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Actu : L'EDITO • EN BREF

L'édito Déontologie journalistique Il parait judicieux, sans se poser en donneur de leçons, de rappeler quelques uns des principaux points de la charte éthique des journalistes professionnels. Fondatrice de la profession elle précise que le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ; il ne peut se confondre avec la communication. Son exercice demande

Sommaire

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N°98 - Nov. 2017

du temps et des moyens, quel que soit le support. La notion d’urgence dans la diffusion d’une information ou d’exclusivité ne doit pas l’emporter sur le sérieux de l’enquête et la vérification des sources. C’est dans ces conditions qu’un journaliste digne de ce nom respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence. Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action

journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles. Extraits de la charte éthique professionnelle des journalistes. CPM06

L'Édito / En bref ...........................................2-4 Actu Club :Anthéa/ Atelier réseaux sociaux.4-5 Focus médias : Nouvelle vie pour Ressources ...6 Côté Livres : Grand Prix Jacques Audiberti..7 Dossier Spécial Harcèlement sexuel : les médias en accusation....................... 8-13 Focus Partenaire : Université Nice S. A..... 14-15 Anniversaire : Dallas 54 ans après.......16-17 Culture : Antonio Sapone/Azerty et les mots perdus /Alberghina....18-20 Actu photo ............................................22-25

Directeur de la publication - Rédacteur en chef : Paul Barelli / Rédacteur en chef adjoint : Vincent-Xavier Morvan / Secrétaire de rédaction - Infographiste : Marion Guinochet Ont collaboré à ce numéro : Jean-Pierre Amet, Abdellatif Azdine, Paul Barelli, Philippe Bellissent, Valery Hache, Kristian, Vincent-Xavier Morvan Edition : Club de la Presse Méditerranée 06 / Maison des Associations, 52 av. du Ray - 06100 Nice 06 60 45 23 45 / info@clubpresse06.com / www.clubpresse06.com / ISSN : 2107-7002

Eric Chimot nous a quittés. Bon vent « La Chime » ! Moustachu légendaire de la rédaction de RMC, Eric Chimot, 69 ans, grand reporter manquera à tous ceux qui ont fait un bout de chemin professionnel et personnel à ses côtés. Et le parcours d’Eric n’a pas toujours été serein. Hypersensible, bosseur, Eric est entré à RMC en 1972. Aux côtés de Jean-Louis Filc, partageant la même passion pour la voile, il créa l’émission « Plaisance sur les Ondes » qui connut un vaste succès durant une dizaine d’années. Eric Chimot surnommé « La Chime  » a fait l’essentiel de sa carrière à la rédaction parisienne de RMC qui était basée rue Magellan. Reporter puis grand reporter il a couvert de très nombreux faits d’actualité. En octobre 1988 la révolte d’Alger est un évènement qui l’avait marqué. Dans les années 2000 il a du prendre le poste de chef du bureau de RMC à Marseille où il a déployé toute son énergie. Bon vivant, il était apprécié pour son humour. J’ai travaillé plusieurs fois avec lui et je n’oublie pas sa chaleur humaine, c’était un pro. Depuis 2010 après avoir quitté RMC, il vivait à Villeneuve sur Lot. Le Club de la presse adresse ses condoléances à son épouse, ses enfants et à tous ceux qui l’aimaient. Adieu La Chime. Bon vent

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PB


Actu : EN BREF

En bref...

Deux Azuréennes lauréates du prix Eco-Reportages Félicitations à Aurélie Selvi, rédactrice en chef du journal Ressources, et à Sandra Laffont, journaliste au bureau de Lyon de l’AFP, qui sont les deux lauréates du dernier concours national EcoReportages organisé par nos confrères du Club de la Presse Drôme-Ardèche. Carton plein pour la région donc car les deux seules lauréates de cette huitième édition

sont originaires de la Côte d’Azur, Sandra Laffont étant par ailleurs la fille de Nicole Laffont, la trésorière de notre club. Sandra Laffont a décroché le prix EcoReportages AuvergneRhône-Alpes pour un reportage chez Hirotake Ooka, l’un des rares vignerons japonais installé en France et militant des vins nature. Aurélie Selvi décroche l’autre

La Côte d’Azur en beaux livres Coup double pour l’éditeur Gilletta qui sort deux ouvrages remarquables sur la région en cette fin d’année. Le premier, « Nice, voyage en poétique architecturale », est signé de l’architecte niçois Luc Svetchine. Il y propose un magnifique carnet de croquis de voyage au travers de 300 dessins aquarellés originaux où l’auteur, crayon en main, explore toutes les facettes de la ville, depuis les ruelles du Vieux-Nice jusqu’aux collines en passant par les bâtiments emblématiques de l’Art déco. Dans le second ouvrage, « Jean Gilletta et la Côte d’Azur », Jean-Paul Potron, responsable du service de recherches à la direction du patrimoine de la Ville de Nice et

rédacteur en chef de la revue Nice historique, rassemble quelque 600 clichés de celui qui fut tout à la fois éditeur, correspondant d’agences, reporter et photographe industriel. Bugadières du Paillon, palais de la Jetée-Promenade, cueillette du jasmin à Grasse, villages perchés… toutes les icônes de la Riviera sont à découvrir dans cet ouvrage et à voir jusqu’au 5 mars au musée Masséna dans une grande exposition rétrospective. Luc Svetchine est en signature à la librairie Masséna le 25/11 de 15h à 18h et Jean-Paul Potron à Jean Jaurès le 02/12 à 11H

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« Nice, voyage en poétique architecturale », de Luc Svetchine, éditions Gilletta, 208 pages, 39,50 euros. « Jean Gilletta et la Côte d’Azur, paysages et reportages 1870-1930 », éditions Gilletta, 192 pages, 34,90 euros.

prix mis en jeu, le prix Eco-Reportages, pour un dossier, consacré par Ressources à l’éco-habitat sur la Côte d’Azur, qui présentait les nouvelles initiatives durables mises en œuvre dans la région. Leurs distinctions leur ont été remises le 13 octobre lors d’une soirée organisée à Biovallée-Le Campus, à Eurre, dans la Drôme

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En bref...

