__MAIN_TEXT__

Page 1

3,1Md : un budget réaliste et ambitieux pour 2018 P.3 LE PORTRAIT La médecine rurale au cœur P. 24

VIENNE Nouvelle-Aquitaine.fr

L’œil le plus puissant de la planète P. 8

PRIORITÉS RÉGIONALES Rénovation : halte aux pertes d’énergie

Journal d’information de votre région

P. 13

N°2 PRINTEMPS 2018

CAHIER CENTRAL

PÊCHE : CONTRE VENTS ET MARÉES

01 NAQ2 Une V3.indd 10

16/02/2018 14:18


2

LE SOMMAIRE

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

L’ÉDITO D’ALAIN ROUSSET PRÉSIDENT DE LA RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

PAGE 2 ÉDITO

du président de Région Alain Rousset

PAGE 3 À LA UNE Un budget réaliste et ambitieux

CHARENTE Un CFA à la pointe LANDES Move Your Buddy : la start-up sportive ! DORDOGNE Des potages au goût de partage CHARENTE-MARITIME Changement de décor pour La Maline CORRÈZE L’accordéon change d’ère LOT-ET-GARONNE « Bougeons-nous ! 47 » le permis de conduire pour tous HAUTE-VIENNE Stéva mise sur un avenir durable DEUX-SÈVRES Objectif zéro chômeur ! VIENNE Vers l’infini et au-delà PYRÉNÉES-ATLANTIQUES MC2 Energy : c’est les watts qu’ils préfèrent CREUSE Une révolution dans le diagnostic des cancers GIRONDE Gastronomes et solidaires

PRIORITÉS RÉGIONALES PAGE 10 JEUNESSE

PAGE 12 AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

Aéroports Une stratégie régionale de haut vol Biocarburant Du bio dans nos moteurs Transport scolaire Inscrivezvous en ligne

L’emploi et le territoire

PAGE 13 TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET ÉNERGÉTIQUE

Rénovation Halte aux pertes d’énergie Hervé Le Treut « On sait que l’ampleur du réchauffement se confirme » Énergie Des territoires qui positivent

PAGE 14 ÉCONOMIE ET EMPLOI

Accélérateur Faire grandir les pépites du territoire Jean-Marc Bessières « Une aide pour faire les bons choix » Entreprises du patrimoine vivant Un label pour déployer ses ailes Financement participatif Des projets à adopter

D

PAGE 16 CULTURE & DÉCOUVERTE

Territoires Carnet de marche à Cognac Pôle Image La Cartoon Vallée, c’est ici ! Réhabilitation Le Confort Moderne amplifié Langues régionales Lés parlanjhes a la telévisiun Euskual telebistan L’occitan a la television Produit régional La porcelaine de Limoges enfin protégée

PAGE 21 MODE D’EMPLOI Apprentissage Quand l’apprenti va, tout va ! Éducation Donner envie d’avoir envie Mémoire Andernos rend hommage à Simone Veil Rendez-vous Olympiades des métiers, c’est reparti !

JOËL PEYROU

PAGE 4 PROXIMITÉ

Signature de la convention de coopération 2018-2020 «Innovons ensemble pour l’emploi et la qualification» entre la Région et Pôle Emploi Nouvelle-Aquitaine le 22 janvier.

Bande dessinée Transition écologique et énergétique

PAGE 22 TRIBUNES Parole aux élus

PAGE 24 PORTRAIT

Élisabeth La médecine rurale au cœur

CAHIER CENTRAL DE I À VIII DOSSIER Contre vents et marées

JEAN-DANIEL SUDRES

Pêche en mer, en rivière, aquaculture, production d’huîtres… Une économie bien ancrée en Nouvelle-Aquitaine.

eux ans déjà ! Deux ans que notre Région nouvelle est née. Déjà un travail immense a été réalisé pour harmoniser et simplifier les politiques et les dispositifs régionaux, afin de les rendre plus efficaces. Deux ans, également, que cette nouvelle Région agit au plus près des habitants et des territoires, avec au cœur quatre priorités majeures : la jeunesse, l’économie et l’emploi, l’aménagement du territoire et la transition écologique et énergétique. Dorénavant, le budget de notre Région, qui s’élève à plus de 3 Md€, est bâti autour de ces quatre piliers, rendant l’action régionale plus lisible.

3e région maritime de France Ces priorités, vous les retrouverez d’ailleurs tout au long de ce numéro, à commencer par notre dossier consacré à la pêche. La Nouvelle-Aquitaine est la 3e région maritime de France. Toutes activités confondues – pêche en mer, pêche fluviale, ostréiculture, mytiliculture, pisciculture –, ce secteur représente 8 000 emplois et 900 M€ de chiffre d’affaires par an. Mais derrière ces chiffres se cache aussi une réalité : celle de métiers difficiles, embrassés par passion, et dont l’économie est parfois fragile. C’est pourquoi la Région intervient, avec l’appui des fonds européens, à hauteur de 43 M€ sur la période 2014-2020 pour accompagner ces professionnels dans l’acquisition et la modernisation de leur outil de travail – y compris celle des ports de pêche et des criées –, la diffusion de l’innovation, la recherche de qualité et la traçabilité des produits. Sans oublier nos cinq lycées qui forment aux métiers de la mer et qui permettent d’assurer la relève. C’est parce que je crois au potentiel de la croissance bleue que je viens de lancer un cluster dédié. Nos 720 km de côtes représentent un véritable gisement, que nous devons explorer et exploiter durablement.

de 17 % supplémentaires (35 M€ sur les 221 M€) par rapport au montant de la taxe d’apprentissage. Les branches professionnelles ne sont pas toutes organisées territorialement pour prendre le relais. Et la Région amortit les chocs que les cycles économiques entraînent dans le fonctionnement des CFA. Il y a, dans la conception de la réforme, un risque dangereux de désertification des territoires. Pallier les difficultés de recrutement L’une des difficultés principales des entreprises aujourd’hui est de recruter. Paradoxe insupportable avec le chômage que nous connaissons. Plus de 200 personnes (organisations professionnelles ou syndicales, organismes de formation, collectivités volontaires…) se sont ainsi réunies à l’initiative de la Région, le 22 janvier dernier, pour dégager de premières pistes d’action : valoriser les compétences transversales et professionnelles plus que les diplômes ; rapprocher plateaux techniques des organismes de formation et entreprises ; instituer des interlocuteurs de confiance pour identifier les besoins des entreprises et les traduire en actions de formation ; résoudre les problèmes de mobilité, mais aussi de logement, et équilibrer l’offre de formation dans les territoires ; revisiter l’orientation des jeunes… Les entreprises sont bien sûr également concernées par le bien-être au travail ou encore la question de la rémunération, à l’image du secteur du BTP qui revoit cette dernière à la hausse. La Région est donc à la manœuvre, avec tous les acteurs, pour mettre en place les actions attendues.

La forêt Ne l’oublions pas, nous sommes le premier massif forestier de France. Ainsi, nous devons élaborer les mêmes réflexions que pour l’océan autour de nos forêts en termes de formation, d’emploi et d’un développement durable et raisonné. Un prochain dossier fera le point.

Une nécessaire proximité Pas d’emploi durable, non plus, sans un aménagement équilibré de tous nos territoires. Notre grande région a besoin de proximité. Celle-ci doit se traduire par une présence sur le territoire, mais aussi des politiques publiques innovantes et renouvelées, notamment à travers le Plan très haut débit. En effet, le haut débit doit irriguer partout où les opérateurs privés ne vont pas ; c’est essentiel pour les entreprises, la formation à distance des jeunes, mais aussi la santé. Je pense notamment à la télémédecine, à la domotique ou à la silver-économie. Ainsi, nous investissons 229 M€ pour connecter plus d’un million de foyers à la fibre d’ici à 2020.

L’apprentissage : parcours d’excellence et ascenseur social La jeunesse, également, est l’objet de toute notre attention. En atteste l’engagement volontariste de la Région sur l’apprentissage, avec succès, je crois. Dans les métiers de l’hôtellerie et de la restauration, la maintenance industrielle ou encore le numérique, les débouchés sont nombreux ; mais nos entreprises peinent à recruter. Aussi, avec 102 centres de formation répartis sur 375 sites sur l’ensemble de la région, l’apprentissage se retrouve au carrefour de l’emploi des jeunes, des besoins des entreprises et du dynamisme des territoires. Chaque année, la Région y consacre 221 M€. Elle investit 50 M€ dans l’amélioration des installations, la construction des bâtiments et du matériel de haut niveau et fait un effort

Agir pour le climat Enfin, si l’innovation est notre fer de lance, elle ne peut se faire que dans un souci constant de respect de l’environnement. Le réchauffement climatique est une réalité que nous ne pouvons ignorer. En attestent les travaux menés par le comité scientifique AcclimaTerra, dirigé par le climatologue Hervé Le Treut. La Nouvelle-Aquitaine fait partie des territoires français les plus concernés, avec un réchauffement moyen de 1 degré depuis les années 1950. Ce rapport doit permettre d’éclairer nos politiques régionales et de renforcer la prise de conscience de tous. Nous travaillerons notamment avec chaque profession concernée (viniculture, agriculture…) autour de ces problèmes, comme ceux de l’eau ou de la minéralisation des sols.

Hôtel de Région, direction de la communication, 14, rue François-de-Sourdis 33000 Bordeaux. Tél. : 05 57 57 80 00. Directeur de la publication Alain Rousset Codirecteur de la publication Stéphane Delpeyrat-Vincent Directrice de la communication Aurélie Loubes Rédaction en chef Brice Ancelin Responsable d’édition Sébastien Blanquet-Rivière Rédaction Olivier Bleys, Laurence Bussy, Julie Carnis, Laure Espieu, Guillaume Fontaine, Nadège Galibert, Benoît Hermet, JMLC, Marina Kosine, Audrey Marret, Fabien Payot, Marianne Peyri, Philippe Quintard, Yannick Revel, Laetitia Solery llustrateur BD Rémi Barbedienne Conception graphique et réalisation A noir, www.agence@anoir.fr Photographes Sabine Delcour, Alexandre Dupeyron, Guillaume Fontaine, Alban Gilbert, Pierre Kitmacher, Sébastien Le Clezio, Thierry Martrou, Olivier Panier des Touches, Joël Peyrou, Françoise Roch, Sébastien Sindeu, Jean-Daniel Sudres, Twin Impression Roto Garonne.

