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Dimanche 1er décembre 2013 « Première rencontre »

Coopérative d’idées et d’actions


Table des matières

• INTRODUCTIONS Renaissance, «fabrique du sens» - Jean-Marc Germain et Christian Paul . ...................................4 Inventer une méthode de travail au service du projet Renaissance - Daniel Kaplan ......................6 « Ce nouveau monde sera celui des réciprocités, des solidarités » - Fabienne Brugère.................8 «Il n’y a pas d’âge d’or derrière nous» - Axel Kahn..........................................................................9

• LES ATELIERS CRÉATIFS Redonner vie au Centre ville d’Annonay .......................................................................................11 L’accès à la santé en région Centre ..............................................................................................13 Inventer un « pacte export PME » à Grenoble ..............................................................................15 Lille, Saint-Sauveur : Construire la ville du XXIè siècle ............................................................... 17 Inventer le village du futur à Lormes ............................................................................................. 19 « Faire campus » au Grand Toulouse ...........................................................................................21 • LES IDÉES ................................................................................................................................24 • CONCLUSION DE MARTINE AUBRY ......................................................................................30

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Introductions


Renaissance, “fabrique du sens” pour penser et agir

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e 28 août 2013, Martine AUBRY signait une tribune publiée par « Le Monde » dans laquelle elle appelait à une nouvelle renaissance, renaissance économique, mais aussi sociale, culturelle, européenne, et renaissance des valeurs. Elle visait juste : nous sommes de plus en plus nombreux à penser, comme elle, que plus dure est la crise, plus grand est le besoin de sens dans notre société. Plus profond est le marasme, plus haute doit être l’ambition. La gauche au pouvoir ne doit pas cesser de penser l’avenir ; la gauche gestionnaire ne doit pas cesser d’être visionnaire ! Nous partageons aussi l’idée qu’à rebours des discours convenus sur le déclinisme, cette renaissance n’est pas hors de portée, parce les prémices en sont là partout dans le pays. Et qu’au fond, le devoir de la gauche, c’était non seulement de penser l’avenir, mais aussi de rendre visible cette France inventive, créative, de fédérer toutes ses initiatives et d’en fabriquer le sens. Martine AUBRY concluait son article en appelant à miser « sur le talent des créateurs et des chercheurs, le savoir-faire des salariés, le dynamisme des artisans et des commerçants, des agriculteurs et des entrepreneurs », à mobiliser « les collectivités locales, les bénévoles associatifs et syndicaux » et à faire confiance « à la jeunesse de France, en cessant de la considérer comme une catégorie dont il faut régler les problèmes – il le faut, bien sûr, chômage en tête ! – mais comme la génération qui, avec ses rêves, ses valeurs, sa culture, est par essence la clé l’avenir. »  Le 1er décembre, en réunissant 150 intellectuels, chercheurs, acteurs de la société civile ou femmes et hommes engagés en politique, nous avons voulu prendre la balle au bond. Ainsi est née Renaissance ! Nous pensons aussi que les idées fertiles naissent non seulement de débats entre personnalité d’horizon très divers, mais aussi d’un aller-retour permanent entre les idées et l’action, entre le global et le local, entre la pensée et l’expérimentation. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas seulement voulu être un nouveau THINK-tank, mais un DO-tank : une coopérative d’idées et d’action. Penser et agir, voilà ce que nous réunit ! Lille, Toulouse, Grenoble, Annonay, Lormes dans le Morvan, la région Centre … dès le 1er décembre, les élus ont accepté que leurs territoires d’élections puissent devenir aussi des territoires pour de futures actions  de Renaissance. L’ambition est d’aller au-delà  : bien d’autres collectivités locales sont déjà candidates, mais les actions ont vocation à prendre place partout dans la société : dans les entreprises, dans les associations, dans des hôpitaux ou des écoles. Notre objectif de déplacer des montagnes - et pas seulement des mots - nous a conduit à expérimenter, le 1er décembre, une nouvelle façon de travailler ensemble : d’abord des « ateliers créatifs » pour tout mettre sur la table, même les idées les plus dérangeantes. Et ensuite, dans un deuxième temps, « la fabrique du sens », où l’on recherche à dégager le sens et la vision commune. ”Il faut des formes nouvelles… et s’il n’y en a pas, tant qu’à faire, plutôt rien”. Tréplev, dans La Mouette de Tchekhov.

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Renaissance, “fabrique du sens” pour penser et agir

Ces premières rencontres expriment trois exigences, fortement présentes dans notre pays.

• Une demande de Renaissance démocratique.

Le temps n’est plus où s’entendaient surtout des attentes de changements institutionnels. Pour ceux qui ne se résignent pas à l’indifférence en politique, cette demande traduit deux exigences que portent des millions de Français. Comment délibérer avec les citoyens, comment les associer, pour le local ou le global ? Comment mobiliser la société, au service des transformations nécessaires, d’un nouveau modèle de développement, et de l’intérêt général ? Renaissance devra approfondir les réponses que cette rencontre a permis d’initier, via ses ateliers créatifs. Ceux-ci ont ainsi montré l’intérêt de co-concevoir et de délibérer sur des questions fondamentales ou des solutions concrètes.

• Une urgence d’unité, pour ressouder “un pays en miettes”, de “refaire société”.

Axel Kahn a décrit les “territoires en sécession”. Réelle ou ressentie, cette relégation prive d’avenir des quartiers entiers et une part du monde rural. Sans cohésion, les dynamiques s’enrayent, le pays avance avec des semelles de plomb. Il paraît plus que temps de se redonner du collectif, du bien commun, de remettre la République dans les villages et dans les quartiers, de favoriser partout des espaces publics. • Un devoir d’optimisme, que Renaissance veut faire partager : la France possède des gisements infinis de créativité et d’engagement. Là réside sa force. Tous les jours, des femmes et des hommes imaginent et mettent en pratiques des solutions. Ils sont souvent mal écoutés et peu reconnus. Nous aspirons à un mouvement massif d’innovation, dans les entreprises et l’économie bien sûr, mais aussi ailleurs dans la société en donnant une place centrale à l’innovation sociale comme à l’innovation publique À Renaissance, nous voulons donner à des expériences une chance d’être vraiment entendues, et une meilleure audience. Cette reconnaissance doit d’abord permettre de tirer des principes d’action, pour inspirer nos choix collectifs et les politiques publiques. Renaissance doit se nourrir de l’action concrète, sans organiser le repli sur le local. La proximité a d’abord un sens si on sait en tirer des enjeux et un projet politique. Renaissance doit servir à faire réussir la gauche, et avant tout, à faire réussir la France. Pour cela, il faut maintenir partout…beaucoup de foyers allumés Jean-Marc Germain &

Christian Paul

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Inventer une méthode de travail au service du projet renaissance

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imanche 1er décembre 2013, 8h30 du matin. À l’Institut de Physique du Globe, les volontaires de Renaissance finissent de préparer les salles qui accueilleront les ateliers. Il faut rassembler les tables, préparer un grand tableau, disposer des feuilles, des feutres, quelques images... 9h30. Les participants commencent à arriver. Chaque invité a apporté avec lui une «idée décapante» ou un «projet transformateur» à partager avec les autres. S’il a plus de 30 ans, il a également été prié d’inviter à son tour un participant âgé de moins de 30 ans. 10h. Les interventions d’introduction sont inhabituellement courtes, l’objectif est d’entrer vite en atelier. JeanMarc Germain définit le cadre de Renaissance, Fabienne Brugère et Axel Kahn en dessinent l’arrière-plan et les perspectives. Puis il est temps de fixer les règles de notre travail commun. Elles sont simples, mais exigeantes : • « Dans les ateliers, tous à égalité » : élus, «jeunes», chercheurs, professionnels ou militants, leurs idées, leurs projets, leur parole ont la même valeur. • « Vos idées sont les bonnes » : nous nous intéressons autant aux idées transversales («l’économie de la contribution», «le care»), aux propositions expertes («aider les PME à exporter»), qu’aux ac- tions locales et pratiques («gérer autrement la dépendance dans ma commune»). • « Tâtonnons ensemble ». Nous savons qu’on ne peut pas continuer à faire de la politique comme avant, mais nous ne savons pas encore exactement comment il faut en faire désormais. A Renais- sance, nous testerons des manières nouvelles de travailler ensemble... ce qui suppose d’accepter, parfois, le tâtonnement, l’incertitude et le risque. 11h. Six élus ont proposé à Renaissance une «zone d’expérimentation temporaire», c’est-à-dire un espace, un équipement collectif ou encore un projet au sein duquel ils sont prêts à accueillir des expérimentations innovantes : Toulouse veut «faire campus» dans un nouvel espace, Annonay reconquérir son centre ville historique et dégradé, Lormes inventer le village du futur... Les 150 participants se répartissent ainsi en ateliers autour de chacun de ces 6 terrains. Chaque atelier se déroule en deux temps :

• Les participants commencent par partager leur «idée décapante» ou leur «projet transformateur». Tous sont affichés sur un grand tableau. Puis un «Témoin», chercheur ou intellec- tuel reconnu, propose sa lecture des idées proposées et aide l’animateur à les organiser.