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Le premier délégué régional de l'UPF-France installé à Nice Félicitations à Pierre Jamar, journaliste professionnel exerçant à Nice depuis plusieurs années (rédacteur en chef adjoint pour Vins et Gastronomie Magazine), qui devient le premier délégué régional à Nice de l’UPF-France, pour les départements de la Côte d’Azur (Var et Alpes-Maritimes). Il a été installé officiellement le 04 octobre par le président de l’UPF-France, Pierre Bardy, lors d’une réception organisée sur la terrasse du Palais de la Méditerranée à Nice.

Parmi la vingtaine de confrères présents, plusieurs membres du bureau de l’UPF-France se sont déplacés, dont Philippe Dessaint, vice-président, François-Xavier Andreys, secrétaire général et Hervé Deville, trésorier. Philippe Tallois était également présent, en tant que représentant de la section monégasque de l’UPF, invitée en voisine et amie. La mission de Pierre Jamar, figure dynamique du journalisme de la région, sera d’animer le réseau des adhérents, de procéder à de nouvelles

adhésions, mais également de relayer les attentes des confrères de sa région au bureau national. Son installation précède celles d’autres délégués régionaux qui devraient avoir lieu dans les prochains mois dans différentes régions de France

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Pierre Jamar et Pierre Bardy ©IDmediacannes

Actu Club

Soirée spectacle proposée par le CPM06 à Anthéa En partenariat avec Anthéa à Antibes le CPM06 a organisé une soirée au théâtre le 16 novembre. Vincent Brochier, secrétaire Général, nous a présenté avec toute sa passion la diversité de la programmation de ce théâtre. L'occasion de visiter ce singulier bâtiment harmonieusement conçu.Les invités du Club de la Presse Méditerranée 06 ont assisté à la représentation de L'Île

Vincent Brochier, sécretaire général, présente aux invités du Club de La Presse 06 la grande salle du théatre Anthéa ©CPM06

des Esclaves, une pièce du Collectif 8. Formé en 2004 à Nice par Gaële Boghossian et Paulo Correia, le Collectif 8 explore les frontières entre théâtre, arts visuels, musique et création vidéo. À la recherche d’une complémentarité entre théâtre et cinéma, ce groupe d'artistes permet la rencontre entre un auteur, un univers graphique et sonore original et novateur.

Après avoir adapté La Religieuse et George Dandin la saison dernière, le Collectif 8, toujours en recherche de nouveauté entre technologie et spectacle vivant, nous offre une ré-interprétation contemporaine du texte de Marivaux. Une performance haletante qui ancre le texte dans l'actualité et appelle à la lucidité

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Le Club de la Presse 06 se réunissait le 03 octobre à 18H30 à Nice pour un atelier animé par Nicolas Zebiri (agence LEZEBR communication) sur « Les réseaux sociaux en 2018 : tendances et prédictions d’experts ». Au programme de cette réunion l'évolution des classiques, Facebook, Twitter, Viadeo, Linkedin mais aussi le rôle d'Instagram, le développement de Periscope. Pendant 45 minutes, Nicolas Zebiri présentait les outils et stratégies à adopter dès la rentrée pour mieux communiquer sur son activité. Etaient aussi débattues les questions importantes du moment sur les réseaux sociaux comme : l'explosion des photos et vidéos éphémères sur Instagram, Facebook et Snapchat, la baisse du reach naturel et la montée des algorithmes sur Facebook et Instagram,l’avènement de la vidéo live et native sur Facebook, Instagram et YouTube. Etaient aussi abordés la politique des ambassadeurs sur Twitter, Instagram Direct et Facebook pour améliorer son e-reputation, l'arrivée des

fonctions de vente directes sur les réseaux sociaux Facebook, Instagram et Pinterest,la progression des chatbots pour une automatisation intelligente et une meilleure relation client. Nicolas Zebiri rappelait aussi l’omniprésence du smartphone qui devient le média privilégié de communication des utilisateurs au détriment des PC et la question du choix entre une stratégie d'externalisation ou le recours à des moyens internes en entreprise de l'expert des techniques et stratégies des réseaux sociaux.

Actu Club

Atelier Les réseaux sociaux en 2018 : Tendances et prédictions d’experts

Cette présentation donnait ensuite lieu à un échange convivial entre les participants avec les témoignages des utilisateurs sur les retours d'expérience. Cet atelier était remarquablement accueilli dans le nouvel espace de coworking de la société Wilson and Co animé par Edwige Rossy

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Philippe Bellissent

Nicolas Zebiri et les membres du Club de la Presse. ©CPM06


Focus Médias Nouvelle vie pour Ressources

Stéphane Robinson © Loïc Thébaud

Lancé il y a deux ans, le « magazine azuréen du développement durable » a changé de formule en cette rentrée 2017. Les explications de son fondateur et directeur de la publication, Stéphane Robinson

Propos recueillis par Vincent-Xavier Morvan V-X M : À quoi correspond cette évolution ? S R : L’objectif est de pérenniser le titre avec un modèle économique viable dans lequel chaque numéro, dès sa parution, est amorti. Nous sommes ainsi passés, en gardant le même rythme bimestriel, d’une formule magazine de 68 pages vendue 4,80 euros à un journal au format tabloïd de 8 pages proposé à 2 euros. Les recettes proviennent à la fois de la publicité, que nous limitons à une page et demi par numéro, des abonnés, nous en avons plus de 500, et des ventes au numéro. Nous en visons entre 1 000 et 2 000. Pour l’instant, nous attendons encore de connaître les chiffres de vente du numéro octobrenovembre qui était le premier de cette nouvelle formule.

V-X M : Quels autres changements avez-vous effectués ? S R : Pour la distribution en kiosques, nous avons quitté Prestalis pour MLP, qui offre une bonne relation avec les petits éditeurs. Nous avons élargi la zone de diffusion à toute la Provence. Nous sommes présents dans les Alpes-Maritimes, le Var, Monaco, les Bouches-duRhône et les Alpes de HauteProvence, avec un tirage à 10 000 ex. qui a doublé par rapport à la formule précédente. V-X M : Le journal reste-t-il indépendant ? S R : Oui, la seule subvention que nous avons est celle de l’Etat, car nous sommes éligibles à l’enveloppe du ministère de la culture et de la communication au titre des médias de proximité.

