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INTEMPÉRIES : La Région solidaire avec ses territoires P.3 LE PORTRAIT

Cécile Girardin, historienne d’entreprise P. 24

CHARENTE-MARITIME Nouvelle-Aquitaine.fr

Blaise-Pascal, un lycée pensé pour l’excellence P. 6

CULTURE & DÉCOUVERTE Carnet de marche à Collonges-la-Rouge P. 16

Journal d’information de votre région

N°5 HIVER 2018

CAHIER CENTRAL

TOURISME : UNE SECONDE NATURE 01 NAQ5 Une+VD+z.indd 3

04/12/2018 15:42


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LE SOMMAIRE du président de Région Alain Rousset

PAGE 3 À LA UNE

La Région solidaire avec ses territoires

PAGE 4 PROXIMITÉ CHARENTE Naval Group : cap sur les sous-ensembles GIRONDE Rebondir vers l’emploi CORRÈZE La fonderie recrute HAUTE-VIENNE C’est le bois qu’ils préfèrent DEUX-SÈVRES Taillé pour le futur CHARENTE-MARITIME Blaise-Pascal, un lycée pensé pour l’excellence CREUSE Bâtisseurs d’avenir DORDOGNE Les Tricots de l’emploi PYRÉNÉES-ATLANTIQUES Le souffle au cœur LOT-ET-GARONNE Du pain sur la planche VIENNE Ma petite entreprise… LANDES Il est bio, mon camion !

PRIORITÉS RÉGIONALES PAGES 10-11 JEUNESSE Logement Un logement pour réussir Sylvain Piat : « Le logement doit être un levier, pas un frein » Formation agricole Agroécologie : les lycées à la pointe

PRÉSIDENT DE LA RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

PAGE 12 AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

Inauguration des Halles de Pau, le 26 octobre 2018.

Transports scolaires Des ajustements sur mesure

PAGE 13 TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET ÉNERGÉTIQUE

Énergie Les citoyens acteurs de la transition énergétique

Économie circulaire Un train pour le climat

PAGES 14-15 ÉCONOMIE ET EMPLOI

Création d’entreprise Entreprendre sur tous les territoires Viticulture Pesticides : une mobilisation sans précédent

PAGE 16 CULTURE & DÉCOUVERTE

Territoires Carnet de marche à Collonges-la-Rouge Langues régionales Lés prisounàes dounant de la rogane – Presoek ahotsa altxatzen dute – Presoèrs a boca-tiranta –Les prisonniers donnent de la voix Rencontre avec Claire Jacquet, directrice du FRAC Aquitaine : La MECA : cap sur 2019 Événement Angoulême, capitale économique de la BD Produit régional Le cannelé : mystère bordelais

PAGE 21 MODE D’EMPLOI Bande dessinée Réaliser l’égalité

PAGE 22 TRIBUNES Parole aux élus

PAGE 24 PORTRAIT

Cécile Girardin Historienne d’entreprise

CAHIER CENTRAL DE I À VIII DOSSIER Tourisme : une seconde nature

La Nouvelle-Aquitaine dispose d’atouts touristiques exceptionnels et affiche une ambition forte à travers son schéma régional dédié : devenir la première destination touristique durable.

ALBAN GILBERT

L’ÉDITO D’ALAIN ROUSSET

CHRISTOPHE MENTIERES

PAGE 2 ÉDITO

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

Première destination touristique durable

P

lus vaste région de France, ouverte sur l’extérieur et accueillante, disposant d’un patrimoine naturel époustouflant et riche de sa diversité culturelle et historique, mais aussi d’une offre complète, la Nouvelle-Aquitaine est par nature tournée vers le tourisme. D’ailleurs, les chiffres parlent d’euxmêmes : 28,1 millions de touristes accueillis ; 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires généré ; 110 000 emplois concernés en Nouvelle-Aquitaine, produisant chacun 4 à 5 emplois indirects ; 7 sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco et 2 inscriptions au Patrimoine immatériel de l’humanité ; 26 plus beaux villages de France. Résultat ? Le tourisme constitue la deuxième activité de notre région, qui a pris la première place parmi les destinations des visiteurs français. Un tourisme plus vert, plus humain, plus doux Néanmoins, prenons garde : aussi impressionnante soit-elle, cette avalanche d’atouts inestimables – qu’ils soient naturels, économiques, patrimoniaux, gastronomiques ou culturels – ne doit pas nous enfermer dans la facilité d’un tourisme de masse, où chaque année nous ne serions animés que par un unique impératif, celui d’attirer plus de visiteurs que l’année précédente, ce qui nous conduirait à piétiner ce que nous avons de plus précieux. C’est pourquoi la Région ambitionne de devenir la première destination touristique durable. L’avenir du tourisme doit être plus vert, plus humain, plus doux. Et cet avenir-là, nous ne le construirons qu’ensemble, avec l’ensemble des acteurs concernés. En sensibilisant.

En soutenant les projets écoresponsables. En multipliant les labels vertueux. En formant les professionnels. En un mot, en misant sur les technologies et les pratiques qui s’inscrivent dans le sens de l’Histoire : celui d’une transition agroécologique maîtrisée. S’adapter aux enjeux du numérique En matière touristique, nous pouvons tout à la fois attirer et préserver. Les initiatives qui sont rapportées dans ce dossier le démontrent. Or, j’en suis persuadé, il n’appartient qu’à nous de convertir collectivement ce potentiel en un tourisme d’excellence à tous les niveaux, à dimension humaine, préservant nos équilibres naturels précieux, respectant à la fois nos traditions et porteurs d’innovations, tant sociales que technologiques. Des innovations technologiques qui soulèvent aussi de nombreuses questions. Comment répondre aujourd’hui à l’uberisation du tourisme via des plateformes comme Airbnb ? Ces nouveaux usages vont-ils révolutionner l’accueil touristique ? Quels sont les risques pour le secteur hôtelier traditionnel ? Et comment ce dernier peut-il s’adapter à cette nouvelle concurrence ? Quel impact, aussi, pour le quotidien des habitants en matière de pression locative et de qualité de vie ? Ces innovations doivent se faire au bénéfice de toutes et tous. C’est là toute l’ambition du Conseil régional, garant d’une stratégie concertée, co-construite et durable du tourisme en Nouvelle-Aquitaine – comme vous le découvrirez au fil des pages de ce journal.

Hôtel de Région, direction de la communication, 14, rue François-de-Sourdis 33000 Bordeaux. Tél. : 05 57 57 80 00. E-mail : journalcom@nouvelle-aquitaine.fr Directeur de la publication Alain Rousset Codirecteur de la publication Stéphane Delpeyrat-Vincent Directrice de la communication Aurélie Loubes Rédaction en chef Brice Ancelin Responsable d’édition Sébastien Blanquet-Rivière Rédaction Aurélie Auge, Olivier Bleys, Laure Espieu, Guillaume Fontaine, Nadège Galibert, JMLC, Amélie Kolk, Audrey Marret, Fabien Paillot, Marianne Peyri, Philippe Quintard, Yannick Revel, Laetitia Solery Illustrateur BD Raoul Paoli Conception graphique et réalisation A noir, www.agence@anoir.fr Photographes Yohan Bonnet Sabine Delcour, Alexandre Dupeyron, Guillaume Fontaine, Alban Gilbert, Sébastien Le Clezio, Thierry Martrou, Olivier Panier des Touches, Joël Peyrou, Françoise Roch, Sébastien Sindeu Photo de une Gabares Norbert Impression Roto Garonne.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

À LA UNE

La Région solidaire avec ses territoires

RENAUD JOUBERT

Dégâts après les orages à Saint-Sornin, en Charente.

INTEMPÉRIES, SÉCHERESSE. Les années 2017 et 2018 ont été particulièrement difficiles pour les exploitants agricoles, mais aussi pour de nombreuses communes qui ont subi les conséquences de conditions météorologiques désastreuses : gel, orages et grêle, inondations, sécheresse… Au nom de la solidarité territoriale, la Région s’engage et répond aux demandes d’aides exceptionnelles des collectivités, mais aussi des entreprises et organismes professionnels.

V

LE FIL DES ÉVÉNEMENTS SÉCHERESSE

2017

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SÉCHERESSE

ignes et vergers grêlés, gelés, chep tel s a pic ole s dé ci mé s , toitures des exploitations agricoles ou des bâtiments industriels détruites ou emportées, champs, zones d’activités ou commerces submergés par les rivières en crue, animations touristiques et manifestations culturelles annulées… Ces deux dernières années ont été particulièrement éprouvantes dans notre région. Une conséquence directe des intempéries et de la sécheresse cumulées. Chaque fois, le même scénario : des outils de production indisponibles et irrémédiablement endommagés, des récoltes sur pied ou des stocks détruits, des infrastructures publiques abîmées, des locaux inaccessibles, des marchés et de la clientèle perdus, des entreprises déjà fragiles dans l’incapacité de faire face aux dépenses devant être engagées et poussées à la

faillite, des emplois perdus, des tissus économiques menacés, en particulier en zone rurale. Outils de production et sécurité des personnes En première ligne, les communes et leurs regroupements mettent tout en œuvre pour préserver les outils de production, assurer la sécurité des personnes, restaurer les équipements publics dégradés, notamment les voiries, les réseaux, les ouvrages de protection des eaux, et relancer l’activité économique. Elles peuvent proposer des solutions de locaux, de transports, d’accès nouveaux et intervenir auprès des très petites entreprises du commerce, de l’artisanat ou des services sur leur territoire. Certaines de ces dépenses ne sont pas couvertes par les assurances. Ces communes et leurs regroupements font donc appel à la solidarité des autres collectivités, dont la Région, pour partager ces efforts. Un appel auquel le Conseil

SUCCESSION D’ORAGES AVRIL-MAI 2018 Bergerac et son agglomération, Contreforts pyrénéens avec des conséquences jusque dans les Landes, Carresse-Cassaber, Bedous, Lestelle-Bétharram

12, 13 ET 14 JUIN 2018 Crues sur le piémont pyrénéen. Bassin de l’Adour, dont 64 et 40 (Gaves d’Oloron, Ossau, Aspe, Saleys, Bidouze et Luys)

SÉBASTIEN LE CLEZIO

LA PAROLE À

régional répond toujours favorablement, en engageant des aides exceptionnelles. Dès le 25 juin 2018, lors de l’assemblée plénière, les élus régionaux ont ainsi manifesté leur soutien aux territoires touchés et ont annoncé l’engagement d’une réflexion et de fonds de soutien pour leur venir en aide. 4,1 millions d’euros d’aides régionales Une réflexion qui s’est traduite par la tenue d’une commission permanente*, le 18 septembre dernier à Bordeaux, dédiée au vote de plus de 4,1 millions d’euros d’aides en faveur des exploitations agricoles, des communes touchées et de leurs regroupements. Plus de 2,6 millions d’euros ont ainsi été alloués aux communautés de communes de Charente limousine (16), de La Rochefoucauld (16), de la vallée d’Ossau (64) et des Luys en Béarn (64), aux communes de Prigonrieux (24), Bedous (64), Lestelle-Bétharram (64) ou encore Saint-Sornin (16), ainsi qu’à plusieurs syndicats et institutions des Landes et des PyrénéesAtlantiques**. L’objectif : venir en aide aux très petites entreprises du commerce, de l’artisanat et des services sinistrées, présentes sur ces communes, mais également permettre la réalisation de travaux de remembrement, la restauration de digues et de cours d’eau ou encore le nettoyage de sites touristiques fortement touchés par les conséquences des crues. L’agriculture en première ligne Viticulteurs, arboriculteurs, éleveurs, céréaliers, apiculteurs, maraîchers… Un grand nombre d’exploitations agricoles de Nouvelle-Aquitaine ont subi gel, sécheresse, grêle ou encore inondations. La Région leur consacre, d’une part, plus de 1,4 million d’euros d’aides exceptionnelles, votées lors de cette commission permanente. D’autre part, elle mobilise plus de 3,6 millions d’euros de reliquat des enveloppes 2017 affectées aux soutiens exceptionnels aux agriculteurs et aux filières arboricole et viticole, suite à des précédents climatiques. Ce qui porte le montant des aides à plus de 5,1 millions d’euros pour les exploitations agricoles. Ces aides prennent la forme d’indemnités de perte de revenu ou de fonds dans le cas d’une reconnaissance en calamité agricole et d’aides à la trésorerie forfaitaire ou aux investissements dans le cas contraire. * La commission permanente est composée du président et des vice-présidents du Conseil régional, ainsi que de plusieurs autres membres de l’assemblée. Cet organe assure la continuité des actions mises en œuvre par la Région et se réunit régulièrement pour délibérer, notamment, sur l’attribution des aides régionales. ** Syndicat mixte Littoral landais (40), Syndicat du Bassin versant des Luys (40), Syndicat mixte des Gaves d’Oloron, Aspe, Ossau et de leurs affluents (64), Syndicat intercommunal de protection des berges de l’Adour maritime et de ses affluents (64), Institution Adour (64), Association foncière de remembrement Carresse-Cassaber (64).

4 JUILLET 2018 Orage de grêle d’une violence exceptionnelle. Communes de Charente limousine, La Rochefoucauld Porte du Périgord, Saint-Sornin

SEPTEMBRE 2018 Commission permanente exceptionnelle

2018 GEL 19 au 21 avril et 27 -28 avril 2017

ORAGES / INONDATIONS 11, 12 ET 13 JUIN 2018 Succession d’orages particulièrement violents

25 JUIN 2018 Communication en séance plénière de la Région

15 AOÛT 2018 : publication au Journal officiel des arrêtés de reconnaissance d’état de catastrophe naturelle pour inondations et coulées de boue

JEAN-MARC BROUILLET, PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ DE COMMUNES DE LA ROCHEFOUCAULD PORTE DU PÉRIGORD (16)

« Le 4 juillet 2018, nous avons subi la grêle de plein fouet. Cela a été un événement catastrophique pour dix communes appartenant à notre Communauté de communes–; trois d’entre elles ont été détruites à 100 %, dont la commune de Saint-Sornin. Avec des grêlons de 8–centimètres de diamètre, de nombreuses toitures ont été détruites, tant sur l’habitat privé que sur les entreprises, ainsi que des serres, ou encore des bâtiments agricoles… Pour l’habitat privé, nous avons eu la chance de voir la solidarité jouer à plein. Nous voyons en ce moment [octobre 2018, NDLR] avec la préfecture comment, avec ces dons, nous allons pouvoir aider les habitants. Par exemple, pour les voitures assurées au tiers qui ne sont donc pas remboursées par les assurances. Nous avons également mis en place une cellule de suivi psychologique et nous accompagnons les habitants dans l’instruction des déclarations préalables, grâce à la mise en place d’un service avec l’État. Concernant les entreprises, beaucoup avaient des toitures amiantées, ce qui représente aujourd’hui un coût de désamiantage et de reconstruction. Pour l’agriculture, c’est un peu plus compliqué. Tous les maires se mobilisent pour aller vers les agriculteurs et voir le reste à charge après prise en compte des assurances. Mais le temps joue contre nous : avec l’hiver qui arrive, les animaux peuvent être stressés s’ils se retrouvent dans des bâtiments ouverts, abîmés… »

ZOOM Les conditions climatiques, depuis l’hiver 2017, ont contraint les éleveurs à entamer leurs stocks hivernaux de fourrage. Aussi, le 16 novembre dernier, au cours d’une nouvelle commission permanente, les élus ont voté un dispositif d’aide à l’achat et au transport de paille de maïs pour les éleveurs de Creuse, de Haute-Vienne et de Corrèze, où les gisements de paille de maïs sont peu nombreux. Ce qui les oblige à acheter de la paille hors département. Par ailleurs, mis en œuvre avec les chambres d’agriculture, ce dispositif s’adresse à tous les territoires qui seront reconnus en calamité agricole sécheresse.

03/12/2018 11:00


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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

Naval Group : cap sur les sous-ensembles

GIRONDE BORDEAUX Laboratoire d’innovation sociale, la Maison pour rebondir de Bordeaux met en œuvre le programme « 100 chances 100 emplois ». Un parcours d’accès à l’emploi à destination des jeunes, en partenariat avec de nombreuses entreprises.

Rebondir vers l’emploi

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / YOHAN BONNET

E

«

Pas un bateau de la Marine française ne navigue sans une pièce, au moins, fabriquée à Ruelle-sur-Touvre », s’enorgueillit Max Hoarau, le directeur du site d’Angoulême-Ruelle de Naval Group. Et demain, avec l’accompagnement de la Région, ce seront des sous-ensembles qui sortiront du site charentais de Naval Group. Condition de la performance de l’entreprise et de son développement en région. Spécialisée dans la conception, la fabrication et la maintenance de sous-marins et de navires de surface, l’ex-DCNS possède en Charente l’un de ses dix sites de production, avec Cherbourg, Brest ou Toulon. Héritier de la fonderie de Ruelle, créée en 1753 par le marquis de Montalembert pour y couler les canons de la Marine royale, le site industriel emploie plus de 900 collaborateurs – le troisième employeur du département. Naval Group y fabrique la partie avant des sous-marins, des mâts télescopiques contenant antennes et radars, d’imposantes lignes d’arbre entraînant les hélices des navires ou encore des systèmes de lancement vertical de missiles. Dans un secteur ultra-concurrentiel, le groupe industriel parie sur Ruelle, la

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Max Hoarau, directeur du site d’AngoulêmeRuelle de Naval Group.

recherche et l’innovation pour introduire de véritables ruptures technologiques et, ainsi, « pousser l’avantage » sur les marchés internationaux. Pour y parvenir, Naval Group mise sur des collaborations avec le tissu industriel régional. « La Région peut nous aider à aller plus loin et plus vite », appuie Max Hoarau. Cette volonté, soutenue financièrement à hauteur de 845 000 euros par la Région Nouvelle-Aquitaine, s’est traduite notamment par le développement d’un simulateur de formation avec des PME et PMI d’Angoulême. L’idée ? S’exercer virtuellement à différentes étapes de production, pour mieux les maîtriser en conditions réelles. Développer une filière navale régionale passe également par la formation et l’emploi. « Nous avons des besoins à tous les niveaux : de l’ouvrier spécialisé au technicien confirmé en passant par l’ingénieur. Nous devons aussi créer de nouvelles compétences et mettre en place un plan de développement du management, pour être plus compétitifs et tenir les délais. Tout ce qui fait, en somme, la performance d’un groupe industriel », confirme Max Hoarau.

LA RÉGION PEUT NOUS AIDER À ALLER PLUS LOIN ET PLUS VITE. »

L’avenir du site de Ruelle, pensé comme une usine du futur, passe encore par le développement de technologies radicalement innovantes comme les matériaux composites. Composites, prototypes et rupture technologique « Ceux-ci doivent nous permettre de gagner de la masse dans les sous-marins, d’être moins visibles et de faciliter l’assemblage ou le démontage », détaille le directeur. Naval Group se situe actuellement « dans une phase de montée en compétences technologiques » et teste différents types de composites. Viendront ensuite les prototypes et, peut-être, « une vraie rupture technologique ». L’actuelle construction d’un centre d’innovation de 4 700 m2, au cœur des 15 hectares du site, devrait accélérer le mouvement. Opérationnel d’ici à l’été 2019, il accueillera 270 personnes sur des « plateaux » conçus pour favoriser la recherche et le développement de nouveaux produits. PME et PMI régionales y auront leur place, assure Max Hoarau. Pour Naval Group, l’objectif est double : assurer la pérennité du site charentais et s’ancrer durablement en Nouvelle-Aquitaine.

n difficulté d’insertion professionnelle, ils ont moins de 30 ans et vivent dans des quartiers prioritaires de la Rive droite de Bordeaux et du Pays foyen. La moitié d’entre eux affiche un niveau scolaire inférieur au bac. Ces jeunes vont bénéficier d’une chance de se réinsérer dans la vie professionnelle grâce à une association et un programme : « 100 chances 100 emplois ». « Nous proposons, ce mois de décembre, la douzième session de ce programme, que nous avons engagé il y a sept ans à Bordeaux », explique Erwan Faure, responsable de la Maison pour rebondir, à la tête d’une équipe de huit personnes. Créé au niveau national en 2004, ce dispositif propose, grâce à un réseau d’entreprises, un parcours sur mesure pour les jeunes de 18 à 30 ans en difficulté d’insertion professionnelle. À la Maison pour rebondir, lors de 4 sessions par an, les jeunes repérés dans les Missions locales de Bordeaux, des Hauts de Garonne et des Graves peuvent bénéficier d’un véritable parcours d’accès à l’emploi : une semaine de formation coaching – sur les codes de l’entreprise et leur projet professionnel – suivie de rencontres avec une trentaine d’entreprises locales, d’entretiens de simulation et, enfin, d’une présentation de leur projet professionnel devant le groupe. « Dans une logique événementielle intéressante, les entreprises sont engagées ; les professionnels sont là pour aider les gens, explique Erwan Faure.

Et l’implication perdure souvent, avec un suivi dans le temps et un possible parrainage des jeunes. » Un fort réseau d’entreprises Fondée par le groupe Suez pour accompagner des personnes éloignées de l’emploi, en intégrer au sein de ses filiales et aider à la création d’entreprises, la Maison pour rebondir a un leitmotiv : agir sur l’emploi, la plupart du temps avec son réseau de professionnels. Agences d’intérim, cabinets conseil, agences de communication, BNP, Suez, Keolis, Schneider, Pôle Emploi, Direccte, Caisse d’Épargne, Domofrance… Grands groupes et entreprises régionales ont au total aiguillé et conseillé plus de 120 jeunes dans les locaux de l’association depuis 2012. Et le bilan est bon : sur les 38 jeunes accompagnés en 2017, on comptabilise 85 % de sorties positives avec 19 CDD de plus de 6 mois conclus, 10 CDI, 14 contrats en alternance... « Ce bilan est largement dû au partenariat durable qui s’est instauré avec les différents acteurs de l’emploi, les collectivités locales, et bien sûr ces entreprises volontaires », résume Erwan Faure. Dans le cadre de ses missions d’insertion professionnelle et de développement social, la Région soutient le projet et a notamment accordé en juillet dernier une aide de 12 000 euros pour soutenir l’organisation de sessions dans les quartiers prioritaires de la ville de Bordeaux et du Pays foyen.

Les jeunes repérés dans les missions locales de Bordeaux, des Hauts de Garonne et des Graves bénéficient d’un véritable parcours d’accès à l’emploi.

MAISON POUR REBONDIR

CHARENTE RUELLE-SUR-TOUVRE Spécialiste des sous-marins et navires de surface, Naval Group construit un nouveau centre d’innovation à Ruelle-surTouvre et confirme ainsi son implantation en Nouvelle-Aquitaine.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PROXIMITÉ CORRÈZE USSEL Pour accompagner son développement, Constellium recrute et forme de nouveaux salariés sur des postes à haute technicité.

La fonderie recrute

C’ Sur le site d’Ussel, Constellium compte 330 salariés, intérimaires inclus.

était le 4 octobre 2017. L’entreprise s’est retrouvée sous les feux des projecteurs, après l’échange médiatisé entre le président de la République et le président de Région Alain Rousset, au sujet des salariés de GM&S et des difficultés de recrutement de Constellium. Une médiatisation qui aura très certainement favorisé l’envoi de candidatures auprès de l’entreprise quelques mois plus tard (lire ci-après).

Des tuyères pour Ariane 6 Le groupe Constellium, coté en Bourse, emploie 12 000 salariés dans le monde et réalise 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. À Ussel, on compte 330 salariés, intérimaires inclus. Au fil des salles aux hauts plafonds parcourus de ponts roulants se succèdent les pièces aux formes complexes. Dans d’autres usines, elles viendront se greffer sur les moteurs des Airbus, des Boeing, des TGV... L’entreprise produit également des tuyères pour Ariane 6. Au centre de la fonderie, deux opérateurs de fusion en tenue de protection

GUILLAUME FONTAINE

LE CONTRAT EST CLAIR: SI TOUT SE PASSE BIEN, C’EST UN CDI À LA CLÉ.»

intégrale entament une coulée. La poche est guidée doucement vers les moules, où elle s’incline pour déverser le métal liquide, un travail minutieux et physique. Opérateur de fusion, c’est le poste qu’a choisi Nathalie Pigerol. Elle est la première femme dans l’histoire de l’usine à occuper le poste. Elle confesse avoir dû se faire sa place, mais « maintenant, ils sont très contents que je sois là ! », se réjouit-elle. Nathalie fait partie des 12 nouvelles recrues en contrat de professionnalisation de Constellium. Le site d’Ussel est en plein développement. 90 personnes ont répondu à l’appel Pour trouver ses employés, un large appel d’offres a été lancé en partenariat avec Pôle Emploi. Quatre-vingt-dix personnes ont répondu, venant de Dordogne, Charente ou Creuse. Après une batterie de tests, douze ont été retenues pour une préparation opérationnelle à l’emploi individuel. Celle-ci s’est poursuivie par un contrat de professionnalisation. « Le contrat est clair : si tout se passe bien, c’est un CDI à la clé », explique la DRH.

