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N ° 68 - N ovem bre 2 01 1 - 3 ₏ - I S S N 1 2 7 0 5 07 1

25ans w w w . c o si o n g. f r


édito

Sommaire

Heureux de vous présenter ce 68ème numéro Louis Coste et par la même occasion, célébrer les 25 ans Président de l’association. Sans vouloir tourner les choses sous la forme d’un bilan, on peut de temps en temps regarder dans le rétroviseur. Dans celui de COSI aujourd’hui, je vois presque 600 000 bénéficiaires qui ont reçu une aide de 3 100 t de première nécessité de la part de l’association. C’est aussi une centaine de missions dans 40 pays réalisée par 550 bénévoles. Vous savez, ceux qui quittent leur travail pour partir à l’autre bout du monde pour aider des populations en difficulté. C’est aussi savoir garder la capacité d’adapter en permanence ses réponses en fonction des besoins des populations. N’oublions pas ceux grâce à qui tout est possible : les donateurs. Ce sont eux qui permettent à l’association de réaliser toutes ces actions dans les meilleures conditions. Alors simplement merci. I•I

EDITORIAL. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .P.2 GRAND ANGLE ­ 25 ANS COSI a 25 ans. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P.3 à 6 actu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .P.7 CHRONIQUES ­ 4/4 Le tsunami. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P.8

Directeur de la publication : Louis Coste • Rédacteur en chef : Laurent Coste • Rédacteurs : Madeleine Senasson, Sabine Coste­Wambergue, Bernard Dargelas • Lecture : Fernande Moulin • Photographies : Gérard Morisson, Louis Coste, Laurent Coste, Lecoq Bernanrdin • Rédaction : Aérodrome de Lanas ­ BP 121­ 07203 Aubenas cedex ­ Tél.0475 350 808 ­ Fax 0475 355 213 ­ E­mail : contact@cosiong.fr • Maquette : Comité de Secours Internationaux COSI ®infos • Impression : print team • Toute reproduction, même partielle , est soumise à l'autorisation préalable du Directeur de publication • Abonnement 1 an ­ 4 numéros ­ 12 euros • N°68 ­ 4 ème trimetre 2011 ­novembre ­ Trimestriel ­ ISNN 1270 ­ 5071 • www.cosiong.fr


GRAND ANGLE / 25 ANS

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© Journal Colombien ­ Arméro

Photographie ci­contre : Oméra dans sa terrible attente vers la mort. Cette histoire sera le déclic de la création du COSI. En effet les fondateurs étaient à Arméro au moment de ce drame sans en avoir eu connaissance. Ce n'est qu'à leur retour qu'ils ont appris cette tragédie. Ils resteront avec le regret tenace qu'ils auraient au moins pu la soulager, voir la sauver.

L’innovation a toujours été le moteur de l’adaptation aux besoins des victimes sur le plan de la recherche des ensevelis, des soins médicaux, soutenus par une logistique qui ne cesse d’évoluer pour rester efficace, écrivait Louis Coste pour résumer 25 ans du COSI. 1986 # COSI est créée le 28 octobre dans un contexte post désastre, à la suite des catastrophes de Mexico et d’Arméro en Colombie. Le constat des fondateurs met en évidence des secours interna­ tionaux non adaptés. Dés la première année l’association a reçu le soutien de personnes qui ont encouragé les fondateurs à construire tout d’abord la Compagnie de Secours Internationaux, car dans l’esprit chaque fondateur devait parrainer trois nouveaux membres afin de constituer les équipes. Les notions d’autonomie des équipes, de kits de secours d’urgence et la nécessité d’une structure organisée sont petit à petit développés jusqu’à la première intervention sur le séisme de Spitak et

« Je suis heureux et fier de participer à cette œuvre magnifique et indispensable de merveilleuse solidarité et générosité humaines. Avec tous mes vœux et toute mon aide à COSI » Pr. Christian CABROL

Erevan en Arménie en 1988. Puis, au fur et à mesure des missions, COSI se professionnalise, s’étoffe en matériels pertinents, s’entourant de bénévoles polyvalents, et s'attachera à la symbolique de cette


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GRAND ANGLE / 25 ANS

«Bravo pour votre action de laquelle je suis solidaire. Bien sincèrement et bien amicalement à tous. » Jean FERRAT

© cosi/SIPA

Photographie ci­dessous : Erévan ­ Arménie ­ Désespoir de la découverte du corps de son mari.

