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Actu : L'EDITO • L'ACTU VUE PAR KRISTIAN

L'édito « Attention, parfois la presse manipule ». Ben, esprit frondeur a signé notre une par une apparente sentence. L’artiste pose cependant une problématique réelle. La « boutique » médiatique (qui englobe tous les moyens numériques de communication) par l’extrême influence des réseaux sociaux favorise-t-elle la désinformation ? Tel un rouleau compresseur l’info instantanée fragilise parfois la presse traditionnelle qui cède aux sirènes de la course à l’audience. Le Club de la presse 06 a toujours été attentif aux progrès considérables que la Toile apporte à l’exercice de notre profession. Pourtant, il faut rester attentif aux dérives d’une information qui se métamorphose en « produit ».

Un exemple tragique nous renvoie à la nuit de l’attentat sur la Promenade des Anglais. Quelques minutes après le passage du camion fou, deux réseaux sociaux annonçaient une fusillade Place Masséna. Cette rumeur fort heureusement n’a pas prospéré. La précipitation peut nourrir la désinformation. Et sans verser dans les théories fumeuses « complotistes », il appartient à chaque journaliste de rester vigilant. Le Club de la presse 06 ne donne pas de leçons. Notre credo n’a pas changé. Préserver l’éthique de ce qui demeure un beau métier. Et conserver un esprit critique. Telle est la finalité de notre dossier sur le traitement par les médias du 14 juillet. « Il faut que la presse ménage les victimes » clame Emilie Petitjean présidente de « Promenade des

Couverture : © Ben - © Jean-Pierre Amet/Reuters.

Sommaire

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L'Édito / En bref ...........................................1-2 Focus Médias : Supplément de TribuCA....... 3 Côté livres : Le 36 de Patricia Tourancheau ....... 4 Actu Club : Auguste Escoffier......................... 6-7 Actu Club : le CPM06 en visite chez Ben ...... 8-11 Entretien : Franz Olivier Giesbert ............. 12-13 Dossier :14 juillet, comment les victimes ontelles perçu la couverture médiatique ?......14-18 Tribune : Vers une communication politique ....19 N°97 - Juill. 2017 Actu photo ............................................20-21 Partenaire : La-Colle-sur-Loup.................22-23 Directeur de la publication - Rédacteur en chef : Paul Barelli / Rédacteur en chef adjoint : Vincent-Xavier Morvan / Secrétaire de rédaction - Infographiste : Marion Guinochet Ont collaboré à ce numéro : Jean-Pierre Amet, Abdellatfi Azdine, Paul Barelli, Philippe Bellissent, Pierre-Olivier Burdin, Kristian, Jean-Christophe Magnenet, Vincent-Xavier Morvan Edition : Club de la Presse Méditerranée 06 / Maison des Associations, 52 av. du Ray - 06100 Nice 06 60 45 23 45 / info@clubpresse06.com / www.clubpresse06.com / ISSN : 2107-7002

Anges ». Elle a perdu son fils. Sa demande mérite d’être entendue. Paul Barelli PS : À l’heure où nous bouclons ce numéro d’Intermed dont le dossier est consacré à l’attentat de Nice, nous apprenons que le parquet de Paris demande en urgence le retrait de l’édition du 13 juillet de Paris-Match, qui publie des photos, issues du dossier d’instruction, de cet attentat. Le parquet estime qu’elles portent atteinte à la dignité des victimes. Nous ne pouvons que souscrire à cette opinion.

L'actu

vue par Kristian Corée du Nord - 05/07/17


Actu : EN BREF

En bref...

Nice-Matin doit réduire sa masse salariale Nice-Matin poursuit son opération dégraissage. Un an après l’entrée du groupe belge Nethys dans le capital de la SCIC, le journal a enclenché en mai un plan de départs volontaires afin d’alléger sa masse salariale. Négocié dans le cadre d’un pacte d’actionnariat entre les différents partenaires sociaux, ce PDV fixe l’objectif à 80 suppressions de poste dans les parties administratives et techniques (ouvriers du Livre). Il obéit à un échéancier en trois étapes de pesée de la masse salariale fixées au 30 juin dernier, au 30 décembre 2017 et au 31 décembre 2018. Un préalable à une prise de participation majoritaire de Nethys à l’horizon 2019. « Au 30 juin, nous sommes dans les clous, révèle Gérard Pitocchi, délégué syndical CGT à Nice-Matin. Nous avons respecté une baisse de la

masse salariale avec une quinzaine de départs entérinés. » D’autres devraient suivre au fil de l’eau dans

le courant du deuxième semestre 2017. De quoi couper court aux rumeurs d’un plan social engagé dès cet été ? Gérard Pitocchi balaie cette éventualité : « Il n’y aura pas

de plan social puisqu’au 30 juin les dispositions prévues par le pacte d’actionnaires ont été respectées. Nous ne sentons pas d’impatience particulière de la part de Nethys. En revanche, si nous ne sommes pas dans les temps de passage fin décembre, il pourrait y avoir des complications. » Dans le même temps, la SCIC NiceMatin explore d’autres pistes pour développer son chiffre d’affaires. Alors que son offre numérique est parvenue à séduire 7.000 abonnés, le journal se diversifie et mise désormais sur l’événementiel. Il organisera cet été le festival Lunallena à Bandol (Var) les 4 et 5 août

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Pierre-Olivier Burdin

Election des membres du bureau de la CCIJP pour le mandat « 2017-2018 » La CCIJP, la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels, a procédé le 29 juin 2017 à l’élection des membres de son bureau pour l’exercice courant jusqu’au 30 juin 2018 : Président : Claude CORDIER (Collège journalistes - SNJ)

Vice-présidents : Bénédicte WAUTELET (Collège employeurs - SPQN) Thierry CERINATO (Collège journalistes - SNJ-CGT)

Secrétaires généraux : Guy DURIEUX (Collège employeurs - SMSP) Isabelle BORDES (Collège journalistes - CFDT) Trésorier : Kathleen GROSSET (Collège employeurs - FFAP)