Nathalie a découvert l’univers de la fonderie en répondant à l’offre d’emploi. « J’ai une formation dans la confection et j’ai travaillé dans la vente avant de devenir pionne. Quand on nous a fait visiter l’usine, j’ai tout de suite trouvé ça passionnant. J’ai 52 ans et si je réussis mon examen, je compte bien finir ma carrière ici ! » Les profils des apprentis sont très divers. Peu d’entre eux connaissaient le monde de la fonderie. Un ancien boulanger va devenir opérateur noyau, un menuisier lassé de l’intérim, rémouleur. D’autres seront fondeurs ou ébarbeurs. « Il faut compter trois ans pour qu’une personne soit vraiment formée sur son poste », précise Romain Piolet, responsable de la formation. Pour accompagner l’entreprise sur ce travail de montée en compétences, la Région lui a accordé une aide de 154 580 euros. Constellium est labellisée centre de formation, une obligation pour l’entreprise, qui forme même ses intérimaires. Initialement, 18 postes devaient être pourvus. L’entreprise se réjouit d’avoir trouvé ces 12 candidats. En mars prochain, leur contrat de professionnalisation terminé, tous devraient alors signer leur CDI.

HAUTE-VIENNE AIXE-SUR-VIENNE Avec un appareil de production bien rodé, Guillaumie, constructeur limousin de maisons en bois, vise le marché de la grande région.

L

e son entêtant des scieuses monte dans l’atelier menuiserie. Les sections de bois passent d’une machine à l’autre. Calibrées au millimètre près, elles sont expédiées une cinquantaine de mètres plus haut, à l’atelier d’assemblage. Là, une machine à commande numérique visse, cloute, colle, agrafe et redécoupe. Bientôt, la forme d’un mur entier de maison se précise. Une fois les isolants posés, laine de bois et ouate de cellulose, le panneau passe à la verticale pour la pose des huisseries. « Il nous faut seulement une semaine pour préparer entièrement une maison, se félicite Fabien Gaumy, directeur commercial de la société Guillaumie. Sur le chantier, en deux jours, les murs sont assem-

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blés. » Comptez une semaine pour mettre une maison hors d’eau, hors d’air. Si la société Guillaumie propose aujourd’hui à ses clients des maisons en bois clés en main, l’histoire a commencé, il y a plus de soixante-dix ans, avec une petite entreprise de menuiserie en Dordogne, puis sur les hauteurs de la Vienne. Jean-Claude Guillaumie, le gérant de l’entreprise, vient d’en céder les rênes à son gendre, Fabien Gaumy. Le dernier atelier, celui de l’assemblage, est sorti de terre en 2013. Il est venu compléter l’entreprise. Énergie positive à l’horizon 2020 Les premières maisons étaient construites en madriers de bois

massif empilés sur le chantier. Puis les réglementations thermiques successives ont imposé de nouvelles normes. Dès 2005, Guillaumie a mis au point son procédé d’ossature bois isolée par de la ouate de cellulose et de la laine de bois. Les maisons sont souvent montées sur une dalle de bois, elle aussi isolée en ouate de cellulose. À partir de 2020, les maisons devront être labellisées « Bepos », bâtiment à énergie positive, et le bilan carbone de la construction sera examiné à la loupe. « Nos temps de chantier sont très rapides, nos matériaux sont locaux pour la plupart, excepté quelques bois de Scandinavie. Mais tous sont d’origine naturelle. Cela joue évidemment en notre faveur par rapport aux

GUILLAUME FONTAINE

C’est le bois qu’ils préfèrent L’atelier d’assemblage est sorti de terre en 2013.

constructeurs conventionnels », se réjouit Fabien Gaumy. Des offres d’emploi permanentes Forte de sa capacité de production, c’est vers la structuration commerciale que se tournent les efforts de l’entreprise. « Une nécessité pour amortir tous les investissements passés », confie le directeur. Guillaumie produit chaque année l’équivalent d’une quarantaine de pavillons individuels. Mais « on pourrait en faire deux fois plus ! ». L’entreprise a donc

DES MATÉRIAUX LOCAUX, POUR LA PLUPART, ET TOUS D’ORIGINE NATURELLE.»

décidé de prospecter de nouveaux marchés en ouvrant une agence commerciale à Angoulême. Avec l’aide de la Région, elle a recruté un commercial et un technicien pour l’animer. La société est déjà bien connue en Charente et Charente-Maritime. « Ce sera beaucoup plus simple pour nous d’avoir des gens sur place ou à moins de deux heures de route de nos clients », assure Fabien Gaumy. Le directeur se veut optimiste. D’ailleurs, il affiche sur le site Internet de l’entreprise des offres permanentes sur ses postes clés : bureau d’études, menuisier fabrication, menuisier pose et charpentier…

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

DEUX-SÈVRES AIRVAULT En janvier prochain, la scierie Bernier, entreprise familiale depuis trois générations, va connaître un épisode important de son histoire commencée en 1928 : l’installation d’une seconde ligne de sciage, véritable concentré de technologies.

S

et sciage de bois mobile dans les fermes. Ce n’est qu’en 1950 que la scierie s’est installée à Airvault. Dans les grandes dates qui ont marqué l’histoire de son expansion, on peut citer 1970, avec l’abandon de la transformation du chêne et des bois exotiques au profit des résineux et peupliers, ou encore 1999, avec le début de l’informatisation des lignes de sciage.

ituée quasiment au cœur de la petite ville d’Airvault, la scierie Bernier, qui s’étale sur 9,5 hectares, est, tant historiquement qu’économiquement, avec ses 33 salariés, un acteur significatif de la commune. Son activité porte principalement sur le sciage de bois. Avec la transformation de 35 000 m3 de bois de résineux et peupliers (planches, poutres, chevrons, liteaux…) par an, provenant essentiellement du Centre-Ouest, elle se classe parmi les dix plus importantes scieries de Nouvelle-Aquitaine. Une de ses particularités est d’assurer la transformation de pièces de bois pouvant aller jusqu’à 8 mètres de long. Ses clients ? « À 95 % des entreprises industrielles, dans des domaines d’activités variés : emballage, construction, menuiserie, agencement et ameublement… », précise Éric Herbert, directeur général, qui, avec sa femme, petite-fille du fondateur, a repris les rênes de l’entreprise il y a dix ans. Créée par Arthur Bernier, elle a vu le jour en 1928 autour d’une double activité : négoce de grains

Laser et capteurs 3D Janvier 2019 constituera aussi une date cruciale, avec l’installation d’une seconde ligne de sciage équipée des dernières technologies numériques, pour un débit de 100 m3 de bois par jour. Pour bien comprendre l’enjeu de cet investissement, il faut se rendre sous l’impressionnant hangar de 9 000 m2 où la chaîne de production est particulièrement bien huilée. De l’écorçage des troncs aux lignes de sciage jusqu’à l’empilement des produits finis, en passant par la déligneuse et la trieuse, tout est automatisé grâce à des technologies laser et des capteurs 3D. « Ces capteurs, sur la ligne de sciage,

SANS CES AIDES, NOUS AURIONS FAIT A MINIMA.»

permettent de prédéfinir, en fonction de la forme du tronc, les cotes de sciage. Aujourd’hui, seule une ligne possède cette technologie. Sur la plus ancienne, le calage des lames se fait à l’œil, c’est donc moins de rendement et une perte de matière de 5 %. » L’objectif est de supprimer cette ligne au profit de la nouvelle. « Dans une logique de pérennisation et afin de faire face à la demande forte de nos clients, il était important de s’équiper de cette deuxième ligne. » Un investissement de 3,6 millions d’euros soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 473 950 euros et autant de l’Europe (fonds Feder). « Sans ces aides, il est clair que nous aurions fait différemment et a minima. » Pour s’assurer du bien-fondé de sa démarche, le dirigeant a sollicité, en 2017, un diagnostic « Usine du futur ». La ligne, en activité en mars, a permis l’embauche de trois personnes et devrait engendrer d’ici quatre ans une augmentation de la production de 30 %.

CHARENTE-MARITIME SAINT-JEAN D’ANGÉLY Très prisé pour ses formations dans la maintenance, la conduite d’engins ou les métiers de la sécurité, le lycée professionnel Blaise-Pascal se modernise. Depuis 2016, la Région a consacré plus de 10 millions d’euros à sa réhabilitation et à son développement.

THIERRY MARTROU

Taillé pour le futur

Éric Herbert, dirigeant de la scierie Bernier.

Blaise-Pascal, un lycée pensé pour l’excellence

tales, accueille ainsi les salles de cours, tous les élèves et leurs enseignants. Ils étaient jusque-là disséminés sur ce site de 6,5 hectares* et se croisaient rarement. « Cette structure resserrée permet des échanges plus nombreux entre élèves, entre professeurs. L’environnement joue clairement sur le taux de réussite aux examens », décrypte Marie-Noëlle Groch.

C’est un établissement d’excellence, résolument tourné vers l’avenir, à l’image de ce que nous souhaitons faire dans l’enseignement professionnel », résume Marie-Noëlle Groch, proviseure adjointe du lycée Blaise-Pascal de Saint-Jean-d’Angély. Inauguré en 1956, cet établissement professionnel connaît actuellement un vaste chantier de réhabilitation et de modernisation. Un nouveau bâtiment d’externat à énergie positive (Bepos) de plus de 1 000 m 2 accueille depuis la rentrée les 530 apprenants du lycée Blaise-Pascal, du CAP au BTS. Cet externat, bâti avec des matériaux en bois et biosourcés afin d’optimiser les performances environnemen-

Valoriser les lycéens Du mobilier neuf et du matériel pédagogique et numérique ont aussi été acquis par la Région Nouvelle-Aquitaine. Des toitures, des vestiaires et sanitaires ou encore des postes à soudure ont été refaits à neuf. Et une deuxième phase de travaux verra d’ici l’été prochain l’aménagement de nouvelles salles de cours dédiées aux sciences. De quoi renforcer les formations dispensées par ce lycée professionnel spécialisé dans la maintenance, la conduite d’engins de travaux publics et les métiers de la sécurité. « Ces locaux valorisent nos lycéens. Nous voyons des jeunes se transformer », confirme Yann Salaün, le gestionnaire adjoint de l’établissement. L’ancien internat a aussi été rasé pour laisser place à un bâ-

«

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / FRANÇOISE ROCH

Le lycée propose des formations pointues, en phase avec les besoins des entreprises.

timent flambant neuf. Il accueille 270 apprenants. Enfin, la Région Nouvelle-Aquitaine a décidé, au printemps dernier, de construire une nouvelle aire de sport pour un montant de 450 000 euros. Une piste d’athlétisme de 250 mètres viendra compléter plusieurs terrains dédiés aux sports collectifs. L’ancienne infirmerie et l’internat des filles seront à leur tour transformés en salle de musculation. Le lycée Blaise-Pascal continue, lui, à rayonner dans le Grand Ouest, et bien au-delà. Ses formations pointues, en phase avec les besoins réels des entreprises, permettent d’attirer les jeunes en nombre. « Lors de nos dernières portes ouvertes, nous avons eu plus de 900 visites pour 150 places disponibles en première année. Le taux de pression est énorme sur l’ensemble des filières : il s’agit de la totalité des demandes par rapport au nombre de places disponibles », détaille Marie-Noëlle Groch. De nombreux jeunes passés par l’établissement professionnel angérien trouvent en effet un emploi avant même leur sortie du lycée. * Le lycée Blaise-Pascal dispose également d’un second site, un « terrain d’évolution » de 3,5 hectares pour enseigner, entre autres, la conduite des engins de travaux publics.

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PROXIMITÉ CREUSE FELLETIN Avec l’aide de la Région, le Lycée des métiers et du bâtiment (LMB) sera un des phares du développement de la formation pour le territoire limousin.

Bâtisseurs d’avenir

GUILLAUME FONTAINE

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cence, en partenariat avec le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) et le CFA (Centre de formation d’apprentis) de Limoges, forme des cadres techniques qui seront à même de numériser toute la conception d’un bâtiment. La modélisation 3D intègre les interventions de tous les corps de métiers dans un même document consultable par tous, aussi bien le phasage des travaux que le coût et l’avancement du chantier. La licence a fait le plein à la rentrée. Un objectif prioritaire pour la Région C’est aussi le cas des filières traditionnelles. « Depuis des années, elles ont toutes intégré les outils informatiques dans leur cursus », explique Julio Chinarro, professeur en taille de pierre, lui-même ancien élève du lycée et meilleur ouvrier de France. La taille de pierre fait partie de l’ADN du lycée, reconnu pour l’excellence de sa formation. « La quasi-totalité des élèves suit le cursus jusqu’au bout », se félicite le professeur. « Après six ans au lycée, ils ressortent avec un brevet des métiers d’art. Ces

compétences sont rares. Les entreprises se les arrachent. » Après des années de baisse d’effectif, le lycée affiche aujourd’hui près de 500 élèves venus de toute la France. Le proviseur veut voir dans cette embellie le signe de la dynamique favorable du campus des métiers. « Nous avons maintenant des arguments de poids pour dire que la voie professionnelle offre une multitude de parcours possibles. Avec le campus, on ne raisonne plus seulement à l’échelle d’un seul établissement, mais à l’échelle d’une offre de formation complémentaire sur tout un territoire. » Le campus rassemble, à l’échelle de l’ancien Limousin, l’offre de formation dans le domaine de l’éco-réhabilitation et de la construction durable, une offre variée qui va jusqu’à l’école d’ingénieurs. Pour accompagner la dynamique, la Région, propriétaire de l’établissement, a prévu de son côté un plan de rénovation jusqu’en 2021. Après le gymnase et les travaux dans la résidence universitaire, l’été dernier, ce sont les internats et les ateliers qui devraient retrouver une nouvelle jeunesse.

Les Tricots de l’emploi

ALEXANDRE DUPEYRON

I

l faut prendre un peu de recul pour se rendre compte de l’immensité du site. Le lycée occupe en effet une colline entière : bâtiments massifs en pierre étagés en terrasses, larges murs de soutènement, et même un château d’eau au sommet. Pour le centenaire de l’établissement, la mairie a construit un belvédère sur la colline d’en face pour permettre de l’apprécier dans son entier. En 2015, il a été labellisé campus des métiers et des qualifications en construction durable et éco-réhabilitation et reconnu patrimoine du e siècle. Deux événements symboliques : « La force du LMB, c’est son histoire, sur laquelle il s’appuie, et sa transformation pour répondre aux enjeux actuels de la construction », résume Pierre-Philippe Tomi, le nouveau chef d’établissement. Pour ces derniers, le LMB peut afficher sa nouvelle licence de génie civil BIM, première formation post-BTS de l’établissement. « Le BIM, pour “Building Information Modeling”, anticipe la révolution à venir dans le bâtiment », explique Pierre-Philippe Tomi. La li-

DORDOGNE LA TOUR-BLANCHECERCLES Tricot de La Tour a relancé son activité textile dans la commune du Périgord vert. Forte du Made in France, la société compte embaucher dans les mois à venir pour accompagner son développement.

L’entreprise compte 10 salariés.

L’ La taille de pierre fait partie de l’ADN du lycée.

histoire de l’entreprise commence en 1948. Durant plusieurs décennies, le textile français connaît ses heures de gloire. La société, alors installée à la lisière de la Charente et de la Dordogne, va compter jusqu’à 180 salariés. Mais le secteur périclite à la fin du e siècle. Quand l’investisseur charentais Raphaël Mignon, séduit par le bâtiment, prend possession de l’entreprise en 2008, ils ne sont plus que 60. La descente aux enfers est brutale : un an plus tard, elle est au bord de la faillite et ne compte plus que trois salariés. Mais le destin de l’entreprise croise celui de Franck Sordat, un consultant parisien venu se mettre au vert en Dordogne. Il cherche une entreprise à reprendre dans le département. Le dirigeant avoue : « Sur ce genre de projet, on ne sait pas où l’on va. Je l’ai achetée par opportunité, j’ai trouvé ça beau, de voir toutes ces machines. Si je ne reprenais pas la société, tout partait à la casse. Or, il y avait 50 métiers à tricoter en état de fonctionnement. C’était incroyable. » Après avoir épluché les comptes, il estime pouvoir redresser la barre. Il se lance dans l’aventure sans connaître le secteur du textile, mais se dit que cette qualité Made in France doit pouvoir trouver sa place. Des hauts et des bas Pari réussi ! L’entreprise, renommée Moulin Neuf, développe de nouveaux marchés et réembauche des couturières licenciées. Parmi ses clients, le célèbre Slip français, qui s’est lancé avec la production de Moulin Neuf. Mais les aléas de l’économie

frappent l’entreprise et l’arrêt soudain des commandes du Slip français précipite la chute. Le chef d’entreprise place Moulin Neuf en sauvegarde, avant de liquider l’entreprise. Son objectif est de la relancer. Il sauve alors l’outil de travail et cherche un lieu où réimplanter la société à moins de trente minutes de là, pour conserver les emplois. La Tour-Blanche-Cercles lui tend les bras avec un long hangar où ses machines à tricoter peuvent prendre place. La commune aide l’entreprise à rénover les lieux et la production reprend début 2018. Appuyée par la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 70 000 euros, l’entreprise, qui se nomme aujourd’hui Tricot de La Tour, veut développer son activité, forte du savoir-faire de ses 10 salariés. Un succès sur le marché japonais La qualité des productions de Tricot de La Tour permet d’exporter le Made in France, notamment sur le marché japonais. La société vend aussi sous son nom propre ses vêtements avec Moulin Neuf et Lou Marmot, du haut de gamme pour les enfants. Des produits vendus à l’étranger, mais que l’on peut trouver en France sur son site Internet et d’ici le début d’année 2019 au magasin d’usine de La Tour-Blanche. L’arrivée prochaine d’actionnaires du secteur textile permettra de développer les commandes et d’embaucher de nouveaux salariés. Pour Franck Sordat, « à terme, l’entreprise doit tourner avec 25 salariés pour exploiter les machines à tricoter ».

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PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

PYRÉNÉES-ATLANTIQUES HAGETAUBIN Afin d’augmenter ses capacités de production et pour répondre à des marchés de plus grosse envergure, la société Verresatine vient d’investir dans une machine qui devrait la faire passer dans une autre dimension.

Q

RÉGION NOIVELLE-AQUITAINE/ O.PANIER DES TOUCHES

uelque part entre Pau et Orthez, une petite entreprise façonne du verre pour une impressionnante liste de clients. Lorsque Christian Buée présente l’éventail de son activité, il énumère tour à tour les industries de la défense, de la santé, de la décoration, du luxe… « Tenez, ce cube a été réalisé en six exemplaires pour le groupe Louis Vuitton », montre-t-il en exemple. C’est par lui que la petite saga familiale du verre est arrivée à Hagetaubin. « Nous appréciions beaucoup le coin et y avions acheté une ferme abandonnée pour en faire notre résidence secondaire », se souvient le chef d’entreprise. Souffleur de verre de profession, l’homme a travaillé un quart de siècle dans un atelier de la région parisienne. D’abord simple employé puis responsable du site, il finit par faire une proposition de rachat à son ancien patron. Celle-ci n’étant pas acceptée, il décide de tout quitter et de redémarrer à l’endroit où la famille se sent si bien en vacances. La ferme devient alors leur domicile principal ainsi que le siège social de sa première société, Verrehaget. Avec une connais-

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sance approfondie du métier, il se lance en 2002 dans une activité de négoce pour les différents acteurs de la profession. Six ans plus tard, il est rejoint par son fils Yohann, lui aussi souffleur de verre. Ce dernier veut continuer à exercer son métier et la seconde société familiale voit le jour sous le nom de Verresatine. Relocaliser des marchés Formé dans plusieurs maisons, Yohann Buée est passé par les ateliers de trois MOF (meilleurs ouvriers de France). Il démarre en bénéficiant du fichier clients de la première société familiale et doit vite embaucher une personne pour tenir les cadences. Mais l’ambition est plus grande et les deux hommes savent qu’une automatisation de leur process leur permettrait de gagner de nouveaux clients. Lorsque l’opportunité d’une machine inutilisée en usine se présente à eux, ils ne réfléchissent pas longtemps. Après une adaptation par le constructeur, voici le tour automatique à pilotage thermographique dans leurs locaux. Un investissement conséquent de 188 000 euros, dans lequel les collectivités

DEUX EMPLOIS CRÉÉS GRÂCE AU ROBOT.»

L’entreprise travaille pour les industries de la défense, de la santé, de la décoration, du luxe…

territoriales sont intervenues. Aux côtés de la Communauté de communes de Lacq-Orthez, la Région Nouvelle-Aquitaine contribue pour sa part à hauteur de 30 000 euros. Loin de détruire de l’emploi, ce robot en crée deux, portant ainsi l’effectif du petit groupe familial à six personnes. Un profil administratif a intégré la structure tandis qu’un responsable maintenance est en cours de recrutement. Car la machine ne s’apprivoise pas facilement. Informatique, robotique, électronique, pneumatique, il faut de réelles compétences pour la manipuler. Désormais équipée pour répondre à de réelles attentes, Verresatine enregistre déjà de nouvelles demandes. L’appareil unique en son genre permet à l’entreprise de fabriquer en très grande série tout en respectant des standards de haute précision. « Notre ambition est de ramener en France des marchés qui sont aujourd’hui traités en Chine ou en Europe de l’Est », affirme le patriarche. En misant sur l’innovation et la technologie, l’entreprise s’en donne les moyens, avec pour objectif de doubler son chiffre d’affaires d’ici deux ans.

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE/ O. PANIER DES TOUCHES

Le souffle au cœur Le chantier de qualification des Compagnons bâtisseurs, commencé le 29 octobre 2018, devrait se terminer vers la fin avril. Les Compagnons suivront ensuite les nouveaux diplômés pour leur insertion professionnelle.

LOT-ET-GARONNE BLANQUEFORTSUR-BRIOLANCE La création d’une boulangerie et de son logement permet de former dix jeunes aux métiers du bâtiment au cœur du Fumélois, grâce aux Compagnons bâtisseurs de Nouvelle-Aquitaine.

Du pain sur la planche

D

ans le petit bourg de Blanquefort-sur-Briolance, aux confins du Lot-et-Garonne, entre Dordogne et Lot, des artisans s’activent sur une vieille bâtisse composée d’un rez-de-chaussée et d’un étage. « L’idée est venue des citoyens. Nous leur avons demandé quel service il manquait le plus dans la commune. La boulangerie a fait l’unanimité », explique la maire de la commune, Sophie Gargowitsch. Dans cette localité de 500 âmes, un comité de pilotage citoyen a été mis en place pour mener à bien le projet. Il croise rapidement l’enthousiasme d’une jeune diplômée. CAP en poche, Amandine Passeri expose son souhait de s’installer dans la région en créant une boulangerie bio, avec four à bois, en se fournissant en levain naturel auprès de paysans meuniers du département. Une approche qui a séduit le comité de pilotage et le conseil municipal. Un chantier qualifiant pour dix jeunes Aidé par la Région à hauteur de 65 242 euros, le chantier de rénovation de la partie logement a été confié aux Compagnons bâtisseurs de Nouvelle-Aquitaine. Il s’agit d’un chantier de qualification qui accueillera dix stagiaires, pour les former aux métiers de plaquiste et d’agent d’entretien du bâtiment. Miguel Diaz, res-

ponsable du chantier des Compagnons bâtisseurs, précise : « Nous avons sept jeunes de moins de 26 ans qui viennent de l’antenne de la Mission locale à Fumel et trois autres de Pôle Emploi. Ils sont en difficulté, notamment à cause d’un manque de formation. Leur passage chez les Compagnons, avec un diplôme professionnel à la clé, va leur donner le coup de pouce nécessaire pour se relancer. » Tout au long des travaux, ils suivent des cours et sont accompagnés sur la pratique. Au bout des six mois de chantier, ils seront évalués avec, à terme, l’obtention d’ un diplôme professionnel. Les Compagnons bâtisseurs les enverront à deux reprises en stage en entreprise et le responsable du chantier invitera des patrons du bâtiment à constater sur le chantier les compétences acquises, afin de susciter le recrutement de ces futurs diplômés. La maire confie : « J’avais vu les Compagnons sur un chantier à Trentels (47). Cela m’avait fait tellement de bien de voir ces jeunes et leur envie ! Dès qu’on a initié le projet, j’ai pensé à eux. » Et d’ajouter : « Avec les fermetures d’usines sur le territoire, on se retrouve avec des personnes qui n’ont pas d’emploi. On sait que le bâtiment cherche des personnes qualifiées, autant sur la commune que dans le Fumélois et aux alentours. »

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PROXIMITÉ VIENNE CHÂTELLERAULT L’entreprise Coulot Décolletage, spécialisée dans l’usinage d’implants médicaux, connaît une progression exponentielle de son activité à l’international, qui s’accompagne d’importants travaux de modernisation et de plusieurs embauches.