• Puis l’élu présente sa «zone d’expérimentation temporaire». Au croisement des idées échangées et des besoins du terrain, les participants imaginent des actions possibles, à la fois ambitieuses, novatrices et crédibles. Au terme de cette seconde heure, deux pistes d’action ont été scénarisées.

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Inventer une méthode de travail au service du projet renaissance

13h. Pendant que les participants échangent autour du buffet, les animateurs, rapporteurs, élus et «témoins» des ateliers préparent leur restitution. Ils auront chacun 7 minutes pour partager avec l’ensemble des participants ce qu’il s’est dit en atelier. Ils s’en acquitteront avec brio. 14h. Atelier par atelier, « témoins » et élus présentent le résultat de leurs travaux devant une salle comble et attentive. 15h30. Martine Aubry achève son discours de clôture. Elle y a d’ailleurs intégré les restitutions des ateliers, dont elle tire les grands enseignements. Premier résultat positif du travail collectif ! 17h. On range, on souffle, on tire un premier bilan. • Ce qui a bien marché : un vrai plaisir d’échanger sans hiérarchie ; une parole qui circule, tout le monde a pu parler ; des idées souvent inattendues, riches, stimulantes et en même temps, un ancrage de la réflexion sur des territoires concrets qui limite les envolées lyriques et les digressions ; les participants repartent avec l’envie de poursuivre ! • Ce qui doit être amélioré : la sociologie des présents demeure trop homogène ; trop peu de participants avaient préparé la journée ; la hiérarchie reprend souvent le dessus, l’élu, le ministre ou le grand chercheur pouvant écraser les autres ; le balancement idées/terrain était fertile, mais difficile à réaliser ; le lien entre ce qu’il se discute à Renaissance, ce qui pourra s’expérimenter dans les territoires et ce que font déjà les innovateurs de terrain doit être clarifié... L’essentiel, Marie-Pierre de la Gontrie le dit bien en peu de mots :  

Daniel Kaplan

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« Ce nouveau monde sera celui des réciprocités, des solidarités »

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« enaissance » arrive à un moment charnière en France où tout le monde sait que notre pays doit changer. Mais, comment accomplir ces transformations dans le sens d’un progrès qui fasse coïncider les idées et les actions pour toucher les vies quotidiennes ? La Renaissance signifie que nous sommes déjà nés et que nous avons une histoire. La question est alors : que faisons-nous de notre naissance ? Comment portons-nous un héritage ou un passé vers un avenir qui vaudrait comme un progrès économique, social, culturel et scientifique ? Celle ou celui qui naît n’a pas choisi sa naissance. L’adolescent qui entend renaître veut prendre sa vie en main, quitte à s’éloigner de ses parents. Il s’invente par lui-même, fixe ses propres principes d’existence pour se transformer et donner du sens à son futur. Soyons des adolescents aujourd’hui ! Prenons la décision d’affronter la crise qui n’arrête pas d’encercler l’Europe pour construire un nouveau monde qui passe d’abord par l’élaboration, la reconnaissance et le partage d’expérimentations un peu partout en France. Cette décision de dire et de faire, loin de nous rendre solitaires, nous rendra solidaires pour reprendre les mots d’Albert Camus. Notre méthode ? Nous avons à inventer des idées et des projets, penser global et agir local pour exister selon un style commun ; c’est cela la Renaissance, une pensée capable de faire surgir un monde déjà là mais que nous ignorons encore. C’est un changement de représentations au moment où apparaissent de nouveaux modes de diffusion de l’information -numériques-, proximité troublante avec ce moment de l’histoire nommé Renaissance et qui se caractérisa par l’invention de l’imprimerie. Ce nouveau monde sera celui des mutualités, des réciprocités, des solidarités, des redistributions mais tout autant des innovations et des créations, ou du pouvoir d’agir retrouvé des individus. Pour ma part, je fais tout à fait confiance à Martine Aubry que j’ai connue lors de l’hiver 2010, par des petits déjeuners de travail qui mélangeaient femmes et hommes politiques, universitaires, chercheurs/ses, actrices et acteurs de la société civile, au nom d’un projet de société à élaborer. Je sais l’attention qu’elle a porté au Laboratoire des idées du Parti socialiste avec Christian Paul, lieu où a commencé le débat sur la « société du care ». Or, le débat public sur la « société du care » a été le dernier grand moment de discussion passionnée sur les valeurs auxquelles nous tenons…

Fabienne Brugère

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« Il n’y a pas d’âge d’or derrière nous»

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a France est aujourd’hui à un moment charnière de son histoire : chacun sait que tout doit changer, et pourtant personne n’est en mesure d’esquisser l’avenir qui doit être collectivement le nôtre. Les évolutions de la situation économique de la France, avec en particulier la forte déprise des régions industrielles tandis que certaines régions rurales connaissent une véritable prospérité, qui n’évite cependant pas leur désertification, s’accompagnent d’un état psychologique douloureux. Parmi les symptômes de ce mal-être national figure le phénomène des populations en sécession. Des citoyens aussi différents que des vignerons prospères ou des ouvriers sans emploi se rejoignent désormais dans le vote FN : ils craignent, sans l’avoir pourtant jamais éprouvé dans leur vie quotidienne, la violence et l’immigration qu’ils voient à la télévision. Ce phénomène traduit le sentiment d’écroulement national par rapport à un passé mythifié, dont Bruxelles et la classe politique portent à leurs yeux l’entière responsabilité. Dès lors, les populations en sécession ne se montrent plus réceptives aux discours rationnels, et sont donc incapables de se projeter dans un avenir où elles auraient un rôle à jouer et des responsabilités à assumer. Il n’y a pas d’âge d’or de la France derrière nous, et il nous faut condamner les discours qui ont creusé ce fossé entre la France actuelle et la vision que nous en avons. Collectivement, nous devons donc imaginer, concevoir et décrire une France que nous trouvons belle, rayonnante et audacieuse. Tel est l’avenir de la France que Renaissance veut penser et révéler.

Axel Kahn

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Les ateliers crĂŠatifs


Frappé par la crise industrielle des années 1970, qui a suscité à son tour une crise démographique, le centre-ville d’Annonay cumule aujourd’hui les difficultés – avec 30% d’habitats indignes, 60% des allocataires du RSA de la communauté de communes et des populations fragiles (retraités, mères célibataires, immigrés...) qui vivent dans la peur les unes des autres. •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

La vision d’Olivier Dussopt, député-maire d’Annonay

R ATELIE

TRE U CEN A E I Y V ONA NNER REDO LLE D’ANN VI

Le centre-ville d’Annonay est un quartier historique dévasté par la crise industrielle, que nous cherchons à réhabiliter afin que les habitants puissent y vivre ensemble, qu’ils puissent y projeter leur énergie et qu’ils puissent s’en sentir fiers. Quatre îlots doivent notamment faire l’objet d’un réaménagement total, dans une perspective tant économique que sociale et patrimoniale.

L’élaboration d’un projet global doit impérativement répondre à deux attentes : - d’une part, créer des lieux de vie communs et des espaces d’activité économique ; - d’autre part, penser à la question des usages des habitants, notamment en termes de mobilité : il faut accompagner les publics fragiles qui habitent le centreville dans l’évolution de leurs habitudes et modes de vie afin de les rendre plus autonomes. À l’issue de la phase de présentation des idées en ateliers, est apparue au groupe la nécessité de construire un projet qui s’articulerait autour de deux idées fondamentales : • Développer l’attractivité et l’activité économique du centre-ville d’Annonay en capitalisant sur les mémoires - notamment industrielle - du lieu et des habitants. La tradition industrielle d’Annonay, dans le domaine du textile et du cuir, constitue un point d’appui et un levier important pour mettre en œuvre un projet de développement économique. Il s’agirait ainsi de promouvoir l’implantation de commerces, d’entreprises et d’artistes au pied des immeubles du centre-ville, dans le cadre d’une pépinière de jeunes artistes et artisans. A cette fin, il serait nécessaire d’accompagner en amont les porteurs de projets, y compris financièrement : en effet, les démarches par appels d’offres ne sont pas adaptées à des petits territoires tels qu’Annonay, car les projets sont souvent trop inaboutis pour être éligibles aux appels d’offres. Un soutien public doit donc être apporté dès la phase de construction du projet.

• Renforcer la solidarité et le lien social entre les habitants, à travers une formule de service public de « porte-à-porte » et l’institutionnalisation d’échanges de services. Alors que les populations du centre-ville d’Annonay sont avant tout des récipiendaires de la solidarité nationale, il s’agirait de les encourager à devenir des acteurs de la vie de la commune et de leur voisinage, dans une logique à la fois d’horizontalité (entre habitants) et de réciprocité (donner et recevoir des services plutôt qu’une rétribution). La principale solution identifiée consisterait en la création d’une bourse coopérative de services, à l’échelle de la communauté de communes du Bassin d’Annonay, auprès de laquelle chacun pourrait tour à tour apporter son aide et bénéficier de l’expérience des autres.