V-X M : Avez-vous des projets ? S R : Nous étudions la possibilité d’un hors-série annuel. Et nous aimerions aussi étoffer le journal en passant à 16 pages au lieu de 8. Mais on verra après la parution de notre numéro 8 de décembre-janvier qui sort le 22 novembre

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Côté livres Livres : le Grand CÔTÉ LIVRES

Prix Jacques Audiberti à Arturo Pérez-Reverte, ancien reporter de guerre Arturo Pérez-Reverte admet que ses romans sont influencés par son expérience de reporter de guerre. Décontracté, le lauréat du Prix littéraire 2017 de la Ville d’Antibes Jacques Audiberti, journaliste, ironise sur le fait qu’il n’est pas habitué à être interviewé. Il s’est prêté, cependant volontiers au jeu des questions/ réponses lors d’un déjeuner de presse à la Villa Eilenroc à Antibes le 10 novembre dernier. D’emblée, l’écrivain espagnol a confié qu’il est un admirateur d’Alexandre Dumas. Dans son dernier livre, "Deux hommes de bien", on retrouve la verve épique des Trois

mousquetaires. Membre de l'Académie Royale espagnole, Arturo Pérez-Reverte figure parmi les plus grands écrivains contemporains. Issu d'une famille de marins, le lauréat 2017 a toujours été passionné par la mer. Diplômé en sciences-politiques et en journalisme, il a longtemps travaillé comme grand reporter et correspondant de guerre pour la télévision espagnole. Agé de 66 ans, il partage aujourd'hui sa vie entre l'écriture et sa passion pour la mer et la navigation. Ses romans, Le Maître d'escrime, Le Tableau du maître flamand (Grand Prix de

Littérature policière 1993), La Peau du tambour (prix Jean Monnet 1997), les 7 tomes des Aventures du capitaine Alatriste ou encore Le Cimetière des bateaux sans nom (Prix Méditerranée étranger 2001) sont tous des succès mondiaux traduits en 40 langues. Parmi ceux portés à l'écran : Le Club Dumas, adapté sous le nom de La Neuvième Porte par Roman Polanski et Le Tableau du maître flamand a inspiré le film du même nom de Jim McBride. Un film basé sur les Aventures du capitaine Alatriste est sorti en Espagne en 2006, ainsi qu'une série télévisée

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Le maire d'Antibes Jean Leonetti, le président du jury Didier Van Cauwelaert et Arturo Perez-Reverte lors du déjeuner de presse à la villa Eilenroc à Antibes © CPM06

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HARCELEMENT SEXUEL : LES MEDIAS EN ACCUSATION

Soucieux d’ouvrir le champ de la réflexion sur les dérives médiatiques lors du traitement des affaires de harcèlement sexuel, le CPM06 y consacre son dossier central. Les médias, en particulier les réseaux sociaux, peuvent-ils se substituer à la justice ? s’interroge Paul Barelli. La couverture médiatique du harcèlement peut-elle avoir des « répercussions sur les victimes » ? décrypte notre confrère Abdellatif Azdine. L’ex-procureur Eric de Montgolfier dans un entretien exclusif s’inquiète du risque de « chasse aux sorcières » médiatique.

Harcèlement : le procès médiatique peut-il se substituer à la justice ? Un déferlement médiatique d’accusations. L’affaire Weinstein doit interpeller, par ses outrances dénonciatrices, notre profession de journaliste. Les médias, en relayant les innombrables plaintes des victimes de harcèlement ou de

violences sexuelles ne participentils pas à une chasse aux sorcières, parfois au mépris du principe de la présomption d’innocence ? Les journalistes peuvent-ils se contenter d’une plainte sur un réseau

social et non devant un magistrat ou policier, pour mettre en cause une personne ? Pour les « vieux » ou anciens journalistes dont votre serviteur, jadis, quand on couvrait des faits divers faisant l’objet d’une plainte, il était de coutume, souvent,


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d’attendre que la justice soit saisie pour évoquer la teneur de la plainte. Grâce en particulier à l’ouverture d’une information judiciaire par le Parquet. Cela ne relevait pas de l’autocensure, d’une allégeance aux institutions mais de la prudence. Cela relève du passé. Dont acte.

Présomption d’innocence Depuis une quinzaine d’années de nombreux medias ont mis en cause des personnalités ou de simples quidams en s’adossant à un « document » en l’occurrence une plainte. En l’absence ou bien avant le déclenchement de l’action publique. On connait le résultat. La diffusion tentaculaire de l’information -vraie ou fausseengendrée par la révolution numérique a fait voler en éclat les principes de prudence. Et ce qui est plus grave la présomption d’innocence. « Le procès médiatique actuel, soulignait le 12 novembre sur Europe 1 Olivier Duhamel professeur à Sciences-Po est beaucoup plus important que le procès judiciaire. Dans le procès médiatique il n'y a aucune règle qui protège la défense. Vous pouvez attaquer quelqu'un sans même demander son point de vue. Ce qui inenvisageable dans un procès judicaire.

Twitter n’est pas un tribunal En quelques jours, le hashtag #balancetonporc, lancé par la journaliste Sandra Muller s’est métamorphosé en une croisade saluée par l’ensemble du monde

médiatique et politique. La traditionnelle défiance à l’égard des réseaux sociaux s’est évaporée. Bien sûr « Twitter n'est pas un tribunal » a précisé Marlène Schiappa, la Secrétaire d’État à l'égalité entre les femmes et les hommes. Cependant, ce déferlement d’accusations piétine le principe de la présomption d’innocence. Cette « libération » de la parole des femmes victimes n’est-elle pas une forme de réponse à la lenteur dont la justice fait preuve, souvent par faute de moyens, pour enquêter sur les affaires de harcèlement sexuel ? L’ex-procureur de Nice, Eric de Montgolfier ne l’exclut pas (voir cidessous entretien) : « Peut être que la justice a sa responsabilité dans ces dossiers de harcèlement ou d’agression sexuelle en trainant les pieds pour recevoir des plaintes et leur donner suite ». Le psychiatre Serge Tisseron membre de l’académie des technologies, décrypte cet afflux de témoignages dans La Croix : « On assiste au retour d’un refoulé social. Ce courant d’indignation sociale sur Internet ne prendrait pas une telle ampleur si l’impact émotionnel du harcèlement sexuel n’avait pas été aussi longtemps minimisé. Il ne fallait pas en parler. C’était banal. Pourtant, un propos grossier ou un geste déplacé ne sont jamais oubliés par ceux qui en sont victimes. On se sent maltraité dans son identité ».