Facebook

02-NAQ2 Edito V5+VD.indd 2

Twitter

Vimeo

LinkedIn

Youtube

Instagram

16/02/2018 14:25


3

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

BUDGET 2018

À LA UNE

3,1 milliards d’euros

Un budget réaliste et ambitieux

2,02 Md€

BUDGET PRIMITIF 2018. 3,1 milliards d’euros, c’est le montant du budget adopté par les élus régionaux pour l’année 2018, lors de la séance plénière des 18 et 19 décembre derniers. Équivalent à 2017, ce budget est à la fois synonyme de réalisme, d’engagement et de préservation des capacités d’investissement pour l’avenir.

414 M€ Administration générale ,

,

13,32 %

101 M€ Fonds

537 M€ Économie et emploi

1Fiscalité 480 M€ et DCRTP

0,9 Md€

DÉPENSES D’INVESTISSEMENT

2,36 Md€

487 M€ Dotations de l’État

1

(hors dette)

(hors dette)

RÉPARTITION DES RECETTES

RÉPARTITION DES DÉPENSES

DÉPENSES DE FONCTIONNEMENT

RECETTES DE FONCTIONNEMENT

47,65 %

17,28 %

15,68 %

européens

3,25 %

3,1

13,64 %

3,1

MILLIARDS D’EUROS

424 M€ Transition

énergétique et écologique

585 M€ Emprunt

MILLIARDS D’EUROS

582M€ Aménagement du territoire

30,7 %

18,83 %

275 M€

33,7 % 18,73 %

EFFORT D’INVESTISSEMENT

1Jeunesse 050 M€

ÉPARGNE BRUTE

235 M€ Autres recettes

2

7,57 %

10,27 %

319 M€ Financement de

la formation professionnelle et de l’apprentissage

1- Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle 2- Fonds européens, transport routier de voyageurs, fonds de concours et participations diverses

(+ 21 % par rapport à 2017)

585 M€ EMPRUNT

(– 7,6 % par rapport à 2017)

Des dépenses de fonctionnement maîtrisées

Des investissements à la hauteur

Plus d’épargne et moins d’emprunt

« C’EST UN BUDGET RIGOUREUX ET NON UN BUDGET DE RIGUEUR, lançait Alain

POUR CETTE ANNÉE 2018, LA PART DE L’INVESTISSEMENT DANS LE BUDGET RÉGIONAL SERA DE 31 %, dans la droite

EN 2018, LA RÉGION ENREGISTRE UNE PROGRESSION DE SES RECETTES TOTALES (+2,5 %) qui, au regard de la stabilité

Rousset, président de Région, en ouverture des débats sur le budget primitif le 18 décembre dernier. Il a été élaboré dans un contexte d’incertitude, mais est impeccable dans ses équilibres. » Ces équilibres, ce sont d’abord des dépenses de fonctionnement en baisse de 0,25 %, là où le souhait du gouvernement était de contenir ces dépenses – pour les collectivités territoriales – à +1,2 %. L’incertitude, quant à elle, réside notamment dans la perte de dotations de l’État destinées à compenser le transfert des compétences économiques des départements vers la Région. 50,9 Me de recettes manquent ainsi à l’appel au budget primitif 2018. C’est donc en responsabilité que la Région s’engage dans la maîtrise de ses dépenses. Pour autant, le Conseil régional entend maintenir son effort d’investissement à un niveau élevé.

03 NAQ2 BUDGET3.indd 3

ligne de ce qui était fixé pour la mandature (30 %). La Région maintient ainsi un effort élevé sur l’ensemble de ses priorités : infrastructures de transport et mobilité (107 Me), action économique (105,3 Me), recherche (37 Me), modernisation et équipement des CFA (48 Me), enseignement supérieur (18,5 Me), transition énergétique et écologique (78 Me), agriculture (28 Me), politiques contractuelles (25 Me)… Un effort particulier est consacré au déploiement du très haut débit : en 2018, pas moins de 88 Me seront consacrés à la fibre, soit quatre fois plus que l’année précédente (20 Me)1. L’effort est également maintenu auprès des lycées avec un investissement prévu à hauteur de 242 Me.

de ses dépenses de fonctionnement, lui permet d’améliorer son épargne brute de 21 %. Une amélioration de sa capacité d’autofinancement qui permet un moindre recours à l’emprunt. Ce qui est nécessaire pour limiter la progression de l’annuité de la dette dans les années à venir. Autant d’éléments qui permettent à Andréa Brouille, vice-présidente en charge des finances, de conclure : « C’est un budget d’affirmation. La Région est présente sur l’ensemble de ses priorités, les capacités d’action de demain sont préservées, les nouvelles politiques se déploient, la nouvelle Région est pleinement opérationnelle. »

ZOOM

LES GRANDES PRIORITÉS RÉGIONALES Ce budget est bâti autour de quatre piliers, qui représentent le fondement de l’action régionale et traduisent ainsi les réponses que la Région entend apporter aux attentes des acteurs du territoire. Il s’agit de : l’emploi et l’économie ; la jeunesse ; l’aménagement du territoire ; la transition énergétique et écologique. Ces quatre piliers seront complétés par deux piliers connexes : la gestion des fonds européens et l’administration générale.

1. voir notre dossier dans le numéro d’automne 2017

16/02/2018 14:28


4

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

CHARENTE COGNAC Réhabilité et agrandi avec l’aide de la Région, le Centre de formation d’apprentis (CFA) de Cognac forme plus de 200 apprentis chaque année autour de la tonnellerie, la vente ou encore la coiffure. Autant de métiers qui offrent de vraies perspectives d’emploi.

Un CFA à la pointe

LANDES DAX Replacer le sport au cœur des rapports humains et l’utiliser comme créateur de lien social, tel est le but de l’application mobile développée par Move Your Buddy.

Move Your Buddy : la start-up sportive !

FRANÇOISE ROCH

«P

Un plateau technique « dernier cri » Synonymes d’emplois, ces différentes voies d’excellence sont désormais enseignées avec un outil moderne et lumineux. Équipé de panneaux photovoltaïques, le CFA de Cognac affiche aussi d’excellentes performances énergétiques. Ce campus des métiers a été équipé d’outils novateurs – dont certains n’existent même pas encore en entreprise.

04-09 NAQ2 Proximite V6.indd 4

Reconstruire les CFA permet d’y attirer plus de jeunes.

+ 17%

d’apprentis en Charente à la prochaine rentrée

Les jeunes coiffeurs – près de 70 élèves – s’exercent désormais sur un bac massant. « Nous n’avions pas ce matériel auparavant. Avec ces nouveaux locaux, nous pouvons viser l’excellence », souffle Karine Foucher, professeur de coiffure. Un emploi dès la sortie À deux pas, des élèves se forment à la problématique des troubles musculo-squelettiques sur des outils numériques et pédagogiques. Dans la salle voisine, une apprentie esthéticienne s’exerce, elle, en multipliant les soins du visage sur une autre élève. « Nous sommes bien équipés, sourit Mélodie Page. Nous avons même des

tables de massage électriques, ça n’est pas courant. » À 18 ans, la jeune femme alterne entre trois semaines en entreprise et une semaine au CFA cognaçais : « À l’école, on apprend des techniques que l’on met en pratique en entreprise. » La tonnellerie affiche de son côté des résultats très encourageants. Une quinzaine d’apprentis s’y forment chaque année. L’immense majorité trouve un emploi dans la foulée.Ce CFA répond ainsi à la fois à l’attente des jeunes et des équipes enseignantes. Geneviève Brangé, présidente de la CMA de la Charente, conclut : « C’est le résultat de vingt ans de travail pour disposer d’un tel outil. »

70 activités au choix Sur fond orange, l’interface est agréable et les enchaînements intuitifs. Ici se situe l’enjeu pour toute application : être simple, facile et efficace pour que l’utilisateur ait envie de l’adopter et de la conserver. Une fois son profil établi, le sportif peut créer ou rejoindre un évènement. Le choix se fait parmi 70 activités et loisirs, des plus classiques (football,

tennis…) aux locales (surf, pelote basque…) en passant par l’outdoor (randonnée, pêche…). Activité, niveau de pratique et lieu sont les critères qui permettent de sélectionner le prochain théâtre de son défoulement physique. Pour arriver à ce résultat en constante évolution, les jeunes fondateurs ont pu s’appuyer sur Pulseo. La pépinière les a accompagnés financièrement, ce qui a permis de payer « des choses comme les frais de création, le cabinet comptable, ou encore l’agence de communication qui a créé notre identité visuelle », détaille Guillaume. Des ambitions internationales De son côté, la Région Nouvelle-Aquitaine accompagne la start-up landaise à hauteur de 50 000 euros. Cette subvention a permis de déployer de nouveaux moyens : des recrues (7 collaborateurs à ce jour) et des locaux supplémentaires à Anglet sont ainsi venus étoffer l’entreprise qui, après le marché des particuliers, vise désormais aussi celui des grandes entreprises. « Notre application devient un outil de gestion des ressources humaines en insufflant plus de cohésion auprès de personnes qui sont collègues, mais qui ne se croisent jamais », explique l’homme par qui tout a commencé. Un univers à conquérir à l’échelon national. Pour cela, la société entre dans une période de levée de fonds au cours de laquelle elle espère recueillir 500 000 euros pour assouvir ses ambitions hexagonales, avant d’exporter son concept à l’étranger.

Le logo de l’entreprise réalisé avec une imprimante 3D.

ZOOM

L’ENGAGEMENT DE LA RÉGION

La Région a contribué pour 3,2 M€ à la réhabilitation et à l’agrandissement de ce CFA (sur un budget de plus de 6,7 M€). Les travaux ont permis le désamiantage d’anciens bâtiments et la construction de nouveaux locaux de 2 200 m². Près de 90 % des entreprises retenues pour ce chantier sont issues de Nouvelle-Aquitaine. La Région s’engage ainsi pour le maintien des CFA au plus près des jeunes et des entreprises.

