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No.1o

’S’OU « ...VIRÉ DU D


« I don’t want to move to a city where the only cultural advantage is being able to make a right turn on a red light. » Alvy Singer

...VIRÉ DU D’S’OUR a été publié sous la direction du collectif Copinet Copinot. Page couverture : Vincent Bouchard III. Correction : Amélie Dugal, la maman de Vincent & Ann Shun Sylvestre (Game over). © 2013 COPINET COPINOT •  Les éditions indépendantes du Chili de la Muerte Québec (Qc) Canada p.s. Toutes ces histoires sont réelles puisque nous les avons entièrement imaginées. D’un bout à l’autre je veux dire. Merci, à Mercedes Benzin, à la « femme-poisson », aux fauves et à tous ceux et celles qui alimentent si fidèlement le brassier de notre enthousiasme créatif... ...et à tous les artistes qui ont su assurer l’orchestration de cette nouvelle édition… Merci à vous!


LE PHOTOMATON SAUVAGE Par Guillaume Proteau-Beaulieu

Sans qu’il ne l’ait jamais su, le père de mon père souffrait du syndrome de Diogène*. Comme personne n’est sans ignorer l’importance du rôle du père dans la construction de l’identité et du développement psychique de l’enfant, il va sans dire que mon père grandit en assimilant, sans le vouloir, les manies pathologiques de son géniteur. Il était devenu ce qu’il était bon d’appeler un « ramasseux ». Un beau jour, ses manies compulsives le poussèrent à rapporter un photomaton sauvage qu’il avait déniché alors qu’il pêchait dans la ZEC de la Bessonne. L’objet immense avait été découvert au cœur d’un minuscule îlet fourni d’épais conifères au centre d’un lac. Encore aujourd’hui, j’ignore

comment il s’y est pris pour déraciner la chose de son nid, pour ensuite revenir avec celle-ci dans sa petite chaloupe. Curieusement, sa nouvelle trouvaille ne fut pas l’objet d’une passion freudienne passagère et refoulée. L’intérêt que la remise en marche de l’appareil sauvage suscitait chez mon père lui permis d’échapper au funeste destin de ses semblables (les autres bébelles), accumulés puis délaissés à jamais dans l’immense remise qui – avec les années – semblait de moins en moins vaste.
 Le photomaton sauvage fut rapidement en état de fonctionner et un jour, je décidai d’y entrer. Assis dans la pénombre du petit laboratoire, je patientai

*Trouble du comportement qui pousse à l’accumulation compulsive d’objets hétéroclites.


les habituelles détonations lumineuses, puis j’ouvris les rideaux pour évacuer de la cabine farouche. L’éblouissement de la lumière extérieure troubla ma vue, si bien que j’eus l’étrange impression de percevoir le reflet d’un double de moi se tenant devant moi. Je clignai plusieurs fois des yeux croyant qu’il s’agissait d’une déplaisante confusion optique, mais le double ne disparaissait pas. Il m’était identique en tout point. Il se présenta très poliment à moi, le plus naturellement du monde, me citant de façon imprenable toutes les choses que je savais déjà à mon propos. Il n’y avait plus de doute, c’était bien moi fois deux. Je le présentai à ma famille et ils tombèrent rapidement sous le charme, et mes parents décidèrent de l’adopter. Les jours passèrent et nous réalisâmes très rapidement qu’il y avait un problème avec ce clone étrangement plus plaisant que moi, l’original. Il s’intéressait étrangement aux gens qui gravitaient autour de moi. Il avait l’habitude de se dissimuler et d’épier d’un regard perçant les gens, tel un félidé. Une nuit, je le surpris à rôder autour de mon lit. Il s’excusa de son comportement et me confia qu’il était anthropophage et qu’il commençait à être sérieusement affamé. Il se compara lui-même à une de ces plantes carnivores qui utilisent les charmes issus de leurs particularités biologiques pour ensorceler et capturer leur proie. Cette idée m’amusa. Il me raconta qu’il était arrivé d’un monde parallèle au nôtre via un procédé supraluminique complexe que j’avais dû enclencher lors de mon passage dans le photomaton. Cela faisait du sens. Les habitants de son univers se différenciaient un tant soit peu de ceux qui vivaient de notre côté par la singularité des convictions spirituelles qu’ils entretenaient sur la possibilité d’assimiler la force des autres en les dévorant. Cette volonté de devenir de meilleurs êtres humains se traduisait par la pratique qu’ils avaient de boire le sang