Ouvrir le débat Dans ce contexte médiatique souvent

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« hystérisé » il s’avère impérieux que chaque journaliste garde à l’esprit les principes de notre déontologie. Il n’est pas question pour notre club de la Presse 06 de s’ériger en « donneurs de leçons » mais d’ouvrir le champ de la réflexion sur ces dérives dénonciatrices lesquelles, issues des réseaux sociaux entament le peu de crédibilité accordée à notre profession. Il faut ouvrir le débat sur le décryptage des informations lues sur Internet. Certes Twitter peut apporter l’assurance que la parole de la victime ne sera pas mise sous pression par des enquêteurs débordés et par le risque de vengeances. Pour autant, comme le souligne, par ailleurs dans nos colonnes Emmanuel Tric le Président de l’Université de Nice-Sophia Antipolis : « Il faudrait former dès l’enfance à la lecture des médias ». J’ajouterai de nombreux adultes également. Du pain sur la planche

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Paul Barelli

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Entretien avec Eric de Montgolfier Harcèlement. Je m’inquiète du risque de « chasse aux sorcières » médiatique L’ancien procureur de Nice (1999 -2013) qui a été au cœur de nombreux dossiers sensibles décrypte le traitement médiatique du harcèlement sexuel. CPM06 : Une certaine forme d’hystérisation, dénonciatrice relative au harcèlement sexuel s’est emparée de la plupart des médias en particulier des réseaux sociaux. Qu’en pensez- vous ? Eric de Montgolfier : Le problème n’est pas tant que les victimes contactent les médias. Ce qui est gênant c’est quelles s’adressent à ces derniers contre la justice, pas pour la justice. Et elles prennent à témoin l’opinion publique de la justesse de leur cause alors même qu’elle est soumise à l’institution judiciaire sur laquelle ils exercent ainsi une pression qui s’accentue lorsqu’il s’agit d’une cour d’assises. On l’a bien vu même si le succès n’était pas au rendez vous dans le dossier Jacqueline Sauvage (NDLR / Jacqueline Sauvage, en octobre

2014 tua son mari violent de trois balles dans le dos. Condamnée par deux fois, elle bénéficia d'une grâce totale accordée par François Hollande). C’est toujours gênant de voir des journalistes perdre une capacité individuelle d’analyse et d’information au profit d’une approche globale. Aujourd’hui, ce qui parait le plus choquant dans l’approche médiatique c’est qu’elle n’offre pas assez de diversité. Je crois aux medias pour la faculté qu’ils ont d’apporter à l’opinion publique une capacité de raisonnement et d’analyse. Et si tous chassent en meute et proposent la même vision quelle qu'elle soit alors il faut s’inquiéter pour l’avenir des medias eux-mêmes. CPM06 : Comment expliquez-vous que les victimes aient tendance à

alerter les medias avant de porter plainte ? E d.M : Oui cela s’est amplifié. Peut être que la justice a sa responsabilité dans ces dossiers de harcèlement ou d’agression sexuelle en trainant les pieds pour recevoir des plaintes et leur donner suite. Donc, la tentation est grande de faire pression sur l’institution pour qu’elle applique la réponse pénale. On ne peut pas condamner globalement ce qui parait être une dérive il faut aussi analyser comment elle est née. Pourtant le système qui consiste à sauter à pieds joints sur l’institution judiciaire pour être certain qu’elle donnera la suite qu’on attend est sans doute un mauvais système. Est-ce que l’on peut aujourd’hui raisonnablement, dans le développement du système médiatique et des réseaux sociaux, espérer retourner au système ancien


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où à peu près généralement les plaintes restaient inconnues de l’opinion publique avant qu’elles soient déposées ? CPM06 : On vous a reproché de vous acharner en particulier sur Johnny Hallyday qui a été mis hors de cause par un non lieu en 2006 que vous avez d’ailleurs, à l’issue de la procédure, requis. E d.M : Il est toujours difficile pour un procureur de la république de demander des comptes à quelqu’un qui bénéficie d’une telle notoriété. En réalité on voit bien combien c’est compliqué de faire en sorte que les uns et les autres côté magistrature, services de police, médias, et forcément côté opinion publique acceptent l’idée que la justice pose des questions auxquelles il lui appartient de donner réponse. D’une manière plus générale, je

constate aujourd’hui un engouement forcené des médias pour dénoncer des faits que l’on avait passé sous silence pendant tant d’années. Ce qui explique sans doute en partie psychologiquement le fait que ce que l’on a tu, on va le répandre. Les médias et les réseaux sociaux le répandent dans des conditions qui laissent le magistrat que je suis resté inquiet de ce qui pourrait passer pour une chasse aux sorcières. Je le regrette si les les faits sont réels il ne faudrait pas que soit dissimulée tout d’un coup une réalité que l’on ne peut pas contester. De nombreuses personnes proches des victimes se sont tues alors qu’elles savaient. Cela me fait penser- même si cela ne relève pas de la même gravité à l’exemple fameux de l’histoire de Mazarine. Lorsque François Mitterrand luimême a porté à la connaissance de l’opinion publique qu’il y avait une fille cachée entre guillemets ; Nombreux sont ceux qui ont dit « je

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savais ».Et le dénoncer après. S’ils voulaient le faire il fallait le dénoncer avant. CPM06 : La profession de journaliste doit-elle renforcer sa déontologie, son éthique ? Ed.M : Il y a certainement des journalistes qui ont une déontologie. Il m’arrive que des journalistes me contactent et essaient de me faire parler de quelque chose. Devant mon refus certains de vos confrères disent : « Oui mais mon rédacteur en chef m’a demandé de poser cette question ! ». Mais si la déontologie est soumise à l’obéissance, elle n’existe plus. La déontologie c’est une attitude personnelle, chacun doit s’en imprégner pour savoir ce qu’il doit ou peut faire

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CI-CONTRE : Eric De Montgolfier au centre,lors d'un déjeuner débat organisé par le CPM06 en 2012. © CPM06


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Les effets du traitement médiatique sur le harcèlement Les femmes du monde entier racontent leurs expériences en utilisant le hashtag pour témoigner des harcèlements dont elles ont été victimes. L’avalanche de témoignages sur les réseaux sociaux est intervenue suite à l’affaire du producteur de films américain. Lutter contre le harcèlement voilà la mission de la journaliste Sandra Muller à l’origine du #BalanceTonPorc et de l'actrice Alyssa Milano avec le #MeToo. Des affaires de harcèlement qui interrogent sur leurs effets médiatiques.

