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PORTRAIT 13

Rosina Wayaridri Un trésor de femme

Rosina Wayaridri, mariée Uedre, est maman de quatre filles et cinq garçons, et grand-mère de vingt petits-enfants. Elle fait elle-même partie d’une fratrie de dix enfants dont elle est la deuxième. Autant dire que la famille et l’éducation, ça la connaît ! Rosina a grandi à Hnawayac, où son père travaille au champ pour payer les études de ses enfants. C’est après un examen d’admission de deux jours à Tadine, alors qu’elle termine son CM1, que Rosina quitte Maré pour se rendre à Poindimié. Elle y poursuit son CM2 puis entre au collège, avant de partir pour Nouméa, au lycée Lapérouse. Elle ne terminera pas sa scolarité, soucieuse de rentrer à Maré auprès de ses parents, tous deux hospitalisés à Tadine. Nous sommes en 1973. Pour subvenir aux besoins du foyer, elle postule au vice-rectorat pour des remplacements dans les écoles et obtient son premier poste à l’école de Padawa, le temps du congé administratif du moniteur Keciehni Wagada. « Ce premier poste m’a encouragée à m’investir dans ce métier », commence à se souvenir Rosina. En 1977-78, elle fera partie d’un groupe d’enseignants remplaçants désignés pour suivre une formation d’un an à l’École normale après un examen à l’école de Nécé où elle a été reçue. Si cette formation l’a menée à suivre des stages dans des écoles de Nouméa et du Grand Nouméa, Rosina enseignera surtout à Maré, de Tadine à Tuo, Wakuarory, Atha et Hnawayac où elle terminera sa carrière en tant que directrice en 2008.

féminine à la Province. « Elle m’a demandé de l’accompagner pour un événement appelé Destination îles Loyauté au quai Ferry. J’y ai apporté des objets que j’avais tressés à Maré et y ait animé un atelier de tressage. » Leur collaboration avait commencé. Depuis ce premier voyage avec la Province, Rosina fait partie de la Fédération des femmes en tant qu’artiste. Elle sera choisie deux fois pour participer au Festival des arts du Pacifique aux îles Salomon et à Guam, et une fois au Festival mélanésien. Bien avant 2008, Rosina avait appris à tresser des nattes avec sa mère qui avait un champ de pandanus. « Ma mère et ma grandmère tressaient des nattes et des paniers. Je les observais. Maintenant, je tresse toute seule sur la base de ces souvenirs. Ces trésors sont rangés dans les tiroirs de mon cœur et ils sortent. Je m’envole avec tous ces tressages. » En classe aussi elle exploitait ce savoir-faire avec les enfants pour leur apprendre, de façon pratique, à compter ou à fabriquer des phrases.

Des trésors dans la nature

Cette activité artistique est lucrative, puisque ses productions sont vendues. Des mamans viennent également lui passer commande à la maison. « Avec la petite enveloppe gagnée Des trésors dans la salle de classe « J’ai beaucoup appris des enfants. Ils étaient aussi des for- lors de ma première sortie, j’ai acheté une bétonnière et une mateurs. Ils arrivent avec des problèmes de la maison. Il faut tronçonneuse. Mon fils a pu construire un faré. La bétonleur redonner la joie de vivre. Ne jamais leur dire ‟c’est mal”. Ce nière continue à tourner dans les foyers, pour les besoins de sont autant de trésors que l’on a devant nous. Il faut toujours construction des familles. Grâce à cette activité, je continue leur donner des paroles d’encouragement et de félicitations. à aider mes enfants. Les feuilles de cocotier et de pandanus Nous sommes là pour les sont dans la nature mais me aider à construire leur vie. permettent d’avoir des rentrées d’argent ! Papa disait Je n’aime pas le mot déque ces éléments de la linquance. J’aime les mots qui construisent la vie. Les nature étaient des trésors. enfants sont des dons de Maman disait qu’ils ne Dieu. Même adulte, on a besoin de mots qui consolent, de mots parlent pas mais travaillent beaucoup. Quand ils sont chargés, qui construisent. » Tous ces enfants ont donné un sens à sa ils font tomber les fruits pour qu’on se serve. Les éléments de vie et à un choix de carrière qu’elle n’a jamais regretté. « Des la nature nous apprennent à partager. » Rosina aime toutes les parents et d’anciens élèves viennent encore me remercier. Mais rencontres qu’elle a faites au cours de sa vie et ce vivre enc’est Dieu qui m’a enseigné comment m’y prendre avec ces semble auquel elle adhère. En brousse, elle se souvient de ces filles de pasteur qui lui ont beaucoup appris, et de la commune petits trésors dans les salles de classe », dit-elle humblement. de Poindimié qui « a beaucoup fait pour les enfants des îles. J’ai toujours partagé mes histoires pour transmettre ce qu’on m’a Des trésors dans les tiroirs de son cœur Quand en 2008, jeune retraitée, Rosina confectionne des élé- appris, quand j’étais moi-même élève ». Un jour, Rosina aimerait ments de décoration pour l’installation du pasteur Paul Saulia bien aller remercier ces gens de Poindimié, comme elle remerà Padawa, elle se fait remarquer pour son travail de tressage cie encore Charlotte Wadrawane pour son implication quand auprès de Charlotte Wadrawane, alors en charge de la condition elle était à la province.

« On a besoin de mots qui consolent, de mots qui construisent »

NENGONE INFO N°12  

NENGONE INFO N°12 BULLETIN MUNICIPAL DE MARE PROVINCE DES ILES LOYAUTE NOUVELLE-CALEDONIE

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