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Focus Médias •4•

FOCUS MEDIAS

L’économie au révélateur du supplément Côte d'Azur en Chiffres

L’hebdomadaire Tribune Bulletin Côte d’Azur vient de faire paraître son hors-série consacré à l'économie du territoire des Alpes-Maritimes. Un incontournable. Troisième édition de ce condensé annuel de statistiques, chiffres, analyses et prospectives, enrichie cette année d'un dossier spécial tourisme et montagne. 112 pages de pure info éco dans lesquelles l’équipe de Tribune Bulletin Côte d’Azur passe en revue l’économie azuréenne dans les grandes largeurs avec la même rigueur qu’elle le fait chaque semaine dans son édition papier ou sur le web. Une édition résolument positive selon la directrice adjointe du journal, Philippine Leon Di Fede : « Les défis sont partout présents et protéiformes : sécurité, digitalisation de nos entreprises, transition numérique, transition énergétique, c’est à la fois collectivement et individuellement qu’il faut repenser la manière dont nous participons tous à la bonne marche de notre société. Penser globalement et agir localement. Circuits courts, énergies renouvelables, gestion des ressources, autour de nous les initiatives locales et les (bonnes) volontés s’organisent. Voilà l’angle sous lequel nous avons souhaité

aborder cette nouvelle édition de Côte d’Azur en Chiffres. » Sans doute le panorama annuel le plus complet, pour mieux comprendre l'économie locale et régionale, pour mieux profiter de ses opportunités et tendances, pour mieux réagir et générer du business. Côte d’Azur en Chiffres 2017 est disponible au prix de 10€ en kiosque, en vente en ligne sur www.tribuca.net ou dans les agences Tribuca de Nice, Cannes et Antibes

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A l'exception de la Brigade de recherche et d'investigation (BRI) qui restera, la majorité des services sis quai des Orfèvres, dont "la crim" et "les stups", quitteront les lieux en septembre. Et laisseront derrière eux les 148 marches de lino usé par policiers et criminels, parfois entrés dans la légende, menant aux petits bureaux sous les toits mansardés. Les murs jaunis de cette bâtisse à deux pas de la cathédrale Notre-Dame, avec vue sur la Seine, pourraient en effet raconter le docteur Petiot, arrêté en 1944 après la découverte à son domicile parisien des restes de vingt-sept personnes, le baron Edouard-Jean Empain,


Côté livres CÔTÉ LIVRES

Le « 36 » de Patricia Tourancheau

Un livre captivant. Patricia Tourancheau ouvre la porte du mythique 36 quai des Orfèvres. Suivez le guide qui nous promène dans ses locaux qui ferment cette année. Les services du 36 déménagent vers de nouveaux bâtiments. Sur les 1.700 fonctionnaires de la PJ parisienne, ils sont déjà plus de 600 à avoir investi leur nouvelle adresse dans le 17e arrondissement. Le 36 De Patricia Tourancheau. Histoire de poulets, d’indics et de tueurs en série. SEUIL / LES JOURS

libéré après avoir été enlevé pendant 63 jours en 1978, mais aussi Jacques Mesrine, "l'ennemi public numéro un", le tueur en série Guy Georges...

Reporter tenace C’est en 1990 que pour la première fois, Patricia Tourancheau franchit le porche du 36. Reporter tenace, elle a su convaincre les commissaires à se livrer à des confidences. Chef de la rubrique police, banditisme et faits divers à Libération durant 29 ans elle a réuni de nombreux récits extraordinaires qu'elle évoque aujourd'hui dans les « Chroniques du 36 », pour le site d'information Les Jours, et dans ce livre. Il devrait faire date parmi les ouvrages les plus documentés sur la police. Patricia Tourancheau dotée d’une connaissance parfaite de son sujet, grâce à une écriture, inspirée par la langue des flics et des voyous, raconte les coulisses de cette singulière adresse.

Ce « polar vrai » permet de jeter un regard souvent inédit sur de nombreuses affaires. La journaliste dévoile les secrets du musée de La Mondaine, les aléas du redoutable « gang de Creil », les soirées au Club de la Poularde, la saga de la Rouquine, le bureau 315 où Gainsbourg adorait parler avec les fins limiers de la « crime » en sirotant un pastis. Dans cette bible de la « Maison Poulaga » dont les commissaires et les inspecteurs sont les héros s’entrecroisent bandits, maquerelles, hommes politiques, espions. Le talent de Patricia Tourancheau apparait dans ses portraits de personnages réels truculents mais qui n’auraient pas dépareillé dans un roman de Simenon

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Paul Barelli

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L'ACTU DU CLUB

Actu Club

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Auguste Escoffier, l’enfant du pays, raconte son histoire Comme si l’âme du maître de la gastronomie française hantait les couloirs de son ancienne demeure familiale, reconvertie aujourd’hui en musée. On découvre en arrivant une authentique maison de village du XVIIIe siècle imposante de charme et chargée de souvenirs familiaux, à l’intérieur un parcours sur sa vie et son œuvre.

En partant du pôle culturel dans le quartier des plans, un chemin de traverse conduit sur les pas d’Auguste Escoffier jusqu’aux berges du Loup et mène dans une ruelle du centre historique où se situe le Musée de l’Art Culinaire.

de la cantatrice Nelly Melba pour la remercier du plaisir qu'il a eu à entendre sa voix à l'Opéra de Covent Garden, se cache le nom du grand chef, Auguste Escoffier.

De la ferronnerie à la gastronomie Auguste Escoffier, fils d'un maréchal-ferrant, né en 1846 à Villeneuve Loubet, voulut d'abord être ferronnier avant d'être placé à l’âge de douze ans comme marmiton au « Restaurant Français » de son oncle à Nice. Aujourd’hui, le maître est un artiste internationalement reconnu pour son impact sur la création de menus modernes et pour ses compositions gastronomiques d’un genre nouveau, qui bouleversa les plus grandes tables. Témoin de l’influence des femmes à travers l’art culinaire sous de célèbres mets. Derrière la pêche Melba ; en l’honneur

New York et Paris pour ouvrir le Ritz, en 1898. Il sera l’auteur de plusieurs ouvrages et articles, son guide culinaire avec plus de 5000 recettes, « les bases de la recette moderne », revêt un caractère incontournable selon les grands chefs actuels. Celui qui fut indubitablement la plus grande toque de son temps, premier cuisinier Officier de la Légion d’honneur et ami de César Ritz. Restaurateur et auteur culinaire, il inventa le concept même de brigade de cuisine, codifia la cuisine française et la fit connaître au-delà de nos frontières.