«Avec mon très grand espoir de vous voir un jour réussir dans votre projet, projet indispensable car ce qui existe actuellement en matière d’organisation des secours en cas de catastrophes majeures est, tristement, lamentable.»

phrase qui devient la maxime de l'association : « la surface la plus passionnante de la terre, c’est pour nous, celle du visage humain ».

1990 # A la suite d’un séisme en Iran, COSI n’a pas

encore une grande autonomie financière et profitera d’un avion Iranien pour se rendre à Mangil ; où les concepts fondateurs seront éprouvés. C’est la même année que COSI interviendra pour la première fois dans le cadre d’une opération d’assistance aux populations dans un contexte de guerre au Libéria. C’est aussi cette année là que paraitra la première lettre aux sympathisants, qui deviendra plus tard COSI Infos.

1992 #

L’association développe concrètement le module catastrophe. Un groupe de cinq personnes avec son matériel et ses chiens de secours. Au Caire lors d’un séisme, un module COSI a pu être au travail en moins de 30 heures. Cette année là, verra le jour du premier stage COSI de logistique en situation précaire, qui deviendra plus tard COSI départ.

1994 # COSI commence à répondre aux demandes d‘assistances. L’Albanie, la Tunisie, la Bulgarie sollicitent COSI pour un accompagnement. Les écoles d’infir­ mières, nous demandent de contribuer à la préparation des élèves au monde humanitaire. La somme de travail augmente au siège de l’association et un poste de permanent est crée.

1996 & 1997 #

renforcent l’importance de l’éthique au COSI. Une intervention dans un pays aux frontières difficiles à franchir, la Chine, permettant le passage de médicaments au profit des populations touchées par un séisme dans le Yunnan. Ce sera le point de départ de la rédaction de la charte. COSI accueille JRA une association de chiens de recherche Japonaise.

Haroun TAZIEFF

© cosi

1998 # Nouvelle corde à son arc, c’est la première

Photographie ci­dessus : Tégucigalpa ­ Honduras ­ Consultations à la suite du passage du cyclone Mitch.

intervention sur un cyclone et pas n’importe lequel «Mitch» au Honduras. COSI s’adapte à la situation en mettant en place des cliniques mobiles permettant aux équipes d’aller vers les populations sinistrées et non plus de les attendre aux dispensaires. Ce modèle d’intervention médicale fera école sur bien autres missions d’urgences. COSI est reconnue d’intérêt général.


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2000 #

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Photographie ci­dessous : Valichainay ­ Sri Lanka ­ Un nouveau bateau pour cette famille de pêcheurs.

Favoriser l’amélioration des compétences locales là où c’est possible. C’est la naissance de la notion de «microprojets» permettant d’effectuer des missions non urgentes pour répondre à des besoins particuliers. COSI est enregistré en tant qu’organisme dispensateur de formations par le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité.

2004 #

L’Asie du Sud­est et le Sri Lanka sont balayés par un tsunami ravageur. Urgence médicale avec la prise en charge de 20 camps de déplacés sur le modèle Mitch et un programme pêcheurs.

2005 # L’association se lance dans un nouveau défi,

© cosi

un programme de construction de bateaux pour les pêcheurs Sri Lankais. La même année c’est au Cachemire que COSI intervient province âprement disputée « Bravo pour votre courage, entre l’Inde et le avec toute ma sympathie Pakistan. Là encore les un fidèle supporter du COSI». principes de neutralité permettent une action Michel DRUCKER pertinente auprès des populations touchées et isolées. L’association poursuit sa mission d’assistance aux populations en situations précaires ou difficiles. Le Maroc, Laos, Burkina­Faso, Niger, Madagascar, Maroc, Roumanie, Sénégal ont reçu des aides ou un accompagnement médical de première nécessité.