SÉBASTIEN LE CLEZIO

P

rès de 200 jeunes s’y forment actuellement, et ils pourraient rapidement être plus de 330. Placé sous la direction de la Chambre de métiers et de l’artisanat de la Charente (CMA 16), cet établissement propose des formations aux métiers des soins aux personnes et des services, ou de la tonnellerie. Les futurs coiffeurs, esthéticiennes, tonneliers ou vendeurs y apprennent des savoir-faire exigeants dans le cadre de CAP et de brevets professionnels (BP). Des formations continues et des stages préparatoires à l’installation pour les artisans y sont également dispensés.

our organiser un foot entre copains, c’est toujours compliqué de coordonner les participants. » C’est en partant de ce constat que Guillaume Quaetaers a l’idée de lancer l’application Move Your Buddy. N’étant pas développeur informatique, il se tourne fin 2015 vers l’incubateur de start-up Pulseo, qui lui permet de rencontrer Quentin Guillout, un développeur informatique freelance. « J’ai immédiatement saisi le discours de Guillaume, car j’étais aussi confronté à ces problématiques pour faire du sport avec mes amis. De plus, l’entente entre nous a été instantanée », raconte Quentin. Mais l’ingénieur est spécialiste Android et il fallait, pour compléter l’équipe, une personne plutôt tournée vers la plateforme iOS (Apple). C’est là que Maxime Aubaret intervient pour former le trio fondateur de la société. Ce dernier avoue ne pas être un grand sportif mais « ce qui m’a séduit, c’est l’aspect social du projet, l’idée que les gens se rencontrent et fassent connaissance au travers du sport », s’enthousiasme-t-il.

16/02/2018 14:29


5

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PROXIMITÉ DORDOGNE PRIGONRIEUX Installée à côté de Bergerac, l’association « Question de Culture » salarie les personnes les plus éloignées de l’emploi pour les aider à reprendre pied.

Des potages au goût de partage

P

assurent la gestion et l’encadrement et il y a les salariés en insertion comme Benoît, en CDD, qui alternent entre le jardin, la cuisine, les livraisons. Avant d’arriver ici, le jeune homme travaillait dans la restauration collective. Puis il a passé deux ans au chômage. Ce contrat qu’il n’attendait plus, il le voit comme une « remise en confiance ». Accompagné, soutenu, il a pu réfléchir sereinement à la suite et espère désormais décrocher un nouveau poste dans une cantine. À ses côtés, Nadège, silhouette menue et discrète, est là depuis huit mois. Elle aussi sort de deux ans de chômage. Issue de la restauration, elle bouclera ici son parcours avant de prendre sa retraite. Isaura, 38 ans, mère de deux enfants, se verrait bien quant à elle s’installer à son compte pour faire du maraîchage. Pudique, elle commente simplement : « L’équipe me motive beaucoup. J’étais un peu en bas en arrivant. » La confection de soupes n’est qu’un support, confirme Richard Chollon, le fondateur de la structure,

SÉBASTIEN LE CLEZIO

ar un jour de pluie au cœur de l’hiver, il ne doit pas être facile de chausser les bottes pour aller à la rencontre des dernières carottes ou des rares panais. Mais, la nature étant bien faite, c’est la saison creuse au potager et une grosse partie de l’activité se concentre dans le laboratoire, autour de gigantesques marmites fumantes. Ce jour-là, ça sent le butternut et le potimarron. Nadège et Laure préparent un velouté d’automne. À midi, il y en aura 168 bouteilles, qu’elles mettront à stériliser. Dorian et Benoît leur donnent un coup de main avant de se remettre à peler les légumes. Prêts à l’emploi, les beaux produits bio qu’ils préparent partent vers les cuisines de la fondation John Bost, à 5 km de là, un établissement pour handicapés et personnes âgées dépendantes. Remise en confiance À Prigonrieux, sur le site de « Question de Culture », 45 personnes travaillent. Il y a les permanents, comme Laure, qui

45 personnes travaillent à Prigonrieux, sur le site de «Question de Culture».

« notre boulot, c’est que les personnes retrouvent du travail, mais d’abord qu’elles se reconstruisent ». « À 90 % notre mission c’est de leur filer la pêche », confirme Laure. Nouvelles saveurs Lancée en 2000, l’association a débuté avec la vente de paniers de légumes bio. Particuliers, lycées, écoles, entreprises, cuisines centrales : la demande explose. Huit hectares sont aujourd’hui exploités. « Le laboratoire est venu se rajouter il y a cinq ans parce qu’on en avait marre de jeter les invendus », explique le fondateur. Les soupes rencontrent un succès tout aussi rapide. Commercialisées pour l’essentiel dans le réseau Biocoop, les ventes augmentent d’un tiers chaque année. De nouvelles saveurs haut de gamme sont en préparation. Et des pâtés végétaux ou des ratatouilles pourraient également voir le jour. En 2017, cette expérience a permis à plus de 25 personnes de retrouver un emploi ou une formation.

RECYCLERIE

Avec un soutien de 100000euros, la Région accompagne le nouveau projet de l’association: une recyclerie ouverte il y a un an et demi à Bergerac. Sur un espace de 600m2 sont vendus à prix modeste tous les objets collectés chez les particuliers ou à la déchetterie et réutilisables.

CHARENTE-MARITIME ÎLE-DE-RÉ La salle de spectacle de La Maline va être réhabilitée et une deuxième salle de cinéma va être construite pour faire de ce lieu emblématique un moteur de l’offre culturelle locale.

C

ette adresse culturelle située à La Couarde-sur-Mer, au cœur de Ré, est devenue incontournable. Après 24 ans d’existence, elle va donc s’offrir une seconde jeunesse. Au programme : agrandissement et adaptation aux contraintes du spectacle vivant, tout en répondant aux normes et réglementations en vigueur, notamment pour les personnes à mobilité réduite. La grande salle va donc être rénovée de fond en comble pour offrir 294 places assises et un espace scénique revu et corrigé. Mais La Maline va aussi

04-09 NAQ2 Proximite V6.indd 5

être dotée d’une seconde salle de 107 places, dédiée exclusivement au cinéma. « Jusque-là, nous programmions des spectacles vivants tous les vendredis. Il nous était donc impossible de proposer des séances de cinéma ces mêmes soirs », détaille Annie Léauté, la directrice des affaires sociales et culturelles de la Communauté de communes (CdC) de l’île-de-Ré. Avec deux salles, La Maline sera en mesure de proposer une offre culturelle diverse et adaptée aux populations, résidents comme touristes. Nicolas Rouffineau, l’actuel régisseur de La Maline, approuve

le projet. « C’est un bel outil qui nous arrive, souffle-t-il. Le plateau sera plus grand, nous aurons plus de moyens techniques et donc moins de matériel à louer. » Près de dix salariés travaillent au sein de la structure associative chargée de gérer les lieux. Ouverture à l’été 2019 Imaginés dès 2010, les travaux de réhabilitation de La Maline avaient dû être reportés après le passage de la tempête Xynthia. Relancés en 2014, ils devraient aboutir d’ici au printemps 2019. L’ouverture du nouvel ensemble est programmée dans la foulée,

La salle de spectacle avant le lancement des travaux, en présence d’Annabelle Bariteau, médiatrice culturelle, et de Nicolas Rouffineau, régisseur.

THIERRY MARTROU

Changement de décor pour La Maline

en juin ou en juillet. Un café sera même aménagé au sein de La Maline. « C’est un moyen de diversifier les recettes. En effet, les élus pensent qu’il faut rechercher d’autres sources de financement, plaide Annie Léauté. Et trente cafés vendus par jour re-

présentent pas moins de 15 000 euros de budget supplémentaire par an, soit deux spectacles de plus. » En attendant la fin des travaux, La Maline délocalise ses séances de cinéma « hors les murs », dans les salles des fêtes des communes rétaises.

400 000€ sont apportés par la Région Nouvelle-Aquitaine, aux côtés du Département de la Charente-Maritime, de l’État et du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC)

16/02/2018 14:29


6

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

CORRÈZE TULLE À une année de son centenaire, la manufacture d’accordéons Maugein travaille sur le développement d’instruments de musique numériques. Tel le synthétiseur qui offre au pianiste une infinité de sons, ces Maugein électroniques devraient permettre à tous les accordéonistes de découvrir de nouveaux plaisirs.

L’accordéon change d’ère

D

SÉBASTIEN SINDEU

La Manufacture d’accordéons Maugein, à Tulle, dirigée par Richard Brandao.

e la chanson populaire aux orchestres contemporains, l’accordéon a acquis depuis longtemps ses lettres de noblesse. Ici, en Corrèze, sur les hauteurs de Tulle, l’entreprise Maugein fabrique depuis 1919 des accordéons de façon artisanale. À l’entrée de la fabrique, une exposition présente aux visiteurs et aux amateurs de magnifiques modèles qui retracent l’histoire de la marque. Nul besoin d’être expert pour apprécier le travail et le savoir-faire déployés sur ces instruments. Tango, bals trad, musette et java, le lieu résonne d’histoires où se côtoient Piaf et Brel, Piazzolla et Azzola, les Garçons Bouchers et Yvette Horner. Reprise en 2014 par 12 associés après un dépôt de bilan, l’entreprise est désormais labellisée EPV (Entreprise du patrimoine vivant) et emploie 15 salariés qui fabriquent les instruments. Ébénistes, assembleurs, peintres et

LOT-ET-GARONNE MARMANDE L’auto-école sociale et solidaire « Bougeonsnous ! 47 » propose un dispositif adapté à un public précaire pour passer le permis de conduire.