La fondation en héritage Le roi des cuisiniers, le cuisinier des rois Le commencement d’une carrière internationale de 60 ans, qui le portera au sommet du monde de la gastronomie, il en sera le maître. A l’âge de 38 ans avec son compagnon de route César Ritz, ils développeront l’hôtellerie de luxe et la grande cuisine française, de Monaco à Londres en passant par

Après qu’il se soit éteint en 1935 à l’âge de 89 ans, deux de ses plus proches collaborateurs proposent à Joseph Donon disciple d’Auguste Escoffier de créer un musée en mémoire du maître. Le petit fils Escoffier cédera gracieusement la maison, le Musée d’Art Culinaire sera inauguré le 2 mai 1966. Rien ne prédestinait le président de la fondation Michel Escoffier, arrièrepetit-fils à devenir le porte-parole de


L'ACTU DU CLUB

son ancêtre, « aujourd’hui, je souhaite positionner la Fondation comme un référent en matière de formation et de communication sur l’art culinaire », témoigne Michel. Son objectif ; transmettre aux jeunes l’héritage d’Auguste Escoffier en faisant ressortir son côté humaniste.

Balade dans la maison natale À travers l’histoire que nous content les salles du musée, le promeneur découvre celui que l'on surnomme le « roi des cuisiniers et cuisinier des rois ». À l’intérieur, le temps s’est figé. Au fil des pièces la maison révèle la belle âme habitée de l’artiste et l’environnement dans lequel il a commencé un travail passionnel. Les curieux auront la possibilité de voyager à travers la vie de ce pionnier de la gastronomie française, en le suivant à travers les étapes de son existence. Comment Escoffier s’est-il formé à la cuisine ? Quels ont été ses influences, ses maîtres à penser, ses lectures ? En quoi ses amis et ses centres d’intérêt ont joué un rôle dans son épanouissement ? Le visiteur part à la rencontre d’un homme et de sa poésie à travers un parcours original qui lui permet de découvrir le musée à son rythme, de s’imprégner de l’univers du grand chef. Tout en déambulant dans les différents

espaces, on saisit les portraits du cuisinier et de son élève Joseph Dondon fondateur du musée, un fourneau des années 50 les unis à leur art. Plus loin, un énorme tournebroche avec un étrange système de poulie, au-dessus sont exposés des moules à gâteaux à chocolat en cuivre. « Escoffier enfant s’émerveillait devant les préparations de sa grand-mère », précise l’arrière-petit-fils. Une représentation murale fait découvrir les cuisines de la belle époque d’un grand restaurant parisien. Le bureau d’Auguste Escoffier se trouve là où il est né, il plonge le visiteur dans ses souvenirs personnels tous rassemblés dans cette pièce. Quelques marches plus haut, une porte de verre s’ouvre sur des effluves de chocolat. La salle est d’une fraîcheur agréable, des œuvres toutes aussi belles les unes que les autres faites de chocolat offertes par des artistes pâtissiers azuréens y sont exposées en permanence. Le parcours permet de découvrir une collection d’insolites menus, certains sont imprimés sur de la soie, d’autres calligraphiés sur des dessins d’artistes ; un imposant mannequin couture dévoile une robe faite de menus, à côté une collection de dessins humoristiques, des chefs-d’œuvre en hommage aux dessinateurs de presse gastronomes de l’époque. PAGE DE GAUCHE : Richard Duvauchelle, conservateur du Musée, et Michel Escoffier, entourés des membres du CPM06 ©Abdellatif Azdine

La salle des trophées Un espace du musée est consacré aux grands chefs étoilés du 20e siècle, près de la vitrine des Bocuse d’or, un interrupteur au pied d’une maquette du célèbre restaurant Maxim’s donne vie aux tables et à la scène. L’idée phare n’est plus simplement de proposer un lieu de mémoire sur ce personnage central de la grande restauration, mais d’offrir aux visiteurs une expérience de visite muséale, qui reviendrait bien sûr sur Auguste Escoffier en tant qu’homme et également sur la genèse de son œuvre et son talent artistique. « Ce musée est l’unique musée de l’art culinaire en France, il fête cette année son 50e anniversaire, au moment où nous célébrons également le 170e anniversaire d’Auguste Escoffier  », révèle le conservateur Richard Duvauchelle. Le musée de l’Art Culinaire de Villeneuve Loubet a été labéllisé « Maison des illustres », par le ministère de la Culture et de la Communication, 212 maisons sont labellisées. Elles conservent et transmettent la mémoire de femmes et d’hommes qui se sont illustrés dans l’histoire politique, sociale et culturelle de la France

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Abdellatif Azdine CI-DESSOUS : Michel Escoffier à gauche, et les membres du CPM06 Salle n٥ 6 "Le potager provençal" ©Abdellatif Azdine

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Actu Club

CI-CONTRE : Ben se présente face au CPM06, devant la façade de sa maison. ©CPM06


L'ACTU DU CLUB

Le CPM06 en visite chez Ben « Le club de la Presse 06 c’est quoi ? Une réunion d’anciens combattants. Ou les Services Secrets. Ils veulent me tirer les vers du nez ! Ils vont me ficher S !! ». Ben Vautier, égal à lui-même, dès que les membres du Club de la presse, guidés par Nicole Laffont ont franchi le portail de son extraordinaire maison-musée s’est lancé dans un discours, pétri d’autodérision. « En politique, j’ai voté Macron car je pense qu’avec lui il y aura le moins de bagarres. Ce qu’il faut apprendre c’est débattre en acceptant l’avis des autres ». Campé devant la façade de sa maison décorée entièrement de ses oeuvres, Ben, d’une voix ferme se montre plus prolixe dès qu’il s’agit d’art contemporain. Il peut se vanter de l’avoir mis à la portée de tous. Même les enfants le reconnaissent d’un trait. Lié viscéralement à la Côte d’Azur tout en exposant à Bâle, New York ou Paris il figure en bonne place dans l’exposition que le Mamac consacre cet été aux soixante dix ans de L’Ecole de Nice. Ben qui vit depuis 1975 à Saint Pancrace assure qu’il veut exposer là où il a envie. Ce qui lui manque, en matière culturelle, c’est l’échange. « Je trouve que le débat tourne en rond. En ce moment on ne parle que d’argent » L’artiste précise qu’il vient de finir un tableau qui dit : « ceci n’est pas de l’art c’est de l’argent ». Un autre tableau dit : « ceci n’est pas de l’argent, ceci est de l’art ! ». Au détour d’un sentier ombragé, un journaliste interroge Ben à propos d’un

tableau qui assène : « la vérité ment ». Pourquoi ? Ben réplique : « Si tout est vérité. Le mensonge est vérité aussi. Si tu mens à ta femme et que tu dis : je suis allé ce soir boire un verre avec des copains. Ce n’est pas vrai. Mais c’est tout de même une vérité que ce n’est pas vrai ! »