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R ATELIE

RE CENT U A Y VIE NNER ANNONA O D E R D’ VILLE

L’éclairage de Michel Wieviorka, sociologue

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a thématique du lien social a été au cœur de nos discussions. Les travaux du groupe ont ainsi gravité autour de la question suivante : quelles mesures mettre en œuvre pour densifier le lien social entre les citoyens, la volonté de vivre et de partager ensemble ? Parmi les nombreuses idées avancées pour répondre à cette question, quatre principaux champs de travail sont apparus, avec la volonté de les intégrer au sein d’un projet global : le thème de la mobilité, tant géographique que sociale ; le thème de l’espace commun : c’est à la fois le vivre ensemble mais aussi de nouveaux modes de consommation/production qui reposent sur le partage ; le thème de la mobilisation, parfois même conflictuelle, et du renforcement de l’autonomie des citoyens ; enfin, le dernier thème est le plus difficile : quelle mesure prendre, à l’échelon national ou européen, pour créer les conditions favorables au progrès et aux initiatives locales. A cet égard, il m’apparaît indispensable d’articuler les initiatives prises en «  haut  » et celles venant du « bas ». Les mesures prises à l’échelon local, telles que la création de coopératives de services ou la valorisation de la mémoire économique d’Annonay, doivent s’inscrire en cohérence dans une démarche nationale de renforcement du lien social et de la solidarité entre les citoyens.

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Classée dernière en 2008 en termes de population médicale par habitant, la région Centre est aujourd’hui confrontée à un double défi : d’une part un phénomène persistant de désertification médicale et d’autre part un vieillissement démographique. Au delà du développement d’un programme d’implantation de 50 Maisons de Santé Pluridisciplinaires (MSP), il est nécessaire d’élaborer de nouvelles solutions, par exemple en liant très haut débit et médecine en milieu rural. •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

La vision de François Bonneau, Président de la région Centre

R ATELIE NTÉ A SA TRE L À ES EN L’ACÈ ÉGION C R EN

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ilote en matière de développement de Maisons de Santé Pluridisciplinaire (MSP), la région a récemment ouvert 50 établissements, mis en place avec des médecins volontaires. Néanmoins, la Région Centre est toujours confrontée à des « zones blanches  », dont la persistance appelle l’élaboration de solutions innovantes. Par ailleurs, un nombre croissant de personnes âgées exprime le souhait de rester à domicile le plus longtemps possible  : il est indispensable d’accompagner une telle évolution par la mise en œuvre de dispositifs de soins souples et mobiles, adaptés aux besoins de cette population. Selon le groupe, deux axes principaux pourraient guider la mise en œuvre de projets : • Privilégier une approche intégrée de la santé, qui englobe notamment la dimension sociale et la question du bien-être. Les MSP pourraient ainsi être des lieux non seulement de soin, mais aussi d’écoute et de dialogue. De manière plus large, les logiques de solidarité autour de la santé doivent être favorisées : toutes les générations seraient par exemple encouragées à donner de leur temps à des personnes âgées ou souffrantes, à travers un dispositif qui pourrait être appelé « Solidages ». Au-delà du soin, les MSP s’inscrivent aussi dans une  logique d’accompagnement tout au  long de la vie. Le fait de développer les actions de prévention (en matière nutritionnelle, de violences faites aux femmes, de dépistages, etc.) peut permettre d’en faire des lieux qui captent  les publics éloignés ou exclus de l’accès aux soins. Pour autant, la politique de santé sur le territoire ne doit pas se résumer à sa seule dimension médicale, mais également intégrer la notion de « bien-vivre », par exemple en promouvant des activités collectives (jardins partagés, cuisine pédagogique, etc.). Dans cette optique, le développement des MSP mériterait d’être envisagé en lien avec celui d’autres services publics (transports publics, relais de services publics, maisons de retraite).

• Faire des politiques de lutte contre les déserts médicaux des opportunités pour moderniser la pratique de la médecine. Une idée structurante a été de sortir de la vision négative des territoires ruraux, dans laquelle l’action publique viserait uniquement à pallier des manques, pour en faire des laboratoires d’innovation et d’expérimentation. Les bénéfices les plus évidents sont ceux que les médecins peuvent retirer des mutualisations offertes par les MSP, où généralistes, spécialistes, infirmiers, psychologues, etc., peuvent travailler ensemble. Au delà, les MSP pourraient être une opportunité pour expérimenter de nouvelles approches et techniques. Ont notamment été avancés : - la « santé communautaire », qui vise à sortir de la relation verticale « patient-soignant » pour favoriser les échanges entre patients, étant noté que ce type de pratiques exige un encadrement par les professionnels de santé ; - la télémédecine, qui ne doit pas conduire à un affaiblissement des contacts humains entre le soignant et le patient ; - le concept d’ « aller vers », qui traduit l’ambition d’une plus grande mobilité des médecins qui se déplaceraient davantage vers leurs patients. Cette solution appelle la mise en œuvre de règles plus contraignantes à l’endroit des professionnels de santé.  Cette approche intégrée passe également, à l’échelle des bassins de vie, par une plus grande polyvalence de l’occupation du foncier.

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É SANT A L E ES À ENTR L’ACÈ ÉGION C R EN

L’éclairage de Serge Guérin, sociologue

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partir des questions de santé, le groupe a abordé les thèmes de l’égalité sociale, du développement de l’économie sociale et solidaire et du revenu minimum. La solidarité nationale doit tenir compte des spécificités géographiques et démographiques des espaces ruraux, afin de favoriser la recherche d’équité dans l’accès au soin et aux droits sociaux. A cet égard, le développement du numérique et de la télémédecine constitue à la fois une opportunité et une source de préoccupation pour l’intégrité de la relation patient soignant. Au-delà du sujet de l’implantation médicale en zone rurale, il apparaît désormais indispensable de repenser la relation entre soignant et patient, en incluant le soutien aux aidants, en développant la médecine communautaire et le concept « d’aller vers », qui replacent le patient au cœur de la question de l’accès aux soins et en fait un acteur de sa propre santé. L’approfondissement de cette démarche pourrait poser, à terme, la question délicate de la liberté d’implantation des médecins.

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Grenoble s’est imposée comme un haut lieu du développement économique et de l’innovation technologique, à travers un tissu dense de laboratoires de recherche et d’entreprises en pointe dans la recherche & développement. Néanmoins, il existe un maillon faible dans la chaîne économique locale et nationale : les Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI). La plupart des ETI françaises rencontrent d’importantes difficultés, en particulier sous l’effet du siphonage exercé par les grands groupes. Il est aujourd’hui indispensable de créer une relation entre PME et grandes entreprises réellement favorable au développement des ETI, et les territoires peuvent y contribuer. •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

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ORT TE EXP C A P « LE TER UN ENOB INVEN E » À GR PM

La vision de Michel Destot, maire de Grenoble

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travers son adhésion à Pacte PME en octobre 2013, Grenoble poursuit avec résolution un triple objectif : - inciter les grands groupes du territoire à développer une politique positive vis-à-vis des PME, à travers des plans d’action locaux ; - identifier et mobiliser les PME à fort potentiel du territoire ; - Poursuivre et renforcer «l’exemplarité» de la collectivité en développant les achats auprès de PME. A cette fin, la ville a engagé un travail de ciblage des PME avec le pôle de compétitivité Minalogic et de classification au sein du service achat afin de disposer d’une cartographie de la commande publique de la Ville de Grenoble. Tout en maintenant ces efforts, l’un des principaux enjeux consiste désormais à inciter les grands groupes à travailler avec les PME, non seulement en France mais aussi à l’étranger, afin de faciliter la croissance de ces PME par l’accès aux marchés internationaux. • Le groupe a d’abord réfléchi aux moyens d’accompagner les PME/ETI à l’exportation afin de soutenir le développement d’activités et produits innovants. Une des difficultés principales des ETI provient de la déconnexion du traitement de l’innovation et de l’exportation. Les ETI innovantes peinent souvent à exporter pour trouver des débouchés. La puissance publique doit en tirer les conséquences en rapprochant OSEO (BPI) et UBIFRANCE. Il est tout aussi crucial de professionnaliser et organiser la prospection internationale, à l’instar des méthodes des PME/ETI allemandes ou américaines, pour conquérir des marchés – là où les PME/ETI françaises sont accompagnées par la puissance publique de manière désordonnée et, parfois, contre-productive. Les grands groupes doivent prendre en compte le rôle crucial de leurs sous-traitants dans la compétitivité de leurs produits et les associer aux démarches prospectives. Au niveau local, il est également urgent d’encourager les solidarités territoriales de fait. Grands groupes, ETI et PME participent, au sein de filières, d’un même écosystème que tous ont intérêt à préserver. Des garde-fous doivent être érigés, notamment sur la garantie des délais de paiements, et des simplifications décidées pour adapter au mieux le contexte réglementaire à la situation d’une entreprise donnée.

En matière politique, l’acteur pilote sera la région, en bonne articulation avec les futures métropoles, tant pour l’animation des pôles de compétitivité que le soutien à l’ESR. L’université doit jouer son rôle dans la formation professionnelle des travailleurs. Parallèlement, il faut renforcer le dialogue social, en particulier dans le domaine industriel, quelle que soit la taille de l’entreprise.

