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Contacts Mars-Avril 2010

Dans la nuit du 27 au 28 février, les Aytrésiens les plus proches du littoral ont vécu une nuit de cauchemar pendant que le reste de notre territoire traversait la tempête sans dommage. Au matin ensoleillé du 28 février, le contraste était presque insoutenable entre le dénuement total de ceux que les secours venaient de sauver et la tranquillité de la ville en ce dimanche matin. La conjonction d’une marée à fort coefficient, d’une grosse tempête et d’une forte dépression a produit un déferlement de la mer jamais vu à Aytré. Impensable... Trois vies emportées, cent soixante dix familles qui ont tout perdu, trois campings dévastés, la zone ostréicole sinistrée, le littoral saccagé, voilà le triste bilan de la tempête Xynthia. Après le temps de l’urgence et de l’aide où professionnels et bénévoles ont été admirables, efficaces, disponibles, attentifs à la détresse, vient le temps de la réflexion et de la reconstruction. Que vont devenir les quartiers les plus touchés, ceux où la vie humaine a été mise en danger ? Quels enseignements tirer de l’exceptionnelle tempête Xynthia ? L’Etat qui a engagé des expertises nous promet une réponse rapide. Tant mieux car l’impatience est grande.

28 février 2010 :

Xynthia, raz-de-marée sur Aytré Témoignages Avec mon ami Antoine, nous sommes rentrés tard ce samedi soir au camping Richelieu, sans être trop au courant de ce qui était annoncé. On arrive de la région parisienne et Antoine était ici pour un stage de planche à voile. C’est d’ailleurs ce qui nous a sauvé puisque dès qu’on a compris que l’eau montait, Antoine a enfilé sa combinaison et le temps de prendre nos papiers dans un sac, il m’a sortie du bungalow sur la planche. rlach e u G e li Dehors tout était dévasté, c’était la nuit, les a Cor Richelieu g in p m gens hurlaient, c’était terrible. Il m’a mise en a C sécurité et puis il est reparti aider les pompiers. Du coup, il a sauvé plein de gens sur sa planche. Nous ça va, on a perdu qu’un peu de matériel, on est jeune et on s’en remettra. Mais moi, je pense à ceux qui ont tout perdu...

Le soir de la tempête, nous étions dix dans la maison de mon frère qui venait de décéder et que nous avions enterré la veille à Charron. La famille était venue de partout en France, nous étions tous réunis dans cette grande maison à étage et c’est ce qui nous a sauvé. La force de la vague a été terrible. Pensez donc qu’une voiture s’est retrouvée portée par dessus la clôture, sans l’abîmer et que le véhicule s’est encastré dans le mur ! Nous avons été parmi les derniers évacués à 11 h du matin, dans un canot des pompiers. Au rez-de-chaussée, l’eau était à 30 cm du plafond. Nous sommes retournés sur place 4 jours après, nous avions encore de l’eau au-dessus des genoux. Et tous les véhicules sont hors d’usage. Annick et Ovide Br isemaille 49, route de la Pla ge

Votre dévouée Suzanne Tallard Maire d’Aytré 23 mars 2010

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Photos J.-C. Foucher / S. Gendrot / P. Courtemanche / A.Touchon


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J’habite depuis 4 ans dans mon mobil-home au Clos Richelieu. Le samedi soir, le propriétaire est passé nous prévenir que la tempête menaçait et qu’il était préférable qu’on évacue pour la nuit. Alors quand la fille de mon amie nous a proposé de nous héberger, on a dit oui. Sauf qu’elle habite aux Boucholeurs et que là, ça a été pire que tout. Nous sommes restés entre 3 et 7 h du matin réfugiés sur la mezzanine, on voyait l’eau monter, sans savoir jusqu’où elle irait... Et puis cette odeur de vase, de gasoil... Quand enfin on a pu sortir, dans la rue c’était indescriptible. Les voitures dans tous les sens, les frigos dans la vase, des cuvettes de WC sur les trottoirs. La fin du monde. On a été sauvé par un ostréiculteur qui nous a pris en charge. Il avait tout perdu. rt Francis Fouca la Plage

u, route de Clos Richelie

Ce qui m’a réveillé, c’est le vent qui remuait les tuiles et puis surtout ce drôle de glouglou que faisait l’eau dans les toilettes. J’ai ouvert la porte qui donne sur la véranda et là, j’ai vu la vague arriver sur moi. L’eau a explosé le vitrage et je ne sais pas encore comment j’ai fait pour fermer la porte, jeter trois affaires dans un sac et monter sur la mezzanine. De là, je suis passé sur le toit par la lucarne, j’étais entouré d’eau. Le temps de voir ma voisine, Sophie Baudry, portée par les flots qui passait devant moi en criant au secours. Je l’ai attrapée par le bras et je l’ai remontée au sec. On est resté là, tous les deux sur le toit, dans la nuit et le froid. Plus tard, les pompiers nous ont amené un jeune garçon, un rescapé lui aussi. J’ai eu la peur de ma vie. Eric Tréhé 11, route de la Plage

