__MAIN_TEXT__

Page 1


Actu : L'Edito

L'édito Expertise « Les journalistes ont moins dit de sottises sur la pandémie que les scientifiques ! » Cette boutade de confrères sur un plateau TV souligne le problème de l’expertise sanitaire que le public est en droit d’attendre des médias et des scientifiques. Et ce n’est pas en méprisant les journalistes que le professeur Raoult fait progresser le débat. Il a tout dit et son contraire. Certes, les médias, depuis le début de la pandémie, ont travaillé dans l’urgence. À la recherche de médecins « bons clients télévisuels » qui s’étripent devant les caméras. Ces « experts » ont envahi la petite lucarne à la manière des conseillers militaires qui refaisait la « guerre du Golfe » loin des théâtres d’opération. Le recours à des scientifiques extérieurs aux rédactions réserve parfois de bonnes surprises par leurs capacités de vulgarisation. Le grand public ne dispose que rarement des connaissances suffisantes pour se faire une opinion. Ainsi, la profession de journaliste est-elle contrainte désormais à donner la parole à de vrais journalistes scientifiques. C’est

Sommaire

•2•

Aux adhérents par ce renforcement de l’expertise que va se jouer l’avenir des medias traditionnels. Des journaux, des radios, chaines TV l’ont compris en recrutant des journalistes experts. L’exemple de Nice-Matin devrait en inspirer d’autres : la spécialiste santé Nancy Cattan est diplômée en biologie. Ces dernières années s’est instauré un phénomène tendant à réduire dans les rédactions les spécialistes. « Il y a eu de la part de la profession l’idée que tout le monde pouvait tout traiter et que d’avoir des espèces de journalistes, hommes et femmes à tout faire, pouvait fonctionner et que cela était compatible avec un journalisme de qualité » : Yves Sciama, président de l’AJSPI, l’Association des journalistes scientifiques français, a estimé sur France-Culture que ce n’est pas le cas. Mais, ajoute-t-il, « cela n’est pas spécifique à la science. Faire du bon journalisme, critique, indépendant, en profondeur, suppose d’avoir du temps pour enquêter, pour comprendre vraiment ce qu’il se passe. » CPM06

L'Édito / En bref / L'actu vue par Kristian.. 2 - 3 Culture : Jacques Renoir / Sosno......... 4-5 Actu club.................................................6-7 Dossier : La liberté de la presse estelle menacée ?.................................. 8-9 Policiers, journalistes........................... 9-10 Billet : Journalistes : l’éthique............ 11 Lecture : La Peste ................................... 12 Tribune : Lettre ouverte .....................14-15 N°107- Dec 2020 Partenaire : UCA Entretien.................. 16-17 Actu photo...........................................18-21 Directeur de la publication - Rédacteur en chef : Paul Barelli / Rédacteur en chef adjoint : Vincent-Xavier Morvan / Secrétaire de rédaction - Infographiste : Marion Guinochet Ont collaboré à ce numéro  : Paul Barelli, Kristian, Nicole Laffont, Vincent-Xavier Morvan , Edition : Club de la Presse Méditerranée 06 / Maison des associations Comte de Falicon, 52 avenue du Ray 06100 Nice 06 60 45 23 45 / info@ clubpresse06.com / www.clubpresse06.com / ISSN : 2107-7002

Le Club de la presse Méditerranée 06 a vécu une année 2020 un peu particulière. Notre temps fort, la soirée de remise de l’annuaire qui se déroule depuis quelques années sous les ors du Château de Valrose, mis gracieusement à notre disposition par notre partenaire l’Université Côte d’Azur, a été annulée au dernier moment. Grand bien nous en a pris car elle devait se tenir le 17 mars… premier jour du confinement. Tout ce qui fait le sel de l’activité du Club, les rencontres, visites, pots du mois et autres moments conviviaux sont eux aussi passés à la trappe. Ils permettent de formaliser des échanges, indispensables, entre nos adhérents, journalistes et communicants. Malgré ces contraintes, le Club a continué ses activités. En ces temps de crise, notamment pour les journalistes les plus précaires, son rôle de défenseur de la profession est précieux. Jamais non plus ce rôle de défenseur, à l’heure de nouveaux attentats islamistes qui s’en prennent tragiquement à nos libertés, n’aura été aussi vital. Ce numéro d’Intermed revient largement sur ces questions posées par l’actualité de ces dernières semaines. Nous vous en souhaitons une agréable lecture. 2020 s’achève mais tout n’a pas été négatif. « Du chaos naissent les étoiles », a dit Chaplin. Notre assistante Marion Guinochet part en congé maternité en cette fin d’année, et la nouvelle est réjouissante. Pendant cette période, elle sera remplacée par Rim Azdine, qui sera votre interlocutrice. En attendant, bonnes fêtes à tous

.

VX Morvan


Actu : EN BREF - Actu par Kristian • 3 •

En bref...

Sortie du recueil Tous confinés

Initié par le dessinateur Kristian, le projet " Tous confinés ! " a eu pour but de maintenir un lien entre toutes et tous par le biais de l’humour pendant la période anxiogène et bien particulière d’isolement due au confinement. Chaque jour un dessin réalisé sur ce thème était proposé aux rédactions, mais également diffusé sur les réseaux sociaux et par contacts téléphoniques. Pour le bon fonctionnement du projet ces dessins étaient proposés libres de droits. Des groupes se sont spontanément créés sur les réseaux et

par téléphone pour transmettre le dessin du jour devenu un rendez-vous attendu. Répondant à de nombreuses demandes un recueil de ses dessins a vu le jour " Tous confinés ! Carnet de voyage intérieur " (134 pages couleur) dont les bénéfices sont reversés à l’association Action Humanitaire Pays de Grasse.

commandes peuvent être envoyées à : Kristian, 250 av André Gide, 06530 CABRIS . Tél. : 06 86 06 30 56. Règlement à l’ordre de l’association Action Humanitaire Pays de Grasse.