• Par ailleurs, le groupe a identifié la nécessité de repenser l’accès aux droits sociaux dans un nouveau contexte de forte mobilité, qui s’observe à la fois dans les domaines de la formation (initiale et continue) et de l’emploi. Cela suppose de renforcer la portabilité des droits sociaux et d’assouplir leur utilisation (par exemple à travers l’introduction de droits de tirages sociaux, ou l’utilisation d’une année sabbatique de formation), mais aussi d’en créer de nouveaux – qu’il s’agisse de droits numériques ou même du droit à un revenu universel, qui n’a pas fait consensus. Par ailleurs, il est apparu indispensable de revoir l’articulation entre école et formation, ainsi que de mieux prendre en compte les aspects qualitatifs de la formation : ainsi pourraient être développées des modalités de formation partenariales entre entreprises de tailles différentes. De la même manière, une forme de convergence entre les grandes écoles et les universités pourrait contribuer à mettre un terme à un système excessivement dual, où les pre-

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ORT TE EXP C A P « LE TER UN GRENOB N E V À IN PME »

L’éclairage de Daniel Cohen, économiste

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es idées proposées tournaient beaucoup autour des droits de tirage sociaux, et notamment de leur portabilité. L’objectif serait de pouvoir activer ces droits de manière personnalisée, afin de suivre un projet de vie. Ces droits sociaux doivent-ils inclure un revenu universel ? Le groupe n’a pas tranché ce point. Nous avons également évoqué une charte de droits numériques, qui consacrerait un droit numérique. Le constat est que le mode de développement économique de la France repose sur de très grandes entreprises, qui mettent une forte pression sur les PME et ETI qui souffrent et peinent à innover - alors que la France manque justement d’un Mittelstand. Il serait intéressant que les entreprises françaises apprennent à chasser en meute. Se pose également la question du niveau de mise en œuvre de la politique industrielle et de la formation : une idée provocatrice serait de décentraliser la formation professionnelle à l’échelle régionale.

-mières offriraient des chances d’employabilité supérieures aux secondes. C’est ainsi qu’a été proposé de créer des classes préparatoires intégrées au sein des universités. En outre, afin de rendre chaque individu maître de son destin, il a été proposé de mettre davantage l’élève au centre du cursus scolaire en donnant une plus large possibilité de choix dans les parcours. Par analogie, une réflexion similaire a été proposée pour les parcours dans la fonction publique (encourager les mobilités public-public et public-privé). Il s’agit fondamentalement d’un appel à développer une mobilité désirée et non subie.

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Le projet urbain Saint-Sauveur vise à reconquérir une friche ferroviaire de 23 hectares au cœur de la ville de Lille. Il s’appuie les halles « St-So » (équipement culturel et familial qui a amorcé la reconquête du site) qu’il étend pour accueillir des activités créatives. Il organise l’habitat dans des îlots mixtes diversifiés, de l’échelle métropolitaine à des échelles plus intimes, des îlots agrémentés d’espaces collectifs, de placettes, de squares et de jardins. L’agence d’urbanisme danoise en charge du projet propose un aménagement en trois espaces : un espace économique au Nord, un espace dédié aux activités collectives au centre et un espace dédié à l’habitation au sud. •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

R ATELIE ILLE LA V E IR U R ONST E CLE LILLE, C U XXIÈM SIÈ D

La vision de Martine Aubry, maire de Lille

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a ville devrait rapprocher ; or, trop souvent, elle exclut. Il est significatif de la volonté politique de Lille de créer « un nouvel art de ville » et de construire la ville du mélange des fonctions et des services de proximité, ainsi que de la mixité sociale, la mixité des emplois, et des logements. L’objectif est ainsi de prévenir la spécialisation de l’espace et de permettre à toutes les catégories sociales et les générations de se mélanger, afin d’optimiser l’utilisation de l’espace et de faciliter les relations entre les uns et les autres, pour vivre ensemble plutôt qu’entre soi. Il convient désormais d’imaginer les usages qui permettront aux habitants du Quartier Saint-Sauveur de vivre ensemble, pour en faire un projet urbain à l’image de la ville du XXIème siècle. Invités à réfléchir sur la base de ce projet lors de l’atelier du 1er décembre, les participants ont formulé de nombreuses propositions ; parmi elles, deux idées ont été plus particulièrement explorées :

• Diversifier l’usage des établissements scolaires pour en faire des lieux de la vie locale y compris au-delà de la communauté éducative, au sein desquels plusieurs types d’activités conduiraient à faire des enfants et des parents des acteurs dans le processus d’apprentissage. Plusieurs pistes ont été évoquées : faire des établissements scolaires un lieu de services, par exemple en les mettant à disposition des AMAP et autres circuits courts en lien avec l’alimentation  ; les mettre à disposition de créateurs, d’artisans et d’artistes proposant des activités aux élèves et leurs parents, mais également aux autres habitants, etc. L’idée finalement retenue («  Faites des livres  ») consiste à faire réaliser un ouvrage par les élèves (livre, nouvelle numérique, etc.) au sein du lieu d’enseignement. Le projet permettrait de faire pénétrer dans l’établissement scolaire des acteurs qui y sont étrangers (artisans, écrivains) et viserait à accroître la collaboration entre l’Education nationale et les acteurs culturels à l’échelon local. • Mettre à la disposition des habitants les espaces collectifs qui séparent les groupes d’habitations du nouveau quartier Saint-Sauveur.

La discussion a porté sur les rôles respectifs des habitants et de la municipalité dans la phase de lancement des projets et la détermination de l’utilisation faite de l’espace. Il s’agirait ici de favoriser une mobilisation spontanée, non-suscitée par les pouvoirs publics (do it yourself). Les futurs habitants seraient informés lors de l’acquisition d’un bien immobilier dans le quartier que la participation à l’entretien de l’espace partagé constitue une condition pour l’installation. L’aménagement et l’utilisation de l’espace partagé seraient laissés au libre-choix des habitants du groupement. Si les habitants du groupement souhaitent aménager l’espace pour organiser des repas communs, la mairie proposera les services d’un artisan, designer ou tout autre professionnel pour fabriquer l’ameublement nécessaire à l’usage qu’ils ont choisi du lieu partagé. Deux risques ont été identifiés : - l’essoufflement de l’engagement des habitants du groupement dans le projet collectif ; - la limitation entre l’espace partagé des groupements et l’espace public.

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VILLE A L E IR RU ONST E CLE LILLE, C U XXIÈM SIÈ D

L’éclairage de Catherine Fieschi, politologue

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os travaux ont souligné la nécessité d’une réappropriation et d’une diversification de l’espace public, qui favorise les liens intergénérationnels – à la fois à l’échelle des immeubles et des quartiers. La reconquête de certains espaces urbains concerne bien sûr des lieux identifiés, mais doit également susciter une réflexion sur la manière d’utiliser les lieux négligés (toits, rez-de-chaussée, etc.). Au cours de l’atelier, les participants ont cherché à introduire une dimension horizontale et pluridisciplinaire dans l’aménagement urbain, en particulier à travers des projets coopératifs ou encore en plaçant les artistes et la créativité au cœur des projets. Cette aspiration à l’ouverture témoigne d’une volonté de refuser le repli sur soi, et constitue une réponse aux angoisses collectives parfois exprimées par les citoyens. Deux écueils me semblent toutefois devoir être soulignés : d’une part, la mythification de l’action locale qui ne peut pas tout, et d’autre part la tentation de constituer les quartiers en entités autonomes alors qu’ils doivent rester tournés vers l’extérieur.

Coopérative d’idées et d’actions

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Située au nord-est du départe ment de la Nièvre, dans le Parc Naturel Régional du Morvan, la commune de Lormes, chef-lieu de canton, compte 1403 habitants. Depuis 2010, la commune regagne des habitants. Les initiatives, individuelles et collectives, y sont nombreuses. Malgré cela, la désertification reste une réalité et l’isolement, notamment des plus âgés et des plus fragiles, demeure une menace. De nouvelles solutions doivent donc être imaginées afin d’aménager le « village du futur ». •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

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La vision de Fabien Bazin, maire de Lormes

GE VILLA ES E L R E T INVENTUR À LORM U F DU

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our répondre aux difficultés auxquelles elle fait face, la commune de Lormes a créé le réseau « Faire compagnie » qui met  en relation les personnes en situation d’isolement avec des voisins volontaires, moyennant une rémunération symbolique. « Faire compagnie » aide aussi les nouveaux habitants à s’approprier le village, il crée des liens entre ruraux et néo-ruraux. Dans le même esprit, nous cherchons à  renforcer l’entraide entre professionnels afin d’animer le tissu économique local ou encore, à proposer des activités et des opportunités à notre jeunesse. Cet objectif va de pair avec l’élaboration d’un récit territorial, essentiel à l’engagement des citoyens dans la vie locale et à l’attractivité du territoire. Dans cette perspective, nous devons trouver une nouvelle vocation à l’artère principale, ancienne rue commerçante. À l’issue de l’atelier, le groupe de travail est parvenu à la conclusion que le village du futur ne peut exister que s’il parvient à créer localement de la richesse et ne pas dépendre uniquement des transferts sociaux. Pour ce faire, il faut penser des nouveaux outils pour faire connaître le village, changer l’image du monde rural dans l’imaginaire collectif et favoriser la création de richesses. L’apport des néo-ruraux est indispensable au succès de ce projet. Dans cette perspective, deux idées ont été plus particulièrement explorées par le groupe au cours de l’atelier : • Rénover la rue principale de Lormes en tenant compte de la spécificité rurale que l’urbanisme actuel ne prend pas en considération. Il est nécessaire de réunir un groupe multi-compétences - urbanistes, artisans, habitants - chargé de repenser l’aménagement de la commune afin de mieux prendre en compte la spécificité du rural et répondre à un objectif concret: revaloriser l’artère principale du petit village en intégrant les spécificités inhérentes aux petites communes, en associant les citoyens et leurs compétences personnelles. La rénovation doit être visible, sans pour autant promettre l’impossible. Ainsi, et plus largement, il faut repenser l’aménagement de la commune comme des « ruralistes » et non comme des « urbanistes », et en faire un outil au service d’un « récit territorial ».