La nuit du samedi, la nuit de la tempête, on avait entendu l’alerte rouge Zora Moustaïde 15, cité Aristide-Rondeau disant qu’il fallait pas sortir de chez nous après 20 h, alors bien sûr on attendait du mauvais temps. Quand le vent s’est levé, je suis sortie pour remettre la bâche sur la voiture mais vers les 5 h du matin, j’ai entendu le voisin crier «on est inondé». Ici dans le quartier, on est habitué à de petites inondations. Mais pas une comme ça. En moins d’un quart d’heure, j’avais de l’eau à la taille, dans ma maison ! Heureusement, les secours sont arrivés très vite. Mon mari malade a été sorti de la maison par la fenêtre. On a été accueilli par les voisins. Certains dormaient encore et ils ne s’étaient rendu compte de rien ! Maintenant, je ne sais pas si on va pouvoir garder nos maisons. J’aime bien mon quartier depuis le temps !

Vers 5 h 30, on a entendu le voisin crier «Inondation !». On est sorti et on a vu l’eau qui montait, elle avait rempli la rue des Courlis. Notre maison est légèrement en hauColette et Gérard Le vêque teur et sur un vide 81, boulevard de la Mer sanitaire, c’est ce qui nous a sauvés. Du coup, le dimanche matin, on a commencé à faire le café pour tout le monde. Et pendant une semaine, on a fait la cuisine et des lessives pour les voisins du quartier. Les trois machines ont tourné sans arrêt. Il a fallu rajouter des fils à linge au jardin ! Pareil pour le congélateur qu’on a remis en route.Tous les jours, on était 6 ou 8 à table, matin, midi et soir. Le temps que l’électricité revienne, il a bien fallu s’organiser entre nous ! C’est bien naturel.


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C

Comme beaucoup, le dimanche matin en écoutant les infos, je n’arrivais pas à penser que le sinistre avait touché Aytré. Quand je suis passée à la salle Jules-Ferry, c’était déjà la ruche. Les sinistrés en état de choc, les premiers bénévoles à pied d’œuvre. Pendant quatre jours, on a servi Maryline Bob des repas midi et soir, grâce rie Elue, bénévol e à Jules-Fe aux patrons du Restaurant de la rry Plage qui se sont spontanément mis au service de tous. Chapeau ! Il a fallu gérer une multitude de problèmes, des plus élémentaires au plus Marie-France Body complexes. La solidarité a été forte et active à tous les Bénévole à Jules-Ferry dimanche le Dès niveaux. Les gens sont venus pour offrir de leur temps, matin, je me suis présende leur attention. Sans compter bien sûr les vêtements, tée à la salle Jules-Ferry, voir si je pouvais faire quelque chose. les meubles, l’électro-ménager. La radio a joué un rôle J’y suis restée toute la semaine. Vous savez, aider les gens, capital avec France Bleu La Rochelle qui relayait tous ce n’est pas seulement leur donner du matériel. C’est aussi nos messages. et surtout leur donner de la chaleur humaine, du réconfort. J’essaie de suivre ce principe qui me guide : «faites aux autres ce que vous aimeriez que l’on vous fasse». Alors je donne ce que je peux. C’est dans ces moments là que l’on réalise qu’on est pas seul, que nous sommes tous ensemble dans la société. Dès le lundi, nous nous sommes organisés avec Et puis ce qui me frappe, c’est la grand dignité des sinistrés les assistantes sociales, le CCAS, le Centre Social, les qui, dans leur malheur, n’oublient pas de penser aux autres. bailleurs sociaux. Il fallait recenser les sinistrés, prenComme s’il y avait toujours plus malheureux que soi. dre leurs coordonnées, évaluer leurs besoins, gérer les logements d’urgence. Thierry et Marie Bourré, du Restaurant de la Plage, sont venus jusqu’au jeudi pour préparer les repas servis midi et soir. Dès le début, notre objectif principal était le relogement des 166 familles sinistrées. Pas question de les garder dans un cocon artificiel dans la salle Jules-Ferry. Beaucoup de J’étais d’astreinte ce gens ont ouvert leur porte pour accueillir ceux qui week-end. Dès le samedi en en avaient besoin, fin d’après-midi, les pomtout simplement. piers nous avaient préveLes spécialistes de nus d’un risque important la cellule psychod’inondation. On a donc été logique ont aussi frapper à toutes les portes fait un superbe route de la Plage, prévenir le travail. Nous garplus de gens possible. Tout le dons le contact monde pensait à 30 ou 50 cm Michel Renaud, Agen t des ser vices techniqu avec eux, en cas d’eau maximum. Pas à ce qui es municipaux de besoin. Cerallait se produire. En début de tains traumatissoirée, le camping Richelieu a mes seront longs décidé d’évacuer et on a géré l’accueil d’urgence à Jules-Ferry avec à guérir. la Protection Civile à partir de 22 h. C’est le matin à 7 h, en arrivant au passage à niveau des Mouettes, que j’ai découvert l’ampleur des k ar Cl Nancy dégâts. C’était un paysage d’apocalypse. Les pompiers étaient là AS CC du ce Directri depuis le milieu de la nuit, les hélicos tournaient. J’ai appelé les collègues et on a commencé tout de suite à nettoyer le plus gros des détritus pour faciliter le passage des véhicules de secours. Et puis dès lundi, tout le monde s’y est mis. Les collègues du service voirie, ceux des espaces verts, des bâtiments. Il a fallu refaire en urgence la dune, en prévision de la grande marée du lendemain. Et puis surtout pomper jour et nuit l’eau qui avait tout envahi. Dès que cela a été possible, nous avons aidé les gens à vider leur maison et à déblayer. Tout cela a demandé d’énormes moyens en hommes et en matériel. Et tout le monde s’est dépensé sans compter ses heures.