Cet ouvrage est disponible par correspondance, dédicacé par l’auteur 22 euros frais de port compris (ou 17 € lors des séances de dédicaces). Les

Livre Le 1er octobre, Teresa Maffeis, qui dirige l’Association pour la démocratie à Nice (ADN), infatigable militante des droits des migrants ou des Roms, recevait une lettre… du Vatican. Le Saint-Père lui faisait savoir qu’il avait été « touché » par ses « Chroniques de la fraternité », le livre que la « puce verte », comme l’ancien maire Peyrat la qualifiait, a co-écrit avec notre consoeur Aurélie Selvi (Kids-Matin). Qu’y-at-il dans cet ouvrage qui a pu combler ainsi le Pape ? Le mieux est de laisser la parole aux auteurs, qui présentent ainsi leur projet : « Depuis juin 2015, indignées par la situation des exilés qui s’amoncelaient à la toute proche frontière franco-italienne,

nous nous sommes rendues régulièrement à Vintimille. Histoire de tenter de donner un coup de main, de livrer des collectes d’habits, de nourriture, d’échanger, de voir, de prendre la mesure, surtout, et de témoigner de ce qui se passait là, tout près de chez nous. Au fil de nos venues régulières, les notes ont commencé à noircir des petits carnets. Pour ne jamais oublier ce moment de l’histoire de ce territoire transfrontalier, indélébile, douloureux mais aussi à de nombreux égards profondément chaleureux. Raconter des itinéraires, des périples, des réalités diverses et contrastées, des répressions sourdes, des solidarités aux

visages si variés, qui souvent chèrement se paient dans les prétoires azuréens ou italiens, voilà le dessein de ces « Chroniques de la fraternité », racontées sur un peu moins de trois cent pages. » VX Morvan

.

Les sentinelles, Chroniques de la fraternité à Vintimille, de Teresa Maffeis et Aurélie Selvi, 288 pages, 19,90 euros.

Actu vue par Kristian

Rentrée novembre 2020

Remontées mécaniques fermées

Décès Valery Giscard d'Estaing


Culture •4•

Culture

Plongée dans les « Eaux vives » de Jacques Renoir à la galerie Depardieu dans son envol. Un exercice subtil non étranger à la pratique cinématographique de l'artiste. Les images fascinent, interrogent et nous portent vers une réflexion sur l'apparente fixité des choses, sur la nécessité vitale de changer de point de vue. Eloge du doute qui s'ignore sous la poésie des goulettes en suspension ? C'est ce que je vois, mais chacun trouvera sa vérité face à ces images qui permettent de voyager sur place et de rêver un peu. Exposition précieuse qui célèbre à sa façon ce que le

En ces temps troubles la galerie Depardieu, à Nice, nous offre une plongée dans la limpidité des "Eaux vives" immortalisées par l'objectif de Jacques Renoir. Au delà du regard, c'est bien dans cet espace indécis, fluctuant et

infiniment complexe que le photographe a choisi d'embarquer le visiteur. Moi qui pratique au quotidien la contemplation de la mer, je perçois ici le jeu de l'instant capturé par l'intention, le viol du mouvement arrêté

"confinement" a apporté de plus vivifiant à ceux qui ont choisi de le vivre dehors. Face à des eaux tantôt déchaînées tantôt étonnamment calmes. Epargnées par le brouhaha et l'encre des moteurs. A la disposition du regardeur même si celui-ci n'a pas le génie inspiré d'aller, comme le fait si bien Jacques Renoir, au-delà des apparences...

.

Nicole Laffont Jusqu'au 23 janvier. Galerie Depardieu. 6 rue du docteur Guidoni, Nice.


Culture

Culture • 5 •

Archéologie et art contemporain à Nice avec Sosno L’une des figures marquantes de l’Ecole de Nice investit le musée d’archéologie de Cimiez. « Sosno squatte l’antique »: une exposition originale qui permet à une vingtaine de sculptures monumentales de l’artiste de dialoguer avec les vestiges romains sur un site archéologique majeur. Sosno a choisi l’oblitération pour mieux dire la présence. Les vides, les manques, les coupures soulignent l’essentiel de la figure. Ce vocabulaire particulier fonctionne à merveille avec les ruines dont on ne connaît que la partie et dont on doit imaginer la structure d’ensemble. Ici dieux et héros (Venus, Poseidon, le Discobole, etc.) affichent des couleurs vives, franches et découpent l’espace autrement, offrant une nouvelle. vision des ruelles et thermes romains mais aussi des bâtiments qui entourent le site comme le musée Matisse situé à proximité.

La promenade réserve bien des surprises grâce à la scénographie astucieuse qu’ont imaginée Mascha Sosno, veuve de l’artiste, et Bertrand Roussel, directeur des musées d’archéologie de Nice. Jouant avec les lignes et les formes, ils ont conçu de nombreux « pièges à regards » qui offrent une réalité nouvelle traversant les paysages et les siècles. Une exposition à ne pas manquer et une visite particulièrement indiquée à l’aube du printemps quand la nature renaît et parsème les jardins de couleurs nouvelles

.

Nicole Laffont Musée d’archéologie 160 Avenue des Arènes de Cimiez, Nice. Tel. (+33) 04 93 81 59 57


Actu club Tourisme et Covid-19 : bilan • 6 • Actu club

et conséquences sur la Côte d’Azur ? Une conférence organisée par l’Université Internationale de la Mer à Cagnes-sur-Mer en partenariat avec le CPM06. Le Club de la presse 06 a été partenaire le 5 octobre de cette conférence qui a permis d’établir un diagnostic inquiétant de la situation du tourisme azuréen face au Covid. Et d’entrevoir comment résister à cette pandémie : «  si la situation perdure nous allons déposer le bilan », ont révélé plusieurs hôteliers. Les visages des nombreux experts présents au Cum (Centre Universitaire Méditerranéen) de Nice étaient graves. Jean-Eric Aubert président de l’UIM (l’Université Internationale de la Mer) qui a organisé cette conférence avec Patrick Emeriau, expert maritime et économie bleue, ont situé les enjeux pour l’économie bleue de la lutte contre la pandémie. Quels sont les impacts de la crise, comment rebondir et que pourrait être le tourisme de demain. Pour cela, il convient de tirer des enseignements du passé. Jean-Paul Potron, Conservateur en chef des bibliothèques de Nice a relaté comment le tourisme niçois a su résister à de nombreuses crises. Des photos témoignent de l’image sombre de Nice durant la deuxième guerre. Toutes les jetées détruites sur le front de mer. L’ar-

mée allemande craignait un débarquement. Il y avait un Blockhaus devant le Negresco, des blocs de béton aux Ponchettes, le pont du Var a été bombardé par les alliés. Une centaine d’hôtels ont fermé.

Quand Nice était un cimetière d’hôtels. En 1950 Nice était surnommée le « cimetière d’hôtels  », précise JeanPaul Potron. Par la suite, la ville a

connu de graves évènements. Le mini tsunami en 1979 après l’effondrement du chantier de l’aéroport… L’attentat de 2016 et le Covid : « Nice, en dépit des catastrophes, a su rebondir. Je ne doute pas que nous trouvions l’énergie et les idées nécessaires pour passer ce cap » a estimé l’historien.