« Bougeons-nous ! 47 » le permis de conduire pour tous

04-09 NAQ2 Proximite V6.indd 6

SEBASTIEN LE CLEZIO

S

tudieux dans une salle obscure, face à l’écran où défilent différents éléments de signalétique, une dizaine d’élèves préparent le code. « C’est une occasion rêvée », murmure Lauriana, 25 ans, assistante maternelle. « J’ai besoin du permis pour faire des sorties avec les enfants que je garde et jusqu’à présent, c’était mon mari qui faisait le taxi. » Un vrai gage de liberté. Tout à fait ce que ressent Al Mouftada, 34 ans : « Sans permis on n’a rien ! Ma distance est limitée par les lignes de bus, et comme je suis au RSA, je ne pourrais pas me payer des cours dans une auto-école classique. » Quant à Jérôme, c’est son

Cours de conduite avec l’autoécole sociale et solidaire.

accordeurs unissent leurs talents pour chacun des instruments. La fabrication d’un accordéon (jusqu’à 8 500 pièces sur certains modèles) peut demander huit mois de travail. Richard Brandao, qui dirige la manufacture, souhaite diversifier la production et développer une nouvelle gamme d’instruments numériques. « 40 % des pianos sont aujourd’hui numériques, alors que seulement 1% des accordéons sont concernés. Il y a une demande des musiciens », explique-t-il. Les premiers prototypes en avril 2018 Soutenant l’innovation et les entreprises du patrimoine, la Région a décidé d’accompagner la société via une subvention de près de 40 000 euros, qui seront destinés au projet INATA (Instruments Numériques à Toucher Accordéon). Porté par la manufacture d’accordéons Maugein, INATA prévoit le développement

premier cours, mais il espère apprendre le plus vite possible. « Je débute un nouveau travail dans le bâtiment, et j’ai 30 minutes de trajet à pied », explique-t-il, « ça sera beaucoup plus confortable quand je pourrai les faire en voiture ». Fatima Figues l’a maintes fois constaté : « Le premier frein à l’insertion dans la vie économique est souvent constitué par la mobilité. » Cette élue municipale marmandaise, très impliquée dans l’action sociale, a donc décidé de se lancer pour aider ceux qui en ont le plus besoin à décrocher le précieux sésame. Volant… et vélos ! Le projet de l’auto-école sociale et solidaire est donc de fournir un soutien aux personnes en cours d’insertion sociale et professionnelle pour leur permettre de passer le permis de conduire à moindre coût et d’être épaulées dans leurs démarches. Créée en 2017 et baptisée « Bougeons-nous ! 47 », l’association dispose d’une voiture équipée fournie par le concessionnaire automobile David Pujol et d’un

de cinq types d’instruments, dont les corps seront équipés de touches d’accordéon. Cela doit permettre aux musiciens de retrouver le toucher « accordéon » tout en émettant des sons différents. « Nous travaillons avec un ingénieur et les premiers prototypes sont prévus pour avril 2018. Les instruments seront produits à Tulle », confie Richard Brandao. Cela doit offrir aux musiciens une nouvelle gestuelle et une nouvelle approche de l’instrument. Jouer de l’accordéon sur une sorte de guitare devrait renouveler le genre… La fabrication des premiers instruments est attendue pour septembre 2018. On imagine déjà les « sympathisants Maugein », comme on les appelle ici, réunis dans le showroom pour tester ces petites merveilles. Ici, les petits frères du piano à bretelles sont très attendus.

Plus d’infos sur accordeons-maugein.com

local dans le quartier Lolya, mis à disposition par le bailleur social Habitalys. La Région s’est engagée en fournissant une aide pour l’acquisition de matériel adapté à cette activité. La réglementation et les exigences y sont les mêmes que dans une auto-école classique. Céline, formatrice, y veille en assurant l’enseignement de la conduite et des règles de sécurité routière. En revanche, ici, le parcours est adapté à chacun et, surtout, avec un coût total de 350 euros, le tarif reste accessible. Une vingtaine de personnes, orientées par Pôle Emploi ou par les travailleurs sociaux, devraient être formées chaque année. « La demande est très forte », constate Fatima Figues. Pour l’épauler, elle peut compter sur Pierrick Fedrigo, ancien cycliste professionnel, vainqueur de quatre étapes sur le Tour de France, et parrain de l’association. En parallèle des cours de conduite, ils collectent d’anciens vélos chez les particuliers, les remettent en état, et les prêtent à ceux qui n’ont pas encore de volant entre les mains.

16/02/2018 14:29


7

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PROXIMITÉ HAUTE-VIENNE BESSINES-SUR-GARTEMPE Le site industriel à l’histoire chahutée renouvelle son projet industriel en misant sur la fabrication de conteneurs recyclables et connectés.

Stéva mise sur un avenir durable pièces de métal et les retirer entre deux mouvements de la presse. « Notre priorité, c’est d’automatiser le travail des opérateurs sur les presses, qui est très pénible », explique Franck Bazus, le directeur de Stéva Bessines.

Portugal, où le coût de la maind’œuvre est sans commune mesure avec celui que nous avons à Bessines. D’ici quelques années, des productions vont s’éteindre d’elles-mêmes. Nous devons absolument nous renouveler. »

Chercher de la valeur ajoutée Surplombant les sites d’assemblage qui occupent l’autre moitié de l’usine, une pièce couverte de graphes et chiffres : c’est là que s’effectue tous les matins la réunion de pilotage de la performance, qui dresse un état des lieux de la production. Dans les réunions des groupes de travail Usine du Futur dont fait partie Stéva Bessines, cette méthode a conquis d’autres entreprises limousines. Mais elle n’est plus tout à fait suffisante pour le site de Bessines. Franck Bazus pose les enjeux : « Nous devons développer des produits propres pour ne pas rester dépendants de nos donneurs d’ordre actuels. Et chercher de la valeur ajoutée. Notre secteur d’activité est très concurrentiel. Les productions continuent à se délocaliser en Europe de l’Est ou même au

Changer de culture Depuis quelques années, l’usine produit des conteneurs pour la grande distribution. Ceux-ci permettent d’optimiser le chargement des camions de transport. Le projet de Stéva est de s’appuyer sur cette production pour construire des conteneurs géolocalisables, en matériaux recyclables, dont la maintenance sera assurée sur le site. « Le projet Green Connected Packaging implique un changement de culture dans l’entreprise, dont une partie sera dédiée à la logistique et donc au service et non plus à la production. Nous sommes les seuls sur ce créneau qui est une demande de l’industrie et le projet s’appuie sur les savoir-faire en emboutissage et soudure. » Le stade de l’étude est bientôt terminé. Les premiers conteneurs devraient sortir de l’usine dès 2018.

Objectif zéro chômeur !

En arrivant à l’ESIAM, Aurélie Drochon a fait le choix de travailler dans l’équipe d’entretien des espaces verts.

L’usine du groupe Stéva, à Bessines-surGartempe (87), a bénéficié d’une aide régionale de 900 000 euros, sous forme d’avance remboursable et d’une aide européenne de 500 000 euros de fonds Feder.

E

nrayer le chômage de longue durée et relancer l’emploi : rêve ou réalité ? Avec 8 800 habitants et un taux de chômage de 6,7 %, la commune de Mauléon s’est portée volontaire pour expérimenter le dispositif national qui vise à favoriser l’emploi des chômeurs de longue durée. Cette expérimentation, « complètement novatrice pour le territoire », selon Pierre-Yves Marolleau, maire de Mauléon, a nécessité de fédérer tous les acteurs locaux afin d’identifier les personnes sans emploi et de recenser les activités à développer. C’est grâce à l’entreprise ESIAM (Entreprise Solidaire d’Initiatives et d’Actions Mauléonaise), dirigée par Thierry Pain, que l’objectif a été atteint : « Nous avons démarré l’entreprise en janvier 2017 avec 15 salariés, tous issus d’une période de chômage de longue durée. Nous avons construit le projet tous ensemble. À la fin de l’année nous étions 52 et nous espérons atteindre 80 salariés au printemps. Une telle croissance à cette échelle et à cette vitesse, c’est inédit. » Un changement de vie Les activités proposées par l’entreprise sont multiples : mise à

FRANÇOISE ROCH

L’

histoire du site de Stéva est loin d’être un long fleuve tranquille. Créée en 1989 à la suite de la fermeture des mines de la Cogéma pour réindustrialiser la ville, l’usine a abrité à ses débuts jusqu’à 370 salariés. Ils sont 147 aujourd’hui. En un peu moins de trente ans, elle aura connu reprises et liquidations successives. Son nouvel actionnaire, Philippe Lassablière, le président de Stéva, s’est engagé dans un véritable projet industriel et entend bien diversifier la production. Il est vrai que le lieu est impressionnant. Au centre de l’usine trône le dernier investissement : une presse de 2 000 tonnes, achetée en 2016 avec l’aide du Conseil régional et de PSA, quand le groupe s’est retiré du site. Un cadeau de départ, en quelque sorte. En face, des presses de 800 tonnes, 500 tonnes et 320 tonnes s’activent. D’un côté, une ligne robotisée de bras articulés aux gestes rapides et millimétrés dont les mouvements sont ponctués par le bruit sec de l’emboutissage des pièces à façonner. De l’autre, des opérateurs qui doivent déposer des

DEUX-SÈVRES MAULÉON Le territoire de Mauléon expérimente actuellement le dispositif « Territoire Zéro Chômeur » et embauche en CDI des personnes sans emploi depuis plus d’un an. Et ça fonctionne !

disposition de personnels pour les entreprises locales qui ont du mal à recruter, entretien d’espaces verts, remplacements à l’ADMR (services à la personne), visites guidées de la ville (400 visiteurs en 1 an), transport de personnes pour une résidence de personnes âgées, prestations pour les écoles, laverie pour les chambres d’hôtes, ou encore la reprise du camping municipal qui devrait se faire cet été. Aurélie Drochon fait partie de l’équipe d’entretien des espaces verts. Au chômage depuis 2011, travailler ici est pour elle une bouffée d’oxygène : « C’est mon premier CDI. Avant, j’accumulais des petits boulots pour des remplacements. Aujourd’hui, à la maison, on peut se faire plaisir ! » Elle est également régulièrement sollicitée pour d’autres activités, comme la menuiserie ou le tri de tissu : « J’apprends tous les jours ! Il faut s’adapter. » Ses collègues, Philippe Gabet et Laurent Bousseau, avec elle sur le chantier de débroussaillage du jardin du petit séminaire de Mauléon, ont également été embauchés en janvier 2017 après deux ans sans activité. Tous les deux en CDI, ils ont « plus le moral », « dorment mieux la nuit » et « souhaitent rester jusqu’à leur retraite ».

ZOOM

UNE EXPÉRIMENTATION SOUTENUE PAR LA RÉGION GUILLAUME FONTAINE

La Région soutient cette initiative avec une aide de 20 000 euros

04-09 NAQ2 Proximite V6.indd 7

l’ESIAMde dans cadre de ced’ dispositif Unpour budget 37lemillions euros, national, dont pour lequel seulement 10 territoires ont été retenus. L’expérimentation 10,6 financés par la Région. Jusqu’à 2 100 durera cinq ans et a pour objectif d’embaucher 2 000 chômeurs de longue durée à l’échelle de la France. apprentis. 200 places d’hébergement.