et de manger la chair de leurs comparses. Certes, c’était horrible, mais je compris que la force de la foi qu’ils appliquaient dans l’entretien de leur volonté d’élévation spirituelle leur permettait de vivre dans un monde plus poétique, puisqu’il était doté d’un sens. C’était en quelque sorte la façon qu’ils avaient de se rapprocher du Divin.
 Je dus lui expliquer qu’il était normal qu’il soit affamé, puisqu’ici notre expérience du Divin s’exprimait à travers la sublimation de la conscience par le biais des divertissements et des plaisirs instantanés procurés par la stimulation des sens. Notre désenchantement du monde faisait probablement de nous de piètres humains à déguster, car notre incrédulité devant la possibilité de l’existence d’un caractère transcendantal au monde devait nous faire paraître sans aucune valeur nutritive à ses yeux. Je lui dis également que de toute façon, il ne pouvait pas me manger. Il me demanda pourquoi. Je lui expliquai que s’il m’eut dévorée, ç’aurait été comme de l’inceste et que cela aurait certainement bouleversé d’une manière ou d’une autre l’ordre naturel des choses. On ne mange pas son double ; cela semblait logique! Je le rassurai en lui disant que le chili à la viande que notre mère avait l’habitude de concocter était un délice et que la satisfaction gustative qu’il en tirerait aurait tôt fait de lui faire oublier ses passions cannibales. Ce qui arriva. Tout comme mon père avait intégré inconsciemment et naturellement les manières de son géniteur, mon double évolua en s’adaptant aux dispositions de notre monde. Nous vécûmes tout heureux et insouciants en compagnie de ce séduisant et oh combien plaisant clone mangeur de chili.

FIN HEUREUSE. Merci à Amélie Dugal pour la correction des fautes!


Est-ce qu’un jour on va fonder une famille Armand?

J’te jure que oui, Martha...

... dès que cette maudite guerre est finie et si ton père veut bien...


C’est de qui môman?

T’as du courrier Armand!

J’sais ben pas.

Le gouvernement...

... la guerre ...

... sollicite ...

... CONSCRIPTION !

MARTHA ! MARTHA !

OUVRE !

Armand ? Qu’est-ce qui y’a?

Fais tes bagages!


J’ai été appelé à embarquer dans l’armée... Si je pars, c’est sûr… je reviens pas. Quoi? Mais pourquoi?

Si tu veux, Martha, on part… tout de suite.

Ils ne nous trouveront pas ?

Personne connait l’endroit sauf mon père, pis y’est mort.

On peut tenir des années ici !

Ça va être notre chez-nous.


J’aurai jamais pensé qu’on s’en tirerait si bien!

On est peut être tout seuls au fond des bois.

Mais on est ensemble! J’aurais pas pu vivre sans toi, Armand.

Je t’aime ma Martha.


J’ai trouvé des beaux lièvres! Martha, ça va?

Oui...

Armand, je suis enceinte...

Enceinte? On va être une famille, comme tu rêvais non?

T’as raison.

L’hiver arrive, on est prêt. Tout va bien aller.


ARMAAAAND!!!

LE BÉBÉ!

‘’ Armand, tu devais mourir au front. Vois ! Elle est morte à ta place ! ‘’


scĂŠnario et dessin: Thomas Baeyens ...


non loin de lĂ ...


vite ! VIt e! Les zhu pas loin !

Elle a rrête pas d frétil e ler! y font Ça d’h pas abitud e!


dĂŠbogue ou je la perce!


adieu mainframe cruelle

hhh...


AAAAAHHHMMPFAA arrêtes de crier ! ! !

... je sens encore l’hyper-

et je ne sais pas

quelques

fluide me torturer

comment rentrer...

cris plus

le cerveau, mais ca va

2 min et

tard

bizarre... si tu viens de loin et que tu me connais pas, pourquoi m’avoir aidée?

mieux, merci mec.

...

c’est le hasard au fait... tu sors d’où?

qui t’as mis sur mon chemin. et puis ces hommes avaient tous une

hum... je

sale tête. J’ai

viens de

senti que je

loin...

devais intervenir


illogique... ici, on s’occuppe pas des autres... comme tu fais exception, tu me raccompagne?

pourquoi vous ne

t’as pas l’air d’allumer. ici

vous aidez pas?

c’est la

c’est interdit?

on suit le courant et on

mainframe...

vit dans les programmes. les gardiens sont là pour veiller sur nos corps physiques. c’est dangereux de s’aider. on est plus des animaux!

moi-même, j’ai de la difficulté à comprendre la mainframe des fois... qui sont les gardiens? oû est-ce qu’on va tous comme

heureusement, les programmes sont là pour me vider les lobes de toutes ces recherches cérébrales... tiens, mets mon interface, et accroches-toi!

Ça,

et dans quel but?


HA!

tu devrais

voir ta tête

hey

regarde! c’est un nano-jeu! Ça tu vas aimer, j’en suis 97% certaine!

disparu...

allons-y!

c’est la dernière génération de particules hypercritiques intel-

Ça

wow, quel

ligentes!

entrain!

c’est rock fort 242

éclate! et le jeu

armure de cuir, épées!


allez, à ton tour!

heu... arbalète?

Ça commence

envahisseurs! entrez dans ce royaume, et vous serez aneantis

mes soldats de l’ordre du crustace celeste ne vous accorderont aucune pitie

ils defendront ces pics jusqua ce que la pierre devienne rouge

ma mise en garde est faite. avancez, si vous avez le courage i


Je charge et toi tu me couvres...


ces pics...

ces soldats...

hey tu fais quoi?


bon tir, mais putain, y’était temps!

comment t’expliquer, je ne comprends pas ce que je vois! débogue, on vient de commencer, faudrait pas que

Ça

se termine tout de suite!

allez, prépare toi,

Ça

se

complique assez vite!


t’as vu

Ça?