Ma petite entreprise…

S

ur le parking de l’entreprise Coulot Décolletage, il est difficile de se frayer un chemin. Depuis quelques mois, d’importants travaux d’extension sont engagés. L’entreprise double sa surface de production pour atteindre, d’ici à 2019, 2 500 m2 de bâtiments. Une nécessité face à la croissance de son chiffre d’affaires ces cinq dernières années, qui est passé de 5 millions à 10,8 millions d’euros. Créée par Gabriel Coulot en 1985, l’entreprise débute son activité d’usinage de pièces de précision pour les entreprises de l’aéronautique. Sous l’impulsion de son fils Bruno, qui prend le relais en 2010, elle entame à la fin des années 1990 un virage vers le secteur médical. Très vite,

THIERRY MARTROU

Contrôle produit de la société Coulot Décolletage.

De nouveaux savoir-faire Avec son parc de 40 machines d’usinage à commande numérique, Coulot Décolletage produit des pièces particulièrement complexes pour l’instrumentation, les implants et les prothèses médicales. « Cela va des vis de quelques millimètres à des tiges pour le traitement des scolioses, en passant par les prothèses de hanche, les implants maxillo-faciaux ou encore des plaques et cages cervicales, détaille Bruno Coulot. Nous avons plus de 25 000 références différentes. » Des pièces usinées dans

des matériaux comme le titane, l’inox, le chrome-cobalt ou le PEEK, « un matériau polymère biocompatible, dont l’élasticité se rapproche de l’os ». Une activité qui ne tolère pas l’approximation. « Chaque pièce est contrôlée avec du matériel informatique spécifique et la sécurité des produits est assurée par une traçabilité draconienne. » L’agrandissement des locaux, démarré en 2017, va s’accompagner de nouveau matériel, avec un investissement global qui s’élève à 2,7 millions d’euros, soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 546 000 euros. L’entreprise va ainsi intégrer de nouveaux savoir-faire qui étaient jusqu’alors sous-traités, notamment en traitement de surface des pièces. Ce qui impliquera l’embauche de quatre personnes supplémentaires. « Offres d’emploi qui s’ajouteront aux cinq autres actuellement non pourvues. On peine à trouver du personnel », déplore le chef d’entreprise, qui a créé une adresse mail spécifique pour ces recrutements (candidature@sarl-coulot.com).

aux chauffeurs, un formateur les guide pour les bonnes pratiques, et une initiative originale a été mise en place pour favoriser la communication. « On organise des échanges de postes façon “Vis ma vie” afin que chacun

se rende compte des difficultés de l’autre », détaille celui qui a débuté au volant. Inscrite dans un cercle vertueux, l’entreprise n’arrête pas pour autant sa croissance. D’ici à la fin de l’année, les effectifs devraient passer à 300.

Coulot Décolletage est reconnue pour son savoir-faire et la qualité de son travail, ce qui lui permet d’obtenir les certifications nécessaires auprès des autorités de santé américaines (FDA) et brésiliennes (ANVISA), ainsi que les ISO 9001 et 13485. Certifications qui lui ouvrent alors la porte des grands groupes internationaux de distribution médicale. À l’heure actuelle, 60 % de son activité se fait à l’export dans ces pays, mais aussi en Suisse, en Belgique ou au Mexique.

LANDES SAINT-PIERRE-DU-MONT Dans toute activité une entreprise peut être responsable et soucieuse de son environnement. À Saint-Pierredu-Mont, les Transports Giacomin et Fils le prouvent au quotidien, en adoptant une démarche territoriale, écologique et sociale.

Il est bio, mon camion !

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nomique locale, ils prennent soin de travailler avec des entreprises situées à proximité. Lorsqu’ils construisent un nouveau bâtiment pour abriter leur siège social, les dirigeants demandent expressément à l’architecte de ne sélectionner que des artisans du cru. Cette implication se retrouve dans le domaine du sport (partenariats sportifs) et de la sécurité routière (opérations de sensibilisation). Mais elle va beaucoup plus loin depuis que le transporteur s’est engagé dans une démarche RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Dans ce cadre, les dirigeants se sont intéressés au biocarburant. Après un essai sur un premier véhicule, un second a été acheté et plusieurs devraient suivre. Il faut dire que le test a été concluant. Le bruit est quasi nul et il n’y a plus aucune odeur d’échappement, ce qui constitue une réelle amélioration des conditions de travail pour le chauffeur. « Cela a été une bonne surprise, l’essayer c’est l’adopter », s’enthousiasme le quadragénaire. Le dernier camion acquis roule au BioGNV, un carburant 100 % renouvelable

obtenu à partir du recyclage de l’industrie agroalimentaire, d’exploitations agricoles ou de la restauration collective. Dans un département rural comme les Landes, « les ressources sont énormes, avec tous les déchets verts issus de l’agriculture », se réjouit David Giacomin, le directeur général. Une croissance responsable Le seul bémol est le prix – 30 % plus cher à l’achat qu’une version diesel. Pour cette raison, la Région intervient pour convaincre les transporteurs. Pour ce camion d’une valeur de 106 000 euros, les Transports Giacomin et Fils reçoivent donc une subvention de 11 755 euros de la part de la Nouvelle-Aquitaine, qui compte également parmi les financeurs de la station BioGNV où s’approvisionne le camion. Soucieuse de l’environnement, la société aux 24 millions d’euros de chiffre d’affaires se préoccupe aussi du bien-être de ses collaborateurs. « Dans les bureaux, on impose que tous les salariés soient partis à 18 heures », raconte David Giacomin. Quant

David Giacomin, codirecteur de l’entreprise de transports Giacomin & Fils, à Saint-Pierredu-Mont, dans les Landes.

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / SÉBASTIEN SINDEU

C’

est un poids lourd du transport routier dans les Landes. Avec plus de 250 salariés et 220 camions dans sa flotte, l’entreprise compte dans le paysage local. Pourtant, lorsque Noël Giacomin démarre son affaire en 1996, il ne possède qu’un seul véhicule. Avec ses deux fils, il commence à travailler pour son ancien employeur, Maïsadour. Quelques années plus tard, les désirs d’expansion naissent et les opportunités se présentent. Aux quatre coins du département, l’entreprise rachète des concurrents et étoffe ainsi son offre. À coups de croissance externe, la société s’agrandit et se diversifie. « Nous faisons une douzaine de métiers différents », explique David Giacomin, désormais aux commandes de la structure avec son frère Stéphane. Alimentaire, animaux, bois, citernes…, l’étendue de leur éventail les rend incontournables sur le territoire qui leur est si cher. Ancré sur leurs terres, l’essentiel de leur activité se réalise à l’échelle départementale et régionale. Attachés à la vie éco-

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ JEUNESSE QUESTIONS À… LOGEMENT Premier frein à la réussite des jeunes, l’accès au logement représente un cheval de bataille pour la Région depuis de nombreuses années. Après la publication récente d’un livre blanc et le vote à l’unanimité de son règlement d’intervention le 22 octobre 2017, la Région poursuit son action volontariste.

Un logement pour réussir

5,5

MILLIONS D’EUROS PAR AN d’investissement pour construire

ALBAN GILBERT

8400 PLACES

P

rendre un coup de jeune, ça n’arrive pas tous les jours ! Notre région, qui connaît depuis 2014 une évolution atypique de sa population âgée de 15 à 29 ans, est pourtant en train d’expérimenter le phénomène. Alors qu’au niveau national la croissance moyenne de cette tranche d’âge devrait s’établir autour de 1,4 % d’ici à 2050, en Nouvelle-Aquitaine le nombre de jeunes augmenterait de 8 %*. Liée à l’attractivité du territoire, cette dynamique représente une chance, mais également un défi de taille à relever en termes d’accès au logement : une des clés majeures de la réussite des jeunes, qu’ils soient lycéens, apprentis, étudiants ou jeunes actifs. La Région met donc tout en œuvre pour que l’accès au logement ne représente plus un frein, mais permette au contraire de sécuriser les parcours de formation et l’entrée dans la vie active. Des solutions sur mesure À l’issue d’une large concertation (voir ci-contre), la Région a bâti un nouveau règlement d’intervention dont les orientations répondent aux spécificités et aux besoins de chaque territoire. Elle va ainsi s’attacher à aider à

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la construction et à la réhabilitation des logements existants : résidences universitaires, foyers de jeunes travailleurs ou encore résidences hôtelières à vocation sociale, à l’image de la résidence sociale intergénérationnelle Mohamed Mechti, inaugurée à Bordeaux en décembre 2017. Celle-ci propose 49 logements meublés à d’anciens combattants migrants et à des jeunes de 18 à 30 ans, travailleurs ou en formation. Pour ce seul ensemble, la Région a engagé 568 750 euros. Dans les petits pôles ruraux, la Région entend contribuer au développement d’une offre mieux adaptée aux besoins des jeunes. « Notre offre correspond à un parc familial, avec des logements destinés à 3 à 5 personnes. Or, les jeunes, seuls ou en couple, sont plutôt à la recherche de deux pièces. Cette inadéquation entre l’offre et la demande soulève notamment le problème énergétique : pourquoi chauffer 90 m² quand on n’a besoin que de 50 m² ? », résume Jean-François Sicot, directeur clientèle chez Corrèze Habitat. Et comme les solutions de demain s’inventent aujourd’hui, la Région propose également de soutenir chaque année des pro-

jets expérimentaux en matière de logement, à travers des appels à projet. L’ADN de la Région La Région est engagée depuis longtemps dans le logement des jeunes. Le dispositif 1, 2, Toit, par exemple, toujours actif aujourd’hui (voir notre encadré), est né en 2010 et propose de mettre en relation des propriétaires qui ont une chambre inoccupée et des étudiants en recherche d’une solution de logement à un prix raisonnable. Dès 2006, le dispositif Clé Aquitaine offrait une garantie de loyer (garantie de paiement du loyer et des charges locatives) et une garantie de prêt (garantie de remboursement de prêt pour solliciter plus facilement un emprunt bancaire et financer le dépôt de garantie). Depuis, ce dispositif (appelé Visale) a été repris par l’Etat à l’échelle nationale… en 2014 ! Désormais, la Région propose une avance au premier loyer, pour les jeunes en formation, pouvant aller jusqu’à 300 euros. Une aide pour faire face aux dépenses d’une nouvelle installation. * Source : Strasbourg Conseil 2018

Plus d’infos jeunes.nouvelle-aquitaine.fr

supplémentaires d’ici à 2030 + 550 000 euros par an au titre du fonctionnement

ENTRE 2006 ET 2015

35

MILLIONS D’EUROS investis dans la construction ou la rénovation de

6LOGEMENTS 500

RENCONTRE avec Sylvain Piat, l’un des trois délégués régionaux de l’URHAJ (Union régionale pour l’habitat des jeunes) en Nouvelle-Aquitaine

« Le logement doit être UN LEVIER, pas un frein » Que vous a apporté cette démarche de concertation ? Sylvain Piat : Partager les constats est une première étape avant d’élaborer des solutions. La Région a pris la mesure de cette responsabilité et nous soutenons l’idée qu’elle se positionne comme chef d’orchestre des acteurs intervenant sur la question et finançant ces logements. Quels constats avez-vous partagés ? S. P. : On a longtemps pensé que le logement était la suite logique de l’accès à l’emploi, qu’il s’agissait d’un processus d’évolution sociale. Aujourd’hui, nous constatons que les difficultés de logement peuvent être un frein à

l’insertion professionnelle. Notre objectif, partagé avec les autres acteurs, est d’en faire un levier. Quelles solutions se dessinent ? S. P. : Nous avons plusieurs projets de résidences Habitat Jeunes sur les grandes agglomérations mais aussi en milieu rural, pour être au plus près des microbassins d’emploi. Ces résidences offrent des conditions d’entrée extrêmement souples et accompagnent les parcours d’insertion des jeunes. Nous travaillons par ailleurs au développement de plates-formes de mise en relation accompagnée entre les jeunes et des propriétaires qui pourraient hésiter à leur louer un bien faute de garanties.

Une large concertation PENDANT UN AN ET DEMI, QUELQUE 500 INTERVENANTS

– collectivités locales, organismes d’éducation, de formation et d’insertion, missions locales, bailleurs, universitaires – ont pu faire part des réalités de leur territoire, partager des constats, exprimer leurs besoins. Un questionnaire adressé à 3 000 jeunes a également permis de faire remonter leurs attentes et d’identifier les difficultés liées à leur statut fluctuant, à leurs revenus souvent faibles et à leurs besoins de mobilité. Les différents échanges et ateliers ont donné lieu à l’élaboration d’un livre blanc. Bilan : de fortes disparités se font jour entre le littoral, la métropole bordelaise et un vaste arrière-pays rural maillé de villes moyennes. Là où les premiers appellent à de nouvelles constructions pour pallier la pression locative, les seconds pointent surtout une offre de logement inadaptée aux jeunes en zone rurale. Ce diagnostic servira de base pour développer une offre équilibrée et suffisante d’ici à 2030.

ZOOM

LES DISPOSITIFS LOGEMENT DE LA RÉGION • 1, 2, Toit : offre de chambre chez l’habitant à la nuit, à la semaine ou au mois. Ce service recherche en permanence des propriétaires (notamment sur la métropole de Bordeaux, les Landes, Poitiers et Limoges). Vous êtes la clé de la réussite de cette opération, louez vos chambres vides ! www.operationundeuxtoit.fr • Caisse d’avance au premier loyer : une aide à l’installation pour tout jeune en formation en Nouvelle-Aquitaine.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ JEUNESSE

JOËL PEYROU

agricole (EPLEFPA) de la région a postulé. Au total, 60 projets, programmés en 2018, seront ainsi accompagnés par le Conseil régional pour un montant de 1,7 million d’euros ; première tranche d’un programme de quatre ans.

Classe d’horticulture dans les serres bioclimatiques de Fazanis.

FORMATION AGRICOLE Les établissements d’enseignement agricole, avec l’aide de la Région, se mettent à la pointe des nouvelles technologies et pratiques agricoles. L’agriculture de demain se joue dès le lycée.

Agroécologie : les lycées à la pointe

I

ls seront demain à la tête des exploitations agricoles de Nouvelle-Aquitaine ou seront des acteurs des filières agricoles. Eux, ce sont les futurs agriculteurs, viticulteurs, éleveurs, ostréiculteurs... Soit des milliers de jeunes actuellement sur les bancs des lycées agricoles, en centres d’apprentissage ou en formation continue. De multiples défis les attendent face aux mutations actuelles et aux demandes d’une société en quête de « mieux consommer ». Ils seront alors au premier rang pour produire des aliments de qualité, impulser des pratiques plus respectueuses de l’environnement et du bien-être animal, anticiper les changements

climatiques, veiller à la biosécurité dans leurs installations… 60 projets soutenus en 2018 Dès lors, pour la Région Nouvelle-Aquitaine, ces jeunes doivent pouvoir expérimenter et se familiariser avec les dernières technologies, comme les nouvelles pratiques culturales et d’élevage. Elle a ainsi lancé, fin 2017, un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour soutenir les investissements de modernisation des ateliers, des exploitations et des équipements à vocation pédagogique de ces établissements de formation. Non sans succès. L’ensemble des 22 Établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle

1,7

MILLION D’EUROS

programmés par la Région

Réduction des pesticides : une priorité Une volonté forte se dégage, dans une majorité de ces établissements, de se convertir à l’agroécologie et de réduire au maximum l’utilisation des pesticides, en s’équipant notamment de matériels de travail du sol. D’autres priorités émergent : rénover leurs installations pour développer l’agriculture biologique et restructurer des bâtiments pour de meilleures conditions de travail et de bien-être animal. Ainsi, en Haute-Vienne, si le lycée agricole de Saint-Yrieix-la-Perche va procéder à la rénovation de son atelier pour bovins, d’autres établissements, eux, vont s’équiper de matériels pour la valorisation de viandes et de légumes à destination de la restauration collective. En Dordogne, dans plusieurs lycées, cap sera mis sur l’aménagement d’installations biosécurisées pour l’élevage de palmipèdes. Pionniers des nouvelles technologies Logiciels d’aide à la décision, drones, robots, simulateurs virtuels… Disposer des nouveautés technologiques, numériques et embarquées, apparaît aussi comme une nécessité. En Gironde, dans plusieurs lycées agricoles, les jeunes pourront ainsi bientôt expérimenter ce matériel high-tech, pour ajuster par exemple, grâce à des cartographies aériennes, les traitements préventifs. D’autres projets feront, eux, la part belle à une diversification des circuits de commercialisation via des aides à la modernisation de boutiques de vente, comme en Charente, sur le site de l’Oisellerie. À la pointe, plus performants, ambassadeurs de pratiques écologiques, ces établissements modernisés seront à terme autant de « vitrines » et de lieux de diffusion des savoirs, ouverts sur les territoires et à tous les exploitants agricoles.

EN BREF

Une aide gratuite aux devoirs POUR LUTTER CONTRE LE DÉCROCHAGE SCOLAIRE ET LES INÉGALITÉS, la Région propose un soutien scolaire gratuit à

tous les lycéens et apprentis de Nouvelle-Aquitaine. Les disciplines couvertes par ce dispositif sont les mathématiques, le français, l’anglais, l’espagnol et la physique. Sur simple demande, chaque élève peut échanger avec un tuteur sur les difficultés qu’il rencontre concernant un exercice, une leçon ou un point du programme.

Plus d’infos Service accessible du lundi au jeudi de 18 heures à 21 heures (hors vacances scolaires) en contactant le 05 57 57 50 00 et via l’environnement numérique de travail des établissements.

La Région renforce son engagement sur l’orientation des jeunes DÈS LE MOIS DE JANVIER 2019, de nouvelles actions vont voir

le jour dans les lycées en matière d’orientation. Déjà très volontaire sur le sujet avec la gestion du Service public régional de l’orientation (SPRO) et la création de l’agence régionale Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, la Nouvelle-Aquitaine se saisit de l’opportunité offerte par la loi* pour informer les lycéens sur ce sujet. Ainsi, à partir du mois de janvier, dans le programme des classes de seconde prévoyant 54 heures consacrées à l’orientation (découvrir les métiers, les parcours universitaires, la plate-forme Parcoursup, etc.), 20 à 25 heures seront sous la responsabilité de la Région. La loi offre aussi la possibilité de mener une expérimentation, sur une durée de trois ans, avec la mise à disposition de personnel de l’Éducation nationale. La Région souhaite s’appuyer sur cette disposition pour développer, dès cette année scolaire, sa nouvelle mission d’information sur l’orientation auprès des élèves des collèges.Consciente que la réussite des jeunes ne peut passer que par une orientation choisie, la Région travaille en bonne intelligence avec les autorités académiques pour mettre en place ces nouvelles dispositions.

* Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, du 5 septembre 2018.

Agro-Smart-Campus

L’

A g ro - S m a r t - C a m pus, c’est une expérimentation unique en France portée par la Région Nouvelle-Aquitaine (en partenariat avec Bordeaux Sciences Agro, la DRAFF*, l’INRA, la Chambre régionale d’agriculture…), qui répond à la volonté d’enrichir, sur le long terme, la culture

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scientifique des structures d’enseignement agricole de Nouvelle-Aquitaine (MFR, lycées agricoles, CFAA…) par la création de passerelles avec l’enseignement supérieur et la recherche (universités, Bordeaux Sciences Agro, INRA, CNRS…). L’objectif est de sensibiliser les jeunes, futurs exploitants ou salariés agricoles,

aux avancées scientifiques et aux travaux de recherche de ces structures, afin qu’ils se saisissent des grands enjeux de demain comme l’agroécologie, les changements climatiques, l’autonomie alimentaire ou encore la robotisation. Concrètement, cette diffusion et valorisation des connaissances et des savoirs

scientifiques et techniques, complémentaires aux programmes officiels, prend la forme de visites de terrain, de conférences ou encore de forums, co-construits avec les enseignants. * DRAAF : Direction régionale de l’agriculture, l’alimentation et la forêt. INRA : Institut national de la recherche agronomique.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE EN BREF

Tous vos trajets sur Modalis.fr LE SYNDICAT MIXTE INTERMODAL DE NOUVELLEAQUITAINE – désormais baptisé Nouvelle-Aquitaine

FRANÇOISE ROCH

Mobilités – lançait, le 1er octobre dernier, le site modalis.fr. Ce nouveau système d’information multimodale vous permet de calculer tous vos itinéraires en Nouvelle-Aquitaine, que ce soit en train, tramway, bus, vélo, covoiturage… Une première action de Nouvelle-Aquitaine Mobilités en termes de services aux usagers qui s’inscrit pleinement dans les objectifs de cette structure, à savoir : optimiser l’ensemble des offres de transport en une seule, simplifiée, lisible et attractive au sein du plan « Mobilités 2030/50 » ; ouvrir les données en open data afin d’encourager l’innovation privée et publique dans le secteur des transports ; déployer l’application mobile Modalis ; impulser le déploiement de la carte Modalis nouvelle génération et promouvoir les tarifs combinés (TER/CAR + BUS/TRAM), avec la possibilité d’utiliser le TER ou les cars interurbains régionaux avec son titre de transport urbain…

TRANSPORTS SCOLAIRES Suite aux dysfonctionnements survenus à la rentrée, l’ensemble des services a été revu sur le réseau de transports régional en Charente-Maritime. La Région a organisé plusieurs réunions sur le territoire. Objectif : rester à l’écoute des usagers, et permettre les ajustements nécessaires.

L

a rentrée a été difficile en Charente-Maritime. Annulés à deux reprises par le tribunal administratif, les contrats de transport établis par le Département ne sont arrivés à échéance que fin août 2018. Ce qui n’a laissé que peu de temps à la Région pour organiser de nouveaux appels d’offres. Ces périodes de transition conduisent habituellement à quelques besoins d’ajustements au regard de la nouveauté des services ou des entreprises qui les mettent en œuvre. Aux retards et aux difficultés d’information des usagers se sont ajoutés quelques erreurs d’itinéraires et un manque de conducteurs. Consciente de ces problèmes sur certaines parties du territoire, la Région a aussitôt

mis en place des moyens pour rester à l’écoute des usagers. Deux réunions ont été organisées fin septembre : l’une à Saintes, l’autre au Thou, rassemblant autour des élus régionaux les associations de parents d’élèves, les mairies, les transporteurs et les responsables d’établissements scolaires. Priorité à la place des conducteurs La colère des usagers, légitime, a été entendue et des ajustements ont été rapidement mis en place. Ce travail se poursuivra encore pendant quelques semaines, avec une priorité accordée à la place des conducteurs pour valider définitivement ces améliorations. Quelques nouveautés : une

FRANÇOISE ROCH

Des ajustements sur mesure ligne de cars à haut niveau de service, fonctionnant au bioéthanol, sera lancée début 2019 entre La Rochelle et l’île de Ré, la ligne la plus fréquentée de Nouvelle-Aquitaine (422 680 voyages en 2017). Elle permettra une augmentation conséquente des rotations. Nouvelle également, la carte Modalis permet de combiner les trajets interurbains et les trajets urbains sur les agglomérations de Charente-Maritime avec une seule et même carte. Différentes formules sont proposées en fonction des profils d’usagers : Modalis Scolaire, Modalis Jeunes, Modalis Tout Public.