16/02/2018 14:29


8

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

VIENNE SAINT-BENOÎT L’entreprise Safran Electronics & Defense a été retenue pour construire le miroir du plus grand télescope du monde. Un défi technologique qui s’accompagne de la création d’une nouvelle unité de production et du recrutement de 50 personnes en région.

Vers l’infini et au-delà

SAFRAN ELECTRONOCS & DEFENSE

931 segments d’1,4 m de diamètre Cette réalisation s’inscrit dans le cadre d’un appel d’offres lancé par l’European Southern Observatory et remporté par la filiale de Safran Electronics & Defense, Safran Reosc, leader mondial de l’optique astronomique et spatiale. Le site de Saint-Benoît, qui

04-09 NAQ2 Proximite V6.indd 8

compte 450 salariés, a été retenu pour deux raisons principales, comme l’explique son directeur, Guillaume Oulié. « La première est que nous avons, ici, des compétences inégalées en optique et optronique, science alliant l’optique et l’électronique. Nous fabriquons notamment des jumelles et caméras à vision nocturne ou infrarouges, ainsi que des modules de détection pour la défense. Le deuxième atout est que nous disposons d’un bâtiment suffisamment grand de 5 000 m2 jusqu’alors inutilisé. » Pour arriver à réaliser ce défi technologique, l’entreprise poitevine va, à partir de cette année, aménager et équiper ce bâtiment pour au final produire, d’ici à 2024, 798 segments, plus 133 de rechange, qui composeront le miroir. « Chaque segment ressemblera à une galette hexagonale de verre différente de sa voisine, poursuit Frédéric Boillet, responsable de l’unité industrielle de ce projet. Toute la complexité de l’opération sera de polir ces segments, d’1,4 mètre de diamètre, en retirant progres-

sivement des couches ultraminces afin de leur donner la forme concave en fonction de leur position dans le télescope. Et surtout d’arriver à des défauts qui ne devront pas dépasser 10 nanomètres, soit 10 millionièmes de millimètre. Pour ce faire, l’usinage ionique, une technique de polissage sans contact physique, sera mise en œuvre. » L’objectif attendu est d’arriver à produire, à partir de 2021, un segment par jour. 30 M€ d’investissements 30 M€ d’investissements seront nécessaires pour installer le nouvel atelier. Un projet soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 700 000 euros dans le cadre de son dispositif Usine du Futur qui prendra, ici, toute sa dimension avec cette nouvelle unité de production : connectivité des machines et des objets, robotique, simulations virtuelles… Le site devrait recruter à terme 50 nouveaux collaborateurs. « Des compétences que nous trouverons en région », précise Guillaume Oulié.

MC2 Energy : c’est les watts qu’ils préfèrent Jean-François Chaput, Valérian Vincent, Francis Larché.

SABINE DELCOUR

L’

entreprise Safran Electronics & Defense, située à Saint-Benoît dans la Vienne, va être, pendant plusieurs années, le centre des attentions de tous les astronomes du monde. En son sein va se construire, à partir de 2019, le miroir central concave du plus puissant télescope jamais conçu au monde, avec des dimensions hors normes : 39 mètres de diamètre. Cet équipement inaugure une nouvelle ère pour l’astronomie. Installé d’ici à 2024 au Chili, il permettra, en effet, de voir cinq fois plus loin qu’actuellement. Objectifs : comprendre l’origine de l’univers et mesurer son expansion avec la découverte de nouvelles exoplanètes dans un rayon de 10 années-lumière.

PYRÉNÉES-ATLANTIQUES ABOS C’est depuis le Béarn que l’entreprise familiale MC2 Energy s’attaque à des marchés internationaux. Sa spécialité : la réparation et la maintenance de rotors turbocompresseurs, des machines utilisées pour la production d’électricité.

Installé en 2024 au Chili, ce télescope mesurera 39 mètres de diamètre.

Q

uand vient l’âge de la retraite, certains s’arrêtent. Francis Larché n’est pas fait de ce bois-là et continue à créer, à développer. « J’avais peur de m’ennuyer », plaisante-t-il. Alors, fin 2015, il fonde MC2 Energy. « On travaille ici sur des standards d’exigence extrêmement élevés », confie Jean-François Chaput, le responsable de production. Le moindre rotor turbocompresseur est un concentré de technologie : des dizaines d’étages, des centaines de pièces et des machines qui peuvent peser jusqu’à 100 tonnes. Les normes de rigueur sont draconiennes, puisqu’il s’agit d’opérer sur des assemblages qui, une fois en rotation, fournissent de l’électricité pour des milliers d’habitants. Une production 100 % locale Il fallait donc bien se préparer pour relever un tel défi. Une acquisition de terrain, un agrandissement des locaux et l’achat de matériel comme un préambule, avant de se placer sur la ligne de départ. Pour ces lourds investissements, la Région Nouvelle-Aquitaine intervient à hauteur de 194 000 euros au sein d’un plan de financement de plus de 7 M€. Désormais équipé avec des appareils conçus sur mesure, MC2 Energy peut partir à l’assaut du monde. Sa cible : les producteurs d’électricité de tous les continents, auxquels elle propose son savoir-faire pour la réparation et

l’entretien de ces turbines ultra-complexes. Même s’il existe des concurrents sur ce marché de spécialistes, la force de la société béarnaise réside dans la maîtrise de la totalité des opérations. « Nous réalisons chaque partie de l’intervention, sans aucune sous-traitance », confirme Francis Larché. Démontage, équilibrage, usinage, remontage… Tout se passe sur le site d’Abos, dans des locaux passés de 800 m² à près de 3 000 m². Deux nouveaux recrutements Employant aujourd’hui 14 personnes, l’entreprise familiale (100 % détenue par la famille Larché), vient de recruter deux salariés. Une secrétaire en contrat temporaire a appris juste avant les fêtes de fin d’année, qu’elle allait passer en CDI. L’autre nouvel arrivant est un jeune en contrat de professionnalisation dans le cadre de sa licence de commerce international. Ce dernier vient épauler Jean-François Chaput sur le plan commercial. « La société MC2 Energy existe officiellement depuis 2015, mais son activité a réellement démarré en mars 2016 », tient-il à préciser. Dix-huit mois après ses débuts, elle peut déjà se targuer d’un contrat à Madagascar et d’un autre en Afrique de l’Ouest. « Nous avons remporté notre premier appel d’offres, lancé par la Compagnie ivoirienne d’électricité », se félicite Jean-François Chaput.

16/02/2018 14:29


9

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PROXIMITÉ CREUSE GUÉRET Les kits de diagnostic de cancer bientôt commercialisés par la start-up creusoise Carcidiag annoncent un changement majeur dans l’approche de la maladie.

Start-up à Guéret, Carcidiag met au point des kits de diagnostic de cellules souches cancéreuses.

Une révolution dans le diagnostic des cancers

C

réée en janvier 2017 et abritée par la pépinière d’entreprises du Centre de ressources Domotique de Guéret, Carcidiag emploie 5 personnes qui travaillent activement à une première commercialisation de kits de diagnostic du cancer colorectal. « Dans un premier temps, nous visons 1 % des diagnostics du cancer colorectal, annonce Christian Laurance, directeur administratif de Carcidiag. À l’horizon 2019, nous proposerons aussi des tests pour les cancers du sein et du poumon et travaillerons sur les cancers des voies aéro-digestives supérieures et les cancers gynécologiques. » Une petite révolution dans le monde de l’oncologie qui a été rendue possible par les travaux de recherche de la jeune pousse creusoise.

GUILLAUME FONTAINE

Détecter les cellules souches « Avec Vincent Carré, qui est comme moi glycobiologiste*, nous avons mis en évidence la présence de sucres spécifiques à

la surface des cellules. Ces sucres permettent de les caractériser de façon très sûre, explique Aurélie Lacroix, codirectrice scientifique de Carcidiag. Nous avons eu l’idée d’appliquer cette découverte aux cellules cancéreuses pour mettre en évidence les cellules souches cancéreuses, ce qui n’a jamais été fait jusqu’à aujourd’hui. » Ces recherches menées au laboratoire HCP (Homéostasie cellulaire et pathologies) de l’université de Limoges ont permis de déposer le premier brevet qu’exploite aujourd’hui la jeune start-up. « La détection des cellules souches cancéreuses va permettre de changer la caractérisation des cancers ; c’est parce qu’elle contient des cellules souches cancéreuses qu’une tumeur est agressive. Celles-ci sont résistantes aux traitements, ne meurent pas, sont capables de reformer une nouvelle tumeur et de se propager dans l’organisme pour former des métastases », poursuit Alain Queyroux, médecin ORL et membre cofondateur de Carcidiag. Les recherches de

GIRONDE BORDEAUX Douze chefs bordelais participent au programme Des Étoiles et des Femmes, qui propose aux femmes en difficulté d’insertion de retrouver le chemin de l’emploi grâce à la cuisine.

la jeune société induisent donc un changement de perspective dans l’approche de la maladie. Une entreprise prometteuse Soutenue par la Région pour son lancement, par la Banque publique d’investissement, lauréate du concours I-lab du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en 2017, Carcidiag s’est vu décerner le prix « Innovation à fort potentiel de développement en oncologie » par le cancéropôle LyonAuverg ne - R hône - A l p e s . L’entreprise est aussi forte d’un comité scientifique constitué d’experts reconnus. « L’accueil de la communauté scientifique est donc plutôt bon. Les recherches actuelles vont dans notre sens », explique Alain Queyroux. L’étape suivante du développement de la société prévoit la mise au point de traitements spécifiques ciblant les cellules souches cancéreuses. Pour y parvenir, un travail de plusieurs années attend la jeune entreprise.

La Région soutient cette entreprise à hauteur de 150 000 €

GLYCOBIOLOGIE

Discipline scientifique qui allie biochimie et biologie moléculaire pour étudier et comprendre le fonctionnement et la régulation des sucres par l’organisme.

«Des Étoiles et des Femmes gastronomes», La Table de Cana, Gradignan (33) .