• Faire du centre de télétravail un lieu d’attractivité du territoire et d’animation du tissu économique local. Les objectifs principaux sont de recréer de la richesse localement sans se limiter pour autant à une vision purement économique, faire du centre de télétravail un lieu d’accueil, d’échanges et d’entraide, et enfin faire se rencontrer “les aventuriers de la reconquête rurale”. Le centre de télétravail doit également devenir un lieu de formation, d’hébergement pour les travailleurs de passage, une crèche, un lieu de coopération entre les professionnels d’une même branche. Il ne faut donc pas limiter le centre de télétravail à un projet immobilier mais en faire un outil de valorisation des talents et des idées portées par les acteurs du territoire.

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R ATELIE

GE VILLA ES E L R E T INVENTUR À LORM U F DU

L’éclairage de Fabienne Brugère, philosophe

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artant de la question du lien social, il nous est apparu que, plutôt que de faire lien, il fallait d’abord « faire compagnie » : cette notion, beaucoup discutée au sein du groupe, est plus porteuse, car elle pose la question des rapports intergénérationnels, du partage des tâches domestiques ou encore de la solidarité horizontale (par exemple à travers le dispositif de Lormes, où « aidants » et « aidés » sont référencés sur une carte). Il s’agit aussi de faire jouer autrement la création de richesse, en faisant des lieux de travail des lieux de vie, de réalisation de soi et de reconquête collective d’un territoire. Cela pose la question de l’organisation de la vie commune : pourquoi ne pas ouvrir les bibliothèques et les musées le dimanche, plutôt que les supermarchés ? Comment construire des récits locaux communs, qui alimentent la fierté des habitants tout en faisant une place aux néo-ruraux ? La question des modes d’habitat est à cet égard essentielle, car elle est politique : il est indispensable d’élaborer un discours à destination des quartiers pavillonnaires qui se tournent de plus en plus vers le FN. L’esprit de la renaissance, c’est avant tout de réfléchir à l’association du moderne à l’ancien – soit, pour les territoires ruraux, l’accueil des néo-ruraux et la création de nouveaux modes de solidarité.

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Toulouse, cité étudiante par excellence, a vu sous l’impulsion de son maire, naître ces dernières années une ambition nouvelle : faire passer Toulouse, du rang de ville étudiante à celui de Métropole de la connaissance. Cette volonté politique peut se résumer par une ambition renouvelée : « faire campus ». Cette ambition de la puissance publique s’appuie sur une politique de site : l’implantation, dans un espace consacré, de nombre de lieux dédiés aux savoirs universitaires et à la vie étudiante. Il est progressivement apparu que le dynamisme des entreprises toulousaines, en particulier dans les domaines de l’aéronautique et de la recherche appliquée, constituait une opportunité tout à la fois pour le développement de synergies entre mondes universitaire et économique, et pour donner un rayonnement international à l’université de Toulouse. •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

La vision de Pierre Cohen, maire de Toulouse

R ATELIE » MPUS USE A C E « FAIR ND TOULO RA AU G

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oulouse est une ville profondément européenne : c’est un point d’appui pour faire de la ville et de ses universités un pôle d’excellence reconnu, notamment dans le domaine de la recherche technologique. Mais il faut aujourd’hui réfléchir à la manière dont nous faisons campus, dont nous intégrons l’université dans la ville et dans le tissu économique. Il convient de favoriser la transdisciplinarité et l’entrepreneuriat, notamment dans le domaine de l’économie numérique ou encore dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, où la motivation est un produit d’utilité collective. L’objectif principal est de réussir à mobiliser toutes les idées et toutes les énergies dans ce lieu de savoir que constitue Toulouse Montaudran Aérospace, y compris ceux qui ne trouvent pas de place dans les enceintes traditionnelles existantes – tels que les « fab lab » ou les « cantines numériques ». Parmi les propositions des participants, deux idées ont plus particulièrement été explorées : • Concentrer, en un endroit, une plateforme d’innovation sociale et solidaire et un lieu de vie quotidienne et culturelle. Ce lieu, installé au sein du campus de Toulouse Montaudran Aérospace, servirait de cœur de réseau à diverses initiatives de la ville (cantine, fab lab, etc.). Cet espace deviendrait dès lors le lieu qui ferait entrer en résonance ceux qui existent déjà. Il pourrait également devenir un lieu de culture scientifique, de partage de connaissance et de savoir, ainsi qu’un comptoir de l’orientation, entendu ici dans sa composante professionnelle. Ce lieu serait le point de convergence d’un véritable «  arc numérique  ». Il permettrait d’accueillir les instants de vie quotidienne des étudiants (cafétéria, restauration, convivialité, etc.) et de leur vie culturelle. Il s’inscrirait aussi dans un tissu socio-économique riche, pour favoriser l’émergence des filières d’avenir, créatrices d’emploi, terreau de l’initiative entrepreneuriale et de l’engagement de chacun en faveur d’actions associatives, économiques, sociales et solidaires. Plusieurs risques ont été identifiés  : ne pas parvenir à attirer tous les publics ; ne pas parvenir à ouvrir suffisamment le campus à la ville.

• Construire une identité européenne fondée sur l’éducation et la culture pour favoriser l’égalité des chances, y compris intergénérationnelle, en s’appuyant sur les idées de partage et de mobilité internationale entrante et sortante. La piste retenue est celle d’un dispositif de type « programme Erasmus », élargi à tous les âges et tout au long de la vie. À horizon  2020, le projet pourrait permettre à des enfants, des jeunes issus de milieux défavorisés, à des adultes en formation continue ou à des seniors de bénéficier d’expériences de formation sur les campus de villes partenaires de Toulouse, comme Bologne, Saragosse ou Barcelone. Les campus de Toulouse offriraient la même opportunité à des habitants de ces villes. Ce projet s’appuierait sur  : un partenariat local entre la ville de Toulouse, l’Université, le tissu économique toulousain et Pôle emploi ; un partenariat national, avec le ministère de l’éducation nationale et celui de l’enseignement supérieur et de la recherche ; et un partenariat européen et international, avec les institutions de l’Union européenne et les villes partenaires.

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R ATELIE

PUS » CAM LOUSE E IR A «F TOU RAND G U A

L’éclairage d’Isabelle This Saint-Jean, économiste

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u cours de nos travaux, nous nous sommes en premier lieu posés la question de la démocratisation de l’enseignement supérieur. A cet égard, il semble indispensable de revenir sur le cloisonnement entre universités et grandes écoles et d’instaurer un droit à la formation supérieure tout au long de la vie, en s’inspirant des exemples étrangers. La deuxième thématique concerne l’amélioration des conditions de vie et d’études, qui permettrait de démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur. Enfin, la troisième thématique abordée concerne l’ouverture de l’enseignement supérieur au monde et aux savoirs : - l’ouverture internationale; - l’ouverture au monde économique : mondes universitaire et économique s’ignorent encore trop dans notre pays ; - l’ouverture aux autres disciplines et aux autres thématiques, afin de développer la pluridisciplinarité ; - l’ouverture à travers les nouvelles technologies, afin de permettre la diffusion du savoir.

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Les idĂŠes


La fabrique des idées

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ous avions demandé aux participants de la journée du 1er décembre de venir chacun porteur d’une «idée décapante» ou d’un «projet transformateur». La première partie des ateliers a été consacrée à partager ces apports, à en dessiner une première carte et à engager l’échange autour des propositions les plus stimulantes. Vous trouverez ici une présentation des idées proposées presque brute, tout juste classée. Prenez-la pour ce qu’elle est : une expression de la diversité des participants de Renaissance, une invitation à penser et à explorer des alternatives sans s’en tenir aux cloisonnements habituels.

De nouveaux  espaces  de  dialogue

Lancer des  «  appels  à  problèmes  »  pour  partager  la   recherche  de  solutions  plutôt  que  des  appels  à  projets   pour  répondre  aux  questions  des  élus. Monter  une  pépinière  pour  start-­‐ups  politiques. Créer  un  réseau  des  «  gens  extraordinaires  »  dans  les   territoires.

Des innovations  politiques

Créer un  lieu  transparent  et  ouvert,  au  milieu  de  la  ville,   où  les  citoyens  pourraient  rencontrer  leurs  élus  et   débattre  avec  eux. Créer  un  site  internet  où  les  agents  de  l’Etat  pourraient   poser  des  questions  sur  leurs  pratiques,  les  méthodes   qu’ils  utilisent,  etc.