De son coté, Denis Zanon, Directeur Général de l’Office de Tourisme de la Métropole Nice-Côte-d’Azur a dressé un bilan très inquiétant de la situation : « La particularité de cette crise c’est que nous n’avons pas de vision. Personne n’a de solutions et ne peut dire ce que sera demain. Nous avons besoin de voir ce qu’il se passe ailleurs : c’est la première fois depuis la dernière guerre que l’on assiste à un phénomène qui bloque l’économie mondiale ». L’occasion pour Denis Zanon de préciser : « À Nice plus de 65 % des touristes à l’année sont étrangers. Le tourisme a été la pierre angulaire de l’économie de la cité. La moitié des emplois salariés vient de ce secteur à Nice. L’ensemble de la chaine économique de Nice est contrainte de s’adapter à des décisions très variables. Nous avons beaucoup de mal à donner de la cohérence à une stratégie globale. Il faut convaincre les Tours Opérators de venir à Nice. La ville, en dépit des catastrophes qu’elle a subi génère une image plutôt bonne dans le monde grâce à notre capacité de résilience. La gestion de la crise sanitaire a été plutôt bien per-


Actu club • 7 •

çue au Etats Unis par exemple ».

Tourisme d’affaire au point zéro « Le taux d’occupation est de 20% en juin, 55 % en juillet, 85 % en aout. Nous sommes redescendus à 35 % en septembre. En octobre, nous ignorons de quoi demain sera fait. Le tourisme d’affaire, deuxième pilier de notre stratégie touristique est au point zéro. Tous les évènements d’entreprises ont disparu. La stratégie évènementielle est contrainte par les ordonnances diverses sur les jauges du public. Nous avons connu une embellie grâce au Tour de France qui a permis de mettre en valeur l’arrière-pays. Mais tout est bouleversé avec les pluies qui viennent de le dévaster ». De son côté, Philippe Leven, secrétaire général de la Fédération de l’Hôtellerie de la Restauration et du Tourisme constate  : «  l’année 2020 avait bien commencée. Jusqu’en mars et puis en avril et mai on a fait zéro. En juin, le taux d’occupation s’élevait à 18%, soit moins 78% ». « Pour les hôtels, nous enregistrons une légère remontée en août grâce à une nouvelle clientèle nationale qui nous a rejoint. Nous sommes passés de 89% d’occupation en 2019 à 78% en 2020. Mais ce n’est pas catastrophique. En revanche, la situation est alarmante en septembre avec un taux d’occupation de 34% soit une chute de 57%. Surtout quand on se réfère au Var qui a maintenu, grâce à la clientèle nationale un excellent mois de juillet et des mois d’aout et septembre confortables ».

Perspective pour de nombreux hôtels : la fermeture « Cette année, la clientèle américaine a

disparu, pratiquement plus de japonais encore moins d’italiens (30% du marché). Nous n’avons plus que les français dont le pouvoir d’achat est bien inférieur. Dès lors, les perspectives sur la Côte d’Azur pour de nombreux établissements c’est la fermeture. En attendant des jours meilleurs… La Fédération de l’Hôtellerie se bat auprès des différentes instances afin que nous soyons aidés. Nous avons déposé un certain nombre de dossiers auprès de la Banque de France et de monsieur le Préfet. Si tout cela continu, un certain nombre d’entre nous vont mourir. Notre trésorerie est consommée. Des aides et actions fortes sont attendus des services fiscaux car évidemment s’il faut en plus payer des charges, sur ce que nous n’avons pas, nous serons contraints de déposer un certain nombre de bilans. Nous n’avons pas pu embaucher en réception des femmes de ménages d’extras pour les plages et les restaurants. Nous espérons que 2021 redémarrera au moment de Pâques et que nous pourrons nous refaire un peu. Mais nous sommes pessimistes car les hôtels qui ont engagé des travaux et ont beaucoup investi à la demande d’édiles locaux sont désormais liés à des crédits ». Dans ce contexte, les palaces Azuréens n’échappent pas au couperet. Bruno Mercadal, Directeur Général du 5 Etoiles Royal Riviera constate une perte de 67 % du chiffre d’affaire annuel avec une saison qui a duré 4 mois et demi. Le palace n’a ouvert qu’en juin avec un taux d’occupation de moins 43% et un prix moyen en diminution de 30% : «  Au Royal Riviera nous avons divisé notre taux d’occupation en septembre par 4. Nous aurions mieux fait de rester fermé. Le scénario est aussi sombre en octobre, nous fermons dans 15 jours en mettant tout le personnel en chômage partiel.

C’est surtout l’absence de clientèle américaine et russe (45% de la clientèle) entre juin et septembre qui ont eu un impact important sur notre activité . Au niveau social nous avons réalisé la saison avec la moitié de notre personnel 150 employés 80 cet été ». La conférence très dense a permis, lors des questions-réponses avec le public menée par Philippe Bellissent, Docteur en communication, d’entrevoir d’autres déclinaisons du tourisme d’après Covid. L’Université de la Mer entend associer tous ceux qui croient à un tourisme à la hauteur d’une des plus belles destinations du monde

.

Paul Barelli

Philippe Belllissent


Dossier • 8 • Dossier

La liberté de la presse est-elle menacée ?

"

Le débat sur la liberté de la presse s’est cristallisé autour de l'article 24 de la loi sur la sécurité globale. Il pénalise la diffusion d’images des forces de l’ordre. Des manifestations dénonçant les atteintes à la liberté de la presse ont été perturbées par des casseurs.