LE ROI!


allez merde, vous attendez quoi?


wow, t’as eu le roi! et tu veut me faire croire que t’as jamais joué. qu’est-ce que tu me caches au fait? j’ignore par cet endroit n’a rien d’un jeu pour moi

quelle sorcellerie nos mondes sont liés, mais ce roi, c’était mon roi. et ces terres, les miennes.

tu me niaise?


moi, sergeant du crustacé,

il y a trois cycles, mon

je devais le détruire.

royaume s’est fait envahir par un héros étranger.

à ce moment, mon monde commenÇa à devenir fumée et cendres

ouais, j’ai déja fait mieux...

et c’est ce que je fis. mon épée lui perÇa le sternum

c’était comme un cauchemar que je faisais souvent. mais cette fois, c’était trop réel. je sentais mon corps se décomposer. pour tenter d’échapper à mon sort, j’ai sauté...

à ma surprise, je sentis un mur se briser sous moi. j’ai émergé de l’autre côté. Dans cette cité de cristal que tu appelle mainframe. un homme dormait sur la passerelle oû j’ai atterri. j’ai pris ses vêtements pour ne pas attirer l’attention et je me suis mêlé à la foule... peu après, j’étais pris en chasse. et je t’ai rencontré.


ce que tu me racontes là, c’est impossible! t’es aussi humain que moi vos mondes imaginaires vous aveuglent. vous ne savez plus distinguer le réel du faux. c’est vous qui m’avez donné cette humanité, pour rendre le jeu plus vrai...en tout cas, assez d’humanité pour me rendre compte que j’en ai plus que vous.


pourquoi t’as fait

Ça?

je m’en fous de ce que t’es! restes avec moi!

j’appartiens à ce monde, je dois y retourner...

en fait t’avais raison. les programmes, la mainframe, j’en suis écoeurée! tu m’as ouvert les yeux, maintenant tiens toi!


eh bien je m’attendais pas à

Ça.

mais tu as bien

fait... si tu crois qu’il y a quelque part de mieux ailleurs, je te suis.

et puis j’ai vu mon

c’est moi qui te remercie. j’aurais pas pu conti-

monde se détruire

nuer à vivre vomme

pour la dernière fois.

mes pas me mènent. il doit y avoir mieux ailleurs.

Ça...

à errer sans savoir où

je te remercie

j"ai toujours cru que la mainframe était infinie. toute cette eau, d’ou vient-elle?

regardes!


là-bas! qu’est-ce que c’est?

allons voir


il y en a tellement

j’espère que ce monde là ne partira pas en fumée ...


C’est sûr que c’est des conneries tout ce que tu dis!

Écoute ben le reste! s

se Tu pen Ca?

Là, la fille décide de continuer sa promenade...

de pièces Des corridors es sortes étranges, tout fiés de gens plasti ement. attriqués bizarr


Y’avait des panneaux comme si tout’e les morceaux étaient prêts à être mangés!

What?!

Leur but c’était Ca, de tout ‘‘consommer’’! Tout ce qu’ils voyaient ils le voulaient.

De quoi tu parles… manger?

Il leur fallait plus que tout. Il s’est passé quoi avec la fille? Ouin?

Ma grand-mère disait qu’elle a cédée. Cédée?

Ouais, cédé on. à la tentati fort C’était plus faim. qu’elle; la

Faque elle a fait comme tous les autres?


Exact, pis fallait qu’elle donne une partie d’elle pour acquérir des morceaux! Une partie?

Non! Pire que Ca;

Voyons, genre son bras ou une oreille?

pour avoir ce qu’elle voulait, elle devait donner de son temps!

Pour un morceau à manger, Ca lui coûtait des moments de sa vie. a

C me om c ue tait eq c’é c s i à ’ P . qu lus p jus i na t’e

T’avais tout ce que tu voulais mais pu de temps.

Wow! Ca devait être vraiment fucké!


Quelque part j’suis quasiment content d’avoir jamais connu Ca...

... la société de consommation...

Julien Dallaire-Charest 2013


COPINAGE ( Artistes & auteurs ) Guillaume Proteau-Beaulieu Julien Dallaire-Charest Thomas Baeyens StĂŠphanie Bouchard Vincent Bouchard Annie Carbonneau-Leclerc


DES MÊMES AUTEURS Aux éditions du Chili de la Muerte COPINET COPINOT Pour en discuter — Vol.1 Spécial Hallowigne — Vol.2 Non Molly ne pleure pas — Vol.3 Saison de merde — Vol.4 L’amour triomphe toujours... — Vol.5 ...Le rêve... — Vol.6 Cadavre exquis — Vol.7 Saint-Jean Baptiste — Vol.8 B.D. de l’Avent — Vol.9

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Reprendre la lecture de cet ouvrage à partir du début serait une excellente idée.


Copinet Copinot – No.10