Je suis un sacré con d’égoïste L’autodérision est une des qualités majeures de cet infatigable inventeur de concepts : « pratiquer l’autodérision c’est quand je me regarde dans la glace et que je me dis : je suis un sacré con d’égoïste ». Ben admet qu’il est quasi obsédé par la notion d’égo qu’il décline à l’infini :

futures du monde. « Je l’ai fait lire à Hubert Védrine. Il l’a apprécié. » L’artiste a préparé un « cadeau » à certains journalistes en fonction du support qui les emploie. A votre serviteur, correspondant du Monde il offre « Ben Ministre des Affaires étrangères ». Il propose dans ce livre, à partir de la théorie de François Fontan « l’ethnisme » qui date des années 1960 de repartir de zéro en cherchant d’abord à définir ce qu’est un peuple, une langue, une culture. La visite de cette singulière demeure apaisante a été un enchantement : redécouvrir le vrai talent d’un artiste mondialement connu. Et côtoyer un homme qui n’a pas pris la grosse tête, en dépit d’un égo surdimentionné

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« Derrière chaque œuvre, que ce soit Michel-Ange ou Monet, on trouve ce Paul Barelli même désir d’être regardé. Il n’y a pas d’art sans égo. Tout ce qui est vivant cherche à survivre : c’est la particule de l’égo. Le non-égo curieusement est une forme de l’égo »

Le laboratoire secret 103 Soudain, Ben, l’imprévisible nous attire vers un étrange bureau qui ressemble à une sorte d’Algéco. C’est le laboratoire « secret » 103. Au mur figurent de nombreuses cartes « géostratégiques » qu’il s’était procurées en 1965. On y voit la Transylvanie, la Catalogne, la France avec l’Occitanie, la Bretagne. Ben est très sensible aux cultures régionales. Puis il brandit ce qu’il désigne comme l’Atlas des nations

Le laboratoire secret 103 de Ben.

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CI-DESSUS à gauche : Les escaliers qui mènent au jardin et à l'atelier de Ben. ©CPM06

CI-DESSUS et CI-CONTRE : Le jardin de © CPM06 © CPM06

Ben chez César Depuis le 23 juin Ben a repris l'ex-atelier du sculpteur César, installé dans l’ancien lavoir, situé dans le Vieux-Nice, derrière la cathédrale Sainte-Réparate. Cet atelier inoccupé depuis longtemps est un propriété de la ville. Ce « Laboratoire X 16 » accueille des expositions et des débats une fois par mois. L’artiste a promis d’être présent le vendredi. 16, rue Colonna d’Istria, Nice.

CI-CONTRE : L'atelier de Ben.


CI-DESSUS à gauche : Ben et Paul Barelli dans le bureau de Ben. ©CPM06

CI-DESSUS à droite : La cuisine de Ben © CPM06


ENTRETIEN • 12 •

ENTRETIEN

Les confidences de Franz-Olivier Giesbert au CPM06 avant sa prise de fonction à La Provence : « le journalisme c’est la critique permanente de tout ». Franz-Olivier Propos recueillis par Paul Barelli Giesbert, F-O.G. : Les critiques visant la presse Président du ne datent pas d’hier. Les journalistes Festival du n’aiment pas se remettre en question. que ce qu’ils écrivent Livre de Nice Ilsestconsidèrent la vérité révélée. Et les polémiques s’est livré à des entre des journaux auxquelles on aux Etats-Unis en particulier, on confidences sur assiste en trouve très peu de cas en France. la profession de le premier point, une réaction journaliste qui C’est corporatiste dès qu’un homme politique n’a jamais été par exemple attaque les journaux derniers se serrent les coudes autant critiquée.ces en disant « c’est une honte ». Il n’a L’éditorialiste pas le droit. C’est une forme de repli corporatiste. Je fais partie des gens qui du Point qui trouvent normal qu’un homme politique qui a été attaqué et Dieu sait si j’en ai entre en et Dieu sait s’ils m’ont répondu. fonction comme attaqué Je trouve normal qu’il réplique. directeur Nicolas Sarkozy a éditorial en essayé de me virer charge des Je ne vais pas pleurnicher parce que projets à la Nicolas Sarkozy a essayé de me virer pendant des années des différents Provence postes que j’occupais à la radio, au dresse un Point, à la télé, c’est vrai que je n’étais pas blessé par le fait que des hommes constat politiques cherchent à me nuire. sévère sur la On ne peut pas avoir tout dans la profession. vie, et si on a la liberté de dire ce que

l’on pense, les autres ont la liberté d’essayer d’agir contre vous. Je l’accepte, je ne dis pas que je ne me bats pas, évidemment je me bats. Mais je ne suis pas dans cette position qui voudrait que tout ce qu’on dise ou écrive soit la vérité : je crois à la critique. Le journalisme c’est la critique permanente de tout. Cependant, et c’est le deuxième point que je soulève, les journalistes pratiquent beaucoup moins l’art de la contradiction comme ils pouvaient le faire dans le passé ! Je suis de la vieille école. J’ai été élevé au lait de Jean Daniel, de JeanFrançois Kahn et de gens comme cela. Et je pense que dans un journal il est normal d’avoir une ligne éditoriale.

Le vrai patron du journal c’est le lecteur ll est très important que tout le monde puisse s’exprimer dans ses colonnes. Raymond Aron disait que le vrai patron dans un journal ce n’était pas le propriétaire ni le directeur de la pub, directeur de la rédaction. Le vrai patron c’était le lecteur. Dès lors, les journalistes doivent avoir un grand respect pour le lecteur. Il n’a pas acheté un journal pour lire ce qu’il pense. Le lecteur est intelligent – je ne


ENTRETIEN

le méprise jamais et je sais qu’il veut les réactions des diverses palettes sur un sujet, il aspire à des angles, de la variété. Force est de constater qu’il existe une tendance dans de nombreux journaux à maintenir une ligne éditoriale qui est un bloc. On le voit bien dans certains quotidiens, je ne veux pas citer de noms mais c’est incroyable. Je crois que c’est le gros problème que nous avons à affronter. Il faudrait dans l’avenir un peu plus de modestie, un peu plus d’ouverture, un peu plus de tolérance, de rire aussi. Les journaux ressemblent un peu à la société des mouroirs qui déroulent toujours le même fil qui va toujours dans la même direction." CPM06 : Que pensez-vous de l’attitude du président vis-à-vis des journalistes : une certaine mise à l’écart. Il existe une défiance entre le pouvoir et la presse.