Une vive polémique a porté sur le rôle des policiers à la fois accusés sur les réseaux sociaux d’avoir été « passifs » face aux casseurs Black Blocs ou «  racistes  » lors de l’évacuation d’un camp de migrants le 23 novembre à Paris. Le point culminant de cette mise en cause des méthodes de certains policiers a été atteint le 26 novembre par le tabassage d’un producteur de musique, Michel Zecler. Des images extrêmement violentes ont envahi la boutique médiatique. Quatre policiers ont été mis en examen deux ont été écroués. L’affaire Michel Zecler illustre l’importance de l’image pour révéler de telles violences et poursuivre leurs auteurs. Si la présence de caméras est parfois gênante dans le cadre de l’intervention des forces de l’ordre, une telle présence ne saurait pour autant être interdite. La liberté de capter l’image des forces de police, lorsque celles-ci interviennent sur la voie publique, est une garantie fondamentale pour les citoyens. Elle doit être protégée. Les députés ont voté une mesure très

controversée de la proposition de loi sécurité globale pour pénaliser la diffusion malveillante d'images des forces de l'ordre. La quasi-totalité des journalistes, les clubs de la Presse (dont le CPM06), les éditeurs de presse sont montés au créneau. Ils ont réaffirmé dans un texte collectif leur attachement à la la loi de 1881 sur la liberté de la presse et disent qu'ils seront « vigilants pour qu'elle soit préservée ». Comme son nom l'indique, cette loi date de 1881, au début de la IIIe République. La liberté de la presse a été consacrée par la Déclaration des droits de l'homme de 1789. Sauf qu'en un siècle, les régimes qui se sont se sont succédés ont restreint globalement cette liberté. Au retour de la République, et alors que la France compte 250 quotidiens, les parlementaires se saisissent de la question. Le 29 juillet, la loi est votée.

La fameuse loi du 29 juillet 1881 Elle proclame, comme le rappelle le JDD, la liberté de la presse (une simple déclaration en mairie, peu appliquée, suffit pour créer un journal) non sans établir de nombreux délits de presse :

provocation directe aux crimes et aux méfaits ; appel des militaires à la désobéissance ; diffamation des souverains étrangers ; injure ou diffamation de particuliers. «  Ni les institutions, ni la famille, ni la propriété, ni les cultes, ni la morale ne sont protégés. La diffamation et les injures personnelles ne sont guère sanctionnées », expliquait le spécialiste Robert Kopp dans la revue L’Histoire. À cette époque, en France, les polémiques sont alors d'une grande violence dans les journaux. Cette liberté a été encadrée au fil du temps : en 1972, on interdit la discrimination, l'injure ou la diffamation à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. La loi Gayssot du 13 juillet 1990 sanctionne, en outre, la négation des crimes contre l’humanité perpétrés par le régime nazi. La lutte contre la diffusion des fausses informations (les fake news) a été votée en 2018.

« Liberté de la presse : la France toujours mal classée »


Dossier

C’est ce que confirme Christophe Deloire, secrétaire général de Reporter sans frontières (RSF). Selon le classement mondial de la liberté de la presse que publie RSF, notre pays est classé 34ème sur 180 pays. « Ce n’est pas totalement nouveau, mais il y a des facteurs de fragilisation », a-t-il précisé à France Culture. La situation française est marquée -  y compris par rapport à des pays voisins par des interférences capitalistiques assez fortes. Ce que l’on appelle des concentrations verticales : le fait que des médias appartiennent à des groupes qui ont d’autres intérêts et ça crée des conflits d'intérêts. Elle est liée à un climat politique. Dans ce contexte Christophe Deloire ajoute : « À une période d'explosion de la communication où tout le monde a une caméra, peut enregistrer, diffuser des images extrêmement intéressantes, même d'utilité publique, on doit s'attacher à défendre une vision exigeante du journalisme ». Il précise  :  «  Il y a beaucoup de nouveaux profils de journalistes et c’est heu-

reux. Heureusement que le journalisme est en train d'évoluer. Mais on ne saurait accepter que des gens qui menacent, qui profèrent des diffamations, qui ne vérifient pas, qui insultent, soient considérés comme des journalistes. Et nous, nous considérons que la ligne rouge c'est cela ». « Dans les manifestations, il y a beaucoup de jeunes journalistes qui font leur travail, travaillent avec des règles d'honnêteté, ont des méthodes professionnelles, utilisent le contradictoire. Et puis, il y en a d'autres, dont l'activité a sans doute un rôle social, mais s’assimile plus à l'activisme. Notre choix, dans l’ensemble du monde, pas en France, absolument partout, c'est de porter une vision exigeante du journalisme. »

sur Twitter, le 25 novembre. De son côté, Dominique Pradalié, secrétaire général du SNJ, syndicat national des journalistes assure à 20 Minutes  : «  sur les deux années écoulées 200 journalistes ont été empêchés de travailler par les forces de l’ordre. Auxquels il faut ajouter les journalistes qui nous ont contactés. Les plaintes déposées sont bloquées depuis mai 2019, tant auprès du procureur qu’à l’IGPN (la police des polices) ». L’intention du pouvoir de protéger l’identité des policiers trop souvent ciblés (selon Le Figaro, les violences contre les forces de l’ordre ont doublé en quinze ans) s’est heurtée aux principes fondamentaux d’exercice de la profession de journaliste dans notre pays.

RSF contesté

Certes, la France demeure une démocratie. Cependant le pouvoir, à toutes les époques, n’apprécie pas toujours que les journalistes fassent, simplement, leur métier

Plusieurs journalistes issus des mouvements sociaux mettent en cause Reporter sans Frontières. « Cela fait deux ans qu’on interpelle RSF sur des confrères blessés, entravés. Ils n’ont rien fait, ils nous ont ignorés », s’insurgeait Taha Bouhafs, le reporter de Là-bas si j’y suis,

Paul Barelli

"

.

"

Policiers, journalistes : je t'aime moi non plus

Les relations policiers-enquêteurs et journalistes, depuis l’époque légendaire où les fait-diversiers hantaient le « 36 » quai des Orfèvres, s’apparentent parfois à celles d’un vieux couple. Avec le temps la relation change, on s’éloigne,

on communique moins. Pourtant, subsiste une certaine forme de complicité tant les deux professions s’articulent autour de la recherche de la vérité. Les faits-diversiers et chroniqueurs judiciaires le savent bien. Ils sont souvent sur la corde raide : informer sans risquer de faire échouer une enquête.

Rétablir la confiance policiers en tenue journalistes ? Comment réinstaurer de meilleures relations professionnelles presse-police en tenue ? Le moment est très mal choisi. Pourtant, il est impérieux dans l’intérêt des deux professions d’envisager une

•9•


Dossier • 10 • Dossier

lucide coopération. Il se révèle urgent de sortir de la caricaturale image de policiers qui seraient tous « hyper violents et racistes  » comme les accusent des blogs sur des réseaux sociaux.

de manière clinique, un policier de la DGSI.