De nouvelles  formes  démocratiques

Faire apparaître  aux  citoyens  le  coût  de  la  solidarité   nationale,  aAin  de  leur  permettre  de  mesurer  ce  que  font   les  service  publics  pour  eux  et  ainsi  de  lutter  contre  la   réticence  à  l’impôt.

Revaloriser la  fonction  de  parlementaire  européen  pour   lutter  contre  le  trop  faible  investissement  des  élus   français  au  Parlement  européen.

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La fabrique des idées

Intégrer, dans  le  travail  des  urbanistes,  la  nécessité  de   constituer  des  espaces  communs  (et  non  plus  seulement   des  espaces  publics)  où  les  habitants  travailleraient,   échangeraient  et  se  rencontreraient  quelle  que  soit  leur   catégorie  sociale.

Aménager des  espaces  et  des  temps  pour  tous

Des espaces  partagés,  des  espaces  de  partage

Favoriser les  cohabitations  ou  du  moins  le  partage  de   certains  espaces  entre  plusieurs  générations. Favoriser  le  développement  des  jardins  partagés  et  des   potagers  publics,  pour  recréer  du  lien  social  (les   rapprocher  des  écoles,  des  maisons  de  retraite…)  mais   également  pour  apporter  une  réponse  à  la  question  de  la   qualité  de  l’alimentation  et  favoriser  les  circuits  courts.

Reconquérir les  zones  commerciales  et  les  friches   industrielles  ;  interdire  la  construction  de  nouveaux   lotissements  «  marguerite  »  tant  qu’il  existe  des  friches   industrielles  dans  la  commune.

Généraliser l’utilisation  des  surfaces  de  toiture  pour  en   faire  des  lieux  de  partage.

Changer le  dimanche  :  plutôt  que  l’ouverture  des   hypermarchés  le  dimanche,  privilégier  l’ouverture  des   bibliothèques,  des  médiathèques,  des  lieux  de  vie   (maisons  citoyennes)…

Espace public  et  espaces  communs

Décloisonner les  espaces

Faire des  établissements  scolaires  des  centres  d’activités   et  de  services  hors  des  temps  d’enseignement  aAin  de   favoriser  les  échanges  entre  les  parents,  les  enfants,  les   enseignants  et  tous  les  autres  habitants  du  quartier. Développer  la  multi-­‐fonctionnalité  des  bâtiments  (soit   en  redonnant  vie  à  des  lieux  désaffectés,  soit  concevant   des  lieux  à  usages  multiples,  comme  une  maison  de   retraite  qui  serait  adossée  à  une  école).

Développer la  logique  de  biens  communs  et  de   l'économie  de  fonctionnalité,  à  travers  le  partage.

Une économie  écologique Produire  et  consommer  localement  

Créer un  réseau  de  mise  en  commun,  de  réparation  et  de   revalorisation  d'objets  obsolètes  dans  une  optique  de   partage  et  de  distribution.

Constituer des  circuits  de  producteurs  et  de   consommateurs  locaux,  auxquels  doit  être  adossé  un   réseau  de  Einancement  adapté  à  la  taille  des  acteurs.

Créer un  service  public  de  l'environnement  pour  la   gestion  des  déchets,  des  énergies  et  de  l'eau. Pour  contribuer  à  résoudre  les  problèmes  de   revitalisation  qui  proviennent  des  sous-­‐sols  pollués,   faire  payer  les  pollueurs  successifs  au  prorata  temporis   (et  non  uniquement  les  derniers  occupants).

Attirer les  néo-­‐ruraux  pour  favoriser  le  renouveau  rural.

Relocaliser les  quartiers  maraichers  dans  une   perspective  environnementale  et  d’un  meilleur  accès  à   une  alimentation  de  qualité  malgré  l’étalement  urbain.

L'écologie concrète  et  quotidienne

Systématiser les  coopératives  de  valorisation  des   productions  locales  pour  assurer  un  juste  revenu  du   producteur,  répondre  au  besoin  de  conEiance  des   consommateurs,  rapprocher  les  circuits  de  distribution.

Une nouvelle  ruralité

Ramener les  paysans  au  village  en  s’appuyant  sur  une   logique  de  «  ruralisme  »,  pendant  de  l’urbanisme  en   milieu  rural.

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La fabrique des idées

Développer des  formations  partenariales  entre  PME  et   grandes  entreprises  (sur  le  modèle  de  la  recherche   partenariale)  de  moyen-­‐terme  a&in  de  créer  des   solidarités  de  fait  entre  ces  entreprises.

"Pacte  PME"  :  aider  les  PME  à  se  développer  et  à   s’internationaliser

Encourager l'entrepreneuriat  sous  toutes  ses  formes

Encourager la  création  de  junior  entreprises  dans  les   universités,  à  l’image  de  ce  qui  existe  surtout  dans  les   grandes  écoles.

Créer des  dispositifs  où  les  grandes  entreprises   s’appuieraient  sur  leur  expérience  pour  aider  les  petites   entreprises  à  se  lancer  et  dépasser  les  obstacles.

Pour faciliter  la  création  d’entreprises,  utiliser  les  locaux   des  lycées  inutilisés  pendant  les  vacances  scolaires  pour   accueillir  et  accompagner  des  projets  en  phase  de  pré-­‐ amorçage.

Combattre plus  fortement  les  manquements  aux  règles   de  délais  de  paiements  des  entreprises  pour  rééquilibrer   les  relations  entre  grandes  et  petites  entreprises.

Proposer des  lieux  de  coordination,  d’accompagnement   administratif  et  &inancier  de  la  création  d’entreprises,   portés  par  des  jeunes  entrepreneurs,  jouant  le  rôle   d’interface  entre  les  étudiants,  les  incubateurs  et  les   business  angels.

L'entrepreneuriat et  l'innovation

Développer un  dialogue  social  décentralisé  au  niveau   des  branches,  pour  mieux  prendre  en  compte  les   stratégies  de  l’emploi.

Simpli&ier le  paysage  de  la  création  d’entreprises  en   adaptant  le  niveau  de  réglementation  requis  à  la  taille  de   l’entreprise  en  question  (par  exemple,  des  allègements   pour  celles  en  phase  de  lancement).

Rapprocher la  réglementation  des  réalités  du   terrain

Reconnaître et  soutenir  de  nouvelles  formes   d'innovation

Promouvoir le  logiciel  libre,  pour  faire  émerger  de   nouveaux  modèles  d’innovation  et  de  réussite. Savoir  soutenir  autre  chose  que  l'innovation   technologique  :  l'innovation  d'usage,  de  service,  de   modèle  d'affaires  ;  l'innovation  sociale...

Remettre en  cause  certains  pouvoirs  de  police  des   maires  pour  libéraliser  l’entreprenariat  au  niveau  local.

Ouvrir l’Université  à  tous  les  citoyens  à  tous  les  citoyens   et  à  tous  les  âges,  à  l’image  des  Danois  qui  disposent   d’un  droit  universel  à  la  formation,  à  l’aide  d’un  système   de  points  à  utiliser  au  moment  souhaité.

Repenser l’accès  à  l’enseignement  supérieur  et  sa   place  dans  la  Cité Changer  l’École  et  l’enseignement

Remettre à  plat  les  frais  de  scolarité,  organiser  un   système  de  prêts  dédiés  aux  publics  fragiles.

Reconnaître le  droit  à  l’erreur  dès  l’école  primaire,  pour   encourager  l’expérimentation  tout  au  long  de  la  vie.

Faciliter l’accès  à  l’enseignement  supérieur  de  la  part  de   publics  en  difHiculté,  à  l’image  de  démarches  existantes   en  faveur  des  prisonniers

Démocratiser l’accès  aux  grandes  écoles,  le  système   actuel  aboutissant  à  l’autocensure  des  lycéens,  à  des   inégalités  territoriales  et  sociales  ;  ouvrir  des  classes   préparatoires  dans  les  universités.

Réviser le  système  de  notation  pour  valoriser  les  élèves   qui  ne  correspondent  pas  aux  canons  académiques.

Un service  public  de  l’orientation  «  distribué  »   s’appuyant  sur  un  système  de  parrainage  à  travers  une   plateforme  de  mise  en  relation  entre  particuliers.

L’enseignement, la  culture

Développer la  «  pédagogie  inversée  »  et  l’apprentissage   entre  pairs,  en  s’appuyant  sur  les  opportunités  offertes   par  le  numérique.

Recréer le  lien  entre  les  universités  et  les  territoires   dans  lesquels  elles  sont  implantées,  que  ce  soit  au   niveau  culturel  ou  encore,  en  mettant  des  étudiants  au   service  des  besoins  des  territoires.

« Tous  créatifs  »  :  un  événement  annuel  à  l’école,  faisant   des  enfants  les  créateurs  d’un  objet  culturel,  qui   impliquerait  les  parents  et  s’appuierait  sur  un   accompagnement  conjoint  de  l’Education  nationale  et  de   la  culture. «  Bande  passante  »  :  utiliser  les  lieux  culturels  pendant   leurs  heures  de  fermeture  pour  en  conHier  l’usage  à  un   artisan,  un  amateur  ou  un  groupe  qui  pourrait  y   développer  un  projet.