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Merci à tous ! On est venu nous annoncer vers 20 h que la montée prévue de la mer nécessitait une évacuation. Je pensais alors qu’il y aurait 50 cm d’eau dans le bas du bâtiment. Avec ma femme et mes petitsenfants, nous sommes donc restés à l’étage, où nous habitons. De là, j’ai vu la montée des eaux jusqu’à 1,40 m, avec Ostré Armand Bernard iculteur, chem in de la Gig des vagues venant jusqu’à 1,80 as m. Je n’ai pas trop stressé car je vis avec la marée, et je savais que la mer allait bientôt se retirer. Aujourd’hui, je me retrouve sans matériel, plus de tracteur, tout ce qui est électrique est hors-service. Il faut pourtant vite reprendre une activité pour tenter d’oublier. Alors oui, on est bien obligé de remettre en cause la protection du littoral. Il faut reconstruire plus solidement où il y a des faiblesses. J’espère qu’il va y avoir une prise de conscience.

Le camping est complètement détruit, avec sans doute près de 3 millions d’euros de travaux. Nous l’avions acheté il y a quatre ans, on arrivait au bout des aménagements, il faut encore repartir à zéro. Je vais recommencer, mais je n’ai plus la même flamme, c’est très dur. La moitié seulement des Philippe Cazenave mobil-homes étaient assurés, jaPropriétaire du camping Richelieu mais je n’aurais pensé tout perdre en même temps. J’espère pouvoir faire la saison estivale. Nous avons déjà commandé 38 mobil-homes. Mais pourrons-nous offrir tous les services qu’attendent les touristes ? Je tiens absolument à remercier les personnes de la Protection Civile, les pompiers et la solidarité qui s’est de suite enclenchée. Des gens de la rue et du quartier ont beaucoup travaillé pour nous aider. Cela rassure sur la nature humaine.

Merci à tous les bénévoles, aux associations et aux comités de quartiers pour leur aide spontanée. Merci aux entreprises pour leurs dons de toute nature. Merci aux communes, proches ou lointaines, qui ont manifesté leur solidarité concrète par leur aide matérielle et des dons financiers. Merci aux militaires, aux pompiers, aux gendarmes et policiers qui ont fait preuve d’un dévouement et d’un professionnalisme sans faille. Merci aux administrations, Etat, Région, Département, qui ont mobilisé leurs moyens et leur personnel. Merci au personnel du CCAS et de la Mairie pour leur engagement à aider, conseiller, soutenir sans compter leur temps. Un grand merci à tous les membres de cette chaîne de solidarité qui s’est manifestée au premier jour et qui n’a pas faibli. A toutes et à tous, un simple mot qui dit toute notre reconnaissance :

merci !

Contacts 165 dossier spéciale Tempête  

Le dossier spécial du magazine Contacts sur la tempête qu'Xynthia qui a ravagé notre côte dans la nuit du 28 fevrier

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