I

nitié à l’origine par le célèbre chef Alain Ducasse, le programme Des Étoiles et des Femmes regroupe des grands restaurateurs qui reçoivent dans leurs établissements les candidates en formation. L’initiative se déploie avec succès dans plusieurs villes françaises grâce au réseau d’insertion La Table de Cana, qui coordonne le projet à Bordeaux. La formation, assurée par l’INFA de Gradignan, est constituée de douze femmes d’origines différentes, préparant le CAP en un an. Financé par la Région, Pôle Emploi, ainsi que des fondations d’entreprise, Des Étoiles et des Femmes est une application concrète de la politique régionale en matière

04-09 NAQ2 Proximite V6.indd 9

d’égalité des droits des femmes et d’accession à l’emploi. Les 12 chefs bordelais qui participent au programme représentent la gastronomie dans sa diversité : Vivien Durand du Prince Noir, Thomas Morel du Pavillon des Boulevards, chacun une étoile au Michelin, Franck Audu de La Tupina ou des enseignes de l’hôtellerie (Pullman, Mercure…). Ces talents expriment leur enthousiasme pour des femmes « qui arrivent le matin avec un grand sourire et une belle volonté », commente Romain Guyot, du restaurant Le Gabriel. La cuisine reste un univers masculin où mixité et parité apportent de l’équilibre. Toutes les jeunes femmes disent leur plai-

sir d’apprendre, le courage qu’il faut pour reprendre confiance, l’aide trouvée vis-à-vis des difficultés quotidiennes (garde des enfants, mobilité). Leur formateur, Vincent Balzamo, est luimême un ancien cuisinier très impliqué. « Restaurants étoilés ou banquets de l’hôtellerie, nos candidates découvrent toutes les facettes du métier pour une pratique complète. » Des outils indispensables à la reconversion Parmi elles, Marguerite Ndiaye, bordelaise, était auparavant femme de ménage. Cette passionnée de cuisine a mûri sa reconversion lors d’un repas de mariage pour 120 personnes,

O. PANIER DES TOUCHES

Gastronomes et solidaires

Un financement régional de 50 000 € Hôtellerie-restauration: 7,5% de l’emploi régional dont elle a assuré seule la préparation ! En formation à l’hôtel Mercure Cité mondiale, elle apprend à travailler les produits frais : poissons, volailles, sauces, pâtisseries… Autant de techniques à maîtriser. Elle se forge des bases solides, avec les outils

nécessaires pour envisager un projet personnel par la suite. À Marseille, les candidates ont obtenu 100 % de réussite au CAP et 75 % ont trouvé un emploi ou créé leur activité. Des résultats motivants pour les futures lauréates bordelaises !

16/02/2018 14:29


10

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ JEUNESSE APPRENTISSAGE Véritable levier pour l’emploi des jeunes, l’apprentissage représente également un enjeu en termes d’attractivité du territoire pour les entreprises. Autant de raisons qui incitent la Région à s’impliquer aux côtés des acteurs de l’économie locale.

Quand l’apprenti va, tout va ! formation et d’hébergement a pour objectif de regrouper toutes les formations du département liées à ce secteur. Une manière de sensibiliser les futurs acteurs du BTP au développement durable. Le projet, d’un coût total de 22,578 Me, a reçu une aide de 10,5 Me de la Région. Plus au sud, à Tarnos (40), le pôle Formation DEFI Landes Pays Basque est en cours de construction. Son objectif : accompagner l’expansion du site landais de Turboméca (Safran Helicopter Engines) et faire face aux défis de la maintenance

dans le secteur aéronautique. Sollicitée, la Région a ici apporté une aide financière globale de quelque 2 Me. Soucieuse de répondre aux besoins d’innovation des territoires et des entreprises, la Région a également soutenu, à hauteur de 25 000 euros, un dispositif spécifique à Brive (Corrèze). Son objectif : organiser des formations à la carte au sein même des entreprises. Brive Tonnellerie a ainsi pu effectuer quatre pré-recrutements via l’apprentissage afin de transmettre ses savoir-faire avant des départs à la retraite.

102 CFA

JOEL PEYROU

sont répartis sur 375 sites sur l'ensemble du territoire régional

Mathilde Huynh-Tan est en terminale pro Maintenance des véhicules à Villenave-d’Ornon (33).

«L

’apprentissage m’a permis d’entrer dans la vie active sans pour autant être livrée à moimême, en alternant deux semaines de cours et deux semaines en entreprise. Et cette année, je touche un salaire brut mensuel d’environ 1 100 euros. » Mathilde Huynh-Tan, 22 ans, est en terminale pro Maintenance des véhicules. En contrat depuis août 2016 avec Bordeaux Sud Automobile, à Villenave-d’Ornon (Gironde),

elle souhaiterait passer son BTS au sein de la même entreprise avant, espère-t-elle, d’intégrer l’École de la Performance de Nogaro. Pour l’avenir, elle ne s’inquiète pas vraiment : « Les compétences changent, mais le métier reste le même. Et il y aura toujours besoin d’opérateurs. » Un contexte que l’on retrouve par exemple dans les secteurs de l’hôtellerie ou du bâtiment. Mais à côté de ces voies « traditionnelles », l’apprentissage concerne aussi des métiers en mutation : dans l’industrie par exemple, qui connaît

ZOOM

RAPPROCHER LES EMPLOYEURS ET LES CANDIDATS •Avec l’aide des fonds européens, la Région anime et structure un réseau d’une centaine de développeurs rattachés aux CFA et aux chambres consulaires (chambres de commerce et d’industrie, chambres de métiers, chambres d’agriculture). Leur mission ? Promouvoir l’apprentissage auprès des entreprises et des jeunes, et les mettre en relation. Une bourse en ligne de l’apprentissage met en contact employeurs et candidats en recherche de contrat. En 2016, 83 % des offres déposées ont été pourvues. En 2017, 6 500 offres y ont été relayées. www.aquitaine-alternance.fr

10-11 NAQ2 V5.indd 10

localement une forte demande liée à la maintenance (aéronautique notamment), ou encore dans le numérique, qui requiert des formations supérieures pour des métiers touchant à la cybersécurité et au big data. Dans ce cadre, le rôle de la Région se situe au carrefour des besoins des entreprises, de l’orientation des jeunes et de la dynamique des territoires. Responsable de la carte des formations, elle s’attache à répondre au plus près aux besoins de l’économie régionale et à ses mutations. C’est ainsi que, entre 2016 et 2017, 284 nouvelles formations ont été ouvertes, soit l’équivalent de 3 823 places. Soutenir l’innovation En 2016, la Région a apporté 35 Me sur un budget global de plus de 220 Me consacré à l’apprentissage. Elle investit également plus de 50 Me dans l’amélioration des installations. Ainsi, en Charente, à Chasseneuil-sur-Bonnieure, le pôle des métiers du bâtiment et de l’écoconstruction a accueilli ses 212 premiers apprentis en septembre dernier (sur 600 prévus à terme). Cet établissement de

84 %

des apprentis ont obtenu leur diplôme ou titre à l’issue de leur formation en 2017

+ 27 %

C’est l’augmentation du nombre d’apprentis dans l’enseignement supérieur ces deux dernières années

64 %

d’entre eux en insertion professionnelle à 7 mois

20/02/2018 17:34


11

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ JEUNESSE EN BREF ÉDUCATION À Saint-Vaury, dans la Creuse, le Réseau des possibles 23, une structure proche des micro-lycées, offre une seconde chance aux « décrochés » du système scolaire.

Remobilisation et orientation La classe compte deux tiers d’élèves décrochés qui ont souvent quitté l’école dans la douleur, mais aussi des élèves allophones* hébergés dans les centres des environs. « Nous proposons remobilisation, orientation, définition de projet et offrons la possibilité de passer des diplômes. » C’est pourquoi on peut voir Adeline arriver tout sourires en classe vers la fin de la matinée. Elle est en immersion en seconde bac pro Métiers de la sécurité. Elle a trouvé sa voie, annonce-t-elle. L’an prochain, elle essaiera d’intégrer le cursus. De son côté, Hirmiz, venu d’un village des environs de Qaraqosh, en Irak, est en stage chaque semaine chez la coiffeuse de Saint-Vaury.

ZOOM

4 MICRO-LYCÉES RÉGIONAUX

Parrainage de compétences et réseau Pour ouvrir le réseau au maximum sur son environnement, la proviseure a établi un partenariat avec 23 structures. La MGEN leur ouvre un accès à toutes les informations nécessaires aux soins, Canopé à l’équipement informatique. S’ajoutent les missions locales, l’Agence régionale pour l’orientation, la formation professionnelle et l’emploi 1, les CIO… mais aussi des chefs d’entreprise qui interviennent dans des ateliers et l’association Egée, un réseau d’entreprises qui offre du parrainage de compétences et un réseau. L’expérimentation du Réseau des possibles est assurée pour trois ans. En septembre prochain, une seconde section ouvrira sur le module bac. Mais Laurence Chronopoulos se projette déjà dans l’après. « J’aimerais bien que cette structure se pérennise et s’adresse aux 7 à 77 ans, que quiconque ait besoin de revenir sur les bancs de l’école puisse le faire. » Une belle ouverture pour le Réseau des possibles. 1. Née de la fusion de Prisme, Aquitaine Cap Métiers et l’ARFTLV.

ALLOPHONE

Personne qui a une autre langue maternelle que le français.

MÉMOIRE Cette année, le lycée d’Andernos-les-Bains (33) devient Lycée Nord Bassin Simone-Veil. Outre l’hommage rendu à la femme politique et académicienne rescapée des camps et disparue en 2017, ce changement de nom salue aussi le travail de 29 collégiens et de 22 lycéens qui ont mené pendant deux ans, à l’initiative de la commune, un travail de fond sur la Shoah. Visite à Oradour-sur-Glane et à Auschwitz, rencontre avec un ancien déporté… ces élèves passionnés sont devenus de véritables passeurs de mémoire, allant jusqu’à organiser une exposition, écrire une chanson à la mémoire de Simone Veil et même intervenir auprès de classes de CM2.

Olympiades des métiers, c’est reparti ! RENDEZ-VOUS Les 23 et 24 mars, le Parc des expositions

de Bordeaux accueille la finale régionale des Olympiades des métiers. Pour la 45e édition de cette compétition internationale rassemblant des jeunes âgés de moins de 23 ans, 65 métiers seront en compétition. Objectif : réussir des épreuves d’environ 20 heures pour espérer monter sur le podium et participer aux finales nationales qui se dérouleront à Caen du 29 novembre au 1er décembre 2018. Ultime étape de cette compétition, les sélections internationales, programmées en août 2019 à Kazan, en Russie.