Des progrès notables pour isoler les casseurs ont été enregistrés lors des manifestations du 12 décembre. La hantise Le climat de haine autour de la problé- de l’infiltration des manifestants par des matique du maintien de l'ordre déchire éléments « incontrôlés » nous replonge notre pays. Les réseaux sociaux, vec- au cœur de mai 1968. La rumeur évoteurs d’alerte efficaces et, à la fois, pro- quait l'action de policiers infiltrés dans pagateurs de fake news, ont trop souvent les cortèges d’étudiants et qui agissaient «  cassé du flic  » avec hargne. Certes, sournoisement contre des manifestants. les images vidéo, le 26 novembre, du C’est un miracle qu'il n'y ait pas eu des producteur Michel Zecler tabassé par dizaines de morts. Le préfet de police de quatre policiers mis depuis en examen, Paris Maurice Grimaud a permis d'éviter dont deux écroués, ont provoqué à juste le pire. titre un émoi considérable. Cette violence est inacceptable. Des appels au meurtre Et si la plupart des rédactions ont appelé de policiers à des rassemblements pour contester l’article 24 sur la liberté de la presse jugé Les temps ont changé. Désormais, le trop restrictif, en revanche, les journa- slogan soixante-huitard « CRS/SS » est listes doivent redoubler de vigilance afin supplanté, sur internet, par des appels de ne pas faire l'objet de manipulations. au meurtre de membres des forces de l’ordre. C’est une des raisons qui ont Journalistes, déjouer les incité le pouvoir, dans l’article 24 de la loi sur la liberté de la presse, à exiger que manipulations les policiers ne puissent pas être identiLes conditions dans lesquelles s’est fiés en raison du risque de représailles. déroulée lundi 23 novembre la manifestation Place de la République à Paris or- Dans l’immédiat le pouvoir doit resganisée par l’association Utopia posent taurer l’image des forces de l’ordre qui question. 500 clandestins encadrés par sont à bout de nerfs. Alain Bauer, fondes membres de l’association ont été dateur de l’Observatoire National de la évacués par la police. Utopia a-t-elle délinquance, constatait déjà en 2019 instrumentalisé la détresse des migrants «  le pire bilan qu’on ait vu depuis des comme l’affirme un expert de la sécurité années ». « En deux décennies, les atteintes [outrages, rebellions, violences] présent ce jour-là ? Les services de renseignement inté- aux personnes dépositaires de l’autorité rieur qui, pour l'heure, ont des difficul- publique ont crû de 60 %. » tés à identifier, établir un «  traçage  » des redoutés casseurs les Black Blocs, Au-delà de la réécriture de la loi Sécuont cependant établi la dangerosité de rité globale, une refonte de la police certains mouvements de l'ultra gauche, s’impose. Réforme de l’IGPN, la police anarchistes en lien avec des casseurs : des polices ? Changement de vision en « Il existe une certaine porosité entre ces matière de maintien de l’ordre ? individus et les Black Blocs », constate,

Renouer le lien des Français avec la police Le chef de l’Etat vient de charger le gouvernement de lui faire des propositions pour renouer le lien entre le pays et sa police. La presse, bien qu’elle n’ait pas été sollicitée, devrait participer à cette démarche sans se départir de son indépendance. Sans doute faudra-t-il rebâtir, avec des moyens suffisants, une police plus proche des citoyens. Et sans évoquer, avec nostalgie, la France des « gardiens de la paix » ou celle des « hirondelles  » chevauchant leur bicyclette en plein vent, force est de constater que de nombreux Français souhaitent reprendre confiance en leur police. J’ai pour ma part été témoin de la grande expérience de terrain d’un équipage niçois de police secours. Ces gardiens de la paix, qui côtoient la détresse humaine au quotidien, sont intervenus après le suicide d’un ami. Ils ont été remarquables d’humanité. C’est une image que je ne suis pas près d’oublier

.

Paul Barelli

"


Billet

Billet

• 11 •

Journalistes : l’éthique, arme contre le terrorisme Le Club de la Presse Méditerranée 06 s’associe au choix éthique de Nice-Matin de ne publier ni les photos du terroriste ni celles du corps des victimes. Des images de l’attaque à la basilique Notre Dame ont été relayées par des réseaux sociaux alimentés par les islamistes radicaux. Les terroristes sont passés maîtres dans l’utilisation de la Toile : ils recrutent par internet qui leur sert de porte- voix. Le 14 juillet 2016, la publication des photos des victimes de la Promenade des Anglais et celle du terroriste au volant du camion fou qui a tué 86 personnes et blessé des centaines de personnes avait choqué. Depuis, les rédactions des chaines d’info continues ont tiré les enseignements des dérapages médiatiques lors de la couverture des attentats de janvier 2015. ll subsiste un recours, parfois outrancier, au sensationnalisme émotionnel mais une certaine prudence s’est instaurée. Les problèmes éthiques que pose aux journalistes le traitement du terrorisme. Tel était le thème d’un premier colloque sur le djihadisme que le Club de la Presse 06 avait organisé, quelques semaines avant l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 qui a fait 12 morts. En partenariat avec l’Université Côte d'Azur, le CPM06 a organisé en 2015 trois autres colloques sur le retour des djihadistes en France. De nombreux experts, chercheurs, éducateurs,

spécialistes des services de renseignement, représentants des diverses religions ont dressé un bilan inquiétant, déjà en 2015, de la progression de l’islamisme radical sur notre territoire et dans toute la planète. Dans ce contexte de prolifération du cancer islamiste, et l’attentat de Vienne s’ajoute à la liste, Nice-Matin et d’autres medias ont décidé de ne pas montrer le visage de l’assaillant de la basilique Notre Dame à Nice : « Il est hors de question de prendre le moindre risque, écrit Denis Carreaux, directeur des rédactions du groupe Nice Matin, de faire du bourreau de Notre-Dame un héros de la cause islamique et de se rendre complices à nos dépens d’une forme de glorification médiatique malsaine ». D’aucuns s’étonnent que des terroristes passent « les mailles du filet ». Il est toujours facile de s’en prendre à l’efficacité de l’appareil sécuritaire de notre pays. Mais les services de renseignement français sont très actifs, déjouant un attentat par mois comme l’a indiqué Jean Castex, le Premier ministre. Un expert soupire : « Désormais le terroriste, cela peut être votre voisin de palier ! » Nos services secrets, qui agissent à l’intérieur (la DGSI) et à l’extérieur (la DGSE) ont vu leurs moyens considérablement accrus

ces dernières années. Mais l’hydre islamiste est coriace.

