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TOMB RAIDER ANNIVERSARY

Lara version 2007, plus humaine et définitivement lovely.

Tomb Raider Resurrection En 2006, Crystal Dynamics opérait la résurrection de Tomb Raider avec un Legend certes bancal mais extrêmement prometteur. Avec le recul, cet opus sans doute un peu light en termes de difficulté et de contenu pourrait apparaître comme un simple test. Histoire d'explorer les possibilités offertes par de nouveaux graphismes, une jouabilité entièrement remaniée et, peut-être, la popularité d'une Lara en totale perte de vitesse. Confortée par des critiques chaleureuses, il ne faut qu'un an supplémentaire à Crystal Dynamics pour transformer brillamment l'essai. Car si Legend fut agréable, Anniversary est, lui, proprement éblouissant.


L'empreinte du temps Depuis le premier épisode sorti en novembre 1996, le monde du Jeu vidéo a changé. En 11 ans, la technologie a progressé à pas de géants. Bijou technologique à sa sortie, le Tomb Raider originel n'est aujourd'hui objectivement plus qu'une infâme bouillie de pixels. Mais l'âme de ce jeu est éternelle et, malgré le poids des années, sa beauté reste inaltérée. Et ce pour autant de raisons qu'il existe de fans de Tomb Raider sur cette Terre. On pourra parler de design, d'ambiance, de couleurs, de textures ou même d'atmosphère, rien n'y fera : ce jeu est magique, comme touché par la grâce divine. Les petits gars de Crystal Dynamics avaient donc du pain sur la planche s'ils voulaient prétendre égaler ce jeu qui, tel un dieu, ne semble pas vouloir vieillir. Pour y parvenir, des polygones par millions et des effets spéciaux dernier cri ne sauraient suffir. Ce sont juste des artifices qui font du bien, car même s'ils sont carrément indispensables, le véritable travail est ailleurs. Pour faire revivre Tomb Raider, il faut une véritable direction artistique, il faut être capable d'insuffler une âme à ces temples et autres tombeaux millénaires. Y parvenir est un travail d'orfèvre. Mais le résultat est là : retrouvant les meilleurs instants de l'époque, sans pour autant renier la splendeur visuelle de Legend, Tomb Raider revit. En maniant Lara de caves humides en corniches poussiéreuses, on redécouvre ces intérieurs fascinants avec quasiment la même magie et le même sentiment d'interdit qu'au premier jour. De ce côté, la prouesse des créateurs d'Anniversary est un exploit considérable. La technologie aidant, on pourrait même arguer que ce remake fait encore plus fort. En fait, Anniversary affiche directement ce que l'on ne pouvait qu'imaginer il y a 11 ans. L'identité graphique n'est peutêtre plus exactement la même, usant notamment d'une palette de couleurs notoirement plus délavées, mais qu'importe: les lieux visités n'en ont l'air que plus anciens. Une telle orgie de polygones et de textures d'une telle précision font de cet Anniversary un véritable tour de force technique. N'oublions pas non plus ces effets d'amosphère qui emplissent l'air de particules voletantes et d'humidité, renforçant la crédibilité de ce monde qui semble avoir tant vécu. Le design est quant à lui extrêmement soigné, assurant la réussite artistique tant attendue sans laquelle toute la technique du monde ne serait qu'un coup de glaive dans l'eau. C'est ainsi que grotte après grotte, sphynx après sphynx, pilier après pilier, les tombeaux oubliés reprennent vie. Alors, oui, il y a encore quelques bugs. Oui, les ombres sont curieuses. Oui, la lave est pourrie. Mais rien ne nous fera nier l'évidence : Tomb Raider est de retour.