Le parisianisme explique le côté « moutonnier » des journaux F-O.G. : A mon avis c’est sain qu’il y ait une défiance du pouvoir avec la presse. Sinon cela signifie que l’on a une presse couchée. Ce qui est vrai – et c’est le troisième point contre lequel je m’insurge, c’est le côté « moutonnier » des journaux, il y a un journal du soir par exemple qui fixe un peu la ligne sur les grands sujets et ce sera repris partout : c’est malsain. Et c’est lié à quelque chose de très simple, c’est le parisianisme. Nous vivons dans un pays Jacobin et toute la presse nationale est à Paris. La presse des régions ne devrait pas exister aux yeux des parisiens qui fixent la ligne. C’est un système

profondément malsain qui n’a rien à voir avec ce que l’on connait en Italie, où il y a des journaux nationaux dans les grandes villes. En Allemagne, il existe des journaux à Hambourg, Francfort. En France tout est à Paris et n’importe quel journal que vous lisiez c’est à peu près la même sauce : le moutonisme. Ce mot très Rabelaisien est un des pires ennemis du journalisme. Il faut rechercher aussi le dissensus plutôt que systématiquement le consensus. La vérité ce n’est pas quelque chose que l’on vous sert tout prêt, elle peut changer parce que l’actualité change et dément parfois des vérités que vous croyiez révélées. Avec Macron on assiste à un président qui sait que la presse à un moment donné va faire du Macron Bashing après avoir « Bashé » toute la classe politique. La presse se montre ridicule quand elle proteste au sujet des voyages du président parce que pourquoi ce serait au contribuable de payer en partie les frais de déplacements. Les Français rigolent, j’ai vu des réactions à Marseille chez les gens. Ils se marraient. Ils croient que quand on fait un voyage présidentiel on ne paye rien, ce n’est pas vrai. On paye une partie mais il y a toutes sortes d’avantages. Donc c’est à la presse de s’organiser. CPM 06 : L’affaire Fillon a-t-elle été marquée par un certain acharnement journalistique ?

Je n’ai jamais pensé qu’il y avait un complot dans l’affaire Fillon. F-O.G. : Le Canard Enchainé a fait formidablement son travail et nous donne régulièrement des leçons de

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journalisme. J’ai bien aimé quand il a sorti l’affaire. Cependant, on est en droit de se poser des questions sur l’extrême rapidité du Parquet national financier qui se saisit sur le champ alors que dans l’affaire Ferrand il ne s’est pas manifesté à l’heure où nous parlons. Après cette histoire on peut s’interroger sur la façon dont la justice française fonctionne. Je ne conteste pas le démarrage de l’Affaire Fillon. En revanche, par la suite il y a eu une tendance au feuilletonage qui est devenue assez ennuyeuse avec toujours le même genre d’article. On peut considérer que la presse en a trop fait et d’un autre point de vue que c’était normal qu’elle en ait trop fait. CPM06 : Les journalistes ne sont ils pas devenus des justiciers ? F-O.G. : Moi je ne suis pas d’accord. Dans l’Affaire Ferrand il n’y quasiment pas un journal qui ait posé la question de la non saisie du Parquet national financier. Personnellement, j’ai beaucoup d’estime pour la personne de Richard Ferrand d’ailleurs de même pour la personne de Fillon. Ferrand est quelqu’un que je respecte qui a beaucoup apporté à Macron, lequel lui doit beaucoup. Je ne verse cependant pas dans le travers « à mort. Au poteau ! » de certaines publications; mais je pense que pour Fillon et ensuite pour Ferrand il y a eu « deux poids deux mesures »

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DOSSIER

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DOSSIER

14 juillet :

Comment les victimes ontelles perçu la couverture médiatique ? Le soir de l’attentat du 14 Juillet à Nice, plus de 30.000 personnes assistaient au feu d’artifice lorsque Mohamed Lahouaiej Bouhlel a foncé dans la foule avec un camion.

Après l'attentat de Nice, à l'entrée de l'hôpital Pasteur, une femme (famille de victime) témoigne devant la presse. ©Jean-Pierre Amet/Reuters

Les victimes et les médias

Dès les premières heures de l’événement, les victimes sont sollicitées par les journalistes. Il est quasi insurmontable pour la plupart d’ente elles de témoigner

tant elles sont hébétées, en état de choc surtout après avoir subi un traumatisme psychique. Les images mettent en scène la douleur, la violence et les blessures physiques ou psychiques.

Les personnes traumatisées ressentent parfois la sensation que leur douleur est détournée au profit d’un certain sensationnalisme dicté par une recherche obsessionnelle de l’audience. En état de stress profond, hagards et incapables de prononcer


DOSSIER

le moindre mot, les victimes n'ont eu ni le temps ni la possibilité de réfléchir à ce qui venait d'arriver. De nombreux médias ne se sont pas gênés pour diffuser des photos montrant des corps. Des journalistes de France Télévision ont interviewé un homme à côté de la dépouille de sa femme fauchée par le camion, quelques minutes après l’attentat. Un an après le drame, le CSA sanctionne la société France Télévision pour avoir relayé des témoignages de victimes en état de choc, recueillis alors même qu’elles étaient encore auprès des corps sans vie de leurs proches. La direction de France Télévisions s’était elle-même excusée dès le lendemain.

A chaque attentat, son débat sur la violence Jusqu’où aller lorsqu’on relate un attentat ? La question est complexe et ne permet visiblement aucun consensus. Pour certains, il faut limiter au maximum les images de victimes. D’autres en revanche estiment que ces événements doivent être rapportés avec la plus grande fidélité possible. De nombreuses victimes remettent en question la manière avec laquelle certains journalistes restituent les aspects macabres du drame sans prendre en compte le risque inévitable de les blesser. Plusieurs précisions rapportées ne sont pas toujours indispensables au discernement de la cruauté de l'attentat. Certains pensent que les médias ne s'intéressent pas aux conséquences directes de leurs actes, évoquant que leur priorité est d'informer. Le fait, cependant est qu'il serait excessif de taxer les

médias de profiter du « malheur des autres » . Comment trouver, dans ces circonstances, un équilibre, celui d’informer le public, sans sombrer dans le sensationnalisme ? À partir de quand donne-t-on « trop » de détails ? Que divulguer des victimes ?