2008 #

Le cyclone « Nargis » en Birmanie anéantit encore une fois une partie de l’Asie. Après une longue négociation, COSI peut enfin porter assistance aux sinistrés n’ayant toujours reçu aucun secours. L’ouverture d’un pays dit « fermé » même tardive est une victoire pour nous. © cosi

« Je me souviens de notre interprète Soraya qui toute la journée nous a aidés Photographie ci­dessus : lors des soins. En fin de journée nous lui Delta de l'Irrawady ­ Birmanie ­ La logistique doit trouver des solutions pour transporter les médicaments là où il n'y a pas d'autres véhicules que des bateaux et demandons si elle a un souhait, et de des vélos. son plus beau sourire emprunt d’une infinie tristesse elle nous avoue que la vague a emporté son mari, deux de ses enfants et plusieurs membres de sa famille ! Je reste bouche bée, notre étreinte durera de longues minutes». Sabine – infirmière ­ Sri Lanka


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« Les blessés sont là, au bord de la route, avec pour seule immobilisation un sommier sommaire. Ils sont atteints de traumatismes majeurs des membres inférieurs et du bassin. Nous sommes leurs premiers secours. Ils ne se plaignent pas. Leurs yeux noirs cherchent l'espoir et le soulagement auprès de nous. » Françoise ­ infirmière ­ Cachemire

Photographie ci­dessus : Port au Prince ­ Haïti ­ Jean Luc prépare son chien à une recherche.

2009 #

Des actions sous forme de microprojet se développent au Togo, au Maroc. La formation de kinésithérapeutes à Lomé aux techniques de désencombrement respiratoire pour la prise en charge des infections respiratoires aigües des enfants en bas âges. Le soutien technique à Oujda d'un centre d'enfants handicapés mentaux.

2010 # COSI intervient rapidement sur le

« Rencontres, expériences, profession­ nalisme, humanisme, humour, au service de l’autre. Voilà, le COSI c’est cela ! ». Madeleine ­ infirmière ­ Laos

« Bravo pour ce que vous faites. Que les petites lumières que vous allumez ou ravivez sur votre chemin grandissent dans le cœur des hommes. Bon courage à vous, je pense aussi à ceux qui sont de l’autre côté de la barrière !» F. ­ donatrice ­ France

séisme de Port au prince en Haïti grâce au concept, imaginé en 1992 lors du séisme du Caire, de modules de catastrophe lui permettant d’être au plus tôt auprès des sinistrés. Les alertes, les microprojets se poursuivent.

« Je vous remercie d’être là et si souvent lors des terribles catastrophes qui peuvent survenir.»

Reste qu’au travers de toutes ces années, COSI s’est adapté, a amélioré sa capacité de réponse aux besoins des populations. Parfois, il a fallu renoncer à intervenir comme au Japon ou tout récemment en Turquie, pour des raisons complètement différentes, c’est par ses choix que l'association est crédible. Cette liberté d'agir là où c'est utile c'est aux donateurs que nous la devons depuis 25 ans. I•I

« L’équipe médicale est au travail dans un orphelinat et pendant ce temps les équipes de chiens fouillent leurs premiers chantiers. Les chiens font tous un travail sans faille et font preuve d’une grande motivation malgré la chaleur, la poussière et l'odeur insoutenable.»

Alain ­ donateur ­ France

Alexandre & son chien baltik ­ Haïti


actu TURQUIE Le 23 octobre un séisme de 7.3 survient dans l’Est de la Turquie avec comme épicentre Tabanli, dans la province de Van à 15 km de cette ville. La cellule de veille des catastrophes COSI recueille rapidement les premiers éléments et suit leurs évolutions. Quelques heures après l'alerte le gouvernement Turc diffuse un message dans lequel il remercie les pays et ONG proposant leur aide en précisant que la Turquie est en train d'acheminer les secours et l’aide necéssaire. Pour la cellule de veille des catastrophes à COSI c'est une crise de niveau 1 : le pays victime de la catastrophe est capable de gérer par lui­même la catastrophe et n'a pas besoin de secours extérieurs. Puis le 26 octobre, le gouverne­ ment turc décide d'accepter une aide internationale spécifique, à la suite du constat dressé par les services de gestion des situations d'urgence, qui ont souligné que le pays a besoin de logements préfabriqués et de conteneurs pour abriter les rescapés. Seule est accueillie l’aide matérielle. COSI a pris la décision de ne pas intervenir, d’une part parce que le pays refusait l’aide et parce que la catastrophe était classée de niveau 1. La Turquie a envoyé ses équipes de chiens, de sauveteurs et médicales qui ont permis de sauver des vies. L’importance de maintenir une cellule de veille des catas­ trophes a permis, une fois de plus de collecter des informations pertinentes. I•I