Plus d’informations : transports. nouvelle-aquitaine.fr

PLUS DE

21 000 ÉLÈVES

pris en charge en CharenteMaritime

Bordeaux-Limoges : une desserte renforcée DEPUIS LE 1ER JANVIER 2018, la Région a en charge certains

trains d’équilibre du territoire (TET). Il s’agit des lignes BordeauxLa Rochelle, Bordeaux-Ussel et Bordeaux-Limoges, auparavant sous la compétence de l’État. Suite à cet accord, la desserte TER a déjà été renforcée sur la ligne Bordeaux-Limoges, avec de nouvelles circulations aux heures de grande affluence, des temps de parcours optimisés et des trains nouvelle génération. Cinq nouvelles rames Régiolis « bimodes » ont ainsi été récemment mises en circulation sur la ligne Bordeaux-Périgueux-Limoges. Fabriquées par Alstom, elles proposent 217 places en classe unique, des prises électriques individuelles et 9 places prévues pour les vélos. Elles sont dédiées à la desserte rapide –Bordeaux-Limoges en 2 h 20 – tout en utilisant le courant électrique sur la section Bordeaux-Coutras, afin de générer moins de bruit et d’émettre moins de particules. Sur le reste du parcours, des moteurs thermiques respectent les normes européennes de CO2. Ces trains sont recyclables à 93 %. Une rame inaugurale, la première estampillée « Nouvelle-Aquitaine », a été présentée le 4 septembre dernier en gare de Limoges.

TRANSPORTS EN TER

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La Région vous transporte

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Nouvelle-Aquitaine.fr

DOSSIER TOURISME

Journal d’information de votre région

N°5 HIVER 2018

ALBAN GILBERT

TOURISME : UNE SECONDE NATURE AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE La Nouvelle-Aquitaine dispose d’atouts touristiques exceptionnels qui

font de cette filière une activité économique de premier plan. Pour développer cette attractivité tout en préservant cette richesse, pour répondre aux changements de pratiques et d’attentes des vacanciers et des habitants, la Région affiche une ambition forte à travers son schéma régional dédié* : devenir la première destination touristique durable.

H

ier, il suffisait de proposer du soleil, des plages et quelques activités de loisirs pour satisfaire le vacancier type. Aujourd’hui, ce cliché a vécu. L’allongement des saisons, la segmentation des publics et les nouvelles attentes des visiteurs à la recherche d’activités riches de sens ont rebattu les cartes. Cette mutation, perceptible depuis quelques années, s’accélère. Le premier enjeu est économique, puisque le tourisme représente dans notre région 110 000 emplois. Mais l’activité interfère également avec l’aménagement de notre territoire et la valorisation de notre patrimoine. Côté face, la Nouvelle-Aquitaine jouit de 720 km de côtes préservées, avec des villes réputées : La Rochelle, Bordeaux, Biarritz… Elle compte aussi des cités touristiques appréciées comme Sarlat ou Saint-Émilion et des équipements qui drainent des millions de visiteurs, le parc du Futuroscope à Poitiers en tête. Côté pile, notre région bénéficie de territoires aux paysages multiples, offrant une incroyable variété d’activités de plein air et de découvertes culturelles, avec des sites naturels ou de loisirs remarquables : la dune du Pilat, le Marais poitevin, le lac de Vassivière, etc. L’objectif est à la

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fois de préserver, mais aussi de valoriser ce capital que beaucoup nous envient à travers une ambition forte : faire de la Nouvelle-Aquitaine la première destination touristique durable. Un dessein pour le tourisme de demain C’est tout l’objet du Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs. « Le tourisme durable passe d’abord par un tourisme voulu et non subi, dans une logique d’équilibre, afin d’éviter les dérives d’un tourisme de masse non maîtrisé, aux effets sociaux et environnementaux négatifs », confirme Sandrine Derville, vice-présidente du Conseil régional en charge du tourisme. Cette stratégie se concrétise par des investissements en matière d’équipements et d’aménagements à l’échelle régionale, en créant des pistes cyclables par exemple. Elle participe aussi à la sauvegarde de lieux exceptionnels, comme nos sept sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco et les deux autres inscrits au Patrimoine immatériel de l’humanité. Elle se traduit également par des actions pour organiser l’accueil touristique dans les lieux naturels, promouvoir l’œnotourisme, l’agritourisme

28,1 MILLIONS

de touristes accueillis en 2017 en Nouvelle-Aquitaine

ou le tourisme fluvial, ou faire découvrir notre gastronomie. Elle se manifeste encore par la mise en avant de nos labels de qualité, l’incitation à l’éco-responsabilité des entreprises, l’accueil des travailleurs saisonniers dans de bonnes conditions ou le soutien à des projets d’innovation touristique et de tourisme solidaire. Cette orientation stratégique implique en amont un accompagnement des professionnels en matière de formation et d’emploi, de transformation numérique et d’innovation touristique. L’objectif régional est clair : tirer parti de notre situation géographique, du grand bleu du littoral au vert de nos villages, pour tendre vers un tourisme durable.

Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs, adopté en séance plénière des 25 et 26 juin 2018.

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II

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

DR

VIEUX-BOUCAU PASSE DE 1630 HABITANTS L’HIVER À 25 000 L’ÉTÉ

9000 km

dédiés à l’itinérance cyclable en Nouvelle-Aquitaine

HUBS TOURISTIQUES RÉPONDRE AUX NOUVELLES ATTENTES DES VISITEURS

CDT64 B.LAB+

Le Somport est une station de ski nordique qui accueille entre 35 000 et 60 000 journées de ski par saison. Elle a la particularité d’être reliée par les pistes à la station espagnole de Candanchú.

Un fragile équilibre

Selon qu’elle est concentrée en zone urbaine, en milieu rural, en montagne ou sur le littoral, l’activité touristique apporte son lot d’effets positifs, notamment sur l’emploi et l’économie, et de difficultés. Tout l’enjeu, pour notre région, réside dans l’aménagement équilibré et spécifique à chaque territoire.

A

vec une concentration touristique sur le littoral et en zone urbaine, certains territoires de notre région subissent une forte pression, parfois au détriment des habitants et des ressources naturelles. Gestion de l’eau, collecte des déchets, sécurité, mobilités font partie des défis qu’ils doivent relever. En montagne et en zone rurale, le tourisme joue un rôle non négligeable de maintien, voire de création d’emplois, dans des espaces où les industries traditionnelles ont progressivement disparu. Tout l’enjeu, pour la Région, est d’accompagner chaque territoire en fonction de ses besoins spécifiques : ici préserver le cadre de vie des habitants, là accompagner la création et la pérennité d’activités économiques et, plus globalement, assurer une meilleure répartition des flux touristiques sur l’ensemble de la région, afin de développer une activité touristique équilibrée et durable. CIRCULATION DOUCE Vieux-Boucau, l’une des plus petites communes du littoral, illustre parfaitement cette situation. De 1 630 habitants l’hiver elle passe à 25 000 personnes l’été. Organisée à partir d’un noyau historique, qui s’est renforcé par l’urbanisation de son lac marin de Port d’Albret, elle a engagé des travaux structurants importants soutenus par la Région. Ils visent à la fois à requalifier les circulations sur son territoire en privilégiant les déplacements doux et à aménager l’accès à ses plages en cherchant à reconquérir des espaces naturels en pied de dune. Pour cela, des choix forts ont été faits, comme la diminution de la place accordée aux voitures individuelles au profit des espaces piétons,

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des vélos et des transports en commun. « Notre station avait besoin de repenser ses espaces publics et d’assurer une continuité physique et esthétique entre son centre-bourg et le littoral. Les travaux, commencés en 2015, se termineront en 2021. Ils vont permettre de redonner une identité forte à notre commune, plus moderne et plus naturelle, en privilégiant les modes de déplacement doux qui sont aujourd’hui attendus par les touristes », explique Pierre Froustey, le maire de la commune. DÉVELOPPER LES PROJETS ATTRACTIFS Bruno Guitton illustre pour sa part les particularités du tourisme en zone rurale de montagne. Directeur de la station de ski du Somport l’hiver, il est responsable d’un camping à Urdos l’été. « Dans nos territoires, il faut accepter d’avoir plusieurs employeurs ou activités. On ne vient pas ici pour des raisons économiques. Il y a souvent une dimension personnelle et citoyenne à vivre en mon-

tagne. » La démarche vaut aussi pour sa clientèle citadine, en hausse constante. « Nous ne sommes pas dans une logique de tourisme de masse. Nos visiteurs viennent chercher des paysages authentiques, du calme, de la sérénité. Nous revendiquons un positionnement nature et montagne. » Lequel n’exclut pas le développement, à l’instar du projet soutenu par la Région d’élargir l’activité de la station du Somport à la période estivale. « Le manque d’enneigement rend cette diversification obligatoire. Mais là aussi, l’initiative soutenue par la Région s’inscrit dans une logique responsable, avec un projet de rénovation exemplaire en termes d’économie d’énergie. » Et Bruno Guitton d’expliquer pourquoi les projets en zone rurale de montagne ont besoin d’être particulièrement soutenus : « Ils demandent plus de temps pour être plus rentables, mais une fois passée la phase d’amorçage, ils s’avèrent bénéfiques et pérennes car la demande est réelle. »

Les attentes du public en matière d’accueil touristique sont en mutation. Ce service doit s’accompagner désormais d’une information à valeur ajoutée où l’expertise est recherchée. Si celleci se complète par une expérience immersive, c’est encore mieux. L’espace « plateforme œnotouristique » de la Cité du Vin à Bordeaux, géré par l’office de tourisme de Bordeaux Métropole, ou le Centre d’accueil de la Préhistoire aux Eyzies de Tayac, en Dordogne, illustrent ce phénomène. À l’image des plateformes d’aéroports qui aiguillent avec précision les voyageurs vers telle ou telle destination, ces équipements emblématiques sont appelés « hubs » touristiques car ils orientent les visiteurs vers des lieux en lien avec les thèmes évoqués après une première expérience de découverte ou de sensibilisation. Aujourd’hui, des points d’information d’office de tourisme ou des maisons de produits se greffent sur ces équipements, renforçant ainsi leur impact. C’est le cas par exemple de la Maison de la vigne et des saveurs à Archiac, dans les Charentes, qui assure des activités d’accueil autour du cognac et du pineau, mutualisées avec les fonctions de l’office de tourisme.

Voie royale pour la petite reine L

e tourisme à vélo est l’une des filières les plus dynamiques du marché touristique, tant pour la clientèle française (9 millions de séjours par an) qu’étrangère. La NouvelleAquitaine, qui totalise 9 000 km* dédiés à l’itinérance

cyclable, dispose d’atouts de premier plan pour cette activité. Elle le doit notamment à la célèbre Vélodyssée dont les pistes cyclables relient la Norvège au Portugal et longent la côte atlantique de la Charente-Maritime aux Pyrénées-Atlantiques, en

passant par la Gironde et les Landes. Notre Région poursuit ses efforts pour mailler le territoire avec la création de nouveaux grands itinéraires cyclables, en étroite relation avec les autres collectivités territoriales, répondant ainsi à une tendance de fond, baptisée

le « slow tourisme » (tourisme doux). Chaque année, au total, la Région Nouvelle-Aquitaine investit près de 2 millions d’euros dans les équipements de type pistes cyclables. * 4 200 km linéaires de véloroutes et voies vertes régionales, 3 300 km d’itinéraires nationaux et 1 500 km d’itinéraires Eurovélo.

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III

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018 JEAN-JACQUES BROCHARD

17400km

2

de parcs naturels régionaux

92

hébergements porteurs de l’Écolabel européen, dont 10 nouveaux décernés le 15 novembre 2018

L’or vert de nos territoires

J. DAMASE

Espaces ruraux, œnotourisme, agritourisme, gastronomie, patrimoine, sport, tourisme fluvial… Ces activités touristiques en pleine croissance offrent une palette de couleurs et de goûts et constituent un terreau de choix pour découvrir nos territoires autrement.

L

es destinations du tourisme « vert » bénéficient d’une image très positive. Elles sont de plus en plus recherchées par les touristes en raison d’une prise de conscience des enjeux environnementaux et d’une quête d’authenticité et de terroirs. Certains espaces ruraux se démarquent par leur notoriété accrue auprès des clientèles nationales et internationales, grâce à leurs sites naturels et paysages, leur patrimoine historique et culturel, ou encore la renommée de leur gastronomie. Le Pays basque, la vallée de la Dordogne, le Marais poitevin, le lac de Vassivière, le plateau de Millevaches, les vallées du

Lot et de la Garonne, le Périgord, les vignobles du Bordelais ou de Cognac ou encore les tapisseries d’Aubusson attestent de cette dynamique par une fréquentation en augmentation qui ne se limite plus à la seule saison d’été. Les autres territoires ne sont pas en reste, surtout quand ils développent leur promotion autour d’activités thématiques.

L’île de Vassivière, au milieu du lac, héberge le Centre international d’art et du paysage.

UNE APPROCHE PAR FILIÈRE L’agritourisme représente ainsi une filière majeure pour le tourisme rural régional. Il se décline sur l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine en s’appuyant sur des réseaux d’acteurs et d’hébergeurs

28

sites labellisés «ville d’art et d’histoire» (1re région de France)

très actifs (Bienvenue à la ferme, Accueil paysan…). Les produits et savoir-faire sont mis en valeur via des AOP/AOC portant sur des produits comme le foie gras, le jambon, la noix, le bœuf, le fromage de chèvre ou de brebis, la pomme, le pruneau, l’agneau… Ici, il n’est plus simplement question de déguster le produit, mais de comprendre son origine et son cycle de fabrication. De consommateur le touriste devient acteur. Même chose avec l’œnotourisme, qui invite à un voyage à travers la culture du vin et des spiritueux. Cette soif de découverte et d’authenticité se vérifie aussi dans la fabrication des produits artisanaux, comme la porcelaine de Limoges, les couteaux de Nontron et, plus largement, nos 140 entreprises et artisans labellisés « entreprise du patrimoine vivant ». Une distinction qui reconnaît les savoir-faire artisanaux, ancestraux ou d’excellence. Ce tourisme de proximité – dans tous les sens du terme – s’accompagne toujours de la prise en compte des éléments : la terre, le ciel ou l’eau. Le tourisme fluvial en est l’illustration, avec l’aménagement des voies navigables, une activité elle aussi de plus en plus pratiquée par les adeptes d’un tourisme différent. Notre région dispose de tous les atouts sur son territoire. D’autant plus que les capacités d’hébergement sont là : 40 % de l’offre totale régionale se trouve dans des espaces ruraux qui représentent aujourd’hui 26 % du total des visiteurs de notre région. LE TOURISTE FLUVIAL VEUT MARCHER SUR L’EAU Avec l’estuaire de la Gironde, le canal de Garonne et dix rivières navigables, la Nouvelle-Aquitaine dispose des ressources naturelles pour satisfaire les amateurs de tourisme fluvial. Très apprécié des clientèles étrangères (70 % des passagers transportés), ce tourisme itinérant regroupe des activités multiples liées à la navigation. Paquebots fluviaux, bateaux à passagers, bateaux de location ou péniches-hôtels, ces multiples façons de larguer les amarres invitent à une découverte originale de notre territoire et aux déplacements doux. Ainsi, 68 % des navigants utilisent le vélo lors de leurs parcours. Le succès des croisières maritimes, en hausse de 20 % à Bordeaux entre 2016 et 2017, confirme aussi l’engouement pour les voyages au long cours...

Pourquoi le tourisme constitue-t-il une activité « clé » pour notre Région ? Sandrine Derville : Le tourisme représente la 2e activité régionale derrière l’agriculture avec 110 000 emplois directs, dont chacun génère quatre ou cinq emplois indirects. Ce secteur d’activité pèse d’un poids économique considérable, puisqu’il représente 16 milliards de chiffre d’affaires, soit 9 % de notre PIB. Il ne faut pas pour autant limiter son impact à ce seul critère. Investir dans le tourisme en Nouvelle-Aquitaine, c’est aussi aménager notre territoire et le doter d’équipements qui profitent à nos visiteurs, mais aussi à la population régionale au cœur des villes et des villages. Je pense notamment aux pistes cyclables, aux équipements à vocation culturelle ou de loisirs, à la protection du patrimoine naturel et historique…

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Quels sont les atouts de la Nouvelle-Aquitaine ? S. D. : Par son patrimoine naturel et culturel, la Nouvelle-Aquitaine répond aux attentes des opérateurs et des citoyens sensibles aujourd’hui à une offre plus variée, mais aussi plus authentique, dans un contexte de diversité des clientèles et d’allongement des périodes touristiques. Nous disposons pour cela d’atouts remarquables, avec à la fois un littoral protégé de 720 km de côtes, avec des portes d’entrée de notoriété internationale comme Bordeaux, Biarritz ou La Rochelle, et des territoires à l’intérieur des terres d’une richesse exceptionnelle en termes d’activités, de découvertes, de loisirs, de cultures… Quelle est l’ambition de la Région ? S. D. : La Nouvelle-Aquitaine a vocation à devenir

la première région de France du tourisme durable. En étroite relation avec les autres collectivités, nous œuvrons pour un tourisme plus doux et plus vert, en phase avec l’exigence de la transition énergétique. En un mot, un tourisme plus riche de sens. Avec 83 structures d’hébergement écolabellisées, nous sommes déjà la première région de France dans ce domaine. Notre action vise à aider, accompagner, sensibiliser et former les professionnels d’un bout à l’autre de la chaîne touristique pour répondre aux mutations profondes de ce secteur d’activité et tendre vers un tourisme « voulu » et « responsable », et non « subi » et parfois « conflictuel », comme c’est parfois malheureusement le cas ailleurs*. Nous avons le potentiel, les compétences et les outils pour tendre vers ce modèle équilibré et vertueux, à la fois rentable et responsable, qui constitue l’avenir du tourisme.

TWIN H. LEFEBVRE

« Devenir la première destination touristique durable de France »

SANDRINE DERVILLE, vice-présidente du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge du tourisme.

* Comme à Barcelone ou à Venise, par exemple, où la population locale s’élève contre les excès du tourisme et ses conséquences : flambée des prix, crise du logement, incivilités, difficultés de circulation, etc.

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IV

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

110 000 EMPLOIS DIRECTS ALEXANDRE DUPEYRON

20 000

entreprises en lien avec le tourisme

ALEXANDRE DUPEYRON

Les métiers de l’hôtellerierestauration font partie des 20professions les plus en pénurie de main-d’œuvre.

Un emploi à coup sûr! Alors que le tourisme en Nouvelle-Aquitaine progresse chaque année, les professionnels peinent à trouver la main-d’œuvre qualifiée et les saisonniers dont ils ont besoin. La Région s’implique pour lutter contre ce phénomène national.

C

hef de rang, maître d’hôtel, agent de voyages, chef de partie ou encore serveur… Ces métiers font partie des vingt professions les plus en pénurie de maind’œuvre. Le phénomène s’étend depuis plusieurs années aux saisonniers. Avec un effectif de 70 000 salariés, ils représentent plus de 50 % des emplois touristiques dans notre région et sont principalement localisés sur le littoral et dans le Périgord noir. Plusieurs raisons expliquent cette désaffection : mauvaise image de certains métiers, méconnaissance de la diversité des postes à pourvoir et horaires décalés ou fragmentés. Sur les 110 000 emplois touristiques dans notre région, près de 90 000 sont liés à l’accueil, impliquant

de fait une présence le week-end et pendant les périodes de vacances scolaires. L’emploi dans le tourisme présente pourtant de nombreux atouts. Les postes sont pérennes et non délocalisables. Ce secteur d’activité représente, en outre, pour un jeune, des opportunités d’évolution de carrière et une ouverture possible à l’international. Une bonne formation initiale constitue la clé d’entrée sur ce marché de l’emploi. La Nouvelle-Aquitaine bénéficie pour cela d’une offre variée de formations en apprentissage. On compte 400 étudiants ou apprentis par an dans notre région dont le cursus débouche sur un BTS tourisme, une licence professionnelle ou un master, avec des spécialisations multiples de nature à séduire tous les profils : œnotourisme, gestion, tourisme vert, patrimoine, etc. Des

opportunités de formation continue sont également proposées aux saisonniers ainsi qu’aux personnes en recherche d’emploi ou en reconversion.

UNE NOTT POSITIVE ! La Région NouvelleAquitaine soutient, sous la forme de l’appel à projets NOTT, les territoires souhaitant s’engager dans l’amélioration de l’organisation de la filière touristique. Le dispositif porte plus particulièrement sur les compétences touristiques en matière d’accueil, d’information, de promotion, de définition et de mise en œuvre de la stratégie de développement touristique régionale. Il vise à professionnaliser les personnels des institutions publiques du tourisme et les prestataires touristiques au regard des besoins définis par le territoire, de qualifier l’offre touristique des territoires ou encore de travailler sur une stratégie numérique partagée. La Région aide donc les structures du tourisme à recruter, se former et développer leur activité.

Plus d’infos sur les-aides.nouvelle-aquitaine.fr

UNE VOLONTÉ RÉGIONALE ET DES INITIATIVES LOCALES La Région se mobilise sur les questions de formation et d’emploi, au cœur des préoccupations de la filière. Un organisme régional – la Mission des offices de tourisme Nouvelle-Aquitaine (MONA) – accompagne et forme spécifiquement les professionnels du tourisme pour faire face aux évolutions profondes du métier. La Nouvelle-Aquitaine développe également des actions focalisées sur les saisonniers confrontés à des problèmes de logement, de transport ou de montée en compétences. Sur le terrain, des initiatives originales sont menées auprès de ce public qu’il faut attirer, comme celles opérées par exemple par l’office de tourisme d’Oléron-Bassin de Marennes. L’appel à projets régional NOTT (lire ci-contre), destiné aux institutions et prestataires touristiques, complète un arsenal de mesures destinées à former et recruter les acteurs actuels et futurs du tourisme néo-aquitain.

Marennes-Oléron joue la carte des saisonniers P

lus grande île française après la Corse, l’île d’Oléron associée au bassin de Marennes accueille 3 000 saisonniers par an. L’office de tourisme a initié pour eux un dispositif original que Lionel Pacaud, son directeur, nous explique : « Nous considérons que ces collaborateurs sont les meilleurs ambassadeurs de notre territoire.

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Nous leur avons octroyé une carte “pass” qui leur donne accès à une soixantaine de sites et activités touristiques locales, afin qu’ils puissent en parler en toute connaissance de cause. » Testé en 2017, le dispositif a été déployé en 2018 et rencontre un réel succès. Il concerne déjà 500 saisonniers, dont une majorité en contact avec les

touristes. « Ils peuvent ainsi faire part de leur expérience, et ce bouche-à-oreille est très efficace », poursuit Lionel Pacaud, qui met aussi en exergue la dimension psychologique de cette innovation. « Nous nous préoccupons des saisonniers et ils apprécient cette considération et nos efforts. » L’action de l’Office de

tourisme d’Oléron-Bassin de Marennes s’accompagne de la création d’un groupe Facebook dédié à la communauté des saisonniers locaux. Il leur permet ainsi de communiquer entre eux. Le Comité de bassin d’emploi du pays MarennesOléron (COBEMO) participe à cette dynamique et propose à ces mêmes saisonniers des

formations durant l’hiver, afin de les faire monter en compétences. Soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine, ce comité prévoit plus largement un ensemble d’actions d’information, d’orientation et d’accompagnement des saisonniers, dont le recrutement s’avère chaque année plus complexe.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

Jean-Luc Boulin, directeur de la MONA

Accompagner les évolutions

«

En dix ans, les offices de tourisme ont connu une certaine concentration, condition nécessaire pour affronter les évolutions du secteur du tourisme. L’irruption d’Internet et la multiplication des acteurs et des offres touristiques ont considérablement modifié la donne », explique JeanLuc Boulin, directeur de la MONA (Mission des offices de tourisme Nouvelle-Aquitaine). Un chiffre résume à lui seul la mutation en cours. On comptait 600 offices de tourisme et syndicats d’initiative sur le territoire néo-aquitain il y a dix ans, contre 150 aujourd’hui pour un effectif identique, de l’ordre de 1 300 salariés. « Cette concentration est nécessaire pour atteindre des tailles critiques permettant au personnel de se former et d’évoluer », poursuit le directeur de la MONA. Le dernier exemple en date porte sur la création de l’office de tourisme du Pays basque, qui regroupe désormais 80 collaborateurs en une seule structure en lieu et place d’une dizaine d’offices locaux. Un phénomène d’autant plus nécessaire que les offices de tourisme seront amenés à manifester un nouveau positionnement. « Leur vocation est de dépasser le cadre de la promotion du territoire

pour sensibiliser les visiteurs au tourisme durable, les informer et les impliquer dans ce sens. » UN SOUTIEN DE POIDS Partenaire de la Région Nouvelle-Aquitaine, la MONA est une structure associative experte dans le domaine touristique. Sa mission est double. Cette agence constitue un outil de formation des professionnels du tourisme d’une part ; elle assure le rôle de tête de réseau des offices de tourisme de Nouvelle-Aquitaine d’autre part. Concrètement, la MONA est en capacité de former, d’assister et d’accompagner les acteurs touristiques locaux et les salariés des offices de tourisme locaux et départementaux de notre région pour faire face aux évolutions profondes des mœurs touristiques. Elle intervient donc dans de multiples domaines : professionnalisation, organisation touristique, démarche de progrès, accueil… En matière de stratégie numérique, elle aide par exemple les établissements à ne pas devenir dépendants d’un seul opérateur de réservation en ligne ou à se faire connaître des influenceurs et autres blogueurs touristiques.