Plus d’infos sur www.olympiadesmetiers.fr

Les jeunes peuvent rejoindre le Réseau des possibles 23 pour une durée de 1jour à 3 ans.

INSERTION PROFESSIONNELLE

UNE AIDE

B S I PERM

GUILLAUME FONTAINE

* sous conditions, à découvrir sur aidepermisdeconduire.fr

En plus du Réseau des possibles 23 de Saint-Vaury, la NouvelleAquitaine compte 4 micro-lycées membres du réseau national. Financées par la Région, ces structures de lutte contre le décrochage scolaire proposent des solutions sur mesure aux 16-25 ans en situation d’échec scolaire. Elles sont réparties sur tout le territoire (lycée professionnel Antoine-Lomet, à Agen – 47, micro-lycée numérique Victor-Louis, à Talence – 33, micro-lycée Haut-Val-de-Sèvre, à Saint-Maixent-l’École – 79, micro-lycée Utrillo, rattaché au lycée Valadon, de Limoges – 87).

Lui aussi est ravi. À la rentrée prochaine, il devrait intégrer un CAP coiffure. Robin, venu de Mossoul, lui, ne disait pas grand-chose au début. Mais peu à peu, il prend ses marques.

10-11 NAQ2 V5.indd 11

au

CONDU S U O V N O I G LA RE *

DIPLÔMÉ

a

SU

SION LO IVI EN MIS

misde ideper

*

CALE

E CIVI EN SERVIC

condui

IT *

QUE

re.fr

Crédits photo : Shutterstock, AdobeStock.

pour une durée de 1 jour à 3 ans, quel que soit leur projet.

Andernos rend hommage à Simone Veil

©Région Nouvelle-Aquitaine / Création graphique : Studio Fluorescence

L

e Réseau des possibles a ouvert ses portes en septembre dernier, adossé au lycée professionnel Gaston-Roussillat, à quelques kilomètres de Guéret. Seize élèves évoluent dans cette structure unique issue d’un appel à projets innovants de l’académie de Limoges. La Région soutient le projet dans le cadre de ses politiques contre le décrochage scolaire. « C’est un mixte de micro-lycée et d’école de la deuxième chance », explique Laurence Chronopoulos, proviseure du lycée et initiatrice du projet. Le Réseau des possibles parie avant tout sur la motivation de ses élèves. « Il faut que nous donnions l’envie de revenir à l’école et l’envie de se projeter vers un avenir avant de se projeter dans un métier. » Les jeunes peuvent rejoindre le Réseau des possibles

SÉBASTIEN SINDEU

Donner envie d’avoir envie

Encourageons aujourd’hui, réussissons demain

16/02/2018 14:30


12

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE EN BREF

Une stratégie régionale de haut vol

DR

AÉROPORTS En 2017, près de 9 millions de passagers ont transité au sein des onze aéroports de la Région. Pour accompagner ce trafic aérien en plein envol, le Conseil régional pose les balises d’une stratégie commune à l’échelle de la nouvelle région.

Du bio dans nos moteurs BIOCARBURANT Le 21 novembre 2017, la Région inaugurait sa

première ligne de cars roulant au bioéthanol, sur la ligne 201 du réseau TransGironde entre Bordeaux, Saint-André-de-Cubzac et Blaye. Une expérimentation menée en partenariat avec Citram Aquitaine, Scania et Raisinor France. Biocarburant, le bioéthanol est produit à partir de matières végétales – notamment les résidus vinicoles (mares et lies de vin) – dont les sucres sont transformés en éthanol par fermentation. Avec ce biocarburant produit en Nouvelle-Aquitaine, on observe une réduction de 85 % des émissions de gaz à effet de serre, de 50 % de l’oxyde d’azote (Nox) et de 70 % des particules fines par rapport au diesel fossile.

Plus d’infos transgironde.fr

Inscrivez-vous en ligne

ALBAN GILBERT

TRANSPORT SCOLAIRE Depuis le 1er septembre 2017,

E

n à peine dix ans, le nombre de passagers fréquentant les aéroports de la Nouvelle-Aquitaine a doublé. Bordeaux se taille, certes, la part du lion avec 6,2 millions de passagers en 2017 et une hausse de 87 % en huit ans. Pour autant, chacun des onze aéroports participe au maillage de l’offre de transport. Mieux uniformiser cette offre, rendre ces aéroports non plus concurrents mais alliés dans les négociations avec les compagnies aériennes, optimiser les investissements sont les priorités qui se sont imposées pour le Conseil régional, compétent en matière de transport et acteur majeur de l’aménagement du territoire.

Un budget de 6,3 M€ Après concertation avec les acteurs aéroportuaires, les élus régionaux ont donc adopté une politique plus cohérente en octobre dernier. Elle prévoit, tout d’abord, d’intensifier l’implication financière de la Région. En 2019 et 2020, un budget annuel de 6,3 M€ – contre 4,3 M€ – sera ainsi dédié à cette politique. Cet effort s’illustrera par une prise

12 NAQ2 V6.indd 12

de participation plus uniforme, à hauteur de 25 %, auprès des aéroports de Biarritz, Pau, Bergerac, La Rochelle et Brive. Un choix « ciblé » défini au regard de critères d’activité, de soutien au bassin économique et touristique ou de désenclavement des territoires. Courant 2018, des contrats d’objectifs pluriannuels seront élaborés pour une mise en œuvre début 2019. Ces contrats, outils de mise en cohérence des stratégies des différents aéroports, encadreront l’intervention régionale. Cas à part : pour l’aéroport de Limoges, la participation régionale actuelle de 49,6 % sera tout d’abord maintenue, avec un passage progressif à 25 % d’ici dix ans, date de la prochaine délégation de service public. Préserver une desserte équilibrée Pour les aéroports d’Agen et de Poitiers, villes bénéficiant depuis peu des effets de la LGV, le soutien de la Région prendra la forme d’une aide financière aux lignes aériennes, en l’occurrence celles de Poitiers-Lyon et d’Agen-Paris. Enfin, avec son statut de société

anonyme, l’aéroport de Bordeaux – détenu à 60 % par l’État – fait figure d’exception. Attachés à préserver une gouvernance publique au sein de cet aéroport, la Région et les autres partenaires publics (Métropole, Département, CCI…) vont entamer des négociations avec l’État pour accroître leur participation au capital au-delà des 40 % actuels et devenir majoritaires. Une « conférence aéroportuaire régionale » À ce stade, la stratégie aéroportuaire est une orientation politique qui doit maintenant être formalisée. Les négociations avec chaque aéroport concerné sont d’ores et déjà engagées pour sa mise en œuvre. Une conférence régionale des aéroports se réunira également chaque année. Elle permettra de poursuivre le dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés, d’alimenter et de faire vivre la stratégie aéroportuaire régionale. En outre, d’ici trois ans, un Établissement public administratif pourrait être créé par la Région afin de coordonner encore davantage son action.

La piste de l’aéroport de BordeauxMérignac.

la Région est l’autorité organisatrice des transports scolaires. Dès avril 2018, le nouveau portail des transports régionaux – transports.nouvelle-aquitaine.fr –proposera une entrée unique pour les transports scolaires dans l’ensemble de la région. Ce site, qui centralisera toutes les informations (horaires, tarifs, modalités de paiement…), permettra une inscription et un paiement en ligne. Naturellement, les familles pourront continuer à s’inscrire auprès des établissements scolaires ou des quelque 900 autorités organisatrices secondaires (mairies, SIVOS et communautés de communes). Les Départements restent les relais à solliciter uniquement pour le transport scolaire d’enfants handicapés. Pour l’année scolaire 2018-2019, les tarifs resteront inchangés. Une harmonisation interviendra lors de la rentrée 2019.

9millions

de passagers en 2017 sur les 11 aéroports régionaux.

16/02/2018 14:31


Nouvelle-Aquitaine.fr

DOSSIER PÊCHE

Journal d’information de votre région

N°2 PRINTEMPS 2018

JEAN-DANIEL SUDRES

CONTRE VENTS ET MARÉES

ÉCONOMIE Pêche en mer et en rivière, production d’huîtres et de moules, aquaculture en eau douce,

techniques ou produits innovants… Notre dossier brasse un ensemble d’activités qui baigne notre région et contribue à son rayonnement économique et à sa réputation gastronomique.

A

vec plus de 720 km de côtes, la NouvelleAquitaine constitue la 3e région littorale de France métropolitaine. Elle s’impose comme l’un des premiers territoires de pêche maritime avec cinq ports. Celui de La Cotinière sur l’île d’Oléron est le plus important de tous, alors que le port de Saint-Jean-de-Luz / Ciboure s’illustre par une criée record, avec plus de 10 000 tonnes de poissons commercialisées par an. Considérée à juste titre comme un métier difficile, qu’on embrasse toujours par passion et souvent par filiation, la pêche fait l’objet du soutien de la Région. Celui-ci s’inscrit dans le cadre de la politique européenne de préservation halieutique, dont l’enjeu n’est plus « de pêcher plus, mais de pêcher mieux ». Ce leitmotiv se traduit par des aides régionales et européennes en matière d’infrastructures portuaires et d’accompagnements individualisés, afin de moderniser les équipements et les outils de production des professionnels soumis à des enjeux cruciaux : changement climatique, qualité et traçabilité des produits, protection des habitats et de la biodiversité, santé et sécurité des marins… Au total, la politique régionale et européenne en faveur des secteurs pêche et

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 1

aquaculture porte sur une enveloppe de près de 43 M€ sur la période 2014-2020, soit la 2e enveloppe la plus conséquente de France. L’aquaculture en pleine forme L’aquaculture regroupe toutes les activités de production animale ou végétale en eau douce ou salée. Parmi elles, la conchyliculture sort de sa coquille avec 53 000 tonnes d’huîtres et 12 000 tonnes de moules produites annuellement, pour une valeur de 350 M€. L’activité constitue le poids lourd, au niveau national, grâce aux bassins de production de Charente-Maritime et d’Arcachon. L’ostréiculture et la mytiliculture enregistrent des dizaines de nouvelles installations par an et multiplient les actions vertueuses : élevage naturel, actions de formation, création de marques collectives fortes et de labels… Première région française productrice de truites et de caviar, la Nouvelle-Aquitaine se distingue aussi dans le secteur de la pisciculture. Ce dernier, très encadré sur le plan environnemental, s’engage dans des démarches de certification pour attester de ses pratiques et de la qualité de ses produits, notamment via le bio.