Vérité médiatique est souvent vérité d’un jour En juin 2016, France 2 s'est vu empêcher par décision de justice de diffuser un reportage citant des accusations de harcèlement sexuel visant l’administrateur d'une grande entreprise, à moins que la chaîne ne retire toute référence à ce dernier. Afin de se conformer à cette décision, elle a diffusé le reportage dans une version anonyme. La juge des référés avait considéré que la diffusion du reportage telle quelle porterait atteinte à la présomption d'innocence et à la vie privée de l'homme visé par les accusations de

harcèlement sexuel, qu’il contestait selon son avocat. Comment les journalistes traitent ce problème de société ? Derrière ces centaines d'histoires, de « faits-divers  » dans les journaux, les émissions de télévision, comment raconter les événements de la manière la plus juste ? La profession y est-elle bien formée ? Quelle responsabilité vis-à-vis des victimes ? La presse doit-elle accompagner la libération de la parole ou faire preuve de recul dans le relais des dénonciations en masse pour harcèlement. On peut penser qu’un certain type de traitement de l’information sur le harcèlement

dans les médias pourrait avoir des conséquences néfastes ; certaines réactions entraînants des séquelles sur les victimes et leurs proches, une compréhension déformée des risques de harcèlement comme la peur d’être la cible d’un étranger ; une situation souvent évoquée par les médias, alors que la majorité des agressions sont perpétrées par des personnes de son entourage. Le fait de mettre régulièrement en doute les allégations d’agression de victimes dans les médias pourrait laisser croire à la population que plusieurs victimes présumées inventent délibérément avoir été harcelées, alors que les fausses déclarations d’agression sont un phénomène rare.


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Cette fausse croyance peut favoriser le silence de plusieurs victimes qui auraient peur de ne pas être crues. Cela pourrait aussi amener l’entourage d’une victime à douter de ses déclarations.

Le traitement médiatique La couverture médiatique du harcèlement peut avoir des « répercussions sur les victimes », positives ou non. Une plus grande couverture par les journalistes du harcèlement pourrait être un facteur favorisant un dépôt de plainte par les victimes. À l’inverse, certaines pratiques médiatiques peuvent entraîner une diminution de la dénonciation par crainte que leur histoire personnelle soit révélée dans le détail ou faire l’objet de critiques. Les effets des médias sont à la fois puissants et limités ;

puissants par leur impact important en construisant la réalité, toutefois limités puisque les effets dépendent de l'interaction entre l'information et les récepteurs. Twitter va aujourd’hui plus vite que n’importe quel autre média ; ses contraintes éditoriales et techniques sont légères. Les journalistes l’ont compris. L'un des avantages des réseaux sociaux est la plus grande proximité avec les sources d'information. Les internautes sont désormais sollicités généralement à travers un appel à témoins lancé par le journaliste. C'est ce qu'on appelle le crowdsourcing. L'attrait des médias sociaux sur les traditionnels a été établi lors du mouvement #BalanceTonPorc. Le témoignage de Sandra Muller a permis aux internautes de se retrouver sur différentes plateformes, ce qui a augmenté la visibilité du mot clic et des enjeux liés au mouvement. Cette articulation entre les médias

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sociaux et ceux traditionnels vient « contester » les effets des médias. Il est difficile de dire exactement d’où provient l’influence des médias sur l’opinion. Les journalistes diront que la couverture de l’actualité répond aux besoins des lecteurs. D’autres diront que les médias « imposent » leur vision de l’actualité. Si les médias tentent bien sûr d’intéresser le lecteur, la ligne entre l’information et le sensationnalisme se fait mince : il est parfois difficile de déterminer où finit le souci de son public et où commence le sensationnalisme. Les journalistes peuvent jouer un rôle dans la prévention du harcèlement. Les voix courageuses qui s’élèvent, entendues et crues par nos médias garde-fou, changeront au final le jeu

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Abdellatif Azdine

L'actu vue par Kristian

" Macron. 06/11/17


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Le président de l’Université de Nice veut faire de la vie étudiante une priorité Emmanuel Tric a été élu à la présidence de l’Université Nice Sophia Antipolis, le 28 juin en remplacement de Frédérique Vidal, nommée Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en mai. Professeur en Géophysique, il est arrivé au sein de l’Université Nice Sophia Antipolis en 1999 après avoir été pendant 9 ans enseignant-chercheur au sein de l’Université Paris XI en physique. C’est dire qu’il connait bien cette maison immense qui se déploie sur une vingtaine de sites.

Emmanuel Tric. © Université Nice Sophia Antipolis - Christophe Rousseau

CPM06 : La révolution numérique, les réseaux sociaux bouleversent l’accès à l’information. Comment s’informer sans être victime des excès propre à la toile ? E.T. : Nous sommes dans une période difficile de l’appropriation de l’information fiable dans le dédale des canaux de communication. Comment restituer une information vérifiée ? Ce problème concerne tout un chacun et les universitaires. Le travail de chercheur que l’on tente de transférer sur nos étudiants c’est de savoir rechercher l’information. Savoir ce qui existe en amont

pour ne pas réinventer la roue. Quand on constate les erreurs, fausses informations qui circulent sur Internet, il faut que l’on forme les jeunes à s’approprier cette toile car jusqu’à présent rien n’est fait pour cela. CPM06 : Faut-il former dès l’enfance à la lecture des médias ? E. T. : Il est clair qu’il faut aborder cette problématique dès l’enfance afin qu’ils fassent à leur niveau une évaluation de ce qu’ils sont en train de lire et de découvrir. Au niveau de l’Université on essaie de sensibiliser depuis quelques années l’étudiant à la recherche