Près de 400 terroristes neutralisés en une année par les services secrets français François Hollande en 2016 avait révélé à deux journalistes du Monde avoir ordonné des exécutions ciblées d'ennemis de la France hors du cadre légal. « J'en ai décidé quatre au moins », avait-t-il confié, provoquant un tollé parmi les responsables des services spéciaux. En réalité, la traque des terroristes a pris une ampleur considérable. Le Club de la Presse 06 est en mesure de révéler que près de 400 terroristes, ennemis de notre pays, ont été neutralisés à l’étranger par la DGSE et les forces spéciales en une seule année, selon une source sûre qui se refuse à préciser les dates au nom du secret défense. Dès lors, dans cette guerre de l’ombre contre le terrorisme, les journalistes doivent se cantonner à leur rôle : informer, en respectant l’éthique sans divulguer des informations susceptibles de nuire au déroulement d’une enquête. Un exercice délicat dans le contexte de déferlement des fake news. « Préserver l’éthique c’est défendre la liberté de la presse, son indépendance », précisait en mars 1944 le Conseil national de la Résistance. 76 ans après, c’est toujours vrai !

.

Illustration de Kristian, à la suite de l'attentat de Nice

Paul Barelli


Lecture • 12 • Lecture

COVID : une relecture de La Peste de Camus s’impose. 1938. Albert Camus a 25 ans quand germe en lui l’idée d’écrire un roman autour d’une épidémie. À ce moment, l’Europe n’est pas encore envahie par les nazis. Camus, qui vit à Oran, en Algérie, se documente abondamment sur les grandes pestes de l’Histoire et lit les romans emblématiques sur les pandémies. L’écrivain cherche à être très précis au plan scientifique, tout en déclinant une chronique romanesque. La Peste, roman paru en 1947, décrit une épidémie dont de nombreux aspects s’apparentent au Covid-19. Le récit s’ouvre un matin d'avril 1940, à Oran. Le docteur Rieux fait une découverte étrange : un rat mort sur le pas de sa porte. D’emblée, il pense à une blague cynique des enfants du quartier ; il prévient alors le concierge de l'immeuble, Monsieur Michel, qui vient lui-même s’en assurer. Ils demeurent intrigués, mais n’envisagent pas qu'il puisse s’agir là du début d'une épidémie. Quelques jours plus tard, les journaux font état d'une autre découverte macabre, d'une toute autre ampleur : des milliers de rats ont été trouvés morts, sans raison apparente. Les habitants se questionnent sur la propreté de la ville, tout en s’effrayant des potentielles conséquences. La ville s’empresse de tout nettoyer ; les tensions diminuent à la faveur des articles de presse qui rapportent une baisse de la mortalité chez les rats. Pourtant, les tentatives de minimiser l’événement se heurtent à la réalité : la maladie vient bientôt frapper les hommes, avec le concierge pour première victime. Malgré les efforts du docteur Rieux, Monsieur Michel

décède rapidement. Le médecin est touché par cette disparition si brutale, dont il n’a pas pu identifier les causes. Par la suite, le médecin établit que la peste est la maladie en question. Rieux s’échine à convaincre la municipalité de placer la ville en quarantaine pour juguler sa propagation. Il obtient finalement gain de cause. La ville est saisie par la peur. Voilà la ville d’Oran seule avec la mer, ses habitants coupés du monde. Ce cloisonnement provoque un changement d’attitude chez les habitants, pris de folie et de panique. Mais ils deviennent également méfiants, se renfermant sur eux-mêmes, développant un égoïsme violent. « Le propre de l’épidémie, justement, c’est de faire que chaque individu se méfie de celui qui est à côté de lui, souligne dans Le Monde Aurelie Palud*, agrégée de Lettres modernes et docteure en Littérature Générale et Comparée à l’Université de Rennes 2. «  Soudain, au cœur de l’épidémie, on prend conscience qu'on est inscrit dans une collectivité. Cet autre, qu’on négligeait, ou au contraire que l’on fréquentait soudain, devient une menace. Ce qui est intéressant, me semble-t-il, dans les récits d’épidémie, c’est le traitement du rapport à l’autre », écrit-elle. Aurélie Palud estime qu’il y a dans ce roman l’idée que la peste ne s’imagine pas, ou s’imagine mal. Si on l’imagine mal, qu’on la sous-estime, alors on ne va pas déployer les moyens nécessaires pour y faire face. Si, au contraire, on surestime les ravages de l'épidémie, dans ce cas, cela peut donner lieu à des

délires apocalyptiques qui sont également évoqués dans le roman. « Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus à admirer qu’à mépriser », écrit Camus dans La Peste. Tout en montrant les capacités humaines de solidarité, de combat, Camus alerte pour ne jamais oublier les leçons des épreuves : « Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparait jamais ! » Aurélie Palud estime pour sa part que « la littérature devrait nous aider à ne pas céder à des pulsions qui risquent de faire le jeu de l’épidémie »

.

CPM06 *Aurelie Palud a étudié les rapports entre lettres et épidémie. Ses réflexions sont nourries par La Peste, de Camus, mais également par des livres de José Saramago, J. M. G. Le Clézio, Juan Goytisolo ou André Brink.


TRIBUNE

• 13 •

REMERCIE SES PARTENAIRES 2020

Retrouvez l'actu de nos partenaires sur www.clubpresse06.com


Tribune Tribune• 14 •

Lettre ouverte à nos concitoyens

Dans une « Lettre ouverte à nos concitoyens » initiée par Charlie Hebdo dans le contexte du procès du massacre de sa rédaction en 2015 et des nouvelles menaces subies par l’hebdomadaire, la plupart des médias français appellent à défendre la liberté d’expression. Le Club de la Presse Méditerranée 06 s'y associe sans réserve et publie ce texte. Il n'est jamais arrivé que des médias, qui défendent souvent des points de vue divergents et dont le manifeste n'est pas la forme usuelle d'expression, décident ensemble de s'adresser à leurs publics et à leurs concitoyens d'une manière aussi solennelle. Si nous le faisons, c'est parce qu'il nous a paru crucial de vous alerter au sujet d'une des valeurs les plus fondamentales de notre démocratie : votre liberté d'expression. Aujourd'hui, en 2020, certains d'entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales. Des États exercent des pressions sur des journalistes français « coupables » d'avoir publié des articles critiques. La violence des mots s'est peu à peu transformée en violence physique.