Le temps du choc n’est pas celui du témoignage Une victime confiait récemment qu’elle supportait mal de revoir des images filmées la concernant, car elle pouvait voir « l’horreur qu’il y avait dans ses propres yeux ». Pouvoir témoigner pleinement, si on a été pris dans l’événement, nécessite un certain recul. Les éditions spéciales où les journalistes prennent l'antenne immédiatement et travaillent dans des conditions difficiles accentuent le risque de "manque de distance" et de "dérapage". « Lorsque ma femme et moi regardions le reportage concernant l’attentat sur la chaîne C8 le 28 juin dernier, elle m’a reconnu, j’étais là, debout devant ma défunte mère, ce fut un véritable traumatisme, un énorme choc. Je n’ai jamais eu le moindre souci avec les journalistes, dans l’ensemble ils avaient beaucoup d’empathie pour moi. Je me souviens avoir été interviewé en direct par BFM, une question dont je ne m’attendais absolument pas m’a laissé sans voix, le journaliste m'a demandé si l’islam était compatible avec la démocratie… Comment répondre, je ne suis pas théologien moi », explique Ali, fils de Madame Fatima Charrihi, la première victime de l’attentat du 14 juillet sur la promenade des Anglais.

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Dès le lendemain, la photo en Une du quotidien Nice-Matin avait interpellé, suscitant de nombreuses réactions. Stéphanie Gasiglia se souvient : « La rédaction de Nice-Matin a reçu de nombreux mails de mécontentement sur la diffusion d’une photo de Lahouaiej Bouhlel en short sur la plage ainsi que son nom puis son identité. Nice-Matin a rarement publié la photo du terroriste ». La journaliste évoque la douloureuse rencontre avec la maman d’une victime, « Margaux âgée de 40 ans m’a confiée qu’elle avait très mal vécu le reportage de Match où l’on voyait le corps de sa fille Léana, deux ans et demi  ». A chaque attentat, des images de personnes blessées sont publiées, parfois non floutées. Les victimes s’attendent à une certaine pudeur dans le traitement de ces affaires, alors que certains détails sont parfois sordides. Quoi qu'il en soit, chacun a le droit de choisir de témoigner ou pas, de mettre les limites qu’il souhaite concernant sa vie privée, de refuser certaines questions. Quelle que soit la temporalité, les images prises figent l'instant et l'état du moment. Il est nécessaire de pouvoir décider comment transmettre ces instants. Être témoin d’un attentat change une vie à tout jamais. Le plus important est peut-être de se rappeler, constamment, que ces récits sont avant tout des drames humains

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Abdellatif Azdine


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« Les médias doivent ménager les victimes ! ». Emilie Petitjean, présidente de l’association Promenade des Anges - 14 juillet 2016. Propos recueillis par le CPM06

Emilie Petitjean qui a perdu son fils le 14 juillet 2016 se livre à quelques confidences sur la couverture médiatique de l’attentat. Elle révèle la souffrance des victimes attisée par les images du carnage, un an après. Cette mère courageuse surmonte son immense peine et interpelle les journalistes.

CPM06 : Peu après l’attentat comment avez-vous jugé la couverture médiatique ? E P : Beaucoup de choses m’ont choquée : les images de victimes blessées sur France 2 dans les heures qui ont suivi le drame. Et ces derniers mois, le côté harcelant des journalistes qui veulent à tous prix avoir un entretien avec moi. Je ne peux pas répondre à tout le monde. A certains moments cela me pèse car j’en oublie mon deuil, de penser à moi. Certains soirs quand je rentre chez moi, je suis vidée. Suivie par deux psychiatres, je prends un traitement médicamenteux. Je constate, cependant qu’il existe une presse bienveillante. Nous avons été très soutenus par la presse locale et Nice Matin sur des initiatives d’autres membres de l’association. Tel est le cas de l’opération « les galets de la plage » qui ont été déposés dans l’Himalaya, bénéficiant d’une exposition médiatique favorisant l’aboutissement de ce projet . CPM06 : Que reprochez vous à la presse ? E P : Parfois des propos sont déformés dans la presse écrite. Il existe une distorsion entre les nuances des intonations et leur restitution. CPM06 : Il faut admettre que si les confrères s’adressent à vous c’est que vous êtes à même de faire une synthèse de ce que réclament les victimes. Vous êtes une source crédible. Récemment


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quels excès médiatiques vous-ont-ils choqués ? E P : La rediffusion systématique par les journalistes de France 3 Côte d’Azur qui utilisent dans 99 % des cas les mêmes images anciennes de victimes quelque soit le fond du sujet se rapportant à l’attentat. Parmi les reportages on peut citer « les oubliés du 14 juillet ». En particulier les personnels soignants qui ont estimé à un moment ne pas avoir suffisamment de reconnaissance. Ils ont finalement été honorés à juste titre. Pour illustrer le reportage sur les personnels soignants : les journalistes de France 3 Côte d’Azur auraient pu utiliser des images d’un pompier qui attrape son sac à dos par exemple plutôt que de montrer des corps ensanglantés. J’ai demandé plusieurs fois à France 3 Côte d’Azur qu’ils suppriment ces images. En dépit de ma demande, ils les auraient utilisées de nouveau. Si tel était le cas, je pourrai saisir le CSA ou même intervenir auprès du gouvernement. CPM06 : Quel message adressez-vous à France 3 Côte d’Azur ? E P : Ménagez les victimes ! Cessez de diffuser des images choquantes pour les familles, les victimes, leurs proches et toute la population. Le rédacteur en chef adjoint de France 3 Côte d’Azur m’a expliqué - il faut bien que l’on

illustre nos reportages. Mais ai-je rétorqué : vous pouvez utiliser d’autres images que des corps. Tout le monde sait ce qu’il s’est passé sur la promenade. Désormais cela relève du voyeurisme. Car les téléspectateurs parviennent à reconnaitre des victimes et certaines images n’apportent rien de nouveau par rapport au sujet traité. Je pense que cela fait indirectement le jeu des terroristes, en leur conférant un terrible pouvoir de nuisance. CPM06 : Un an après, quel est votre point de vue sur le dispositif de sécurité déployé le soir du 14 juillet ? E P : Sur les responsabilités  : je reste prudente car je ne veux pas juger ne disposant pas de tous les tenants et aboutissants. J’ai une opinion. Je suis persuadée qu’il y a eu des fautes, des manquements  ; reste à préciser si cela vient de la municipalité ou de l’Etat. Voire même des deux ! Je n’en sais rien et refuse de polémiquer. Nous sommes une association