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d’information. Auparavant, on faisait cela à travers les articles ou livres. Désormais il y a la toile que l’on se doit de décrypter et faire la part des choses, être sûr de l’information que l’on récupère. Je suis géophysicien mais avant tout c'est ma formation de chercheur qui me caractérise. Il doit connaitre dans sa discipline ce qui s’est fait en amont et être conscient de cela. Amener l’étudiant lorsqu’il rédige un mémoire à s’appuyer sur des actions, références existantes et ne pas se contenter de faire du copier collé ou du rewriting. CPM06 : Vous reprenez les rênes de l’Université de Nice : du changement dans la continuité ? E. T. : Tout à fait. J’étais déjà dans son équipe, j’étais déjà vice-président. Il y a donc une continuité totale avec ce que faisait Frédérique Vidal, avec peut être des sensibilités différentes. Je veux m’appuyer sur une priorité : la vie étudiante. Faire en sorte que les usagers, que ce soient les étudiants, chercheurs, ingénieurs puissent venir avec plaisir au sein de l’université. Donc créer des lieux d’espaces dans lesquels l’étudiant et l’usager vont pouvoir s’épanouir. Et développer pleinement

des espaces de co-working qui commencent à apparaître dans les universités et doivent s’intensifier car finalement de nos jours un étudiant n’a plus besoin d’une chaise et d’une table mais d’une prise électrique ! CPM06 : Vous êtes dans l’optique de vos prédécesseurs qui est de rapprocher l’université de l’entreprise ? E. T. : En effet l’Université est un lieu de transmission du savoir qui forme et doit permettre aux étudiants de trouver un métier dans le monde socio économique. De ce fait, elle se doit de travailler en symbiose totale avec le monde socio économique : les collectivités et les entreprises. Il ne s’agit pas de « se vendre » mais de travailler avec elles, établir des synergies, que les entreprises apportent leur savoir. L’Université ne doit pas être un sanctuaire des connaissances. Nous devons être complètement ouverts. Une université contribue à faire vivre la cité. Réciproquement, la ville va pouvoir se développer en s’appuyant sur l’Université. C’est une réciprocité forte et les entreprises ont leur rôle là dedans. CPM06 : Quelles autres priorités ? E. T. : L'objectif du ministère est de créer de grands établissements à vision internationale et c'est comme cela qu'est née la Comue

Université Côte d'Azur. Demain, il faudra que l'on parle d'UCA. C'est une transformation de l'Université Nice Sophia-Antipolis qui doit se fondre dans l'Université Côte d'Azur. Le degré de transformation est pour l'heure en discussion. Cependant, la méthode doit encore être définie. L'Université Côte d'Azur ne vit que parce qu'elle porte l'Idex (initiatives d’excellence- remporté en janvier 2016 avec un capital de placement de 580 M€ NDLR). Une stratégie de recherche avec une démarche internationale se met en place. Dans trois ans, l'Idex doit être validé définitivement. Nous devons montrer au jury que l'argent mis à disposition a été correctement alloué. Que l'Université Sophia-Antipolis disparaisse, c'est une piste. Mais l'UNS pourrait aussi continuer à exister avec certaines prérogatives. L’Université Côte d’azur- UCA réuni plusieurs membres comme le CHU de Nice, l'INRIA, la Villa Arson, l’INRIA et Skema entité privée. L'Observatoire de la Côte d'Azur fait aussi partie de la Comue et pourra s'affirmer dans l'observation des risques naturels et des grands espaces spaciaux. Nous devons imaginer le fonctionnement d'UCA dans deux, trois ans

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CPM06


ANNIVERSAIRE ANNIVERSAIRE• 16 •

Assassinat JFK : la divulgation des archives secrètes est une supercherie. Passionné par le mystère JFK, notre confrère Paul Barelli a rédigé un mémoire universitaire : « L’implication du crime organisé dans l’attentat contre JFK » dans le cadre d’un Master 2 de Sécurité Intérieure-Police-Droits fondamentaux de la personne à l'Université de Nice en 2004. Il ne prétend pas détenir la vérité mais ouvrir le champ de la réflexion 54 ans jour pour jour après l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Quel chercheur sérieux peut-il accréditer la véritable imposture selon laquelle dans 6 mois les archives secrètes sur l’assassinat de JFK seront rendues publiques dans leur intégralité ? Il est question de dizaines de milliers de documents pesant 6 tonnes dont une vaste partie a été publiée. Le 27 octobre, l’administration Trump a publié en ligne 2891 documents sur 3100, repoussant toutefois de six mois jusqu’au 26 avril 2018 la divulgation de certains documents de la CIA et du FBI jugés trop "sensibles". Les documents susceptibles de mettre en cause les zones d’ombre d’un Etat ne sont quasiment jamais livrés au public. Déclassifiés. Aucune démocratie n’y échappe. Le simple fait que la date de divulgation des archives JFK ait été reportée plusieurs fois ne plaide pas en faveur

du « Grand déballage ».Tendre à le faire croire à l’opinion publique relève d’une supercherie.

Les archives secrètes « expurgées » Pour tous ceux qui se sont penchés sérieusement sur ce dossier, il est clair que ces archives ont été « expurgées » par la police de Dallas, la CIA et le FBI. Non pas forcément dans le cadre d’un complot mais pour une raison incontestable : à Dallas, le 22 novembre 1963 les balles qui ont tué JFK, à Dealey Plaza, attestent d’une faute lourde de toute la chaîne sécuritaire chargée d’assurer la protection du président. Dans une ville rongée par la haine anti-Kennedy, le parcours du cortège a été publié et ce n’est qu’une des fautes parmi d’autres.


ANNIVERSAIRE • 17 •

De très nombreux chercheurs s’accordent sur un point : la CIA et le FBI ont « couvert » le meurtre de JFK. Ce qui ne prouve pas que ces agences aient participées à un complot. Ainsi un rapport de la CIA, daté de 2013 et déclassifié en 2015 rapportait que la Cia avait bien couvert le meurtre. Son directeur de l'époque, John McCone, a dissimulé des informations aux investigateurs de la commission Warren, chargée de l'enquête sur l'assassinat.