Faire de  la  Culture  un  chemin  vers  la  citoyenneté

Faire de  la    formation  «  tout  au  long  de  la  vie  »  une   realité

Permettre à  tous  les  salariés  de  prendre  une  année   sabbatique  tous  les  dix  ans  pour  encourager  leur   formation. Décentraliser  davantage  la  formation  professionnelle  et   l’anticipation  des  métiers  en  tension,  dans  le  cadre  de   démarches  de  Hilières.

Coopérative d’idées et d’actions

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La fabrique des idées

Porter sur  la  scène  européenne  un  projet  de  directive   sur  les  droits  des  consommateurs.

Des nouveaux  droits,  des  droits  réels Incarner  l’exercice  des  droits

Créer un  revenu  minimum  (européen  ?)  garanti  pour   tous  les  citoyens.

Lutter contre  l’exclusion  bancaire  en  rendant   transparent  le  montant  de  l'épargne  collectée  sur  le   territoire  et  le  part  de  projets  locaux  Hinancés  par  cette   épargne  locale,  sur  le  modèle  de  la  loi  CRA  aux  Etats-­‐ Unis.

Permettre à  ceux  qui  ont  des  métiers  pénibles  de  partir   plus  tôt  à  la  retraite,  en  compensant  par  un  allongement   de  la  durée  de  cotisation  des  autres  catégories. Imposer  dans  les  entreprises  et  les  administrations  un   quota  de  chômeurs  de  longue  durée.

Instaurer un  droit  à  la  mise  en  œuvre,  qui  permettrait   d'adapter  localement  la  réglementation,  aHin  de  conduire   des  expérimentations  et  d'adapter  le  cadre  normatif  aux   spéciHicités  d'un  écosystème  local.

La justice,  l'égalité  et  l'accès  aux  droits

Refonder le  droit  de  la  propriété  intellectuel  face  à  la   révolution  numérique.

Une justice  ef<icace  parce  qu'humaine

Renforcer l'individualisation  des  peines  et  abolir  le   système  des  peines-­‐planchers. Construire  des  alternatives,  au  niveau  des  quartiers,  aux   peines  d’emprisonnement.

Renforcer la  médiation  sociale  et  culturelle  dans  les   quartiers  urbains  défavorisés,  aUin  de  faire  entendre  la   voix  de  leurs  habitants  et  de  constituer  un  espace  de   dialogue.

Encourager l'entraide  et  les  solidarités  de  proximité

Médiation :  recréer  le  lien  avec  les  services  publics   et  les  institutions

Mobiliser les  personnes  âgées  pour  apporter  du  soutien   aux  familles,  à  travers  de  l’aide  aux  devoirs  par  exemple.

Tirer les  enseignements  des  premières  expériences  de   mise  en  place  de  «  relais  de  service  public  »  en  milieu   rural,  en  recherchant  les  manières  de  les  adapter   davantage  aux  besoins  des  populations  (par  ex.  en   matière  de  santé).

"Faire compagnie"  :  créer  un  réseau  de  voisins  actifs   pour  lutter  contre  l'isolement.

Favoriser les  démarches  de  concertation  locale  pour   lutter  contre  les  inégalités  en  matière  de  santé,  sur  le   modèle  des  ateliers  «  santé  ville  ».

Favoriser la  solidarité  des  jeunes  avec  les  personnes   âgées  en  mettant  en  place  un  service  civique  obligatoire   de  six  mois  entre  18  et  25  ans.

Le lien  social  et  la  solidarité

Mener un  travail  d'analyse,  à  l'échelle  européenne,  des   statistiques  sur  l'immigration  aUin  de  construire  un   discours  précis  et  factuel  sur  ce  thème,  propice  à  la   désinformation. Créer  un  observatoire  d’anticipation  des  chocs  liés  à  la   mondialisation  subis  dans  les  territoires. Favoriser  les  démarches  de  concertation  locale  pour   lutter  contre  les  inégalités  en  matière  de  santé,  sur  le   modèle  des  ateliers  «  santé  ville  ».

Développer l’habitat  solidaire,  par  exemple  les   colocations  au  sein  desquelles  les  habitants   consacreraient  du  temps  à  de  l’action  solidaire.

Faire des  médecins  des  acteurs  dans  la  prévention  et  la   détection  des  violences  faites  aux  femmes.

Mutualiser,  dé-­‐privatiser  et  renforcer  la  mixité  des   tâches  domestiques.

Vivre autrement  la  mondialisation

Pouvoir d'agir  :  aider  l'économie  et  le  social  à   s'organiser  à  l'échelle  locale

Soutenir le  développement  des  monnaies  locales. Transférer  certains  SPL  (Systèmes  productifs  locaux)  au   secteur  associatif  en  liant  l'accès  au  service  à  la   participation  à  son  fonctionnement. Former  les  personnes  âgées  à  l’automédication,  à   l'entraide  entre  pairs  et  à  la  télémédecine. Former  des  responsables  associatifs  issus  de  quartiers   défavorisés  à  la  mobilisation  et  au  «  community   organizing  »,  sur  le  modèle  américain.

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La fabrique des idées

Mettre en  place  un  système  d’échanges  scolaires  entre   territoires  et  pas  seulement  entre  pays  européens.

Développer les  mobilités  scolaires  et  universitaires Favoriser  une  mobilité  quotidienne  respectueuse  de   l’environnement Remplacer  les  places  de  parking  accompagnant  les   logements  mis  en  vente  par  les  promoteurs  par  des   cartes  de  transports  partagés.

Systématiser les  expériences  des  jeunes  à  l’étranger  en   créant  un  «  droit  à  la  mobilité  »  qui  permettrait  à  chacun   de  voyager  gratuitement  au  moins  une  fois  dans  sa  vie. Instaurer  et  valoriser  la  possibilité  pour  tous  les   étudiants  de  réaliser  une  année  de  césure  aCin  de  se   consacrer  à  des  projets  personnels  ou  professionnels.

Imaginer un  droit  à  la  mobilité  pour  favoriser   l’acquisition  de  nouvelles  qualiCications  ;  pourrait  être   facilité  par  la  création  d’un  passeport  européen,  qui   permettrait  le  transfert  des  droits  sociaux  d’un  pays  à   l’autre. Etablir  le  coût  des  transports  de  manière  inversement   proportionnelle  aux  distances  parcourues,  aCin  de   compenser  les  handicaps  économiques,  sociaux  et   culturels  dont  souffrent  les  habitants  en  périphérie. Remettre  en  cause  le  principe  de  la  sécurité  de  l’emploi   dans  la  haute  fonction  publique  et  l’existence  des  corps,   aCin  de  favoriser  la  Cluidité  entre  le  public  et  le  privé  et  la   mobilité  interne  au  secteur  public.

Les mobilités  sociales, géographiques  et  numériques

Redynamiser les  mobilités  sociales Rendre  les  territoires  désirables

Mettre en  place  la  Cibre  optique  pour  tous  pour  relier  les   territoires  ensemble. Favoriser  la  mobilité  en  milieu  rural,  dans  et  hors  les   bourgs. Mettre  en  œuvre  des  actions  destinées  à  attirer  des   artisans  en  zone  périurbaine,  notamment  dans  les  zones   en  tension. Mobiliser  l’épargne  pour  Cinancer  les  projets   territoriaux.

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Conclusion de Martine Aubry


Conclusion Martine Aubry

C

hers amis, Je veux vous dire combien j’ai aimé cette journée. J’ai aimé le foisonnement des idées et l’esprit constructif des débats. J’ai aimé retrouver les compagnons de voyage de la gauche, disponibles et infatigables, que vous êtes, vous acteurs de la société civile, intellectuels et politiques. J’ai aimé trouver ici les jeunes générations, celles des moins de 30 ans, sans lesquelles vouloir penser l’avenir, est aussi absurde que de traverser le désert sans provisions d’eau. Alors merci à vous tous d’être là et merci à nos organisateurs, Daniel Kaplan, Christian Paul, Jean-Marc Germain….et tous ceux qui ont imaginé cette journée. Mais je vais vous dire, ce qui me fait le plus plaisir, c’est d’avoir pu mesurer combien malgré les difficultés, malgré l’épreuve du pouvoir, l’envie de changer le monde est intacte. Et les difficultés, la France n’en manque pas, et chacun ici les mesure. Ce matin, en quelques mots, Axel Kahn nous a tout dit de la situation de notre pays et de l’état d’esprit des Français. Il nous l’a dit avec la force d’analyse de l’intellectuel à la recherche du bien commun. Il nous l’a dit aussi avec la profondeur d’un homme imprégné du long périple à pied qu’il a entrepris dans le pays pendant plusieurs mois. Ses principales conclusions, nous les partageons. L’Europe devait être source de puissance, elle est devenue synonyme de nuisance. Elle traverse les crises sans en tirer les leçons. Austérité budgétaire, égoïsmes nationaux, pauvreté du débat sur l’avenir du continent. En France, la République se fracture. Beaucoup de territoires sont au bord de la « sécession ». Des Français le sont déjà. Nous vivons un mouvement massif de dépolitisation. Perte des repères, refus des organisations et des combats collectifs, incrédulité devant les programmes politiques. Mais aussi, recul du collectif, de l’envie de se battre ensemble : d’où le chacun pour soi, la débrouille, et la conviction que son voisin est un concurrent pour trouver un emploi pour un enfant, un logement… Et les populismes sont en embuscade. Je partage le diagnostic d’Axel, mais aussi sa conclusion. C’est pour rappeler notre ambition collective que j’ai écrit cette tribune en août dernier appelant à « une nouvelle Renaissance ».Si je suis là, si nous sommes là, c’est que nous partageons une même conviction : face au désaveu de la politique, il faut le retour du politique. Le politique au sens noble du terme, c’est donner du sens à la société, être capable de porter de grands desseins, tels ceux qui ont forgé l’identité de la France et qui la font admirer dans la monde. C’est en faisant référence à ces valeurs universelles que le Président de la République a su intervenir au Mali avec le soutien des Français. Dans ce moment précis, j’ai la conviction que plus les difficultés du quotidien sont grandes, plus le besoin de sens est fort. Beaucoup de Français l’attendent et l’attendent de la gauche, seule capable de redresser notre économie et de promouvoir la justice sociale, inséparables.