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non religieuse et apolitique. Nous, ce que l’on veut c’est la vérité. Cela fait partie de nos objectifs. CPM06 : Beaucoup d’autres missions vous attendent ? E P : Bien sûr pour les victimes. En particulier assurer le suivi des enfants qui ont été impactés car il y a beaucoup d’enfants touchés psychologiquement qu’il va falloir suivre dans les prochaines années

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La presse devant l'hôpital Pasteur de Nice, au lendemain de l'attentat ©Jean-Pierre Amet/Reuters


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Quand France Télévisions dérape La nuit de l’attentat, dans le feu de l’action, France 2 diffuse à deux reprises, précisément à 1h27 et 1h44 le 15 juillet, des images de la promenade des Anglais montrant des personnes en état de choc invitées à témoigner à proximité des corps sans vie de leurs proches. Les séquences vont vite polémique et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), saisis de plaintes de téléspectateurs, engage alors le 14 septembre 2016 une procédure de sanction à l’égard de France Télévisions. Le 14 juin dernier, le verdict, relativement clément, tombe. France 2 doit lire un communiqué, à une seule reprise, lors de l’un de ses journaux du soir. Voilà le texte en question : « Après une instruction en conformité avec la procédure exigée par la loi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel déplore qu’à la suite de l’attentat survenu à Nice le 14 juillet 2016, la société France Télévisions ait diffusé, sur le service France 2, des témoignages de personnes en état de choc, recueillis alors même qu’elles étaient encore auprès des corps sans vie de leurs proches. Le Conseil a toutefois relevé les circonstances exceptionnelles dans lesquelles ces séquences ont été diffusées et la rapidité des excuses qui ont été présentées à plusieurs reprises par France Télévisions. » Autant recueillir des témoignages, aussi poignants soient-ils, en

presse écrite, grâce au filtre que représente le rédacteur, prête rarement à polémique, autant les télévisions (ou les radios) peuvent ainsi avec cette décision mesurer leur responsabilité dans des circonstances aussi tragiques. Et cela parce que l’image, ou le son, arrivent directement sur le récepteur, auditeur ou téléspectateur, et ne peut protéger, comme l’écrit le rend possible, la dignité du témoin. Dans les motivations de sa décision, le CSA rappelle bien que « la communication est libre », mais pour ajouter aussitôt que « l’exercice de cette liberté » peut être limité « par le respect de la dignité de la personne humaine ». V.-X. M.

Regards croisés entre le CPM06 et le Laboratoire Sciences de l’InfoCom de l'Université Côte d’Azur.

Le 25 avril dernier s'est tenue à la faculté de lettres la première rencontre entre le Club de la Presse et le laboratoire de recherche en communication de l'université de Nice le SICLAB. Cette rencontre a permis des échanges particulièrement intéressants entre les journalistes du club et les universitaires spécialisés dans les thématiques sur le monde des médias. Cette rencontre a tout d'abord donné lieu à trois conférences, l'une de Valentina Tirloni, chercheuse au SICLAB sur le thème de la démocratie électronique et de ses enjeux pour la communication politique. C'est à partir de l'expérience italienne que Valentina Tirloni montrait de quelle façon les réseaux sociaux pouvaient relayer ou amplifier les débats dans la sphère du politique quand les acteurs ne pouvaient pas disposer d'un accès satisfaisant aux médias. C'était plus particulièrement le cas de Beppe Grillo et du mouvement des cinq étoiles italien qui était abordé


TRIBUNE Vers une communication DOSSIER

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politique sans journalistes dans cette présentation. C'était ensuite au tour de Nicolas Pelissier, co-directeur du laboratoire de recherches de présenter dans une synthèse particulièrement intéressante l'évolution de la fonction journalistique dans nos sociétés. Il dressait à cette occasion un tableau particulièrement exhaustif de l'ensemble des problématiques posées dans le milieu universitaire concernant les transformations du journalisme à l’heure du digital. Il rappelait que ce métier n’avait en fait jamais cessé d’évoluer depuis sa création. Parmi les nombreux points abordés dans son propos on notait l’interrogation sur la crédibilité du business modèle pour la presse en ligne qui peine à trouver sa rentabilité, le retour du journalisme d’opinion, le développement du journalisme d’investigation, permis par les outils du digital et la tendance à la spectacularisation de l’info au détriment de la réflexion. C'est plus particulièrement bien entendu autour de la thématique du journalisme dans la sphère politique qu’était abordé un certain nombre de questions essentielles sur le fonctionnement de la démocratie. Quel pouvoir pour le quatrième pouvoir ? Dans quelle mesure les réseaux

sociaux ne reflètent-ils pas l’émergence d’un cinquième pouvoir contrôlant le précédent. Il appartenait ensuite à deux chercheurs du CNRS de présenter leurs travaux en analyse de discours sur les thématiques abordées pendant la campagne présidentielle. Laurent Vanni et Magali Guaresi montraient comment le logiciel Hyper base développé à l'université de Nice pouvait être un outil particulièrement précieux pour évaluer de façon objective les préoccupations et les centres d'intérêts des hommes politiques tels qu'ils apparaissent dans une analyse quantitative de leur discours . La deuxième partie de cette rencontre était l'occasion d'un débat animé par Philippe Bellissent sur les relations entre journalistes et politiques telles qu'elles sont apparues dans la campagne présidentielle aux États-Unis et ensuite dans la campagne présidentielle en France. Il était plus particulièrement abordé la question de la relation entre politiques et journalistes qui a donné lieu dans les derniers mois à des échanges parfois très conflictuels entre ces deux catégories d'acteurs dans l'espace public. Dans la logique des questions abordées dans la première partie de cette rencontre il

apparaissait manifestement que c'est le développement des réseaux sociaux et peutêtre plus particulièrement de Twitter qui conduit à modifier la donne dans les échanges entre journalistes et politiques. Il était significatif de noter que les critiques adressées à tel ou tel candidat sur des questions embarrassantes comme des enquêtes judiciaires en cours ne donnaient plus forcément lieu à des réponses de la part des hommes politiques face aux journalistes, les premiers choisissant de plus en plus souvent de s'adresser directement à leur électorat par le biais des réseaux sociaux. Cette situation de perte de monopole de la parole dans l'espace public qui préoccupe de plus en plus les journalistes donnait lieu à des débats particulièrement animés où intervenaient avec Paul Barelli, Robert Kudelka, Thierry Prudhon, Frédéric Lamasse, Vincent Xavier Morvan, Michel Bernouin, Jacques Pugnaire