Oswald surveillé par la CIA et le FBI En particulier le fait que la CIA était entrée en contact avec Lee Harvey Oswald avant 1963, et l'avait mis sous surveillance après sa tentative de prendre la nationalité soviétique lors de son séjour en URSS. Ce qui ne l’a pas empêché de se procurer une carabine Mannlicher-Carcano par courrier, de se prendre en photo avec et de s'en servir pour tuer le président américain. Oswald était suivi par la CIA et le FBI. Les deux agences auraient interféré ne serait-ce que pour masquer leur incompétence. Hypothèse basse. L’autre hypothèse semble difficile à prouver. Elle rejoint la théorie du « complot » selon laquelle des éléments marginaux liés à la CIA et au FBI auraient été impliqués. Les tenants de la thèse du « tueur unique » Lee Harvey Oswald se réfugient de manière rituelle derrière le rapport fameux de la Commission Warren version officielle. Ils omettent de se référer à la conclusion déterminante : « John Kennedy a été victime d’un complot » du HSCA le House Select Committee on Assassinations (Comité restreint de la Chambre des représentants sur les assassinats de John Kennedy et du pasteur Martin Luther King).

1979 une commission conclut au complot En janvier 1979, le HSCA conclut « sur la base des preuves dont il a pu disposer, que le président John.F Kennedy a probablement été assassiné dans le cadre d’une conspiration(..) ».

Le juge à la cour Suprême Oliver Wendel Homes a simplement défini la conspiration comme un « partenariat dans un but criminel ». (…) Même sans preuve de conspiration sur les lieux mêmes de l’assassinat, il y aurait tout de même une conspiration si Oswald a été aidé ». Le HSCA ne désigne pas clairement les coupables et les commanditaires, même si, entre les lignes, la mafia est soupçonnée. Les recherches les plus fouillées privilégient la piste de la mafia alliée à d’autres acteurs. Elle aurait participé à l’attentat. Elle avait un mobile -les frères Kennedy ont contrecarré ses actions- et les moyens. Au terme de deux volumes d’auditions et de pièces, le HSCA affirme qu’il y avait « plusieurs tireurs embusqués à Dallas », et souligne les « errements » de la CIA ou du FBI dans l’enquête, sans toutefois conclure sur leur implication dans la conspiration. « Malgré cela, souligne le chercheur Thierry Lentz, avec le HSCA quinze ans après le rapport Warren, une instance officielle américaine a déclaré que JFK avait été victime d’un complot. On oublie trop souvent en France cet élément essentiel du dossier Kennedy ».  Dans ce contexte tortueux, labyrinthique des hypothèses controversées sur le mystère JFK , imaginer que les archives dévoileront la vérité n’est pas réaliste

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Paul Barelli

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CULTURE Un grand monsieur nous a quittés, Antonio Sapone n’est plus Il y a des fois où les mots font défaut. Il m’a fallu quelque temps pour pouvoir dire ici le chagrin que me cause la disparition du galeriste niçois Antonio Sapone. Cette poignée de main avec Hans Hartung, ici au déclin de sa vie, illustre parfaitement les liens qu’entretenait Antonio avec les artistes. Un homme qui incarnait à lui tout seul le meilleur de l’Italie: le goût de l’art, la chaleur humaine, la générosité. Lors d’une visite à Bellona, son village, où il créa un centre culturel au milieu d’oliviers centenaires, il me parla de la restauration d’une chapelle oubliée du 16e siècle, perdue dans les collines, alors qu’il exposait un peu plus bas, dans sa propriété, des artistes contemporains. Anecdote révélatrice du parcours de celui qui chérissait le passé dans ce qu’il offre de plus touchant sans jamais cesser d’être tourné vers l’avenir et d’aider la création vive. Et ce voyage ponctué de rires et de conversations passionnantes fut agrémenté par la mozzarella incomparable de ces petits producteurs qui, eux aussi, étaient les amis de celui qui, en dépit d’une réussite fulgurante, restait humble, accessible et profondément bon. Une intelligence du cœur qui explique sans doute l’amour que lui vouent ses artistes et leurs héritiers d’âme. Dans la préface d’un ouvrage célébrant ses liens avec le merveilleux photographe André Villers j’écrivais: « Antonio entra un peu en art André Villers et Antonio Sapone © André Villers

CULTURE • 18 •

Hans Hartung et Antonio Sapone © André Villers

comme on entre en religion. Avec foi, amour et générosité. Il devint le célèbre galeriste qui exposa à Nice les figures marquantes de notre temps et qui, sur la scène internationale, acquit une renommée fulgurante. Un parcours étonnant sans jamais s’écarter des valeurs essentielles qu’il défend en tant qu’homme et et tant que marchand, au premier rang desquelles l’amitié ». Oui, cette amitié avec un grand A qui lui a valu une estime profonde de la part des artistes et de leurs proches. Je partage leur peine. Antonio, tu nous manques déjà. Cruellement

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Nicole Laffont


CULTURE CULTURE • 19 •

Céramique baroque à Menton : Alberghina, le magicien ose

Drôle de balade au Musée Cocteau, à Menton. On entre dans une galerie de portraits plus proches des squelettes que des incarnations. Marc Alberghina, couronné par le prix Biennale de l’UMAM, révèle ici quelques facettes de son immense talent de céramiste. Tel un magicien du feu il crée des œuvres d’une incroyable technicité, parvenant à donner à la faïence émaillée une vie brillante, expressive, raffinée, riche de lustres et de détails multiples.

Marc Alberghina © Nicole Laffont

Cet artiste qui prit son envol à Vallauris livre ici une méditation sur la disparition, l’effacement, le deuil. Car des ateliers prestigieux de la ville rendue célèbre par Picasso il ne reste, en dépit d’une biennale de haut vol, que des vestiges souvent nostalgiques. La pièce « Auto-combustion » donne à voir les restes d’un corps brûlé, ceci dans un poste de télévision qui incarne la destruction progressive des esprits à grand renfort d’images publicitaires (photo ci-dessus). Plus récente, la pièce centrale de l’exposition, « Les SaintPatrons » revisite les sculptures baroques d’Outre-Rhin. Chaque monastère laissait libre cours à l’imagination des religieux qui recouvraient d’ornements et pierreries les squelettes des martyrs locaux. Marc Alberghina utilise ici des éléments récupérés dans des ateliers disparus parmi lesquels des émaux aujourd’hui interdits du fait de leur nocivité et laisse parler son inventivité. Quant à l’origine du monde, elle est ici symbolisée par « La mère » qui est aussi l’appellation du moule maître des potiers. Cet immense utérus mauve capte le regard, agit un peu comme un aimant. On retrouve ici l’obsession du travail qui puise dans l’élément vivant de l’argile une infinie déclinaison d’objets hétéroclites. Le feu, loin de détruire, crée les formes, sert la création vive, ouvre l’horizon de tous les possibles