Ces cinq dernières années, des femmes et des hommes de notre pays ont été assassinés par des fanatiques, en raison de leurs origines ou de leurs opinions. Des journalistes et des dessinateurs ont été exécutés pour qu'ils cessent à tout jamais d'écrire et de dessiner librement. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi  », proclame l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, intégrée à notre Constitution. Cet article est immédiatement complété par le suivant  : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme  ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Pourtant, c'est tout l'édifice juridique

élaboré pendant plus de deux siècles pour protéger votre liberté d'expression qui est attaqué, comme jamais depuis soixante-quinze ans. Et cette fois par des idéologies totalitaires nouvelles, prétendant parfois s'inspirer de textes religieux. Bien sûr, nous attendons des pouvoirs publics qu'ils déploient les moyens policiers nécessaires pour assurer la défense de ces libertés et qu'ils condamnent fermement les États qui violent les traités garants de vos droits. Mais nous redoutons que la crainte légitime de la mort n'étende son emprise et n'étouffe inexorablement les derniers esprits libres. Que restera-t-il alors de ce dont les rédacteurs de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 avaient rêvé ? Ces libertés nous sont tellement naturelles qu'il nous arrive d'oublier le privilège et le confort qu'elles constituent pour chacun d'entre nous. Elles sont comme l'air que l'on respire et cet air se raréfie.


TRIBUNE

Pour être dignes de nos ancêtres qui les ont arrachées et de ce qu'ils nous ont transmis, nous devons prendre la résolution de ne plus rien céder à ces idéologies mortifères. Les lois de notre pays offrent à chacun d'entre vous un cadre qui vous autorise à parler, écrire et dessiner comme dans peu d'autres endroits dans le monde. Il n'appartient qu'à vous de vous en emparer. Oui, vous avez le droit d'exprimer vos opinions et de critiquer celles des autres, qu'elles soient politiques, philosophiques ou religieuses pourvu que cela reste dans les limites fixées par la loi. Rappelons ici, en solidarité avec Charlie Hebdo, qui a payé sa

liberté du sang de ses collaborateurs, qu'en France, le délit de blasphème n'existe pas. Certains d'entre nous sont croyants et peuvent naturellement être choqués par le blasphème. Pour autant ils s'associent sans réserve à notre démarche. Parce qu'en défendant la liberté de blasphémer, ce n'est pas le blasphème que nous défendons mais la liberté.

• 15 •

de croyances. Citoyens, élus locaux, responsables politiques, journalistes, militants de tous les partis et de toutes les associations, plus que jamais dans cette époque incertaine, nous devons réunir nos forces pour chasser la peur et faire triompher notre amour indestructible de la Liberté. #DéfendonsLaLiberté

Nous avons besoin de vous. De votre mobilisation. Du rempart de vos consciences. Il faut que les ennemis de la liberté comprennent que nous sommes tous ensemble leurs adversaires résolus, quelles que soient par ailleurs nos différences d'opinions ou

Liste des signataires, à date 20 Minutes, Actu.fr, Alliance de la presse d'information générale, Alternatives Economiques, Arte France, BFMTV, Canal+, Causeur, CB News, Centre presse, Challenges, Charlie Hebdo, Cnews, Courrier International, Elle, Europe1, France Médias Monde, France Télévisions, Gala, GQ, Konbini News, L'Alsace, L'Angérien Libre, L'Avenir de l'Artois, L'Echo de l'Ouest, L'Echo de la Lys, L'Equipe, L'Essor Savoyard, L'Est-Eclair, L'Est républicain, L'Express, L'Hebdo de Charente-Maritime, L'Humanité, L'Humanité Dimanche, L'indicateur des Flandres, L'informateur Corse nouvelle, L'Obs, L'Opinion, L'Union, La Charente Libre, La Croix, La Dépêche du Midi, La Marseillaise, La Nouvelle République, La Renaissance du Loir-et-Cher, La Renaissance Lochoise, La Savoie, La Semaine dans le Boulonnais, La Tribune, La Tribune Républicaine, La Vie, La Vie Corrézienne, La Voix du Nord, Le Bien public, Le Canard Enchaîné, Le Courrier français, Le Courrier de Gironde, Le Courrier de Guadeloupe, Le Courrier de l'Ouest, Le Courrier Picard, Le Dauphiné libéré, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Le HuffPost, Le Journal d'Ici, Le Journal des Flandres, Le Journal du Dimanche, Le Journal du Médoc, Le Journal de Montreuil, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Maine Libre, Le Messager, Le Monde, Le Parisien / Aujourd'hui en France, Le Parisien Week-end, Le Pays Gessien, Le Phare Dunkerquois, Le Point, Le Progrès, Le Républicain Lorrain, Le Réveil de Berck, Le Semeur hebdo, Le Télégramme, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Les Echos, Les Echos du Touquet, Les Inrockuptibles, LCI, Libération, Libération Champagne, M6, Madame Figaro, Marianne, Marie Claire, Mediapart, Midi Libre, Monaco Matin, Nice Matin, Nord Eclair, Nord Littoral, NRJ Group, Ouest France, Paris Match, Paris Normandie, Play Bac Presse, Presse Océan, Radio Classique, Radio France, RMC, RTL, Society, Stratégies, Sud Ouest, Sud Radio, Syndicat des Editeurs de la Presse Magazine, TF1, Télérama, Valeurs actuelles, Vanity Fair, Var Matin, Vosges Matin.


PARTENAIRE • 16 •

Focus Partenaire

© A. Macarri - Université Côte d’Azur

« Il est très important que les étudiants aient un contact avec leurs enseignants »

Élu président d’Université Côte d’Azur (UCA) en janvier, Jeanick Brisswalter dresse un premier bilan, pour Intermed, de cette année marquée par l’impact de la crise sanitaire. Entretien avec Jeanick Brisswalter Propos recueillis par V.-X. M. Dans quelles conditions les cours se déroulent-ils aujourd’hui à l’université ? Jeanick Brisswalter : Nous avons mis en place, à la rentrée de septembre, des cours en présentiel ou en semi-présentiel avec une demie-jauge, en fonction de la taille des salles. Il est très important que les étudiants aient un contact avec

leurs enseignants. Nous avions observé les effets délétères sur la réussite et les conditions de vie des étudiants lors du premier confinement. Avec le second, on a de nouveau perdu le contact avec eux. Tout se fait maintenant en distanciel, cours magistraux et TD. Seuls quelques TP en présentiel sont autorisés, mais c’est très limité. On retrouve les effets délétères observés au premier confinement, avec le risque de décrochage pour certains. Comment cela affecte-t-il les