170 000

contrats de saisonniers par an en NouvelleAquitaine (hors intérim)

150

OFFICES DE TOURISME

SEBASTIEN LE CLEZIO

ALEXANDRE DUPEYRON

« LA VOCATION DES OFFICES DE TOURISME EST DE DÉPASSER LE CADRE DE LA PROMOTION DU TERRITOIRE POUR SENSIBILISER LES VISITEURS AU TOURISME DURABLE. »

pour 1 300 salariés en Nouvelle-Aquitaine

Ancien saisonnier, EMRICK HERBAUT, 25 ans, a été embauché par l’office de tourisme de l’île d’Oléron-Bassin de Marennes. Il nous raconte son parcours et ses motivations.

« Entre liberté et précarité » Comment avez-vous intégré l’office de tourisme de Marennes-Oléron ? Emrick Herbaut : Originaire de La Rochelle, j’ai toujours baigné dans une ambiance touristique. Dès l’âge de 17 ans, je travaillais comme saisonnier à l’occasion des vacances scolaires. Après une licence en gestion, j’ai opté en 3e année pour une spécialisation « tourisme ». J’ai enchaîné ensuite avec un master « management des activités hôtelières et touristiques » ponctué d’un stage de six mois à l’office de tourisme de Marennes-Oléron en 1re année qui s’est très bien passé. J’ai décidé alors de suivre ma 2e année en alternance au sein de l’OT. Aujourd’hui, grâce au soutien de la Région via le dispositif NOTT, j’ai obtenu un CDI dans cette structure comme chargé de développement. J’assure des missions d’ingénierie touristique : relais avec les collectivités, politique d’accueil des campingcars, développement du nautisme, gestion des saisonniers…

Visite guidée « Les chemins de Québec » de l’office de tourisme de La Rochelle.

XAVIER LEOTY

Qu’est-ce qui vous attire dans ce secteur d’activité ? E. H. : La qualité de vie dans cette filière est plutôt agréable. Elle offre de nombreuses opportunités et possède de beaux jours devant elle, en Nouvelle-Aquitaine comme en France. Les offices de tourisme se professionnalisent et leurs actions ne se limitent pas à un simple rôle d’accueil. J’apprécie particulièrement leur dimension stratégique, au carrefour de l’aménagement du territoire, des transports ou de sujets de société. Le tourisme, ce n’est pas qu’une affaire économique…

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Quels sont les avantages et les inconvénients de la vie de saisonnier ? E. H. : Un saisonnier oscille entre liberté et précarité. Il trouve facilement du travail et aspire souvent à découvrir d’autres régions. C’est une activité qui facilite les rencontres, dans une ambiance plutôt jeune et sympa. À l’inverse, les saisonniers se heurtent à de graves difficultés de logement hors de leur région d’origine. Par définition, leur rémunération est limitée. Je pense qu’ils ont besoin d’être informés et accompagnés, mais aussi intégrés et considérés.

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16 Md€

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

pour 9% du PIB régional, c’est la part du tourisme dans l’économie de Nouvelle-Aquitaine

TOURISME LAB

La Région Nouvelle-Aquitaine lancera, au printemps 2019, son , un espace collaboratif qui aura pour objectif d’impulser et de valoriser les initiatives touristiques innovantes

ALEXANDRE DUPEYRON

Améliorer la compétitivité des entreprises du tourisme

Comme pour tout secteur économique, le dynamisme de la filière tourisme passe par une bonne santé de ses entreprises, condition sine qua non de la création d’emploi et de l’attractivité. C’est pourquoi la Région s’engage pour la compétitivité des entreprises du tourisme.

A

vec 16 milliards d’euros de consommation touristique régionale, le tourisme représente 9 % de notre PIB régional et se classe ainsi au quatrième rang des régions françaises. C’est bien, mais perfectible. À titre d’exemple, pour un nombre de nuitées approximativement identiques, les régions Auvergne-Rhône-Alpes ou Île-de-France génèrent respectivement 19,7 et 19,5 milliards d’euros de consommation touristique. La compétitivité des entreprises touristiques représente donc un enjeu fort. Pour répondre à ce défi, celles-ci doivent travailler sur leur offre et s’adapter aux demandes

des clients. Pour les accompagner, la Région et l’ensemble des acteurs publics s’engagent dans plusieurs chantiers, parmi lesquels : soutenir la création et la modernisation des hébergements touristiques, la reprise et la transmission d’entreprises du tourisme, accompagner l’implantation d’équipements touristiques et de sites de visite, faciliter l’accès au financement, favoriser les démarches collectives de qualité… ATTIRER LA CLIENTÈLE ÉTRANGÈRE Sur le plan de l’attractivité, le tourisme néo-aquitain se porte bien, en particulier sur la clientèle française, avec + 4 % de fréquentation et + 3 % de

nuitées en 2017. Des chiffres qui placent désormais la Nouvelle-Aquitaine sur la plus haute marche des régions en volume de fréquentation des clientèles françaises, devant l’Occitanie. En revanche, la clientèle étrangère – qui dépense plus que les Français - augmente moins vite en Nouvelle-Aquitaine que dans les autres régions. Nous accueillons ainsi presque deux fois moins de nuitées internationales que la région PACA. Or, 100 millions de touristes étrangers sont attendus dans les prochaines années en France, contre 85 millions en 2015. La multiplication des lignes aériennes et le succès de la LGV Paris-Bordeaux sont porteurs d’espoir. Les touristes des pays d’Europe du Nord, sensibles au tourisme durable, représentent à ce titre une cible privilégiée, auprès de laquelle il faut valoriser la beauté et la qualité de nos sites naturels, de notre patrimoine historique et de nos grands équipements de loisirs.

ZOOM

LE SUCCÈS DE LA LGV

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un an après sa mise en service, la LGV entre Bordeaux et Paris a transporté 5,5 millions de voyageurs supplémentaires (+ 70 % de voyageurs avant les grèves), dont un tiers ne prenait pas le train auparavant. Au départ de Toulouse, c’est + 60 % de voyageurs. Un succès pour l’attractivité de notre région, mais aussi pour les déplacements du quotidien auxquels participe la LGV. Colonne vertébrale des déplacements dans la région, la nouvelle LGV a induit une très nette hausse de la fréquentation des TER, de l’ordre de + 13 % en un an. Bordeaux-Angoulême (+ 31 %), Bordeaux-Saintes (+ 29 %) et Bordeaux-Hendaye (+ 21 %) figurent parmi les lignes qui en ont le plus profité.

PROMOUVOIR LES DESTINATIONS TOURISTIQUES Le Comité régional du tourisme (CRT) a pour principales missions la promotion des territoires et des destinations de Nouvelle-Aquitaine, l’accompagnement et la structuration de l’offre touristique régionale et l’observation des attentes et profils des touristes français et étrangers. « Pour le moment, la NouvelleAquitaine n’est pas une destination ou une marque touristique, explique Michel Durrieu, directeur du CRT. C’est un territoire touristique. C’est-à-dire qu’il comprend de nombreuses destinations, comme le Pays basque, la côte atlantique avec les Landes ou le bassin d’Arcachon, la vallée de la Dordogne, Vassivière, Niort et le Marais poitevin, les Pyrénées, Cognac, Limoges … On sait que les touristes sont prêts à faire deux à trois heures de trajet en vacances depuis leur lieu de villégiature. Or, 80 à 85 % des destinations de la région peuvent être reliées entre elles dans ce laps de temps. Notre stratégie consiste donc à relier l’ensemble de ces destinations. » Pour bâtir la promotion des destinations de Nouvelle-Aquitaine, le CRT se base ainsi sur quatorze destinations phares.

Un accompagnement vital abrice Dubuc et sa compagne Édith Moutengou avaient un rêve : faire de la gare désaffectée de Bedous, dans les Pyrénées-Atlantiques, un hôtel-restaurant 3 étoiles. Six ans plus tard, le projet devient réalité : l’établissement ouvrira ses portes au printemps 2019. D’une superficie de 500 m2 de bâti sur une parcelle de 1 700 m2, l’hôtel-restaurant « Trans’humance & Cie » abritera 9 chambres et un restaurant, en attendant une 2e phase de travaux prévue, avec piscine extérieure et espace bien-être. Un choix de vie pour ce cuisinier de métier qui met en exergue « l’authenticité du site, situé juste en face des montagnes

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de la vallée d’Aspe ». Le couple a mûri le projet dans les moindres détails avec une idée clé : être fidèle aux valeurs d’un territoire auquel ils sont très attachés. Murs en pierre de taille, poêles à granulés dans les chambres, four à bois dans la cuisine, grande cheminée et produits frais locaux : l’esprit béarnais transpire dans cet investissement au processus juridique long et au montage financier participatif. « Il a fallu effectivement du temps pour racheter la gare à la SNCF via la commune. De plus, nous avions absolument besoin d’aide pour financer une partie des fonds, mais aussi optimiser tous les travaux », poursuit Fabrice Dubuc, qui tient à

saluer toutes les structures qui ont accompagné l’initiative, notamment la Région, Aquitaine Active ou encore le Département des PyrénéesAtlantiques. Une implication partenariale forte Hors achat des murs, le projet de rénovation représente un budget de 350 000 euros, financés à hauteur de 20 % par la Région Nouvelle-Aquitaine. « Ce budget a été fortement minimisé grâce au soutien d’un chantier d’insertion car sinon, le coût des travaux aurait rendu le projet non viable, poursuit le futur restaurateur-hôtelier. Sans le soutien financier, logistique et technique de

nombreux acteurs, le projet n’aurait jamais vu le jour. » Cette implication partenariale forte des collectivités et des acteurs économiques et touristiques se traduira aussi par l’émergence d’une nouvelle offre d’hébergement et de restauration de qualité, ainsi que la création de plusieurs emplois. Il ne reste plus qu’à séduire maintenant une clientèle touristique, mais aussi locale. « Nous espérons aussi que le projet de réouverture de Canfranc* verra le jour et boostera l’économie locale », conclut Fabrice Dubuc. * La Région Nouvelle-Aquitaine milite depuis des années pour la réouverture de la ligne ferroviaire Pau-Canfranc. Cette dernière gare, en Espagne, fait d’ailleurs l’objet de travaux de rénovation en ce sens.

SABINE DELCOUR

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Fabrice Dubuc et Édith Moutengou, devant l’ancienne gare de Bedous (64).

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

DAN COURTICE

7 SITES

inscrits au Patrimoine de l’humanité en Nouvelle-Aquitaine : Bordeaux Port de la Lune, sites préhistoriques et grottes ornés de la vallée de Vézère en Dordogne, juridiction de Saint-Émilion, abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne), citadelles de la région de Blaye (33), citadelle de Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), chemin de Saint-Jacques de Compostelle; et 2 inscriptions au Patrimoine immatériel de l’humanité : tapisserie d’Aubusson (Creuse) et Ostentations septennales limousines.

DR

L’été, en Nouvelle-Aquitaine, plus de 200 manifestations culturelles sont financées par la Région sous la bannière Festivals d’été. Des manifestations qui contribuent à l’attractivité de notre Région. Ici, le Festival de Bellac (87).

Le tourisme augmenté Opérationnel depuis l’an dernier, l’appel à projets Event Tech de la Région NouvelleAquitaine soutient des projets d’innovation numérique en lien avec des événements culturels destinés à renforcer l’attractivité et la notoriété touristique des territoires.

L

es organisations de manifestations culturelles savent combien le numérique contribue à renouveler l’expérience des spectateurs. Ces événements s’appuient de plus en plus sur les nouvelles technologies avant, pendant ou après les manifestations. Dans ce contexte, la Région a lancé en 2017 l’appel à projets Event Tech, reconduit pour la saison 2018/2019. D’une dotation globale de 450 000 euros, l’aide finance les structures retenues jusqu’à 60 % maximum des dépenses éligibles, dans la limite d’un plafond de 50 000 euros. Les projets doivent être conduits en coopération ou collaboration avec des partenaires numériques et des partenaires touristiques, puisque l’idée est justement de croiser les mondes de la culture, du numérique et du tourisme dans une logique d’attractivité et de notoriété des territoires.

DES PROJETS HÉTÉROCLITES Le jury de la première « édition » d’Event Tech a retenu six projets répondant à son cahier des charges. À Bordeaux, l’association Musiques de Nuit Diffusion a réalisé une application de réalité augmentée qui a permis d’enrichir son carnaval et d’interagir avec les personnages de sa parade. Les organisateurs du Reggae Sun Ska ont offert de leur côté aux festivaliers une diffusion vidéo live à 360° haute définition. À Poitiers, l’exposition itinérante « C’est arrivé demain, épisode 2 » a réinterprété la bande dessinée de science-fiction en lien avec les nouvelles formes d’imagerie. Le festival des arts de la rue Fest’Arts de Libourne et les Siestes musicales de Saintonge ont eux aussi bénéficié du soutien de l’aide régionale. « Les opérateurs doivent s’emparer de cet appel à projets qui représente une opportunité de faire vivre des spectacles transversaux dans des territoires qui n’en ont pas forcément l’habitude ni les moyens

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financiers », explique Catherine Dété, directrice du théâtre du Cloître et de l’association Bellac sur Scène en Haute-Vienne. Dans le cadre du 65e Festival de Bellac, son projet d’animation innovante de la maison natale de Jean Giraudoux par différents procédés d’art numérique et des performances dans un parcours immersif dans les rues de la commune a été subventionné. « Au-delà du spectacle proprement dit, ce projet a présenté

L’INNOVATION EN TÊTE !

L’appel à projets Tourisme innovant en NouvelleAquitaine (TINA) soutient les démarches qui améliorent et enrichissent l’expérience du public, optimisent les nouveaux usages touristiques ou favorisent le développement des objets connectés de services innovants. Initié en 2017, le dispositif a fait l’objet d’une cinquantaine de candidatures. Parmi les huit initiatives soutenues à cette première session, on citera la réalisation d’une cartographie augmentée du territoire du Seignanx, dans les Landes, à destination des acteurs touristiques, l’expérimentation d’un nouveau concept d’office de tourisme en milieu rural dans le Lot-et-Garonne ou encore la réalisation en Corrèze d’une application utilisant la réalité virtuelle pour assurer une médiation ludique et pédagogique autour du thème de la préhistoire. Les lauréats de l’édition 2018 seront quant à eux connus d’ici à la fin de l’année.

deux vertus : il a permis grâce au numérique de donner une dimension contemporaine à l’œuvre de Jean Giraudoux et de créer de la vie par la présence pendant deux semaines des comédiens au cœur de la commune. » Des projets tous très différents qui ont permis de valoriser le territoire auprès du public régional, mais aussi des touristes, de plus en plus friands de spectacles immersifs.

Les mille et une pépites de Nouvelle-Aquitaine E

ntre sites naturels et équipements de loisirs et de découverte, notre région attire chaque année des millions de touristes. Revue d’effectif de ces lieux emblématiques et incontournables qui font le charme et la renommée de la Nouvelle-Aquitaine. Avec 1,9 million de spectateurs, le parc du Futuroscope à Poitiers est le site le plus visité de notre région, talonné par la dune du Pilat sur le bassin d’Arcachon, qui enregistre elle aussi près de 2 millions de visiteurs chaque année. Classée « Grands Sites » sur le plan national en raison de son caractère unique en Europe, la montagne

de sable constitue une locomotive pour l’économie locale, prouvant ainsi que les dispositifs de protection d’espaces naturels ne sont pas des contraintes mais, au contraire, des atouts pour l’essor d’un tourisme durable. L’aquarium de La Rochelle (800 000 visiteurs) et le zoo de la Palmyre en CharenteMaritime (630 000 entrées) complètent ce classement avec, en 5e position, Lascaux IV en Dordogne (500 000 visiteurs). En Gironde, la Citadelle de Blaye (450 000 visiteurs) et la Cité du vin à Bordeaux (445 000 visiteurs), ou encore le train de la Rhune (365 000 visiteurs) dans les Pyrénées-Atlantiques,

font partie de ces hauts lieux incontournables du tourisme régional. Les cités historiques de Sarlat en Dordogne et de Saint-Émilion en Gironde attirent chaque année l’une et l’autre plus d’un million de visiteurs, sans oublier nos sites classés au Patrimoine de l’Unesco et au Patrimoine immatériel de l’humanité. D’autres équipements, moins fréquentés, participent pleinement à l’essor du tourisme régional et à sa reconnaissance. Voilà pourquoi la Région Nouvelle-Aquitaine soutient la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson, dans la Creuse, les musées de la vallée de la Vézère en

Dordogne sur la préhistoire, ou encore l’aquarium de Limoges nouvellement créé. Au total, la Région investit 17 millions d’euros en équipements majeurs. Ces derniers attirent en effet des flux de visiteurs qui bénéficient par ricochet aux autres offres touristiques proches : hébergement, restauration, musées, activités de loisirs, commerces, etc. La majeure partie de ces sites et équipements, véritables locomotives régionales, est d’ailleurs organisée au sein de l’Association des grands acteurs du tourisme, que la Région accompagne à travers le financement de projets.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

ALBAN GILBERT

400

établissements et plus de 55 000 lits. C’est le poids du tourisme social en Nouvelle-Aquitaine. Villages vacances, centres de vacances, auberges de jeunesse, centres internationaux de séjour et opérateurs privés représentent ces établissements.

L’UNAT EN BREF

42 % des personnes résidant en France ne partent pas en vacances chaque année. Ce chiffre se vérifie dans notre région, qui se mobilise pour faciliter un accès aux vacances pour tous.

Créé depuis presque un siècle, l’UNAT rassemble et défend les acteurs touristiques engagés autour du projet de tourisme social et solidaire. L’association couvre quatre grands secteurs d’activité : les villages vacances, les séjours collectifs pour enfants et ados, le tourisme des jeunes et les voyages. Au service des hommes et des territoires, l’UNAT est représenté par sa délégation régionale basée à Bordeaux et présidée par Cécile Fillon, directrice de l’association Écoacteurs en Médoc.

Des vacances pour tous

DES TOURISTES COMME LES AUTRES « En insérant les jeunes, les familles et les seniors dans des séjours déjà constitués, les dispositifs d’aide à la personne, portés par les membres du réseau, favorisent la mixité sociale et permettent à des publics éloignés des vacances de ne pas être stigmatisés », explique Cécile Fillon, présidente de l’UNAT Nouvelle-Aquitaine. « Nous avons de la chance, la Région soutient les porteurs de dispositifs et la rénovation d’équipements par l’octroi de subventions », poursuit la responsable, qui

SEBASTIEN LE CLEZIO

L

orsque les revenus d’un foyer sont faibles ou limités, le poste « vacances » est souvent jugé superflu, car il passe après les dépenses de logement, de nourriture et d’habillement. Cette situation renforce l’isolement des personnes fragilisées. L’UNAT, tête de réseau du tourisme social et solidaire, rassemble les principaux acteurs touristiques à but non lucratif. En Nouvelle-Aquitaine, sa délégation recense 70 membres, 21 organisations, 151 hébergeurs et 33 000 lits. Il s’agit d’auberges de jeunesse, centres internationaux de séjour, centres de vacances, campings, villages vacances, hôtels ou résidences souvent engagés dans des démarches de développement durable et de labellisation (Écolabel européen, marque Tourisme Handicap, Ethic Étape…). Ces hébergements et organisateurs de séjours sont en majorité gérés par des associations (VVF Villages, UFCV, VTF, UCPA, Ligue de l’enseignement…) et la plupart pratiquent des politiques tarifaires différenciées en fonction des ressources des bénéficiaires et adhèrent aux dispositifs existants, comme les chèques vacances de l’ANCV 1 ou VACAF 2.

Les dispositifs d’aide à la personne favorisent la mixité sociale et permettent à des publics éloignés des vacances de ne pas être stigmatisés. souligne le poids économique et social de la filière en Nouvelle-Aquitaine : 2 500 emplois équivalents temps plein et plus de 160 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sur le terrain, une multitude d’acteurs se sont spécialisés par public ou par mission. L’association ColoSolidaire permet d’identifier, grâce à une plateforme, des séjours à tarif solidaire pour les enfants et les jeunes. Avec le soutien de l’ANCV, de la Région et d’autres partenaires, Ekitour propose aux seniors des séjours adaptés. Ce secteur se

professionnalise de plus en plus, avec des structures expertes. Vacances et Familles accompagne des familles qui ne sont jamais parties, avant, pendant et après le séjour. L’association Vacances ouvertes n’organise pas de séjours et n’intervient pas auprès du public, mais aide les professionnels à construire des projets personnalisés en fonction des publics visés. Le tourisme n’est pas que marchand… 1. Agence nationale pour les chèques-vacances. 2. Aides aux vacances de la CAF.

L’hôtellerie solidaire et humaniste «N

JOEL PEYROU

Yoann Magnin, dirigeant de Solikend.

otre concept, unique en France, repose sur l’idée suivante : vendre occasionnellement des nuitées de chambres d’hôtel inoccupées en basse ou moyenne saison

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au profit d’associations caritatives. » Yoann Magnin, porteur de l’initiative, dirige Solikend, la première plateforme de réservation hôtelière solidaire. Soutenue

par la Région et lauréate de l’appel à projets régional TINA pour un « tourisme innovant », la start-up de Biarritz ouvre officiellement son site en décembre 2018, après une période d’expérimentation validée et même plébiscitée par les différents acteurs concernés. La force du dispositif est de proposer une solution gagnante pour tout le monde, en phase avec le fonctionnement de l’économie sociale et solidaire et l’esprit d’un tourisme durable. Le grand public a l’assurance que la totalité du montant de sa chambre est versée à l’association choisie 1 ; l’hôtelier démontre son engagement solidaire et s’offre une visibilité auprès de consommateurs sensibilisés tout en bénéficiant d’avantages fiscaux 2 ; les

associations bénéficient de leur générosité. Quant à Solikend, sa rémunération est totalement transparente : elle résulte à la fois des contributeurs spontanés du site, dans une logique de financement participatif, et d’une rétrocession des associations à hauteur de 15 % des dons collectés. Consomm’acteurs et hôteliers citoyens « La plateforme répond, dans le domaine de l’hébergement touristique, d’un côté aux personnes qui souhaitent donner du sens à leur consommation et de l’autre aux hôteliers indépendants qui veulent agir de façon citoyenne. Solikend leur permet de se rencontrer », résume Yoann Magnin. À l’ouverture du site, une cinquantaine d’hôtels de la côte basque et de plusieurs autres départements de Nouvelle-Aquitaine devraient être disponibles, à raison de 30 à 60 nuits par an et par

établissement en moyenne. Outre le grand public, la structure vise aussi les comités d’entreprise, qui apprécient la démarche, en adéquation avec les démarches de RSE 3 des acteurs économiques. À noter enfin que cette innovation constitue une alternative sociétale aux mastodontes qui trustent le marché de la réservation hôtelière. Au-delà de son principe solidaire, la plateforme vise à encourager la réservation en direct. L’idée est astucieuse : lorsque les “nuits solidaires” sont épuisées ou non disponibles aux dates souhaitées, le client est invité à réserver via le site officiel de l’hôtel. « Nous faisons le pari qu’une place est possible pour une réservation hôtelière solidaire, équitable et humaniste », conclut Yoann Magnin. 1. Solikend prévoit à terme de proposer un choix d’une vingtaine d’associations pour un montant total collecté de dons estimé à 200 000 euros. 2. Perçus au titre du mécénat d’entreprise. 3. Responsabilité sociétale des entreprises.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

ÉCOLOGIQUE PRIORITÉS RÉGIONALES/ TRANSITION ET ÉNERGÉTIQUE ÉNERGIE Les énergies renouvelables sont une réponse concrète aux attentes des habitants. Afin qu’ils puissent s’impliquer dans leur développement, la Région soutient et appuie les projets portés localement.