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Philippe Bellissent

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ACTU PHOTO

TRIBUNE

La page Actu Photo d'Intermed est née en 2008. Elle a pour but de présenter une petite partie du travail du photo-journalisme en montrant les deux faces d’une photo : l’image et sa légende originale. Sélectionnées par le photographe et traitant d’un évènement du département ayant une portée nationale, ces photos n’ont pas pour autant vocation à être un résumé de l’actualité locale

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CI-DESSUS : Festival des Jardins de la Côte d'Azur. Concours de créations de jardins éphémères. Le jardin élaboré par la ville de Nice dans le Jardin Albert 1er sur la Promenade du Paillon : la palissade de couleurs. © Jean-Pierre AMET

CI-CONTRE : Jeunes (juvéniles) goélands sur un toit. Ils sont nés en avril . Un jeune goéland avale une proie (nourriture carcasse d'oiseau) amenée par un adulte. © Jean-Pierre AMET


CI-DESSUS : Grand Prix de Formule E de Monaco, vues du circuit et du paddock de l'écurie monégasque Venturi, le 13 mai 2017, à Monaco. ©Jean Christophe MAGNENET CI-CONTRE : Football Ligue 1, Match Monaco Saint-Etienne. Avant dernière journée du championnat de France. Le Prince Albert II de Monaco, fidèle supporter de l'AS Monaco et le président du club, le russe, Dmitri Rybolovlev. Monaco est sacré champion de France. © Jean-Pierre AMET


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FOCUS P ENAIRE

Le Club de la Presse remercie

SES

PARTENAIRES

2017

Jean-Marc Gambaudo © UNS

La Colle-surLoup, l’autre festival de jazz

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Avec So Jazz ! Festival, l’office de tourisme de La Colle-surLoup joue la partition de la gratuité et de l’éclectisme. Tout en proposant des animations et quelques belles têtes d’affiche.


FOCUS PARTENAIRE

Pendant une bonne partie de l’été, le village de La Colle-sur-Loup va résonner au son du saxophone, de la clarinette, de la guitare et du piano. Le So Jazz ! Festival diffusera son swing du 18 juillet et le 24 août, les mardi, mercredi et jeudi soir à 19h, sur la grande scène montée au cœur du village. Le jazz et La Colle, une vieille histoire d’amour. L’événement fête cette année sa treizième édition. « Mais c’est la première fois que nous lui donnons l’appellation de festival, indique Vincent Pomparat, directeur de l’office de tourisme. Nous allons développer de nombreuses animations autour des concerts qui vont donner du sens à cette notion.» Un festival relooké donc, à commencer par son affiche pimpante réalisée par une jeune agence graphique colloise. Cette nouvelle identité visuelle sera déclinée sur les programmes,

affiches, flyers, et goodies. Les commerçants de la commune ne seront pas en reste. Ils adopteront le dress code "Black & White" inspiré des clubs américains des années 50. Pendant toute la durée du festival, le public pourra également découvrir un parcours photo de 50 clichés grand format illustrant le lien entre La Collesur-Loup et la musique, le jazz en particulier. Anne Carrère & co L’organisation a réservé d’autres surprises pour cette nouvelle mouture. Les mélomanes apprentis ou confirmés trouveront dans le village un piano en libre-service si l’inspiration leur en dit. Les autres pourront participer à des jeux concours, assister à des concerts impromptus au coin d’une rue, ou bien ramener un souvenir «made in La Colle» du corner shop situé dans l’Office de Tourisme.

« L’idée est de faire monter en puissance le festival pour mettre La Colle-sur-Loup sous le feu des projecteurs et ainsi augmenter la fréquentation touristique » confie Vincent Pomparat. A cette fin, la programmation (voir ci-contre), confiée au pianiste professionnel Philippe Villa (directeur artistique depuis l’origine du festival) a été soigneusement étudiée. Pas moins de 18 concerts gratuits vont alterner styles moderne, manouche, world, hard swing, ethno, en trio ou en quartet. En point d’orgue, la venue d’Anne Carrère qui a triomphée récemment à New-York avec son Hommage à Piaf

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Informations : www.lacollesurloup-tourisme.com/fr CPM06

SO JAZZ ! FESTIVAL, LE PROGRAMME : MARDI 18 JUILLET • 19H • PLACE DE GAULLE RÉMI VIGNOLO QUARTER MODERN JAZZ

MARDI 8 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE JO BADOU QUARTET AFRO JAZZ

MERCREDI 19 JUILLET • 19H • PLACE DE GAULLE ROCCASSERA QUARTET RIVIERA ETHNO JAZZ

MERCREDI 9 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE MACIEK PYSZ TRIO JAZZ WORLD

JEUDI 20 JUILLET • 19H • PLACE DE GAULLE DJALAMICHTO QUARTET JAZZ MANOUCHE

JEUDI 10 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE PHILIPPE VILLA TRIO MODERN JAZZ

MARDI 25 JUILLET • 19H • PLACE DE GAULLE TRIBUTE TO WES MONTGOMERY HARD SWING

MARDI 15 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE ROMAIN DRAVET QUARTET AFRO-LATIN JAZZ

MERCREDI 26 JUILLET • 19H • PLACE DE GAULLE FRÉDÉRIC VIALE QUARTET LATIN JAZZ

MERCREDI 16 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE JEAN-MARC JAFET QUARTET JAZZ VOCAL

JEUDI 27 JUILLET • 19H • PLACE DE GAULLE MICHÈLE CANDELA QUARTET JAZZ BRÉSILIEN

JEUDI 17 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE ANNE CARRÈRE - DEUX ACCORDÉONS…UNE VOIX ! WORLD MUSIC

MARDI 1ER AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE THOMAS DELOR TRIO MODERN JAZZ MERCREDI 2 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE REIS DEMUTH WILTGEN MODERN JAZZ JEUDI 3 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE FRANÇOIS ARNAUD « CORDES LATINES » LATIN JAZZ

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MARDI 22 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE LB TRIO LATIN JAZZ MERCREDI 23 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE DIEGO ORIGLIA QUARTET JAZZ WORLD JEUDI 24 AOÛT • 19H • PLACE DE GAULLE NEW MEETING QUARTET MODERN JAZZ


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Intermed 97 - JUILLET 2017  

Edito En bref : Nice-Matin doit réduire sa masse salariale - Election des membres du bureau de la CCIJP pour le mandat « 2017-2018 » L'actu...

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