

perçue à travers

l’appropriation Une telle vision, je vous avertis,

ociét

la beauté des vi

ale

lles

plus au sérieux e de fil s f e ch ar les

devrait être prise

p

donnera une méchante claque sur le nez morveux de la chienne à Jacques Je vous demande, alors, de réfléchir à t o u t ça Car, je vous assure que je ne me TRUMP pas

42


ÉMOUVOIR

Click here to listen. Cliquez ici pour écouter.

Mais au lieu de se frustrer et de grimper dans les rideaux face au trop beaucoup de monde qui n’a pas la tête à Papineau Bâtissons ensemble des villes à c o u p e r le souffle (Mais, le rêve ne se réalisera pas si on reste en pantoufles)

Sauvegardons la beauté de nos villes, oui ! Mais en premier, notre planète ! Car sans notre chez nous collectif, on va péter au frette Les options se présentent à droite à

et gauche Évitons de voter pour ceux qui sont poches

Premier ministre, mairesse et concitoyen·ne·s, engageons-nous à coconstruire une belle vision rose ? Avec tant d’ignorance, de haine et de laideur au monde viser la beauté, j’insiste, il faut qu’on l’ose. 43


CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

Le beau bon vérité légitime nécessaire expérience discours chaos surcharge sublimation CÉCILE MARTIN

E

n guise de préambule, je dois jouer l’avocat du diable. La question du beau dans mon œuvre m’a souvent été posée ; or je ne me la suis jamais posée moimême.

un moment détaché de l’expérience physique ou mentale de l’environnement. Le beau transforme l’expérience en discours. Or si la manière d’atteindre le beau ou sa pertinence sont sujets de débats, l’expérience du beau ne pose aucun doute. L’expérience du 1 beau est légitime. Mais est-elle un droit ? EstL’étymologie du mot permet de mettre en elle nécessaire ? contexte le sujet. En effet, le beau désigne un « état de ce qui est bon1 ». Cela sous-entend Le beau légitime / le beau nécessaire que le beau est bon. Il est prescription. Par le Ce beau, que qualifie-t-il ? En d’autres mots, mot est définie, dictée, prononcée, décrétée qu’est-ce qui est beau ? Pour avoir travaillé la beauté. dans des environnements à la limite d’une culture qui m’est familière – comme parmi Beau = bon les bergers des rues poussiéreuses de Bamako Le beau est donc la formulation d’un jugeau Mali, ou à Calcutta, la ville des sans-abris, ment. L’objet doté de ce beau a été jugé. Il dans la Palestine emprisonnée ou dans les fadevient un instrument qui tranche. Il est vélas de Salvador au Brésil – la question du doté d’une qualité immuable, une qualité beau devient plus complexe et difficile à déabstraite. Le beau est un moment de suspenfendre. Qui le définit, qui le décrète ? Le beau sion dans l’expérience continue du monde, comme argument transfère l’expérience de la beauté dans l’ordre du discours. 1  « Beauté », Wiktionnaire. Consulté le 19 juin 2021.

Panorama Cerdagne #1 ; Cécile Martin

44


ÉMOUVOIR

2

du présent. Or le beau peut-il constituer une expérience universelle ? La question du beau é-[ex-]mouv-oir = le mouvement hors de soi se pose différemment selon le milieu dans leQu’en est-il de la question de l’émotion, ou du quel elle est posée, selon l’univers perceptif titre du présent événement, émouvoir ? La d’un groupe spécifique qui le nomme, car le racine mouv- décrit un mouvement. Le préfix beau norme. Il réduit le réel à une dimension é- fait référence à la privation, à la séparation acceptée comme valeur commune par un signifiée également par son dérivé ex-, ou en groupe qui ainsi se définit. dehors de2. Émouvoir décrit une expérience de mise en mouvement en dehors de soi, le 3 lieu ou l’instrument du déplacement3. Altérité ou vérité L’expérience du beau / le discours du beau Si l’émotion transporte l’humain hors de lui-même, le beau est le véhicule de cette émotion, un mouvement de la pensée vers le sublime. L’humain ému par le beau fait l’expérience d’une extension hors de luimême – privé de soi, vers une immanence. Le beau élève la pensée, interroge l’éternel. Mais c’est la profondeur, la complexité de l’expérience, de l’émotion qui permet de tendre cette pensée vers le beau. Le beau est le produit du milieu dont il émerge qui, tout à la fois, plonge l’individu en soi et l’élève dans un univers hors de lui-même, l’emporte dans un autre monde, dans une autre dimension de temps et d’espace. Le beau permet l’immersion dans un monde – il emporte, porte hors