Base-jump Mais Anniversary, ce n'est pas qu'une histoire de revival, de technique ni même de direction artistique. C'est avant tout un jeu. Et de ce côté, en 11 ans, le monde du Jeu vidéo a peutêtre encore plus changé que nos cartes 3D. Soyons clairs : la maniabilité du jeu original est aujourd'hui véritablement archaïque. Difficile de parler du système de sauvegarde qui n'était pas le même à l'époque selon que l'on jouait sur PC ou sur console. Remarquons tout de même que les “points de passage” automatiques sont aujourd'hui extrêmement rapprochés, faisant “ding” tous les vingt mètres comme Legend l'avait initié. Cette approche que l'on pourrait qualifier de pourfendeuse de difficulté est en fait représentative de ce que doit être le jeu d'aventure d'aujourd'hui : plus simple, plus accessible, plus immédiat. Et très franchement, ce n'est pas un mal. L'insoutenable terreur du saut manqué a disparu, faisant disparaître à jamais une certaine idée du Tomb Raider version consoleux, mais d'un autre côté, l'audace est encouragée. Qu'importe si tel saut est voué à l'échec, puisque l'on pourra recommencer sans avoir à se retaper tout le niveau, alors on essaye. Et ça marche : on s'aggrippe à la manette de toutes nos forces et Lara parvient à atteindre d'une main peu assurée la corniche tant convoitée. En libérant les frustrations, Tomb Raider version 2007 incite à la prise de risque et sa panoplie de mouvements ultramodernes qui fait que l'on peut courrir sur les murs en fait un jeu de haute voltige terriblement jouissif. De ce côté là, Tomb Raider a clairement changé. En osant se débarrasser d'une mécanique de jeu psycho-rigide où l'on devait “compter les cases” et évaluer les angles et trajectoires avec une précision presque détestable *, Crystal Dynamics passe haut la main l'épreuve de la modernisation. Ce changement de cap opéré sur Legend et poursuivi sur Anniversary est donc totalement salutaire. En ce sens, Anniversary est peut-être même le triomphe absolu de l'easy-gaming. Alors bien sûr, cette nouvelle jouabilité décomplexée fragilise encore un peu plus une architecture générale déjà difficilement crédible. Car même si les tombes sont logiquement piégées pour ne pas être profanées, les inévitables passages de plate-forme déjà douteux à l'époque deviennent ici quasiment injustifiables * Avouons cependant le plaisir coupable que nous avons eu à nous y soumettre ;)


architecturalement parlant – sauf à imaginer que les ingénieurs d'alors étaient des extraterrestres aussi fourbes que viles. Mais peu importe. Tomb Raider est un jeu, et de fait tout ce qui peut sublimer le contrôle et l'interactivité avec l'environnement est bienvenu, surtout lorsque l'entreprise est réussie avec un tel brio. Autre changement architectural notable, plus dommageable celui-ci : la réduction des niveaux. Certes, Anniversary est plus une réinterprétation du premier épisode qu'un véritable remake pur et dur. Mais il n'empêche que les niveaux sont globalement réduits en termes de superficie et autres mécanismes à déclencher, raccourcissant parfois l'aventure au-delà du convenable. Symptomatique de cet état de fait, le gigantesque Colisée est devenue un simple et modeste Amphithéâtre. Dans la même veine, certains niveaux ont été fusionnés comme la Citerne qui s'est fondue dans la Tombe de Tihocan ou l'Atlantide, absorbée par la Grande Pyramide. Les grandes scènes d'action à moto de Legend n'ont pas été reconduites ici, signe qu'Anniversary respecte l'intégrité de son modèle. Regarde moi et je te dirai qui tu es. Tomb Raider, c'est aussi une histoire, celle des trois fragments du Scion qu'il faut retrouver. Rien de tout ça n'a changé. Mais cette histoire s'articule autour de personnages, et bien évidemment de notre très chère Lara Croft. Froide, distante et mystérieuse à l'origine, Lara apparaît désormais plus humaine. Les nouvelles possibilités offertes par le moteur 3D n'y sont sûrement pas étrangères. Le réalisme du visage de Lara force le respect et certaines animations faciales sont réellement troublantes. C'est ainsi que la peur, le doute, l'incompréhension ou même le remord peuvent désormais se lire sur son visage, et si les dialogues et les cutscenes n'étaient pas aussi rares, on pourrait lire en elle comme dans un livre ouvert. Le personnage de Lara reste nimbé de mystère, mais elle est désormais beaucoup plus qu'un simple amas de polygones taillés à la hache. La belle se livre peu, mais elle le fait avec justesse. Loin de tuer à tout va des êtres humains sans se poser de questions comme dans Legend, le rapport que Lara entretient avec la mort est ici beaucoup plus subtil. Malgré quelques expressions pas toujours convaicantes, le “jeu” de Lara sonne globalement vrai et ne cesse de rappeler que l'animation d'acteurs virtuels est un travail de titan perfectionniste, un art à part entière qui transcende la technique, le design et l'animation. Note : Lara n'a décidément pas de “tomb raider” que le nom. Elle pille véritablement les tombes et il lui arrive même de pulvériser littéralement certains trésors archéologiques. Limite, limite?