Les citoyens acteurs de la transition énergétique

EN BREF

L’Europe et les défis climatiques AVEC L’AIDE DE L’EUROPE, LA RÉGION ENTEND, D’ICI À 2020, RÉDUIRE LES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE DE 20 % et accroître l’efficacité

énergétique en augmentant l’utilisation des sources d’énergies renouvelables de 20 %, tout en diminuant la dépendance aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon…). Pour atteindre ces objectifs, la Région Nouvelle-Aquitaine mobilise plus de 245 millions d’euros de fonds européens sur la période 2014-2020. Sur toute la Nouvelle-Aquitaine, à ce jour, plus de 418 projets ont été accompagnés par l’Europe pour un montant de plus de 102 millions d’euros. Parmi ces projets, on retrouve l’usine Siniat (33), qui a pu optimiser ses dépenses énergétiques sur ses équipements les plus énergivores. Ce qui lui a permis de maintenir sa compétitivité. Le Département de la Haute-Vienne a pu, quant à lui, installer une chaufferie biomasse dans le centre aqualudique de Saint-Pardoux, afin de chauffer les locaux et d’assurer la production d’eau chaude des bassins. Un projet qui permet d’augmenter la capacité de production des énergies renouvelables et de réduire l’émission de gaz à effet de serre. L’Europe en région, c’est aussi la communauté de communes du Thouarsais (79) qui a pu préserver des espaces naturels sensibles, qui ont une valeur patrimoniale forte, avec la présence d’espèces rares et emblématiques telles que le castor d’Europe ou la loutre d’Europe.

I

mpulser ou participer à des projets locaux d’énergie renouvelable est une aventure ouverte et conviviale. Pour accompagner cet objectif ambitieux dans lequel citoyens et collectivités locales s’engagent main dans la main, la Région et l’ADEME ont lancé en juin 2017 un appel à projet. Les habitants sont incités à s’impliquer et la Région les accompagne via le réseau CIRENA. Afin d’augmenter le nombre de projets soutenus, l’appel à projet a été renouvelé en octobre 2018 et élargi aux initiatives touchant à la mobilité propre. Cette dynamique locale favorise l’autonomie énergétique des territoires. Elle permet aux citoyens de se réapproprier les outils de production et d’orienter leur épargne vers le secteur des énergies vertes. Coup de projecteur sur deux de ces projets pionniers. Des granges transformées en centrales À Ayen, petite commune corrézienne de 750 habitants, l’idée de se grouper pour installer des panneaux solaires sur les toits a émergé il y a trois ans. En 2017, les instigateurs du projet ont identifié six granges dont les toitures sont suffisamment vastes et l’orientation cohérente pour accueillir des centrales photovoltaïques. « Nous avons monté une

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SAS dans laquelle nous sommes 26 souscripteurs, témoigne Jérôme Perdrix, à l’initiative du projet. En étant équipés, les toits des granges sont aussi réhabilités. C’était un argument auprès des propriétaires pour qu’ils adhèrent au projet. Ça permet à du bâti ancien de continuer à vivre. » Les adhérents ont monté les centrales eux-mêmes, avec l’appui d’un installateur. La sixième a été installée au début de l’hiver. « Ça a été un long travail. On a bien transpiré. On a été enthousiasmés, fatigués, déçus, décontenancés… Puis l’appel à projet de la Région est arrivé là-dessus. Ça a été une reconnaissance, et l’aide financière nous a permis de faire le sixième toit dans d’excellentes conditions. » Sur leur lancée, les habitants souhaitent maintenant s’investir dans d’autres projets de transition énergétique : ils travaillent à l’achat groupé de vélos électriques et d’une voiture partagée. L’épargne populaire pour le photovoltaïque Entamé avec une dizaine de fondateurs, le projet I-ENER rassemble aujourd’hui plus de 500 actionnaires qui mutualisent leurs ressources pour financer l’installation de panneaux photovoltaïques sur des toitures publiques du Pays basque. Chaque

Jérôme Perdrix, programme photovoltaïque, Ayen (19).

citoyen investit environ 300 euros. « Souvent, les gens adhèrent parce que c’est un projet de territoire, analyse Bixente Uhalde, chargé de développement. C’est un argument aussi fort que celui de la transition énergétique. On ne promet pas de gains. L’épargne est bloquée pendant cinq ans, et ensuite ils peuvent la récupérer. Le but n’est pas de distribuer des dividendes, mais de réinvestir les bénéfices. Il n’y a donc pas d’incitation financière, il s’agit juste de participer à un projet de développement. » La structure compte déjà 15 réalisations et en espère 20 supplémentaires l’an prochain. « L’appel à projet nous aide à élargir nos capacités d’investissement. »

Plus d’infos cirena.fr

17déposéporteurs de projet ont déjà une demande de soutien 821 citoyens participent au capital de ces sociétés 70 000 € d’aides ont été accordés par la Région

Un train pour le climat

S

ix villes, du nord au sud de la région –Angoulême, Poitiers, Limoges, Bordeaux, Biarritz et Agen –, ont accueilli en gare le nouveau Train du climat. Du 5 octobre au 6 novembre derniers, les quatre voitures spécialement aménagées de ce TER pas comme les autres ont symboliquement lancé leur tour de France par une traversée de la région Nouvelle-Aquitaine. Ici, en effet, l’impact du changement climatique est d’ores et déjà visible et prévisible. Face à ce constat, la communauté scientifique est mobilisée. Océanographes, sociologues, économistes et agronomes ont accompagné les visiteurs sur le rail à travers une découverte du climat au fil des âges. À la fin du parcours, chacun pouvait ainsi disposer des

clés de compréhension pour s’engager sur la voie des solutions. Lors de son premier voyage, en octobre 2015, en amont de la COP 21, le Train du climat dressait un état des lieux destiné à mieux comprendre les enjeux du changement climatique. Ce nouveau convoi est désormais beaucoup plus orienté sur la mobilisation. Il partage à chacune de ses étapes les savoirs qui permettent d’envisager les choix les plus judicieux pour le futur. Une démarche pionnière co-organisée par le comité scientifique régional AcclimaTerra, dont les travaux permettent d’anticiper les impacts du changement climatique en Nouvelle-Aquitaine, pour agir sur les territoires.

Plus d’infos acclimaterra.fr

FRANÇOISE ROCH

O. PANIER DES TOUCHES

CLIMAT Le Train du climat effectuait sa tournée régionale cet automne. Il s’agit d’une exposition itinérante, destinée à partager les connaissances et à mobiliser autour des questions du changement climatique. Une occasion unique de rencontre entre chercheurs, experts et grand public.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ ÉCONOMIE ET EMPLOI EN BREF CRÉATION D'ENTREPRISE Pour encourager la création d’entreprise, la Région a mis en place une offre d’accompagnement intitulée « Entreprendre, la Région à vos côtés ». Le but est d’offrir un appui à près de 10 000 porteurs de projets de création et/ou de reprise d’entreprise jusqu’à son développement.

La fibre optique, un vivier d’emplois

Entreprendre sur tous les territoires

PLUS DE 3 000 EMPLOIS ÉQUIVALENTS TEMPS PLEIN. Tel sera le besoin en main-d’œuvre dans le

secteur de la fibre optique en Nouvelle-Aquitaine. Le chantier colossal d’équipement en prises fibre optique de 3 millions de foyers d’ici à 2022 va nécessiter l’emploi de nombreux techniciens, tireurs, raccordeurs de câbles pour la construction du réseau et sa maintenance, mais aussi de conducteurs de chantiers, dessinateurs, chargés d’études… Commencé en 2011 par des opérateurs privés, ce chantier monte en puissance cette année avec l’intervention des pouvoirs publics pour le raccordement de 1,5 million de foyers. La Région, qui y participe à hauteur de 229 millions d’euros, œuvre tant sur le plan de l’information que sur celui de la formation pour répondre à ce besoin en compétences très spécifiques « fibre optique ».

Usine du futur, identifier les offreurs de solutions VOUS CHERCHEZ UNE ENTREPRISE pour de la fabrication

CELINE LEVAIN

additive, cybersécuriser vos systèmes, intégrer des technologies propres… Une cartographie existe désormais en ligne. Elle donne accès à un répertoire de plus de cent offreurs de solutions en équipements et services technologiques de NouvelleAquitaine. Destiné aux industriels engagés vers l’usine du futur, en phase de modernisation ou de transformation, ce nouvel outil conçu par la CCI Nouvelle-Aquitaine et piloté par la Région permet de mener une recherche thématique avec, à la clé, des informations fiables : compétences, clients, coordonnées… Chaque offreur de solutions est invité à se faire référencer sur cette nouvelle cartographie, qui est en totale cohérence avec l’Alliance Industrie du Futur (AIF), et a vocation à être élargie au niveau national.

A

vec un taux de création d’entreprises de + 8,15 %, soit 49 900 nouvelles en 2017, la Nouvelle-Aquitaine s’avère être la deuxième région la plus dynamique de France (hors classement Île-de-France), derrière Auvergne-Rhône-Alpes. Forte de cette vitalité, la Région souhaite conforter ce positionnement via son nouveau dispositif « Entreprendre, la Région à vos côtés », lancé en janvier dernier. Son objectif : renforcer l’économie territoriale et l’entrepreneuriat, notamment sur les zones dites plus vulnérables (territoires ruraux, quartiers prioritaires…), par un accompagnement des personnes désireuses de créer ou de reprendre une entreprise en Nouvelle-Aquitaine. Une prérogative qui s’inscrit dorénavant dans un cadre réglementaire depuis la Loi NOTRe* par le transfert aux Régions de la compétence d’accompagnement des porteurs de projets à la création et reprise d’entreprise. L’ambition de la Région est de structurer et de rendre lisible, sur l’ensemble du territoire, ce dispositif d’accompagnement

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de proximité qui s’accompagne d’un financement de 6 millions d’euros sur trois ans. Un parcours personnalisé Concrètement, au sein de chaque département, les structures d’accompagnement (Chambres de métiers et de l’artisanat, Chambres de commerce et d’industrie, Plateformes Initiative, France Active, Réseau Entreprendre, ADIE, associations, EPCI…) se sont organisées au sein de regroupements (plus de 80 organismes conventionnés) pour proposer aux créateurs-repreneurs d’entreprise un parcours personnalisé en trois phases. La première porte sur l’accueil, l’information et l’orientation. Missions assurées, sous forme individuelle et/ou collective, par des points-relais permettant au public d’être reçu dans un rayon de 30 km autour de son domicile. La deuxième phase réside dans l’accompagnement. Elle aborde toutes les phases nécessaires à la création : diagnostic et définition du plan d’actions ; élaboration du plan d’affaires ; recherche de financements et orientation vers les aides régionales. Dont l’aide à l’amor-

çage à la création ou à la reprise, qui dépend de certains critères (âge et statut du chef d’entreprise, lieu de création, nature du projet…) et oscille entre 4 000 et 10 000 euros. La troisième et dernière phase consiste en un suivi post-création ou reprise de trois ans. Autant d’appuis dont a pu bénéficier l’entreprise Drone Aquitaine, basée à Saint-Vaury dans la Creuse, créée en février 2018. Elle propose des services d’imagerie par drone. « À partir du moment où j’ai poussé la porte de la Chambre de métiers, j’ai été guidé dans toutes les étapes importantes de la création de mon entreprise, raconte Anthony Louis, jeune chef d’entreprise de 25 ans. Grâce à cela, j’ai gagné du temps et évité certains écueils. Un des points forts a été la mise en réseau avec d’autres structures, qui ont su me diriger vers des prestataires ayant des besoins. Le parrain qui me suit dans la post-création m’a également ouvert son carnet d’adresses et a su me conseiller sur certains changements de cap. Ces aides m’ont permis d’être plus serein, et j’ai pu ainsi me concentrer sur mon cœur de métier. » * Loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République.

L’accompagnement de la Région a bénéficié à l’entreprise Drone Aquitaine.

Plus d’infos www.ccibusiness-nouvelleaquitaine.fr/ offreurs-de-solutions et www.usinefutur.fr

CES 2019 : ça repart ! POUR LA 3e ANNÉE CONSÉCUTIVE, la Nouvelle-Aquitaine a sélectionné ses meilleures start-up pour participer au CES 2019*, du 8 au 11 janvier prochain, à Las Vegas. Une délégation de 24 entreprises représentera la Région au plus grand salon mondial des nouvelles technologies. L’occasion de rencontrer en un temps record les leaders mondiaux, grands groupes et influenceurs, de développer des contacts et de percevoir les nouvelles tendances de la tech. Chaque année, le CES accueille près de 200 000 visiteurs professionnels autour de 3 600 exposants. Près de 20 000 nouveaux produits y sont lancés à l’échelle mondiale. La Nouvelle-Aquitaine a fait le choix de sélectionner un nombre limité de start-up de très haute qualité. Pour optimiser la participation à cet événement d’envergure, elle leur offre un accompagnement personnalisé et une visibilité durant les quatre jours de show, sur place et grâce à un dispositif de communication dédié. Dix-huit entreprises exposeront sur le salon et six ont choisi de venir en tant que « visiteur ». La qualité des participants néo-aquitains est d’ores et déjà reconnue : sept start-up sélectionnées dans la délégation se sont vues récompensées par un CES Innovation Award en amont de l’événement, en octobre dernier. Issue de l’ensemble du territoire régional, cette « Team NAqui » est accompagnée par la Région et ses partenaires : CCI International, French Tech Bordeaux, le SPN, Digital Aquitaine, Aliptic, Bordeaux Métropole et CCI Bordeaux.

* Consumer Electronics Show.

Plus d’infos So-start-up.fr

04/12/2018 19:40


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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ ÉCONOMIE ET EMPLOI EN BREF VITICULTURE Un vaste plan de bataille piloté par la Région a été lancé afin de réduire l’usage des pesticides en viticulture. Nom de code : Vitirev. Il s’agit d’un projet sur dix ans, multi-partenarial et foisonnant.

Pesticides : une mobilisation sans précédent feuille de route, via sept grands chantiers à mener, a pris corps, élaborée par l’ensemble des partenaires. Leur approche ? Aborder la question de la sortie des pesticides dans toute sa globalité, en activant un large spectre de solutions. Premiers living labs territoriaux dès 2019 Ainsi, dès 2019, dans certaines zones viticoles, comme en Charente ou dans le Bergeracois, se tiendront les premiers LITs, Laboratoires d’innovation territoriale. Ils réuniront des partenaires – pas seulement du monde viticole – pour imaginer des expérimentations rapides face à une problématique locale, par exemple la cohabitation de zones viticoles et de lieux de vie, ou comment réinventer les lisières… En parallèle, les nouvelles pratiques, alternatives aux pesticides, seront plus largement diffusées auprès des viticulteurs. Dès 2019 sera également lancée Vitidata, une plateforme digitale collaborative où les acteurs de la

TRANSITION AGRICOLE À partir de juin 2019, les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires de NouvelleAquitaine qui investiront dans des pratiques respectueuses de l’environnement pourront accéder plus facilement à des prêts bancaires avec des conditions d’octroi privilégiées. Pour accompagner au plus près les besoins en investissement des agriculteurs et des entreprises agroalimentaires, la Région Nouvelle-Aquitaine met en place un fonds de garantie de 30 millions d’euros dénommé Alter’NA (Alternative en Nouvelle-Aquitaine). Abondé à hauteur de 14 millions d’euros par l’Europe (FEADER) et 16 millions par la Région, Alter’NA sera géré par le FEI (Fonds européen d’investissement), filiale de la Banque européenne d’investissement. Par un appel à manifestation d’intérêt qui se clôture mi-février, ce dernier va sélectionner des banques présentes sur tout le territoire régional offrant les conditions les plus intéressantes aux agriculteurs en termes de taux d’intérêt, cautions personnelles, frais de dossier… À partir de l’été prochain, les offres bancaires « Alter’NA » pourront être actionnées par tous les porteurs de projets souhaitant investir dans l’agroécologie, réduire l’usage des intrants, se convertir au bio, construire des bâtiments nouvelle génération, bio-sécurisés, ou des éco-serres, développer des circuits courts… Les acteurs de l’agroalimentaire, pour de la transformation de produits issus de l’agriculture biologique, pourront également y prétendre. Alter’NA devrait générer environ 150 millions d’euros de prêts afin que les opérateurs de la transition agroécologique soient mieux armés pour répondre aux attentes de la société, aux défis de la préservation des sols et de la biodiversité et aux enjeux du changement climatique.

filière témoigneront de leurs pratiques et expériences. 2030 : des pratiques vertueuses pour un vignoble prestigieux À plus long terme, d’autres leviers seront actionnés pour accompagner l’innovation, appuyés par des investissements conséquents. Les centres de recherche seront sollicités sur une dizaine de thématiques telles que les risques d’exposition aux pesticides sur la santé, les variétés de cépages résistantes… Les start-up génératrices d’outils innovants numériques ou de bio-contrôle seront, elles, fortement accompagnées. Face à la prise de risque financière que représente l’abandon des pesticides, les viticulteurs pourront faire appel à de nouveaux fonds de garantie. Enfin, une vaste réflexion sera menée avec des économistes pour que ces changements vers une viticulture durable se traduisent par des plus-values tant pour les exploitants que pour les citoyens et par une attractivité renforcée de notre territoire.

Dès 2019, une plateforme collaborative permettra aux acteurs de la filière viticole de témoigner de leurs pratiques.

Signature de l’accord de financement pour la création du fonds de fonds Alter’NA, le 23 novembre 2018. SÉBASTIEN LE CLEZIO

T

erritoires viticoles respectueux de l’environnement : telle est la signification de « Vitirev ». Depuis deux ans, des centaines d’acteurs planchent sur ce projet : les interprofessions de Bordeaux, Bergerac-Duras, Cognac…, l’État, les Chambres d’agriculture, des centres de recherche tels que l’INRA, l’Institut des sciences de la vigne et du vin, ou dédiés à l’innovation comme Agri Sud-Ouest Innovation, Inno’vin… Jamais autant d’acteurs ne s’étaient mis autour de la table. Avec un objectif partagé : mettre un véritable coup de frein à l’usage des pesticides en viticulture, encore trop répandu aujourd’hui. Piloté par la Région, le projet Vitirev a posé ses véritables premières pierres début 2018, en remportant l’appel à manifestation d’intérêt TIGA (Territoire d’innovation grande ambition) et un soutien étatique de 360 000 euros ; somme complétée à équivalence par la Région. De même, courant 2018, une

Des prêts plus accessibles avec Alter’NA

L’Europe et l’agriculture en région

PHOVOIR

SUR LA PÉRIODE 2014-2020, c’est plus de

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1,4 milliard d’euros que l’Europe consacre à la Nouvelle-Aquitaine, pour soutenir les secteurs agricoles et agroalimentaires. Ces fonds sont gérés directement par la Région, au plus près des besoins des territoires. Parmi les priorités financées par les fonds propres de la Région et ces fonds européens, on retrouve : la poursuite et l’accélération du développement de l’agriculture biologique et de l’agroécologie, le soutien aux nouvelles installations et le renouvellement générationnel, le déploiement du plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles ou encore l’accroissement de la valeur de la filière alimentaire. Les aides européennes pour l’agriculture et l’agroalimentaire, c’est par exemple Sébastien Jouaneaud à Augères (23), aidé dans le cadre de son installation jeune agriculteur avec son père, sur une exploitation d’élevage de veaux et de culture de céréales conduite en agriculture biologique. C’est aussi Florence Misson, qui a ainsi pu créer un site d’élevage de volailles en bio sur quatre bâtiments à Meilhan-sur-Garonne (47). C’est également la Cuma de Pranzac, à Vilhonneur (16), qui a pu acheter un semoir à dents pour implanter des cultures intermédiaires, visant à limiter le lessivage des éléments fertilisants, notamment de l’azote. Des aides très concrètes, pour inventer l’agriculture et l’alimentation de demain.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

CULTURE & DÉCOUVERTE

PIERRE SOISSONS

des Pénitents, siège autrefois des Pénitents noirs, une confrérie laïque du e siècle. Les vitraux d’origine ont été remplacés par des verreries contemporaines, qui jettent des feux changeants sur les dalles de pierre. Quand on sort de la chapelle, la lumière crue et la forte chaleur vous sautent au visage. Heureusement, il fait plus frais autour de la fontaine devant la mairie. Si l’eau ne peut être bue, c’est un plaisir d’en rincer son visage, en suivant, amusé, la nage des poissons rouges au fond du bassin.

Collonges-la-Rouge est labellisée «plus beau village de France».

OLIVIER BLEYS

OLIVIER BLEYS Auteur confirmé, il a publié 32 livres, notamment chez Gallimard et Albin Michel. Passionné de marche, il a entrepris, en 2010, un tour du monde à pied par étapes qu’il poursuit d’année en année.

Collonges-la-Rouge doit aux Vassinhac, sans doute l’une des plus puissantes familles du village, le castel de Vassinhac, construit en 1583 : une vaste demeure surmontée de deux tours hexagonales et d’une tourelle en poivrière.

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TERRITOIRES Cet été, Olivier Bleys s’est rendu à Collonges-la-Rouge. Il nous livre ici le récit de cette nouvelle étape à la découverte de notre belle région.

Carnet de marche à Collonges-la-Rouge

C

ertains villages sont difficiles à comprendre. Le plan des rues, l’ordre des aménagements, le sens des voies de circulation… lancent un défi au promeneur. Dans telle ou telle bourgade, produit du lent amoncellement des constructions au fil des siècles, on peine à trouver des repères. Rien de tel à Collonges-la-Rouge. Préparant mon séjour dans ce village pittoresque des contreforts du Limousin, je m’étonnais que l’église, la chapelle contiguë, l’ancienne halle aux grains, le manoir… ne possèdent pas d’adresse. N’y avait-il qu’une seule rue, à Collonges ? La réponse est (presque) oui. Les visiteurs qui stationnent leur véhicule sur le parking, en haut du village, n’ont qu’à descendre la rue Barrière pour rencontrer, sur 400 mètres, tout ce qui mérite d’être vu ici. J’en ai fait l’expérience. On suit dix minutes cette rue inclinée et, soudain, avec la dernière maison

dos aux champs, le village s’interrompt : c’est la campagne, on est sorti de Collonges-la-Rouge ! Déjà ? Comme bien des touristes, j’ai fait demi-tour. Je me suis lancé dans l’exploration de ce village de poche qui tient dans quelques rues – la plupart trop étroites pour la circulation automobile – et une poignée de maisons à touchetouche. Un mariage heureux de lignes et de couleurs D’emblée, le regard est saisi par l’harmonie de l’ensemble, le mariage heureux des lignes et des couleurs. La palette des façades se réduit à deux ou trois tons : brique, orangé, capucine… Collonges-la-Rouge porte bien son nom. Ici, toutes les constructions ou presque sont en grès rouge, une pierre extraite des collines avoisinantes. Elles sont une dizaine, les communes du sud de la Corrèze à s’être habillées de cette pierre singulière, qu’enflamme la présence plus ou moins riche d’oxyde

de fer. Mais nulle part mieux qu’à Collonges le grès ne paraît prendre feu... Seuls les toits d’ardoise brute parviennent, ici et là, à contenir l’incendie. Le grès rouge a servi à construire les maisons. Il a permis aussi d’édifier des bâtisses plus imposantes. Passant sous les fenêtres du manoir de Vassinhac, joli castel Renaissance, j’admire son bel état de conservation. Voici pourtant quatre siècles que Gédéon de Vassinhac, seigneur de Collonges et capitaine gouverneur de la vicomté de Turenne, a établi ici sa demeure. L’église Saint-Pierre, elle aussi, est joliment entretenue. Le temps d’une courte visite, je déploie le trépied de mon appareil photo à l’intérieur, dans la pénombre rose des vitraux. C’est la fin de l’été et les touristes sont encore nombreux à s’arrêter sous le tympan en calcaire du e siècle, déposé pendant les guerres de religion et remonté ensuite, ou dans l’axe du clocher roman. À l’angle de la même place se dresse la chapelle

Maroquiniers, moutardiers, ferronniers C’est à proximité, voici quarante-deux ans, qu’a ouvert l’une des premières échoppes d’artisans du village. En 1976, Collonges-laRouge n’était pas encore une destination touristique. Le bourg ne figurait pas non plus sur la liste des « Plus Beaux Villages de France », qu’il a d’ailleurs inaugurée : c’est en effet à son maire de l’époque, Charles Ceyrac, qu’on doit l’invention du label et la constitution du réseau, riche aujourd’hui d’une centaine d’adhérents. Quand « l’atelier de cuir » a été créé, les visiteurs étaient rares. Mais l’on y cultivait déjà un savoir-faire que perpétuent Angèle Perrier et Jérôme Marliac, héritiers du projet. Ceintures, sacoches, portefeuilles, bijoux… Ma caméra butine dans les allées de la boutique, qui fleure bon le cuir de vachette finement tanné. L’artisan me décrit différentes sortes de cuirs, avant d’évoquer des commandes particulières qu’on lui a passées. Parmi les artisans installés à Collonges, une majorité y vit à l’année. Ce sont des maroquiniers, mais aussi des moutardiers, des ferronniers, des vanniers dont le talent à tresser des chapeaux de paille a été bien apprécié des touristes, pendant la canicule. Nombreux aussi sont les restaurants qui servent les spécialités roboratives du Limousin, tels le pâté de pommes de terre ou le boudin noir aux châtaignes... Le raisin, dont commence la saison, s’invite dans plusieurs plats. Tant mieux, c’est l’heure du déjeuner. Devant une crêperie à la décoration extravagante, une sorcière grandeur nature monte la garde. La carte aux accents folkloriques propose une galette « Berthe aux pieds nus », une galette « Mimi cra-cra des bois », une galette « Mirabelle la rebelle »… Mis en appétit, je franchis la porte de ce lieu mystérieux. La Maison de la sorcière jouxte le restaurant de même nom. Deux espaces contigus, mais deux ambiances bien différentes... Les clients, m’explique le patron,

NULLE PART MIEUX QU’À COLLONGES LE GRÈS NE PARAÎT PRENDRE FEU. »

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MAURICE BIRAUD

ICI DR

« Ici repose , qui n’a jamais eu besoin de porteur pour son bagage intellectuel. » Épitaphe sur la tombe de Maurice Biraud, comédien, chanteur et humoriste, amoureux de Collonges-la-Rouge, qui y est enterré depuis 1982.