En tant qu’artiste ou architecte intervenant dans des espaces publics, ou des cultures qui sont miennes ou autres que mienne, se pose à moi la question de l’altérité plutôt que de la vérité. C’est une question qui oblige la réflexion quant aux valeurs que je mets en œuvre, au cadre à travers lequel je prends une série de décisions, pose des actions et propose des transformations et des interventions. S’interroger sur la coexistence des altérités devient une posture politique qui doit être posée. Surtout à Montréal, où les conclusions de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ont été déposées au gouvernement fédéral la veille de la conférence-expérience Émouvoir, le 3 juin 2019. Le chemin vers le sublime ?

2 « Ex- », Wiktionnaire. Consulté le 19 juin 2021. 3 «« Émouvoir », définition dans le dictionnaire Littré », Dictionnaire Littré. Consulté le 19 juin 2021.

Du coup, la nécessité d’aspirer au beau devient relative. Les intentions précèdent les

45


Conchas Humanas: movements of interpenetration ; Cécile Martin

CONFÉRENCE-EXPÉRIENCE

objectifs. Le sublime est au bout du chemin porté par un plus grand que soi. La création collective des lieux, dans une multiplicité non réductrice, permet une telle expérience incontrôlable de sublimation d’un contexte. Ma propre intention est ainsi tournée vers le sublime, la transformation des états de l’expérience, plutôt que vers la vérité. Ainsi plusieurs expriment leur émotion face à mon travail, leur définition du beau. Pour ma part, je dirige tout mon être vers l’expérience du sublime, ce moment de suspension qui arrête le geste de création, un moment de tension ou de convergence entre éléments intangibles. En intervenant dans l’espace public, je m’attache à respecter les dimensions qui m’échappent. J’y suis invitée. L’espace appartient à ses usagers, ses usagères. Il est le lieu dont l’expérience est portée par le jeu en équilibre d’un ensemble

de dimensions perceptibles, de volumes, de lumières, de dynamiques, de couleurs, de perspectives, cosmologies et réflexions, de valeurs projetées, d’interactions en mouvement. Intervenir consiste en la création d’un moment d’insertion, de rupture, ou de perturbation dans le flot continu de cette matière, de l’expérience. Ce seuil choque, perturbe et change le comportement, la présence. Il échappe aux repères, plonge dans le réel et contraste avec le flot tranquille de l’habitude, celui qui isole de son environnement autrement nommé quotidien – une bulle de perception automatisée et réduite à une valeur normée ou normative. Par la mise en réseau de dimensions en mutation permanente se forment des interstices du sublime qui procurent l’expérience du beau non contrôlé, de l’imprévisible : une interpellation des sens hors de soi.

46


ÉMOUVOIR

4

La surcharge du beau

Le beau afflue

Placé au centre de ce chaos, de ce beau, l’Homme se transforme. Tel Tetsuo : l’homme de fer5 du film culte cyberpunk – ce beau fait mal. Car, finalement, c’est l’humain qui nomme le beau, qui accède à la beauté. Cette expérience transforme le regard et le discours de celui qui ose se jeter, se projeter en emportant tout sur son passage – ce beau qu’il porte avec lui, qui le dépasse et le rend plus grand, cette force miraculeuse et magique qui le pousse à s’engager et le transforme. Dont l’expérience transforme son regard et son discours.