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Conclusion Martine Aubry

C’est en pensant à tout cela que j’ai parlé de Renaissance. Pour dire que nous avons la responsabilité de faire émerger un monde nouveau. Ce d’autant qu’en France, des responsables politiques de tous bords, des responsables économiques et médiatiques, ne cessent de dénigrer notre pays, en refusant de voir en son sein les prémices de ce monde créatif et nouveau. J’ai parlé de renaissance aussi en référence aux composantes essentielles du mouvement qui a sorti l’Europe du Moyen Age : l’homme remis au coeur de la société, le progrès scientifique, la nature magnifiée, l’ouverture au monde. Le défi de notre temps est de cette ampleur. - Renaissance économique : pour donner corps à la sociale-écologie, par la régulation et par la négociation. Notre destination, c’est une économie créative s’appuyant sur la recherche, une économie sobre écologiquement, une économie de la coopération plutôt que la mise en concurrence de tous, et une économie du  bien-être  plutôt que du tout-avoir, qui, sans  renoncer  à  satisfaire  les besoins matériels, rompt avec le consumérisme. - Renaissance de l’action et des services publics : il convient d’articuler la demande de protection qui requiert des garanties collectives et la demande de prise en compte des besoins, des talents, des envies ou des difficultés des individus, ce qui nécessite une personnalisation des réponses. La réforme des retraites répond largement à ce nécessaire équilibre, on devrait à l’avenir aller plus loin en permettant un aménagement du temps de travail tout au long de la vie laissant plus de place aux choix de chacun, tout en offrant des garanties à tous ; Daniel Cohen en a parlé. Ce renouveau de l’action publique et de la protection sociale ne sera possible que si l’on purge le système fiscal des injustices flagrantes qu’il contient encore. C’est la condition de l’adhésion des Français, non seulement à l’impôt, mais aux services publics. Je crois, moi aussi, à la nécessité d’une grande réforme fiscale, comme vient de l’engager le Premier ministre. Par ailleurs, ainsi qu’évoqué dans les ateliers, les droits classiques devront être revisités et approfondis ; par exemple, en matière de logement, comment prendre en considération les problématiques environnementale et de mixité, afin de promouvoir de nouveaux usages, des lieux partagés et intergénérationnels ? Les conditions d’exercice de ces droits redéfinis doivent également être repensées : pourquoi ne pas décentraliser la mise en œuvre de la formation professionnelle ? Pourquoi ne pas ouvrir les lycées aux start ups afin d’en faire des incubateurs ? - Renaissance européenne : il faut sortir de la crise et d’une politique de stricte austérité bien sûr, mais aussi retrouver l’ambition initiale des fondateurs de l’Union européenne, qu’avait si bien résumée Jacques Delors, la compétition qui stimule, mais aussi la coopération qui renforce et la solidarité qui unit. N’oublions pas que l’Europe a permis de réduire considérablement la pauvreté sur le continent et de tisser des liens entre ses citoyens - je pense par exemple à des programmes tels qu’Erasmus.

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Conclusion Martine Aubry

Cela veut dire aujourd’hui instaurer un exécutif européen doté de ressources propres comme la taxe sur les transactions financières ou l’impôt écologique ; inciter l’Allemagne à renforcer sa demande intérieure -le SMIC obtenu par nos amis du SPD est un premier pas- ; aider par une super politique de cohésion sociale  la Grèce, l’Espagne et le Portugal notamment à reconstruire leur appareil productif ; adopter le «juste échange» comme doctrine commerciale pour nous battre à armes égales avec la Chine, l’Inde, l’Amérique, le  Brésil  ; et bien sûr avancer vraiment dans l’harmonisation sociale et fiscale. Pour que les peuples regagnent ensemble des marges de manœuvre, comme le propose Habermas, sans sacrifier la démocratie. - La culture aussi doit inspirer cette renaissance. Il n’est pas pour moi de grand projet politique sans ambition culturelle. La culture est une force d’émancipation pour chacun et le ferment d’une vie collective par le partage d’émotions. Elle tend à chaque génération son miroir ; les artistes contemporains, plus qu’à toute autre époque, mettent le doigt « là où cela fait mal » pour décrire et interroger notre société : consommation à outrance, gâchis et dégât de tout nature, inégalités, violences, obscurantisme et extrémismes, absence de sens. La culture inscrit aussi notre trace, en créant le patrimoine de demain. - La renaissance doit bien sûr être démocratique - comme l’a évoqué devant nous Christian Paul - et s’inspirer de nos valeurs, pour donner toute sa force au vivre-ensemble. Notre vivre ensemble est menacé par le communautarisme, les extrémismes et les fondamentalismes. Par le racisme qui relève la tête. Notre amie Christiane Taubira en a été une cible de choix, tellement forte et belle que jamais ils ne l’abattront. Mais que de honte et de médiocrité dans ces odieuses attaques. Enfin hier ont eu lieu des manifestations dans la rue pour dire non au racisme. Avec Christiane Taubira, nous redirons sans cesse ces mots de Césaire dans des temps de résistance : « nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre ». Comment vivre ensemble quand la société est malmenée par le repli sur soi et l’individualisme ? Probablement en se donnant trois fils rouges. Ajouter la coopération à la compétition ; ne pas sacrifier le long terme au court terme ; préférer la réciprocité –j’appelle cela le care- et donc la solidarité à l’individualisme. Ce que j’ai voulu dire aussi, c’est que cette renaissance n’est pas une utopie. Je dirai même que les prémices sont déjà là. `

Martine Aubry

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ET MAINTENANT ? Après ce premier succès, nous devons maintenir l’élan né de la journée du 1er décembre et mettre à profit les énergies rassemblées. Dans cette perspective, les suites de cet évènement seront structurées autour de quatre axes : Lancer les premiers projets Renaissance et valoriser les expériences déjà mises en œuvre dans des territoires. Les ateliers organisés le 1er décembre ont permis d’identifier des projets d’expérimentation pouvant être mis en œuvre dans les territoires proposés. Il est désormais essentiel de donner des suites concrètes à ces projets. Nous allons ainsi lancer nos premiers projets dès février 2014, en région Centre et à Grenoble. •

Favoriser de nouvelles initiatives dans le cadre de Renaissance : certaines idées présentées dans le cadre des ateliers du 1er décembre n’ont pas été retenues dans la «  première vague », notamment par manque de cohérence avec les thèmes abordés lors de l’atelier concerné. Or nombre de ces idées sont particulièrement innovantes et présentent un intérêt pour un autre territoire ; nous soutiendrons leur mise en œuvre. •

Constituer et faire vivre un «réseau Renaissance» : les initiatives soutenues et les projets Renaissance mis en œuvre dans les territoires identifiés pourront former, à moyen terme, un «réseau Renaissance», mis à la disposition d’autres territoires. •

Prolonger « la fabrique du sens », avec un projet politique qui allie pensée globale et action concrète. Renaissance doit ainsi offrir une « colonne vertébrale » politique et intellectuelle à une démarche empirique d’innovation sociale •

REJOIGNEZ-NOUS !

Nous serions très heureux de vous compter parmi nous. Renaissance est une association loi 1901, présidée par Martine AUBRY, et animée à parité par des personnalités de la société civile et par des élus. Pour adhérer, il suffit d’envoyer une lettre, confirmant votre demande d’adhésion et accompagnée de votre contribution (par chèque), à l’adresse suivante :

Association Renaissance, 124 rue de l’Abbé Groult, 75015 Paris •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

Le montant de l’adhésion a été fixé de manière indicative à 50 euros, 10 euros pour les étudiants ou les chomeurs et 150 euros pour les parlementaires, libre à chacun évidemment en fonction de ses contraintes ou possibilités de choisir un autre montant. Merci de bien vouloir nous communiquer vos coordonnées précises (adresse, date de naissance, le cas échéant téléphone, email) ainsi que les informations que vous souhaitez nous faire connaître sur votre parcours et vos centres d’intérêt par voie postale ou au lien suivant : https://www.apayer.fr/renaissance

Livret 1ères rencontres renaissance  
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