De nombreux sentiers et circuits de randonnée Vers treize heures, je me remets en marche, lesté d’une fraîche bolée de cidre. Sous le soleil à son zénith, le promeneur se faufile d’ombre en ombre. Je ne suis pas le seul à m’abriter sous la halle aux grains, où se tenait jadis un marché aux vins et aux huiles de noix. La halle est renommée pour sa charpente en bois de châtaignier et pour son four ancien, où les villageois cuisaient leur pain. De la même époque date la Maison de la sirène, ainsi baptisée d’après la sculpture qui surmonte l’entrée. Cette maison est aujourd’hui le siège de l’association des « Amis de Collonges », très active dans

l’entretien et dans l’embellissement du village. C’est un lieu à fréquenter si l’on s’intéresse à l’histoire et au patrimoine de Collonges. Au sous-sol du petit musée, des échantillons de pierres déclinant toutes les nuances du rouge. Cela donne envie d’explorer la faille dite de Meyssac, curiosité géologique d’où sont issus ces grès colorés. Elle s’étire sur près de cinquante kilomètres, au voisinage immédiat de Collonges. On trouve encore, dans la forêt, les vestiges d’anciennes carrières de pierre. De nombreux sentiers et circuits empruntent le village, situé sur la voie dite « de Rocamadour » du chemin de Compostelle. Parmi eux, j’ai repéré le sentier des sources, qui permet d’approcher les sites d’extraction du grès. Huit kilomètres à travers

bois : une jolie promenade pour finir la journée... Je m’élève d’un bon pas vers les hauteurs modestes du Collongeois. La végétation, par endroits très sèche, réduite à l’état de garrigue, annonce le Quercy voisin. Voici enfin les carrières. Les ouvriers qui taillaient les blocs de grès habitaient des maisons faites du même matériau. Un silence pèse aujourd’hui sur ces ruines : faute de rentabilité, on a cessé d’exploiter les gisements. Le soleil décline comme je redescends vers Collonges. Le village n’est jamais plus rouge qu’à cette heure, quand l’allument les rayons chauds du couchant. Ma randonnée s’achève après douze kilomètres, au cœur d’un brasier de toits et de façades. Bientôt, pourtant, la nuit calmera l’ardeur des murs incandescents.

La légende affirme que, par le passé, le bourg de Collonges comptait jusqu’à une trentaine de tours.

EN PRATIQUE

viennent du monde entier. Collonges-la-Rouge est populaire jusqu’au Japon !

OLIVIER GACHEN

La Maison de la sirène regroupe outils, meubles et documents du début du XXesiècle.

Fontaine devant la mairie.

OLIVIER BLEYS

COLLONGES-LA-ROUGE EN CORRÈZE S’Y RENDRE En voiture : depuis l’A89, puis l’A20 depuis Bordeaux, l’A20 depuis Limoges, la nationale 147, puis l’A20 depuis Poitiers. En train, rendez-vous en gare de Bretenoux-Biars, Brivela-Gaillarde, Gramat, Rocamadour, Saint-Denis-près-Martel ou Souillac. En avion, vous atterrirez à l’aéroport de Brive – allée de la Dordogne. SUR PLACE En juillet et août, vous pourrez découvrir tous les secrets de la cité médiévale avec un guide conférencier. La visite nocturne à la lueur du flambeau est également à expérimenter. Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme, qui propose également un parcours ludique pour les familles, avec un questionnaire à remplir tout au long de la visite. Celle-ci peut aussi se faire avec Vidéoguide, une application mobile développée par la Région NouvelleAquitaine qui vous propose vidéos et commentaires audio, pour découvrir le village en toute autonomie. videoguidenouvelleaquitaine.fr GASTRONOMIE Profitez des auberges et restaurants pour découvrir les spécialités limousines : pâté de pommes de terre, boudin noir aux châtaignes, bœuf limousin…

OLIVIER BLEYS

SE LOGER Villages vacances, gîtes, hôtels, chambres d’hôtes, campings… Chacun y trouvera sa formule en fonction de ses envies et de son budget.

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PARLANJHES RÉJHIOUNÀUS / ESKUALDELANGUES RÉGIONALES/ LÉS HIZKUNTZAK / LAS LENGAS REGIONALAS POITEVIN-SAINTONGEAIS

BASQUE

Lés prisounàes dounant de la rogane

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a qualitai de l’enrejhistrure enpose jha de s’émouvàe. A la cuntraere, quant o s’écoute chantàe Jhosét Jhaureghibér, un ét gripai pr la pissence de sa rogane, pr sun féti. Prtant, sun chant nos vént d’in àutre séclle. Naessu en 1884 a Laràu, au Péyis Basque, Jhosét Jhaureghibér ét yin daus prisounàes de ghaere enrejhistrais pr la Coumissiun founografique prussiéne. Entr 1915 é 1916, en pllén mitan dau vrdin de la Grand’Ghaere, çhéte coumissiun anghit gllénàe den lés canps de prisounàes alemands daus archives sounores de « tots lés péplles de la taere ». Casiment 250 parlanjhes é dialécs

sirant de maeme gravais su daus rolàies de cére Édison é daus disques gramofoniques. Entrmi çhés parlanjhes, o se trovant l’ouccitan é le basque. L’Énstitut Çhulturàu Basque métit su la téle çhéte annàie queùques-ines daus enrejhistrures de dis souldats basques, queme Jhosét Jhaureghibér, saesissants a écoutàe. Çhés enrejhistrures boutrant le travall de glléne de fétis sounores menai pr l’ICB (su www. mintzoak.eus) mé étou l’inOc pr l’ouccitan (www.sondaqui.com) é l’UPCP-Métive, pr la çhulture poetevine-séntunjhaese (www. cerdo.fr). Chéquine de çhés troes éstructures segue, segun sen istoere pi sa vocaciun, lés éspéciau-

tais de sa çhulture en disténgant bé çheù qu’ét de part ac l’archive istorique (queme çhés enrejhistrures de prisounàes) pi ac le patrimoene çhulturàu vivant. Prmére a cunçheùllàe daus fétis sounores, l’UPCP-Métive sen afie sultout pr ine criaciun artistique çhi s’émisse. Ac la reférence « étnopole », l’ICB é l’inOc menant ine ouvrajhe de siences ouménes a prpous dau patrimoene çhulturàu imatériàu : lés tradiciuns trjhou segàies, lés éspressiuns core usàies, lés fàetes… Çhau patrimoene çhulturàu imatériàu ét ben vivant. La proue : ac la glléne daus fétis sounores, a daus fés istoriques, le garde tote sa mémoere.

Presoek ahotsa altxatzen dute

G Portrait d’un prisonnier de guerre basque.

rabaketaren kalitateak ez dio emozio pixka bat ere ez kentzen. Egia esan, kontrako efektua lortzen du: Joseph Jaureguiber-en kanta entzutean, haren ahotsaren indarrak eta interpretazioak harrapatzen gaitu. Hala ere, haren kantua beste mende batetik datorkigu. Joseph Jaureguiber Euskal Herrian jaio zen, Larrainen, 1884. urtean eta Prusiako Komisio Fonografikoak grabatu zituen gerra presoetako bat izan zen. 1915 eta 1916 artean, Gerra Handiaren erokeriaren baitan, komisioa Alemaniako presoen esparruetara joan zen «mundu guztiko herrien» soinu-fitxategiak biltzeko asmoz. Horrela, 250 hizkuntza eta dialekto inguru erregistratu ziren Edison argizari zilindroetan eta disko gramofonikoetan. Hizkuntza horien artean okzitaniera eta euskara agertzen dira. Aurten, Euskal Kultur Erakundeak (EKE) hamar euskal soldadu horien grabaketa batzuk igo ditu sarera, Joseph Jaureguiber-en grabaketa lazgarria barne. Grabaketa hauek EKE-ak

zuzendutako ahots-dokumentuen bilketa-lana islatzen dute (www.mintzoak.eus webgunean), bai eta InÒc-ek egindakoa okzitanieraren kasuan (www. sondaqui.com) eta UPCP-Métives-ena poitevin-santongeais kulturaren baitan ere (www. cerdo.fr). Egitura horietako bakoitzak, haren historia eta bokazioaren arabera, bere kulturaren berezitasunak jarraitzen ditu, artxibo historikotik (presoen grabazio hauek bezala) eta bizirik dagoen ondare kulturaletik nabarmentzen direnak ongi bereiziz. Ahots-soinuen bilketan aitzindaria, UPCP-Métives mugimenduan dagoen sormen artistiko batez elikatzen da batez ere. «Etnopoloa» etiketa azpian, EKE-ak eta InÒc-ek ondare kultural ukiezinari buruzko giza-zientzien lan bat daramatzate: oraindik mantentzen diren tradizioak, gaur egun erabiltzen diren esaerak, festak... Ondare kultural ukiezin hau bizi-bizirik dago. Horren froga: ahots-dokumentuen bilketari esker, batzuetan historikoak, memoria osoa mantentzen du!

OCCITAN

Presoèrs a boca-tiranta

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N Les prisonniers donnent de la voix

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a qualité de l’enregistrement n’enlève rien à l’émotion. Sur le site de l’Institut culturel basque (ICB) peuvent s’écouter des chants enregistrés pendant la Première Guerre mondiale. L’Allemagne souhaitait collecter des archives sonores de « tous les peuples de la terre » et une commission scientifique fut chargée d’enregistrer dans les camps de prisonniers près de 250 langues et dialectes (dont le basque et l’occitan), gravés sur rouleaux de cire ou disques gramophoniques. Ces enregistrements illustrent le travail de collecte de documents sonores mené par l’ICB (sur www.mintzoak.eus) mais aussi l’InOc pour l’occitan (www.sondaqui.com) et l’UPCPMétives pour la culture poitevine-saintongeaise

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(www.cerdo.fr). Chacune de ces structures suit, selon sa vocation, les spécificités de sa culture en distinguant bien ce qui relève de l’archive historique (comme ces enregistrements de prisonniers) et du patrimoine culturel vivant. Pionnière dans le recueil de documents sonores, l’UPCP-Métives s’en nourrit pour une création artistique en mouvement. Avec le label « ethnopôle », l’ICB et l’InOc mènent un travail de sciences humaines sur le patrimoine culturel immatériel : les traditions encore suivies, les expressions toujours utilisées, les fêtes… Ce patrimoine culturel immatériel est bien vivant. Et grâce à la collecte de documents sonores, parfois historiques, il conserve toute sa mémoire.

on tira pas arren a l’emocion, la qualitat de l’enregistrament. Au contra, quan entenem a cantar a Joseph Jaureguiber, qu’èm gahats peu poder de la votz, per l’interpretacion. Totun que nse vien d’un aute sègle lo cant son. Vadut a Larrau en 1884, en Vascoat, Joseph Jaureguiber qu’ei deus presoèrs de guèrra enregistrats per la Comission fonografica prussiana. Enter 1915 e 1916, au còr de la holia de la Grana Guèrra, la comission qu’anè collectar archius sonòrs de « tots los pòbles de la tèrra » peus camps de presoèrs alemands. Quasi 250 lengas e dialèctes que son estats atau gravats sus rotlèus de cera Edison e disques gramofonics. L’occitan e l’euskara que hèn part de las lengas aquestas. L’Institut Culturau Basco (ICB) qu’a hicat en linha quauques uns deus enregistraments de dètz soldats bascos, dont Joseph Jaureguiber, esmavents d’escotar. Qu’illustran lo tribalh de collècta de documents sonòrs,

aquestes enregistraments miats per l’ICB (sus www.mintzoak. eus), tanben l’InÒc per l’occitan (www.sondaqui.com) e l’UPCP-Métive per la cultura peitavina-santongesa (www.cerdo. fr). Cadua d’aquesta tres estructuras que segueish, segon l’istòria e la vocacion qui a, las especificitats de la cultura qui ei la soa en distinguir de plan çò de l’archiu istoric (com aqueths enregistraments de presoèrs) e çò deu patrimòni culturau vitèc. Davancèra en lo recuelh de documents sonòrs, l’UPCP-Métive que se’n neureish mei que tot per ua creacion artistica en movement. Dab lo labèl « etnopòle », l’ICB e l’InÒc que mian un tribalh de sciéncias umanas suu patrimòni culturau immateriau : las tradicions enqüèra observadas, las expressions que serveishen tostemps, las hèstas… Qu’ei plan vitèc aqueste patrimòni culturau immateriau. La pròba : mercés a la collècta de documents sonòrs, per còp istorics, que’s sauva tota la memòria !

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

CULTURE & DÉCOUVERTE ÉVÉNEMENT Le Festival international

de la bande dessinée – qui se déroule du 24 au 27 janvier 2019 – relance son marché international des droits et des licences pour s’imposer comme la place forte de la BD, à la fois économique et culturelle.

PETIT CLAUDE

Angoulême, capitale économique de la BD RENCONTRE Entretien avec Claire Jacquet, directrice du FRAC

Aquitaine, à l’occasion de l’ouverture de la MÉCA à l’horizon 2019, où le FRAC sera accueilli aux côtés de l’OARA et de l’ALCA*.

La MÉCA : cap sur 2019 Pouvez-vous nous présenter le FRAC Aquitaine ? Claire Jacquet : Les Fonds régionaux d’art contemporain en France sont des outils assez uniques en leur genre. Créés au début des années 1980, ils sont nés de la politique de décentralisation, sur la base d’un partenariat inédit et solide liant les Régions et l’État. Leurs missions ? Soutenir la création par le biais d’une collection d’œuvres d’art émanant d’artistes vivants, puis la diffuser sur le territoire et auprès de tous, conférant ainsi à ces outils une mission de service public. Aujourd’hui, le FRAC Aquitaine est à la tête d’une collection inégalable de 1 200 œuvres dont

plus de 50 % circulent chaque année dans des lieux très variés de notre Région mais aussi en France et à l’étranger. Quelles sont les priorités, les principaux chantiers du FRAC ? C. J. : À l’heure actuelle, la priorité pour le FRAC Aquitaine est de réussir son emménagement à la MÉCA, et par conséquent un tournant de son histoire ! C’est un chantier qui nécessite d’effectuer l’inventaire de ce patrimoine d’art contemporain et qui implique un travail scientifique conséquent. Et bien sûr il s’agit de prévoir la programmation artistique dans ce nouveau bâtiment et d’intensifier nos actions « hors

ZOOM

LE FRAC-ARTOTHÈQUE LIMOUSIN DÉMÉNAGE AUSSI À Limoges, le FRAC-Artothèque Limousin est lui aussi appelé à déménager, en plein centre-ville. L’ex-Région Limousin a acquis un bâtiment industriel de la fin du e siècle, au 17 bis de la rue Charles-Michels. Dans cette artère piétonne, le nouveau FRAC-Artothèque doit devenir une vitrine de l’art contemporain encore plus proche et ouverte à tous les publics, notamment grâce à la formidable pratique du prêt d’œuvre d’art pour les personnes. Avec un café-lecture, une galerie, un atrium…, le bâtiment offrira de multiples espaces et une surface d’exposition de 1 500 m2. Le coût global de l’opération s’élève à 5,5 millions d’euros (acquisition du bâtiment comprise). L’opération est inscrite au contrat de plan État-Région pour 1,7 million d’euros et pourra mobiliser des financements européens à hauteur de 1 million. L’inauguration est prévue en 2020.

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les murs » avec les partenaires en région, les FRAC Limousin et Poitou-Charentes, mais aussi par le biais de coopérations internationales. Toute l’équipe est au travail et se consacre à la préparation de la première exposition, « Il est une fois dans l’Ouest », qui valorisera les richesses et talents du territoire. Vous vous installerez en 2019 à la MÉCA, qu’est-ce que cela représente pour vous ? C. J. : À n’en pas douter, une nouvelle dynamique avec le territoire, car cet outil demeure à son service, mais aussi avec les créateurs, qui profiteront de nouveaux espaces de travail (un pôle Innovation et Créativité dédié à des projets liant artiste et entreprise) ou de perspectives croisées entre cinéma, littérature, spectacle, art… La MÉCA représente une formidable vitrine pour l’art contemporain, auquel nous donnerons plus de rayonnement et d’intensité encore. Tout notre projet est pensé pour répondre aux enjeux de nomadisme (par l’itinérance, le numérique), maintenir une offre artistique sur l’ensemble du territoire et accompagner une politique culturelle régionale ambitieuse. La MÉCA, par la volonté de la Région Nouvelle-Aquitaine et avec le soutien de l’État, ouvre une nouvelle séquence aux défis conjugués de la démocratisation et de la décentralisation culturelle.

MÉCA

Maison de l’économie créative et de la culture

OARA

Office artistique de la Région NouvelleAquitaine

ALCA

Agence livre, cinéma et audiovisuel en NouvelleAquitaine

FRAC

Fonds régional d’art contemporain

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e Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême deviendra-t-il le Festival de Cannes du neuvième art ? C’est en tout cas l’ambition affichée avec le nouvel essor donné au marché international des droits et des licences. À l’image de Cannes, place emblématique de la cinéphilie mais aussi de l’économie du cinéma, Angoulême compte bien peser de tout son poids dans l’économie de la bande dessinée. Le rayonnement culturel du festival en fait un rendez-vous incontournable et, en parallèle du festival, un marché des droits existe déjà. « Mais nous devions lui donner une autre dimension », explique Franck Bondoux, délégué général du FIBD. La 46e édition du festival verra donc le lancement d’une place de marché à la hauteur de la réalité économique de la bande dessinée. La France est le premier marché de la BD en Europe et le deuxième dans le monde après le Japon. La cession de licences et droits dérivés à l’export (éditoriaux, adaptation cinématographique et audiovisuelle, droits numériques, adaptation jeu

vidéo, merchandising) représente aujourd’hui plus de 10 % des revenus des éditeurs de BD. Avec un espace dédié plus vaste, une journée réservée aux professionnels la veille du festival, des infrastructures pour organiser des conférences et favoriser les prises de contact, le marché international d’Angoulême devra répondre à plusieurs enjeux. De la BD à l’animation Il aura tout d’abord à se positionner sur les échanges internationaux. Les lecteurs français ont cette particularité d’aimer tous les genres de BD (le manga japonais représente un tiers des ventes en France !). D’où la multiplication des traductions et des droits entre éditeurs. Face aux mangas et aux comics américains, la BD francophone doit aussi davantage s’exporter. Enfin, la BD est un genre qui se prête particulièrement bien aux transpositions cinématographiques. L’un des rôles du marché international d’Angoulême sera de faciliter les échanges autour des cessions des droits et des adaptations au cinéma, dans des films d’animation ou de jeux vidéo. Car Angoulême est aussi un pôle d’excellence dans l’animation avec une filière structurée et des studios réputés. Le FIBD compte bien valoriser les atouts du pôle angoumoisin en servant d’interface au niveau régional, national et international. « Avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Centre national du livre, nous prenons un nouvel élan, prédit Franck Bondoux. Et c’est en s’installant à long terme que ce marché prendra toute son ampleur. »

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PRODUIT RÉGIONAL

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

LE LIVRE DE RÉFÉRENCE écrit en 2008 par l’universitaire Isabelle Bunisset, « Le cannelé, ce mystère nommé désir » (éditions Féret) reste le seul ouvrage à creuser la vérité historique du cannelé à Bordeaux.

1937

C’EST LA DATE DE LA PREMIÈRE TRACE ÉCRITE MENTIONNANT LE CANNELÉ. L’ÉCRIVAINE BORDELAISE JEANNE ALLEMAN, AMIE DE FRANÇOIS MAURIAC, PUBLIE SOUS LE PSEUDONYME DE JEAN BALDE «LA MAISON AU BORD DU FLEUVE» OÙ ELLE CITE «LES FAMEUX CANNELÉS».

CANNELÉ OU CANELÉ ?

LE CANNELÉ MYSTÈRE BORDELAIS

LA CONFRÉRIE DU CANELÉ DE BORDEAUX A SUPPRIMÉ UN « N » AU CANNELÉ EN 1985 EN DÉPOSANT LE TERME « CANELÉ » COMME UNE MARQUE COLLECTIVE. L’ACTION DE LA CONFRÉRIE, À SES DÉBUTS, EST ENCOURAGÉE PAR LE MAIRE DE L’ÉPOQUE, JACQUES CHABANDELMAS, QUI PRESSENT LE POTENTIEL ÉCONOMIQUE ET SYMBOLIQUE DE LA PÂTISSERIE. L’APPELLATION MODIFIÉE EST DÉSORMAIS UTILISÉE PAR CERTAINES MARQUES. MAIS «CANNELÉ» RESTE BIEN ORTHOGRAPHIÉ AVEC TOUTES SES CONSONNES DANS LE DICTIONNAIRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE.

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Quand est-il né, d’où vient son nom et combien de « n » prend-il ? Mondialement connu, le cannelé reste pourtant la pâtisserie la plus énigmatique de Bordeaux !

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE/ ALEXANDRE DUPEYRON

UNE ORIGINE LÉGENDAIRE Qu’elle est belle,

cette légende qui prétend que le cannelé aurait été créé par des bonnes sœurs ! Le problème, c’est qu’en matière d’histoire de la gastronomie, petits gâteaux et biscuits ont souvent tendance à s’inventer une origine religieuse. Ainsi le cannelé serait né au e siècle au cœur de Bordeaux, au couvent de l’Annonciade, confectionné par les nonnes avec des chutes de farine recueillies sur les quais près des bateaux marchands. L’histoire est jolie, mais totalement fausse. La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Nouvelle-Aquitaine s’est installée en 1995 dans le bâtiment du couvent après des fouilles archéologiques poussées. Aucune trace de moule à cannelé. Aucune trace de la pâtisserie dans les archives du couvent. Et à vrai dire, avant le e siècle, on n’a aucune trace du gâteau tel qu’on le connaît aujourd’hui.

UN NOM INCERTAIN L’origine de son nom fait aussi débat. Vient-il des cannelures de son moule ? Est-il dérivé des « canaules », « canolles », « canaulés » ou « canaulets », ces douceurs qui régalèrent Bordeaux jusque après la Révolution, mais sans aucun rapport avec la recette actuelle ? Mystère, là encore. La recette ne donne aucun indice, tant ses ingrédients sont communs : du lait, du beurre, du sucre, des œufs, de la farine, plus la vanille et le rhum. Certains en ont déduit que la

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vanille et le rhum venaient du commerce maritime, et que les jaunes d’œufs étaient récupérés après l’utilisation des blancs pour le collage (la purification) des vins. On n’en a aucune preuve. D’autres voient un lien de parenté avec le « biste heyt » (le tôt-fait) de Gascogne, les cruchades ou les pâtes à crêpes. Mais qui eut l’idée du moule et de la forme ? L’énigme demeure.