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Nicole Laffont

Ci-dessus : Les Saint-Patrons, Marc Alberghina © Nicole Laffont Ci-dessous : La mère, Marc Alberghina © Nicole Laffont


CULTURE CULTURE • 20 •

Azerty et les mots perdus ou l’envolée fulgurante de la langue française au TNN Un pur régal. Pour une fois les jeunes spectateurs ne sont pas considérés comme de gentils petits naïfs prêts à gober tout et n’importe quoi pour peu que les farces, les paillettes et les jeux colorés y soient. Non, la compagnie B.A.L. leur a servi un mets de choix au Théâtre de Nice. Un spectacle fascinant pour tous puisque l’héroïne incontestée en est la langue française. Cette grande dame, la pauvre, a été bien malmenée ces temps derniers tant et si bien que ses petits protégés, les mots, ont subi les pires outrages. On les a galvaudés, bassement asservis aux annonces publicitaires, textotés n’importe comment, mal orthographiés, tordus dans tous les sens jusqu’à devenir l’ombre d’eux-mêmes. Pire, on les a trop souvent oubliés et finalement perdus. Alors Azerty, l’auteure traque les vocables avec l’actrice Zoémie. Elles rencontrent le Grand Dictionnaire qui tremble de devenir un P’tit Dico. Il leur parle des mots qui disparaissent, comme “emberlucoquer”, “abscons” ou “didascalie”. Et les

jeunes spectateurs sont invités, eux aussi, à donner vie à un mot, n’importe lequel, pour découvrir combien la langue est riche et jolie. C’est alors qu’après les très attendus « bonbon », « chocolat », « saucisse » ou « école » une petite fille de cinq ans a choisi son mot en criant « amour ». Prions pour qu’elle soit entendue et qu’avec Thierry Vincent, le merveilleux artisan de l’affaire, chacun tombe amoureux de la langue française. Bravo ! Nicole Laffont


Le Club de la Presse remercie

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ACTU PHOTO

TRIBUNE


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La page Actu Photo d'Intermed est née en 2008. Elle a pour but de présenter une petite partie du travail du photo-journalisme en montrant les deux faces d’une photo : l’image et sa légende originale. Sélectionnées par le photographe et traitant d’un évènement du département ayant une portée nationale, ces photos n’ont pas pour autant vocation à être un résumé de l’actualité locale

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CI-CONTRE : Marseille supporters run from tear gas as they clash with police a few hours prior to kick off of the French L1 football match between Marseille (OM) and Paris Saint-Germain (PSG) on October 22, 2017, in Marseille, southeastern France. ©AFP PHOTO / Valery HACHE Les supporters marseillais fuient les gaz lacrymogènes alors qu'ils affrontent la police quelques heures avant le coup d'envoi du match de football français entre Marseille (OM) et le Paris SaintGermain (PSG), le 22 octobre 2017, à Marseille.

EN BAS A GAUCHE : Nice's Italian forward Mario Balotelli (L) receives a red card by French referee Olivier Thual during the French L1 football match between Nice and Dijon on November 5, 2017 at the Allianz Riviera stadium in Nice, southeastern France. ©AFP PHOTO / VALERY HACHE L'attaquant italien Mario Balotelli reçoit un carton rouge de l'arbitre français Olivier Thual lors du match de football L1 entre Nice et Dijon le 5 novembre 2017 au stade Allianz Riviera à Nice, dans le sud-est de la France.

CI-DESSOUS : A picture taken on October 27, 2017 shows the Ray stadium in Nice, Southeastern France, during its destruction. ©AFP PHOTO / VALERY HACHE Une photo prise le 27 octobre 2017 montre le stade du Ray à Nice, dans le sud-est de la France, lors de sa destruction.


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ACTU PHOTO

TRIBUNE

CI-DESSUS : Festival des Jardins de la Côte d'Azur. Concours de créations de jardins éphémères. Le jardin élaboré par la ville de Nice dans le Jardin Albert 1er sur la Promenade du Paillon : la palissade de couleurs.

© Jean-Pierre AMET CI-CONTRE : Jeunes (juvéniles) goélands sur un toit. Ils sont nés en avril . Un jeune goéland avale une proie (nourriture carcasse d'oiseau) amenée par un adulte. © Jean-Pierre AMET

CI-DESSUS : Festival des Jardins de la Côte d'Azur. Concours de créations de jardins éphémères. Le jardin élaboré par la ville de Nice dans le Jardin Albert 1er sur la Promenade du Paillon : la palissade de couleurs.

© Jean-Pierre AMET CI-CONTRE : Jeunes (juvéniles) goélands sur un toit. Ils sont nés en avril . Un jeune goéland avale une proie (nourriture carcasse d'oiseau) amenée par un adulte. © Jean-Pierre AMET


CI-DESSUS : Workers tend to the tunnel boring machine which has finished digging the future west-east line of the tramway in Nice, southeastern France, on October 24, 2017. The extension of the tramway in Nice will connect the city from West to East over a distance of 7,7 km. The line will be open to the public in 2018. ©AFP PHOTO / VALERY HACHE Les ouvriers s'activent sur le tunnelier qui a fini de creuser la future ligne ouest-est du tramway à Nice, dans le sud-est de la France, le 24 octobre 2017. L'extension du tramway de Nice reliera la ville d'Ouest en Est sur une distance de 7,7 km. La ligne sera ouverte au public en 2018.

CI-CONTRE : Le jardin partagé du Prieuré du Vieux Logis à Nice ©Jean-Pierre AMET

CI-DESSUS : David Lisnard, maire de Cannes, Président de la Communauté d'Agglomération des Pays de Lérins (CAPL) participe au 10ème marathon Nice-Cannes, le 05 novembre 2017.©Jean-Pierre AMET


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Intermed n°98 novembre 2017  

Dossier : Harcèlement sexuel, les médias en accusation. -Harcèlement : le procès médiatique peut-il se substituer à la justice ? -Entretien...

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