Lorsqu’un des plus grands architectes du xxe siècle présente à la Biennale de Venise, en 1976, le collage, la création collective, La ville analogue, il affirme, « is not beauty the place where different substances and meanings meet; is it not the point where they fuse, a kind of coincidence of opposites?4 ». Aldo Rossi qualifie le beau d’agent de la complication. Il le situe en son centre : non celui de la perspective de la Renaissance ou de l’humanisme, qui place l’Homme et son reflet dans l’axe de tout – plutôt un centre qui attire toutes les couches accumulées du passé, qui tire à lui toutes les perspectives, tisse et lie les contradictions en un. Ce centre attire tel un aimant, dans un chaos cumulatif toutes les perspectives, toutes les ontologies ou manières d’être au monde. 4  Aldo Rossi. « The Analogous City: Panel », Forum International, vol. XIII, 1976, p. 5-6.

5 L’innovation comme sublimation En conclusion, positionnons la question du beau vis-à-vis la notion d’innovation6. Cette dernière peut constituer une forme de sublimation, si elle est de l’ordre d’un passage de l’expérience à une transformation de l’être, de ses connaissances, ses perceptions, ses perspectives et ses valeurs.

Vila Brandao #2 ; Cécile Martin

La pandémie de COVID-19 opère la plus grande innovation. C’est un moment où se déploie une remise à zéro, une mise en déroute généralisée des modes opératoires, des liens sociaux entre individus, et entre chaque humain et son environnement. Le vivant est en suspend – une occasion inattendue pour injecter du beau dans les systèmes, rétablir la force d’une posture du beau dans la coproduction humain-environnement.

5  L’histoire d’une malédiction vicieuse, des asticots qui transforment la chair en fer et l’humain en aimant. Shin’ya Tsukamoto (dir.). Tetsuo, Nikkatsu (international), 1989. 67 minutes. 6 La série de conférences-expériences sur l’urbanité Aménager : Expérience et innovation d’un quartier a été conçue en partenariat avec le Quartier de l’innovation.

47


À propos du CRIEM Le CRIEM s’engage à favoriser la mise sur pied de projets concrets qui, tout en profitant des connaissances produites au sein de l’université, toucheront la vie quotidienne des Montréalais·es. Le Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises (CRIEM) regroupe des chercheur·se·s dont les champs d’intérêt ou d’expertise sont liés à la vie urbaine ou à la ville de Montréal. Différents domaines d’étude, incluant l’histoire, l’architecture, la littérature, les sciences de la communication et du langage, les sciences politiques, la géographie, l’urbanisme, le droit, les études environnementales et le travail social, sont dans cette optique mis à contribution pour : 1. STIMULER la recherche émergente en études montréalaises et fédérer celle qui se fait au sein des différentes disciplines et universités ; 2. DÉVELOPPER des partenariats, des thématiques et des projets de recherche fondamentale et appliquée avec les milieux économiques, sociaux, culturels et gouvernementaux de Montréal.

COORDONNÉES 680, rue Sherbrooke O, 8e étage Montréal, QC, H3A 0E5 https://www.mcgill.ca/centre-montreal/fr

criem-cirm.arts@mcgill.ca

MEMBRES1 DIRECTEUR Nik Luka DIRECTEUR·RICE·S D’AXES Langue, appartenance Wim Remysen et plurilinguisme Économie, innovation Richard Shearmur et transformations sociales Mobilité, aménagement et environnement Juan Torres

ÉQUIPE ÉDITORIALE Rédactrice en chef : Audray Fontaine

Photographie : Sophie Bertrand (à moins d’indication contraire)

Révision linguistique : Karolina Roman Audray Fontaine

Illustrations : Karolina Roman

Mise en page : Karolina Roman

Logos : Iconmonstr

Traduction : Karolina Roman

Immigration, conditions Frédéric Dejean de vie et religion Annick Germain Culture numérique, art, littérature et performance Will Straw Gouvernance, institutions, Hoi Kong et participation citoyenne Kevin Manaugh 1 Pour toute autre information concernant nos membres et nos projets en cours, veuillez consulter notre site Web et nos réseaux sociaux.