étudiants ? J.B. : Le confinement les fragilise. Ces fragilités sont financières, déjà. Presque 40% de nos étudiants ont un petit job à côté, qu’ils ont perdu le plus souvent, et nous avons mis en place un fonds de solidarité avec le Crous. Il y a aussi la fragilité alimentaire, conséquence de la première, la fragilité numérique également, et là nous avons organisé un service de prêt d’ordinateurs. Enfin, il y a la fragilité mentale, et nous observons une augmentation très importante des consultations


FOCUS PARTENAIRE

psychologiques. Mais le fait d’être en présentiel n’améliore pas leur situation financière ? J.B. : Non, mais le fait qu’ils viennent en cours, de les avoir sur le campus, nous permet de repérer les étudiants en difficulté et de les accompagner. Cela est particulièrement vrai pour les 7 000 nouveaux entrants, sur un total de 30 000 inscrits à l’Université, que nous ne connaissions pas assez bien. Vous demandez aujourd’hui au gouvernement une reprise des cours en présentiel, en demiejauge, dès début janvier. J.B. : Oui, c’est une initiative prise au sein de l’alliance Udice des universités labellisées Idex, c’est-àdire des dix universités en France qui sont intensives en recherche et à rayonnement international. Nous avons été reçus, en visio-conférence, par le Premier ministre. Je faisais partie de cette délégation et nous avons eu deux heures de discussion

très intéressante. À la suite de cet échange, Emmanuel Macron a ouvert la porte en disant, lors de son interview à Brut, qu’il ferait tout son possible pour que les cours reprennent en janvier tels que nous le demandons, en présentiel, avec une demie-jauge. Vous avez été élu président en janvier. Vous avez eu un sacré baptême du feu avec cette crise. J.B : On va dire que c’était un bizutage ! En effet, depuis février, en plus de toutes les missions qui ne sont pas affectées par la crise sanitaire, car les ambitions demeurent, on doit gérer en plus du reste une crise sanitaire. Cela n’affecte pas le projet que j’ai porté. C’est une charge en plus, non négligeable. Quel est ce projet ? J.B. : Il se situe dans la dynamique de la labellisation Idex et repose sur deux piliers, être capable de promouvoir l’excellence en termes de recherche, d’innovation et de

• 17 •

formation, et faire en sorte que notre université soit moteur de son écosystème et puisse se projeter à l’international. Comment cela se traduit-il ? J.B. : Nous avons déjà enregistré de premiers succès cette année. En juillet, notre université a été labellisée dans une alliance européenne, Ulysseus, au sein de laquelle nous sommes responsables d’un hub d’innovation dans les domaines de la santé, du vieillissement et du bien-être. Donc on projette bien notre modèle à l’échelle européenne, c’est un succès pour nous cette année. Parmi les autres il y a le développement de l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle, le 3IA, qui prend sa place dans son écosystème. Nous déclinons ainsi les projets qui correspondent à nos grands axes stratégiques, autour des défis du numérique, de la santé, du bien-être et du vieillissement, de la relation artculture-sciences et des défis socioenvironnementaux.

.

Son parcours Né en 1958, ce Jurassien, ancien sportif de haut niveau qui a brillé en sprint, a suivi toutes ses études à Paris. Il est professeur des universités depuis 1996. Après un doctorat en physiologie au laboratoire de physiologie des adaptations de Paris V, spécialiste de physiologie de l’exercice appliquée au sport de haut niveau, Jeanick Brisswalter débute comme chercheur à la mission recherche de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP). Il intègre ensuite l’université à l’Université de Poitiers en 1994 puis de Toulon en 1999 où il dirige le laboratoire d’ergonomie sportive. Il rejoint l’Université Nice Sophia-Antipolis en 2010 où il crée et dirige le laboratoire « Motricité Humaine, Expertise Sport Santé » (LAMHESS). Ses travaux de recherche se sont intéressés à la gestion des substrats lors de l’exercice et les relations avec le fonctionnement cérébral en application avec le sport de haut niveau de performance ou le vieillissement. Il a publié de nombreux articles internationaux dans les champs

de la physiologie de l’exercice, des neurosciences et de la psychophysiologie. Il est expert de plusieurs organismes et comités d’évaluation nationaux et internationaux dans les domaines des sciences de la vie et de la santé, de santé publique et des sciences du sport. Il a été Doyen de la Faculté des Sciences du Sport de 2014 à 2016, date à laquelle il prend la responsabilité de vice-président de la commission recherche de l’université Nice Sophia Antipolis et vice-président Recherche de la CoMue Université Côte d’Azur. Jeanick Brisswalter a été élu pour quatre ans président d'Université Côte d'Azur (UCA) le 9 janvier 2020 par le conseil d’administration avec 31 voix sur 38 (7 bulletins blancs). Il devient alors le premier président de la nouvelle Université Côte d'Azur, établissement expérimental, qui se substitue à l’Université Nice Sophia Antipolis et à la Communauté d’Universités et Etablissements (ComUE).


ACTU PHOTO CI-CONTRE : Vallée de la Vésubie, au confluent de la Gordolasque et de la Vésubie le 3 octobre au lendemain de pluies diluviennes qui ont fait plusieurs victimes et causé des dégâts considérables dans cette vallée alpine.

CI-DESSUS : 04 octobre, Breil-sur-Roya, le centre-ville noyé par le crue de la Roya.

CI-CONTRE : 05 octobre, le village de Saint-MartinVésubie.

La page Actu Photo d'Intermed est née en 2008. Elle a pour but de présenter une petite partie du travail du photo-journalisme en montrant les deux faces d’une photo : l’image et sa légende originale. Sélectionnées par le photographe et traitant d’un évènement du département ayant une portée nationale, ces photos n’ont pas pour autant vocation à être un résumé de l’actualité locale  PHOTOS © VINCENT-XAVIER MORVAN

.


ACTU PHOTO

CI-DESSUS : 22 septembre : le Belem, navire-école, en provenance de Saint-Nazaire, fait une escale technique à Nice avant de rejoindre son hivernage à Cannes.

CI-CONTRE : 29 août, le Tour de France de passage aux arènes de Cimiez, Nice

CI-CONTRE : 14 novembre, manifestation à Nice contre les mesures sanitaires prises dans le cadre du confinement.


29 octobre, basilique Notre-Dame, Nice, quelques minutes après l’attaque terroriste qui a causé la mort de deux fidèles et du sacristain.


INTERMED n° 107 - Décembre 2020  

INTERMED n° 107 - Décembre 2020  

Profile for cpm06
Advertisement