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JAPON En septembre 2011 un sondage réalisé auprès des étudiants japonais révèle des changements majeurs dans leur attitude depuis le désastre du séisme / tsunami / nucléaire. Leur conception de la vie professionnelle, de l’énergie nucléaire et de l’entraide a changé. Le point positif du désastre du 11 mars est pour 45% d’entre eux le renforcement des liens entre les gens. Ils parlent « d’entraide et de stabilité » plutôt que de «gagner de l’argent coûte que coûte». Leur opinion a changé aussi sur le nucléaire, et sur l’importance de prendre «soin des autres». Dernier point important, ils ont insisté sur les «rapports humains et la confiance» dans la société japonaise. I•I

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Par sabine Coste­Wambergue Administratrice du COSI

© COSI ­ Sri lanka 2004­2005

Photographie ci­contre : Déplacé par le tsunami un dispensaire de fortune est ouvert dans l'école de Vithihib yalayal dans le district de Valaichenay. Henri ausculte un bébé qui a une infection respiratoire aigüe. Sans soins cet enfant va mourir.

La terrible nouvelle tombe le 26 décembre 2004 : un séisme majeur entraîne un tsunami d’une rare amplitude en Asie du Sud­est. La cellule de veille des catastrophes perçoit très vite l’ampleur des dégâts et décide d’envoyer une équipe médicale au Sri Lanka. L’île est frappée sur toute sa côte Est où tout a disparu en un instant. Les conséquences sont terribles, impressionnantes, l’équipe est projetée au secours des survivants à cette terrible vague. Quand ils arrivent à en parler, c’est avec un regard éteint, un sentiment de peur quasi permanent, une angoisse intense. Tout ceci ayant des conséquences graves telles que risque suicidaire, conduite alcoolique, cauchemars insupportables, hyper vigilance… Il a fallu répondre à cette liste de symptômes qu’est le syndrome post traumatique. Un protocole de soins a été établi, proposé et appliqué pour donner un certain nombre d’outils pour une prise en charge psychologique, certes modeste mais

indispensable pour sortir les survivants de ce cauchemar. En parallèle, les soins d’urgence sont apportés et les cliniques mobiles ne désemplissent pas. Pierre, médecin témoigne : « Beaucoup de plaies des membres inférieurs, des fractures ou entorses sévères associés à des plaies causées par des chutes sur les éléments solides ou par projection. »

L’équipe est performante, Henri a tout quitté pour nous rejoindre, il interroge, ausculte palpe et prend ses décisions avec calme et sérieux. Pour Dominique c’est sa première mission, elle qui adore les enfants on a l’impression que les mamans l’ont senti, car c’est vers elle que sont amenés les tout petits. Beaucoup ont des plaies suppurées et douloureuses qu’ils faut panser. Dehors la pluie ne cesse de tomber. Il est 22 heures quand nous fermons la clinique faute de lumière. 140 patients ont été vus, écoutés, soignés. Et ce soir c’est le 31 décembre, nous allons passer ce réveillon de façon très spéciale tous ensemble. Devant l’importance de « COSI, vous êtes des personnes formidables, [...] cette catastrophe, COSI enverra une seconde équipe Votre amitié et vos mots ont guéri beaucoup médicale afin de poursuivre de personnes, autant qu'avec les médicaments ! les soins et l’ac­ Les victimes et les pauvres ont besoin d’aide, mais pas compagnement de toutes n’importe laquelle [...] Vous avez fait ce qu'il fallait au ces détresses. I•I

bon moment et au bon endroit.»

Janaka médecin Sri lankais


COSI Infos n°68