Des dinosaures dans la brume En 11 ans, le système de combat lui aussi a changé. Il existe plusieurs modes de visée, directement hérités de Legend, et ceux-ci sont encore largement perfectibles. Le bullet-time tant décrié est toujours présent, mais il sait s'inclure élégamment et discrètement dans la mécanique de jeu. Comprenez par là que vous ne passerez pas votre temps à sauter à l'horizontale en matant les trajectoires de vos balles. Nous ne sommes pas ici dans Max Payne. Et puis de toutes façons, même si toutes les espèces de l'ancien bestiaire sont de retour, la population animale a globalement été revue à la baisse. Si l'on considère qu'il s'agit d'un jeu d'aventure exotique et non pas d'un jeu de chasse, l'évolution est globalement pertinente. Et puis, celà n'empêche pas quelques morceaux de bravoure tout à fait délicieux, propices à d'épatantes hécatombes. L'énorme monstre atlante final est par exemple un monument d'action et de style où le bullet-time fait des merveilles. Le passage sous forme de boss de certains ennemis mythiques comme ce très cher T-Rex sont certes discutables mais les combats gagnent clairement en intensité. Parfois assez retors, peutêtre un peu artificiels, ces boss proposent en tous les cas une intense et spectaculaire adversité. Les gorilles de la Grèce n'ont plus rien à voir avec leurs ancêtres. Monstres de muscles et de fureur, ils sont devenus réellement terrifiants. Les centaures sont à vous glacer à le sang. L'animation des bestiaux qui s'écroulent de toute leur masse lorsqu'ils sont abattus à toute vitesse rajoute à la majesté de certaines confrontations. Notons tout de même quelques fâcheux incidents: le problème des crocodiles qui remontaient brutalement à la surface une fois abattus n'a pas été résolu. Ils coulent désormais à pic. Fait aussi curieux que dommage, les cadavres disparaissent. Autre changement notable, probablement issu d'une volonté de toucher un plus large public, le sang ne gicle plus désormais. Mais on ne va tout de même pas s'offusquer et réclamer la vue de liquides corporels. Ce serait sûrement un peu déplacé, tant il ne s'agit là que d'un détail. De son côté, l'intelligence artificielle est toujours aussi quelconque, avec des créatures souvent incapables de contourner le moindre obstacle. Mais est-ce vraiment si important?


Le toit du monde Confirmant avec brio la bonne impression laissée par Tomb Raider Legend en 2006, usant d'une technologie sublime pour redonner vie à des trésors de pixels enfouis dans nos mémoires tout en modernisant sa mécanique de jeu pour nous proposer un gameplay de haute voltige et des affrontements classieux, Tomb Raider Anniversary est une réussite éblouissante. Ce remake est peut-être opportuniste mais il n'en est pas moins merveilleux. Crystal Dynamics a revisité le jeu originel de la plus intelligente des manières, parvenant à retrouver une bonne partie de l'ambiance de l'époque sans pour autant s'empêtrer dans une mécanique de jeu d'un autre âge. Et même si Anniversary n'est pas exempt de défauts et ne provoque pas un choc équivalent à son modèle d'il y a 11 ans, c'est avec lui qu'il trône, tout en haut, de toute sa splendeur retrouvée.


Tomb Raider Anniversary