CONSÉCRATION… PARISIENNE ! Présent dans les pâtisseries et boulangeries de Bordeaux dans la première moitié du e siècle, le cannelé moderne n’attire pas vraiment l’attention. Il faudra attendre les années 1980 et le coup de cœur du maître boulanger Jean-Luc Poujauran, fils d’un boulanger des Landes, pour que le petit gâteau gagne ses lettres de noblesse à Paris. Sa taille se rétrécit pour en faire une mignardise. Le cannelé s’impose alors jusque chez Fauchon, dans la gastronomie de luxe, et acquiert une aura internationale. À Bordeaux, il devient définitivement l’emblème gastronomique de la ville, et un formidable filon partagé par les artisans boulangers-pâtissiers, les fabricants pour la grande distribution et les entreprises spécialisées. Deux grandes maisons se disputent le marché de la vente directe : l’historique Baillardran, créée en 1988, au succès fulgurant, avec un positionnement haut de gamme ; et la Toque Cuivrée, lancée en 2011 avec une stratégie de démocratisation du cannelé.

L’IMPORTANCE DU MOULE L’ÉTAPE CLÉ DANS LA RÉUSSITE DE LA RECETTE RESTE LA CUISSON, DONT DÉPEND LA CARAMÉLISATION CROUSTILLANTE DU CANNELÉ, UN DUR AU CŒUR TENDRE. LE FAMEUX MOULE EN CUIVRE ÉTAMÉ EST DONC IDÉAL POUR BIEN RÉPARTIR ET RÉGULER LA TEMPÉRATURE DE CUISSON. LA DIFFICULTÉ RESTE LE DÉMOULAGE, DONT LA RÉUSSITE DÉPEND DU GRAISSAGE. LES PROFESSIONNELS CONSEILLENT D’APPLIQUER LA MATIÈRE GRASSE EN SPRAY OU À L’AIDE D’UN PINCEAU. ET LÀ ENCORE, LE DÉBAT FAIT RAGE ENTRE LES PARTISANS DE LA CIRE D’ABEILLE ALIMENTAIRE POUR TAPISSER LES MOULES ET SES DÉTRACTEURS QUI JUGENT, COMME LE BOULANGER JEAN-LUC POUJAURAN, QU’ELLE MODIFIE TROP LE GOÛT DU CANNELÉ.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

MODE D’EMPLOI

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Égalité rRééaliser l’Égalité

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

PAROLE AUX ÉLUS À CHAQUE PARUTION DE VOTRE JOURNAL, VOS ÉLUS REVIENNENT SUR UN SUJET DONNÉ, EN DISPOSANT POUR CE FAIRE D’UNE LONGUEUR DE TEXTE PROPORTIONNELLE À LEUR NOMBRE DE SIÈGES À L’ASSEMBLÉE

POUR UNE EXCELLENCE TOURISTIQUE

TOURISME ZÉRO CARBONE : UNE CHANCE POUR LES NÉOAQUITAINS

NATHALIE FONTALIRAN Conseillère régionale (24)

STÉPHANE TRIFILETTI

NICOLAS BELOT Conseiller régional (17)

EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS

GROUPE LES RÉPUBLICAINS/CPNT

Conseiller régional délégué à l’Éducation et à l’Environnement. groupe.eelv@nouvelle-aquitaine.fr - Tél. : 05 57 57 80 95

Tél. : 05 57 57 83 61 - groupe.lrcpnt@nouvelle-aquitaine.fr

LE TOURISME, UN VECTEUR DE DÉVELOPPEMENT EXEMPLAIRE NAÏMA CHARAÏ STÉPHANE DELPEYRAT-VINCENT GÉNÉRATION-S Coprésidents

Tél.Š: 05 57 57 84 20

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a Région Nouvelle-Aquitaine s’est dotée du Schéma régional du tourisme et des loisirs en juin dernier. Déterminant pour faire de la Nouvelle-Aquitaine une destination de premier choix pour les touristes étrangers, français, mais aussi infrarégionaux, ce schéma régional prend en compte le tourisme dans sa globalité (de la formation aux prestations) et promeut la transition écologique ainsi que le tourisme social. Nous avons toutefois deux inquiétudes quant à ces aspects indispensables aujourd’hui. La loi ELAN adoptée en octobre dernier pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la préservation du foncier, en particulier du littoral, en autorisant l’artificialisation de ces paysages fragiles. Quant au tourisme social évoqué dans le SRDTL, nous regrettons qu’il ne fasse que peu mention des personnes en situation de handicap en dehors de l’ESS et du soutien à l’UNAT. Si ce soutien est primordial, il est également indispensable de généraliser l’accessibilité des sites touristiques aux publics handicapés. Tous les leviers doivent être activés pour faire du tourisme vert et social un vecteur d’inclusion et d’attractivité sur notre territoire.

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e tourisme mondial génère plus de 8 % des gaz à effet de serre, contribuant ainsi au dérèglement climatique et à l’effondrement du vivant. La Nouvelle-Aquitaine ne saurait devenir demain le terrain dégradé du tourisme de masse. Un tourisme non maîtrisé s’accompagne toujours de nouvelles autoroutes et de nouveaux aéroports (rappelons que l’aviation est le seul secteur ne payant pas les taxes sur les carburants). Ce tourisme favorise la métropolisation, la littoralisation, la spéculation foncière et les pollutions qui touchent d’abord les plus précaires. Nous devons préserver notre Région pour les générations futures en évitant la saturation des sites, qui entraîne pénurie et cherté des logements et problèmes d’assainissement et d’accès à l’eau. C’est pourquoi nous agissons au sein de votre collectivité pour : proposer des modes de transport doux et collectifs, des destinations « grandeur nature » ; définir des seuils de fréquentation pour les sites les plus menacés et construire les solidarités avec les territoires les plus fragiles ; favoriser le départ de la moitié des Néoaquitains ne partant jamais en vacances ; diminuer l’empreinte écologique du tourisme ; moderniser le parc d’hébergement du tourisme social. Ensemble, construisons de nouvelles destinations vers la sobriété heureuse pour tous.

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LE TOURISME, UNE VRAIE RICHESSE RÉGIONALE JACQUES COLOMBIER RASSEMBLEMENT NATIONAL

Président du groupe Rassemblement national Tél.Š: 05Š57Š57Š73Š86 - groupe.fn@nouvelle-aquitaine.fr

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e secteur du tourisme de Nouvelle-Aquitaine s’est doté d’un schéma régional et nous l’avons voté. La Nouvelle-Aquitaine est la première région d’accueil française, avec 110 000 emplois directs et 9 % du PIB de la région. La vision du tourisme soutenue par le Rassemblement national se doit d’être multiforme pour être complète : Le tourisme patrimonial et historique est centré sur l’architecture, l’art religieux avec ses cathédrales, ses abbayes, ses cloîtres et des représentations à grand spectacle telle «la Bataille de Castillon»... Seconde région française pour le tourisme thermal, la Nouvelle-Aquitaine voit son fleuron, Dax, comme capitale régionale du thermalisme couplé à un essor médical et économique qui permet la création d’emplois et le développement de la «silver économie». Le thermalisme assure une fréquentation touristique toute l’année. Des sites classés au « patrimoine de l’Unesco » confèrent un rayonnement international à la NouvelleAquitaine, avec un afflux de touristes étrangers à fort potentiel économique, notamment à Bordeaux, avec le retour d’un tourisme fluvial et maritime. Le tourisme balnéaire, des côtes charentaises au Pays basque, est un apport majeur pour notre région dont la notoriété le dispute à la Côte d’Azur. Enfin, le tourisme viticole et l’agrotourisme permettent le désenclavement de zones rurales et oubliées. La politique de rénovation des centres-bourgs favorise le retour des commerces et espérons-le de certains services publics… En conclusion, le groupe du Rassemblement national a pour objectif de préserver les richesses naturelles, patrimoniales et d’augmenter la compétitivité des entreprises liées au tourisme de Nouvelle-Aquitaine.

PHOTOS: TWIN HERVÉ LEFEBVRE

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a nature, les paysages, la qualité de vie sont des ressources non délocalisables. Le tourisme génère 9 % du PIB régional et 110 000 emplois. La Région intervient ici de manière concertée, avec l’État, les départements et les intercommunalités. Sur le fond, les constats sont bons. Nous partageons les ambitions et les défis proposés : un tourisme durable, une orientation des flux vers les espaces intérieurs et ruraux, un tourisme solidaire, innovant et performant, prenant en considération les publics les plus fragiles. Toutefois, la politique définie se heurte à plusieurs limites. Tout d’abord, le Schéma est très général, sans objectifs chiffrés. Il n’y a pas eu de réelle évaluation des anciens schémas des ex-Régions Limousin, Poitou-Charentes et Aquitaine. Ensuite, les indicateurs de suivi ne présentent pas toujours de lien avec les objectifs assignés, souvent très généraux, non spécifiques, mesurables, réalistes. Si la Région doit coordonner les actions des acteurs publics et privés, accompagner les territoires dans leur diversité et parfois leur vulnérabilité, il faut une ambition mesurable pour développer une offre touristique attractive, durable et innovante. Enfin, soyons réalistes : tous nos territoires ne sont pas identiques. La couverture numérique et le désenclavement des territoires doivent s’accélérer. Pour l’avenir, alors que les pouvoirs publics commencent à se préoccuper du « surtourisme », la Région devra tirer parti de cette reconfiguration des flux touristiques pour renforcer son attractivité. De plus, les nouvelles technologies et l’infomobilité (smartphones et réseaux sociaux) offrent une réelle opportunité pour le tourisme et modifient les règles du jeu. Il faut veiller à ne pas creuser une fracture technologique entre les grands groupes et les autres opérateurs, entre territoires connectés et non connectés. L’objectif commun : faire de Nouvelle-Aquitaine la première destination touristique durable de France. Cela passera par un réalisme constant et des financements ambitieux, afin d’accompagner les entreprises et les territoires dans leur transformation. Nous devons leur permettre de proposer une offre touristique de pointe, sur les plans locaux, nationaux, et internationaux.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

NOUVELLE-AQUITAINE : 1RE DESTINATION TOURISTIQUE DURABLE ET SOLIDAIRE MATTHIAS FEKL

PARTI SOCIALISTE ET APPARENTÉS Président du groupe socialiste et apparentés groupe.ps@nouvelle-aquitaine.fr

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iche de ses 110 000 emplois directs et de ses 70 000 salariés saisonniers, le secteur touristique, avec ses 16 milliards d’euros de consommation, soit 9% du PIB, constitue une dimension essentielle de l’économie régionale et participe au rayonnement national et international de la Nouvelle-Aquitaine. Des espaces naturels et des destinations riches et variées lui ont valu d’être la première région d’accueil des clientèles françaises en 2017. Pour maintenir et développer cette attractivité face aux mutations rapides des usagers, notre majorité poursuit la mise en œuvre d’une politique touristique innovante et durable, créatrice d’emplois et adaptée aux territoires comme à l’ensemble des acteurs touristiques. C’est en ce sens que nous avions porté au gouvernement, avec Laurent Fabius, une stratégie nationale ambitieuse pour le tourisme, en étroit partenariat avec les professionnels de ce magnifique secteur en perpétuelle mutation. Dans la poursuite de cette volonté, notre assemblée a voté au mois de juin le Schéma régional du tourisme et des loisirs (SRDTL), élaboré sous l’impulsion de Sandrine Derville, vice-présidente en charge du tourisme, en concertation avec l’ensemble des acteurs économiques et institutionnels impliqués dans le développement du tourisme. Ce schéma a pour objectif de faire de la Nouvelle-Aquitaine la première destination touristique durable et solidaire, en conciliant plusieurs impératifs : Préserver les richesses naturelles et patrimoniales et promouvoir un développement équilibré du territoire régional Le secteur du tourisme présente des opportunités pour le développement économique régional mais appelle aussi des vigilances, notamment la préservation des espaces naturels et le développement équilibré du territoire. En décidant d’appliquer les principes de développement durable aux filières touristiques, la Région veille aux équilibres socioculturels, écologiques et économiques du secteur. Les élus de la majorité régionale ont également la volonté de porter un développement équilibré du tourisme, afin que les flux ne se concentrent pas uniquement sur les zones littorales mais irriguent l’ensemble des territoires, qu’ils soient ruraux, urbains ou de montagne. Accompagner la compétitivité et la transformation des entreprises de la filière, notamment par le recours à l’innovation La Nouvelle-Aquitaine doit en outre faire face à des mutations majeures du monde du tourisme et doit s’adapter à l’évolution des comportements touristiques par une politique d’innovation. C’est la raison pour laquelle des dispositifs ont été mis en place comme l’Appel à manifestation d’intérêt Eventech, qui propose notamment d’accompagner les expérimentations digitales et les stratégies numériques des territoires touristiques. Promouvoir un tourisme social et solidaire Aujourd’hui, un Français sur quatre ne part pas en voyage et moins d’un Français sur deux est parti moins d’une semaine l’été. Dans ce contexte, la région Nouvelle-Aquitaine a fait du tourisme social et solidaire l’une de ses actions prioritaires en soutenant et en travaillant avec les partenaires qui œuvrent pour le départ du plus grand nombre. Ce travail se traduit notamment par des actions afin de favoriser le départ en vacances des publics non partants, une offre de tourisme social qualifiée et diversifiée sur les territoires de la Nouvelle-Aquitaine et une accélération de la professionnalisation du secteur du tourisme social.

POUR UNE MEILLEURE RÉPARTITION DES EFFORTS DE VALORISATION

NOS TRÈS CHÈRES « GRANDES » RÉGIONS : TROIS ANS APRÈS… JEAN DIONIS DU SÉJOUR

UNION DES DÉMOCRATES ET INDÉPENDANTS Président du groupe de l’Union des démocrates et indépendants Tél.: 0557578238 - groupe.udi@nouvelle-aquitaine.fr

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rois ans, c’est la mi-temps du premier mandat de ces nouvelles régions issues de la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions. C’est un bon moment pour faire un premier bilan. Deux objectifs officiels ont été assignés à l’élaboration du nouveau découpage régional : la création de grandes régions, plus adaptées à l’échelle européenne, et la réalisation d’économies d’échelle, par la fusion et la mutualisation de certains services. Pour ce qui est de la création de régions à l’échelle européenne, le bilan est contrasté, des régions comme le Grand Est ou la nôtre, la Nouvelle-Aquitaine, dont le découpage est beaucoup plus artificiel, peinent à trouver une identité. Pour ce qui est de la réalisation d’économies d’échelle, par la fusion et la mutualisation de certains services, à la lumière de ce qui s’est passé chez nous, en Nouvelle-Aquitaine… c’est raté. Raté pour une raison très compréhensible : lorsque vous avez à harmoniser entre trois régimes existants, la tentation de l’harmonisation par le haut est toujours la finalité. Bilan peu glorieux pour cette réforme importante, mais ratée parce que bâclée et inutilement politisée.

LE TOURISME, VRAIE RICHESSE DE NOUVELLE-AQUITAINE RÉGINE MARCHAND

GROUPE RADICAL DE GAUCHE

Présidente du Comité régional du tourisme Conseillère régionale Tél.: 05 57 57 74 03 - groupe.prg@nouvelle-aquitaine.fr

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u-delà des discours parfois convenus sur l’économie, le tourisme est le véritable secteur économique phare de notre région. En effet, le tourisme représente 16 milliards d’euros de consommation touristique régionale et pèse pour 9 % dans le PIB de la Région Nouvelle-Aquitaine. Secteur concurrentiel en constante évolution, le tourisme doit actuellement répondre à des enjeux forts que sont notamment l’innovation et la mise en œuvre d’une politique cohérente en la matière, tant en termes d’aménagement du territoire que d’excellence économique et écologique. Tout l’intérêt du nouveau Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs est de répondre à ces questions. Félicitons-nous du fait que la Région Nouvelle-Aquitaine était la première région touristique en France en 2017 en nombre de touristes français, avec 28,1 millions de touristes accueillis. On peut voir dans ces bons résultats les effets des politiques régionales et de la promotion réalisée par le Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine, que j’ai le plaisir de présider, et par l’ensemble des professionnels publics et privés du secteur touristique de notre grande et belle région.

PASCALE REQUENNA

MOUVEMENT DÉMOCRATE ET APPARENTÉS

Présidente du groupe Mouvement démocrate et apparentés Tél.: 05 57 57 80 83 - groupe.modema@nouvelle-aquitaine.fr

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hacun observe aujourd’hui la croissance exponentielle du nombre de touristes (100 millions de Chinois en 2017), du chiffre d’affaires qu’ils génèrent et de leur poids dans les PIB nationaux. Les espaces épargnés par le tourisme se raréfient considérablement, et le « tourisme de masse » s’étend. La Nouvelle-Aquitaine est concernée, et doit se saisir de ce constat. L’activité touristique doit être davantage respectueuse de l’environnement et raisonnée. Nos performances économiques elles-mêmes pâtiraient d’un manque de régulation, les voyageurs se détournant des pratiques excessives. Cela passe par une répartition plus équitable des efforts touristiques au sein des territoires. Notre politique doit se tourner vers la valorisation des espaces intérieurs, trop souvent oubliés. Il ne s’agit pas d’occulter les richesses de nos côtes, mais bien de valoriser tout autant celles des terres. Nul ne peut nier le potentiel attractif de nos forêts, de nos lacs ou des multiples spécificités architecturales et culturelles des communes de l’hinterland régional. Encore une fois, nous appelons à une politique plus équitable pour nos territoires.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°5 HIVER 2018

LE PORTRAIT l’entreprise un objet littéraire. « Lorsque je me suis lancée dans cette aventure d’historienne d’entreprise, c’était plus impulsif que réfléchi », sourit-elle. Ce besoin d’écrire et de témoigner, elle l’a puisé et elle le puise toujours dans les livres qu’elle a continuellement à portée de la main, dans son bureau, au sein de sa maison de centreville à Niort. Son premier choc littéraire, La Peste de Camus, lorsqu’elle était adolescente, lui a fait comprendre que la littérature pouvait être une fiction aux aspects documentaires. Six mois en immersion Auteure à ce jour d’une quinzaine de livres, elle a, au fil des années, peaufiné sa méthode de création. « Ce qui reste malgré tout un exercice de longue haleine d’au moins six mois. » Première étape,« la plus conséquente » : les recherches documentaires. 1972 Elle applique Naissance à Melle les méthodes dans les Deux-Sèvres scientifiques 1997 d’historienne Obtention de son DEA maintes fois (master 2) en Histoire de l’art, spécialité art roman éprouvées : après en pays mellois avoir fouillé la 2006 mémoire du chef Création de son entreprise d’entreprise, 2018 avec lequel elle 15 livres réalisés à l’heure élabore la première actuelle. Activité complétée chronologie par diverses collaborations historique, en écriture elle explore les archives de l’entreprise ainsi que les archives municipales et/ ou départementales. « Je remonte toujours cent ans avant la date de création de l’entreprise, pour pouvoir la replacer dans son contexte historique. On est toujours l’héritier d’une époque. » S’ensuit le travail de terrain, où elle s’immerge dans l’entreprise pour en comprendre le fonctionnement, le rythme, l’ambiance, « recueillir des émotions, des odeurs… ». Une plongée qui passe aussi par le témoignage des salariés, « du plus vieux au plus jeune. Un travail d’introspection qui parfois remue un peu les personnes, ça fait remonter certains sentiments, des souvenirs. Au sein des entreprises, j’ai toujours eu une totale liberté. Les dirigeants me font confiance, c’est important. Pour m’engager dans un tel chantier, j’ai besoin d’aimer l’entreprise, ça passe aussi par ce respect mutuel. » Ce n’est qu’à partir du moment où elle a accumulé toute cette matière et que les informations se recoupent qu’elle engage le travail d’écriture. Là encore, le rituel est le même. « J’ai besoin de convoquer mes auteures préférées, Sophie Calle, Marguerite Duras, Yasmina Reza… Je les relis, elles me rassurent, me rendent optimiste. L’écriture est un acte généreux, j’aime faire plaisir, mais j’ai besoin d’une mise en condition, car j’y mets beaucoup de moi. » Une période où sa vie de famille – elle est la mère de deux filles âgées de 15 et 16 ans – est un peu mise entre parenthèses. « Je suis moins disponible, moins agréable, je vis un peu en décalé. » Ce travail d’écriture s’étale sur plus d’un mois pour ensuite passer à une phase plus technique de mise en page, de choix des photos et d’impression. La fin est une délivrance. « Chaque nouveau livre est un vrai challenge, mais c’est aussi un réel plaisir de pouvoir livrer un ouvrage que j’ai bâti comme un artisan. » Difficile d’aller à l’encontre de ses racines.

ALEXANDRE DUPEYRON

DATES CLÉS

CÉCILE GIRARDIN, sur commande, retrace l’histoire des entreprises. Il y a douze ans, elle en a fait son métier, né de sa passion pour la littérature et pour l’histoire, car elle est spécialiste de l’art roman. Rencontre sur le lieu de son prochain objet d’étude, une usine de recyclage dans les Deux-Sèvres.

Historienne d’entreprise

A

vec sa silhouette fluette soulignée par une veste blanche, Cécile Girardin, qui prend la pose pour la photo, jure un peu dans cet espace fait d’accumulations de ferraille. Elle semble s’être glissée dans un monde qui n’est pas le sien. Et pourtant, depuis douze ans, elle s’immerge régulièrement dans cet univers industriel pour retracer l’histoire et la vie des entreprises. « Je vois dans ces tas de métaux une certaine analogie avec la matière que je dois accumuler, de faits, de dates, pour au final en faire un livre », note Cécile Girardin. Historienne d’entreprise, précise sa carte de visite. Si les deux mots peuvent sembler incompatibles – car le monde industriel a longtemps voulu ignorer son passé et le monde universitaire ne reconnaît pas forcément ce titre –, Cécile Girardin a fait fi de ces considérations lorsque, à 33 ans, elle a créé son entreprise. Aujourd’hui, le temps lui a donné raison. Les dirigeants d’entreprises « familiales, indépendantes principalement » n’hésitent plus à faire appel à ses services. Leur motivation ? « Laisser un témoignage sur ce que leurs aïeuls ont construit et sur ce qu’ils perpétuent. » Un regard dans le rétroviseur, le plus souvent à l’occasion d’un anniversaire, bien loin d’une simple logique de communication. Cette deux-sévrienne d’origine imagine chaque livre comme un récit. « Ce n’est pas une fiction,

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JE VOIS DANS CES TAS DE MÉTAUX UNE CERTAINE ANALOGIE AVEC LA MATIÈRE QUE JE DOIS ACCUMULER, DE FAITS, DE DATES, POUR AU FINAL EN FAIRE UN LIVRE. »

mais le but n’est pas non plus de bâtir une chronologie de dates et d’événements, j’ai besoin d’emmener les lecteurs jusqu’au bout de l’histoire. » Pour ce faire, elle part d’une problématique propre à l’entreprise qui sera le fil rouge tout au long du livre. Elle considère aussi ce travail comme un acte de préservation. « Une entreprise peut très vite perdre sa mémoire. L’une d’elles, auprès de laquelle je suis intervenue, avait des lacunes sur trente ans. » Née d’un père artisan, dont « l’entreprise d’ébénisterie était omniprésente dans la vie familiale », et d’une mère institutrice, « qui aimait les livres et la transmission du savoir », Cécile Girardin semble être la synthèse de ces deux univers. Faire de l’entreprise un objet littéraire Un double atavisme complété par un cheminement personnel en tant qu’historienne. Après l’obtention d’un DEA (master 2) en Histoire de l’art obtenu au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’université de Poitiers, elle a enchaîné plusieurs postes comme guide-conférencière au sein de différents Pays et Villes d’Art et d’Histoire de l’ex-Poitou-Charentes. « À chaque visite ou parcours organisés, j’ai toujours été surprise par le fait que nous connaissions très bien l’histoire de nos monuments, mais absolument pas celle des entreprises voisines. » De ce constat, l’idée a alors mûri de faire de

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Journal Nouvelle-Aquitaine décembre 2018  

Retrouvez le journal de la Région Nouvelle-Aquitaine, numéro de décembre 2018. Dossier consacré au tourisme durable.

Journal Nouvelle-Aquitaine décembre 2018  

Retrouvez le journal de la Région Nouvelle-Aquitaine, numéro de décembre 2018. Dossier consacré au tourisme durable.

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