43 M€ de la Région et de l’Europe pour la pêche sur la période 2014-2020

Pour les accompagner, les professionnels de la pêche et de l’aquaculture bénéficient de structures d’appui technique régionales spécialisées, comme le CREAA1 (Oléron) et l’IMA2 (Bayonne), dont le rapprochement est à l’étude. Ces filières font aussi preuve d’innovation. Certaines productions, encore confidentielles, connaissent un essor important, comme la spiruline par exemple. De nouvelles technologies de culture, comme l’aquaponie 3, émergent sur notre territoire. L’avenir des métiers de la mer et du littoral passe aussi par le recrutement de futurs professionnels qui se forment dans les cinq lycées spécialisés de notre région. Enfin, on ne peut conclure ce dossier sans évoquer les 214 000 titulaires d’une carte de pêche en Nouvelle-Aquitaine, qui associent le plaisir de la pêche en rivière ou en étang et l’attrait des milieux aquatiques. Ensemble, plongeons dans ce dossier pêche et aquaculture…

1. Centre régional d’expérimentation et d’application aquacole. 2. Institut des milieux aquatiques. 3. Élevage de poissons dans des bassins où l’eau est filtrée par des plantes.

20/02/2018 17:42


II AVEC 10 000 TONNES DE POISSONS COMMERCIALISÉES PAR AN, LA CRIÉE DE SAINT-JEANDE-LUZ/CIBOURE EST LA PLUS GRANDE DE LA RÉGION.

7M€

sont consacrés à la modernisation des ports de pêche, sites de débarquement, halles de criée et abris.

FRANÇOISE ROCH

O.PANIER DES TOUCHES

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

LA COTINIÈRE VOIT GRAND Le port de La Cotinière sur l’île d’Oléron porte un important projet de modernisation de ses infrastructures. Il s’agit notamment de redimensionner la criée, afin qu’elle puisse accueillir dans de bonnes conditions ses 5 500 tonnes de poissons débarqués chaque année. La création d’un 3e bassin à flot est également à l’étude : à ce jour, le port est un port d’échouage, dont l’accès est conditionné par les marées.

Le port Chef de Baie à La Rochelle.

Nos ports d’attache Ancrés dans notre histoire, notre culture et nos paysages, les cinq ports de pêche de la région vivent toute l’année au rythme des marées et des saisons.

I

ls abritent des chalutiers, des ligneurs ou des caseyeurs pour une pêche côtière, au large ou une grande pêche. Plusieurs font cohabiter port de pêche et port de plaisance. Cinq d’entre eux possèdent une criée où regorgent merlus, seiches, soles, bars, maigres, baudroies, calmars… Nos ports de pêche régionaux sont à la fois l’âme et les havres des professionnels de la pêche en Nouvelle-Aquitaine. Au nord de la Région, le port Chef de Baie à La Rochelle compte près de 170 navires de pêche, dont 27 dédiés à l’activité conchylicole. Il abrite la première plateforme de transformation des produits de la mer du département. La criée du port voisin de La Cotinière, à Saint-Pierre-d’Oléron, commercialise plus de 5 000 tonnes de produits de la mer par an. Le 3e et dernier port de Charente-Maritime, celui de Royan, se distingue surtout par ses 920 navires

de plaisance. Le sud de la Nouvelle-Aquitaine n’est pas en reste, avec le port d’Arcachon, qui mêle la plaisance et la pêche. Cette deuxième activité rassemble 115 navires. Les petits ports de Capbreton et Hendaye comptent également quelques navires de pêche. La criée de Saint-Jean-de-Luz /Ciboure constitue pour sa part la plus grande de la région. Chaque année, plus de 10 000 tonnes de poissons y sont commercialisées pour un chiffre d’affaires de près de 33 M€. Notre région compte également de nombreux points de débarquement dont les tonnages jouent aussi un rôle économique important. LE SOUTIEN DE LA RÉGION La Région décline actuellement un plan d’organisation et d’équipement des ports de pêche de Nouvelle-Aquitaine alimenté par ses propres crédits et les fonds européens. Au total, pour la

période 2014-2020, l’enveloppe s’élève à près de 43 M€. Une partie est consacrée aux ports de pêche, sites de débarquement, halles de criée et abris pour un montant de près de 7 M€. Compte tenu de la diversité des situations locales en termes de flotte de navires, de statuts, d’équipements, de typologies de métiers, les besoins spécifiques à chaque port ont été identifiés. Les investissements éligibles à un financement européen et régional vont permettre d’améliorer la prise en charge des produits, d’en assurer la traçabilité, d’optimiser l’efficacité énergétique de la place portuaire halieutique et de mieux prendre en compte les enjeux environnementaux. Ils permettront aussi d’augmenter l’attractivité des métiers en améliorant les conditions de travail et de sécurité des marins pêcheurs et du personnel portuaire dans leur port d’attache.

170

NAVIRES DE PÊCHE Sur le port Chef de Baie à La Rochelle

« Renforcer l’attractivité de métiers nobles »

JEAN-PIERRE RAYNAUD, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine, en charge de l’agriculture, l’agroalimentaire, la forêt, la mer et la montagne

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 2

TWIN

Comment la Région Nouvelle-Aquitaine intervient-elle dans le soutien aux filières de la pêche et de l’aquaculture ? Jean-Pierre Raynaud : À l’occasion de la fusion de l’Aquitaine, du Limousin et du Poitou-Charentes en une seule Région NouvelleAquitaine, l’exécutif a décidé de doubler le budget alloué à la pêche et à l’aquaculture. C’est un signe fort de reconnaissance de l’ensemble des filières avec lesquelles nous travaillons au plus près du terrain. Nous co-construisons nos politiques d’accompagnement avec les professionnels, dans une logique de concertation. Nous regrettons à ce titre de ne pouvoir gérer directement qu’une petite partie seulement des crédits européens FEAMP*. Une plus grande liberté nous permettrait d’orienter encore plus ces fonds sur les besoins propres à notre territoire.

Quels sont les défis auxquels doivent faire face les professionnels des métiers de la mer ? J.-P. R. : Au même titre que l’agriculture, les métiers de la mer sont confrontés au maintien et au développement économique de leur activité dans le respect scrupuleux de l’environnement. Je précise d’ailleurs que l’essentiel de nos pêches résulte de petites unités de pêche côtière. Voilà pourquoi nous mettons l’accent sur la modernisation des ports de pêche régionaux et de leurs criées, le soutien à la compétitivité des entreprises, la réduction de l’impact des activités humaines sur les milieux maritimes et aquacoles… Le fait de disposer en région de deux centres techniques s’avère très important pour la recherche et l’innovation. Nous travaillons d’ailleurs à la complémentarité de ces structures pour les doter de moyens techniques de très haut niveau.

Parmi les actions de la Région en faveur de la pêche et de l’aquaculture, quelles sont celles qui sont pour vous les plus emblématiques ? J.-P. R. : La pêche et l’aquaculture représentent 900 M€ de chiffre d’affaires. Ces secteurs participent en outre à l’image touristique et gastronomique de notre région, avec des marques ou des produits de qualité mondialement connus. Toutes nos actions en lien avec l’amélioration des conditions de travail des professionnels de la mer et la formation des nouvelles générations contribuent à améliorer l’attractivité des métiers de la mer. Nous souhaitons d’ailleurs la renforcer, car il s’agit de métiers nobles, ancrés dans notre histoire et notre culture régionale. Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche.

16/02/2018 14:53


III

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

900M€ PATRICE CHAIGNE Marin pêcheur

GALPA

c’est le chiffre d’affaires que représentent la pêche et l’aquaculture en Nouvelle-Aquitaine.

Au nombre de quatre en Nouvelle-Aquitaine, ces Groupes d’action locale pêche et aquaculture (GALPA) font le lien entre collectivités et professionnels pour soutenir, avec l’aide de l’Europe (FEAMP), des projets locaux, autour de sujets comme l’emploi, l’environnement, la valorisation des métiers...

CHIFFRES CLÉS LA PÊCHE RÉGIONALE

S. SINDEU

Pour l’amour des flots

PORT DE LA COTINIÈRE À SAINT-PIERRE-D’OLÉRON PORT CHEF DE BAIE À LA ROCHELLE

Comment êtes-vous devenu marin pêcheur ? Patrice Chaigne Je viens d’une famille de pêcheurs, mais je me suis d’abord spécialisé dans la chaudronnerie-souderie. J’ai vite compris que ce n’était pas mon univers. Ce n’est qu’à l’âge de 27 ans que je me suis réorienté. Après l’obtention des qualifications requises grâce à la formation continue, puis après deux ans de navigation en tant que salarié, je me suis lancé à mon compte en reprenant le bateau de mon père, l’Amour des flots. C’est un fileyeur polyvalent qui me permet de pêcher au filet, ainsi que des pétoncles. Je vends ma pêche du jour à la criée de Chef de Baie à la Rochelle.

3

e

RÉGION MARITIME DE FRANCE

5

PORTS DE PÊCHE AVEC CRIÉE

3000 500

MARINS PÊCHEURS

PORT DE ROYAN

Pourquoi avoir choisi cette vie ? P. C. En tant que marin pêcheur, je dispose d’une liberté qui n’a pas de prix. J’ai en plus la chance « d’en prendre plein les yeux » à chaque sortie en mer. À 47 ans, le plaisir est toujours le même, malgré les particularités du métier – avec des départs entre 2 heures et 3 heures du matin l’été –, et ses contraintes, notamment réglementaires.

PORT D’ARCACHON

En quoi la Région Nouvelle-Aquitaine vous a-t-elle aidé dans votre activité ? P. C. J’ai déposé un dossier et obtenu une subvention à hauteur de 15 % de la Région et de 15 % de l’Europe pour la remotorisation de mon bateau de 11,86 m. Grâce à cela, j’ai pu investir dans un moteur neuf d’un montant de 33 000 €, une somme correspondant à un équipement de moyenne gamme. Sans cette aide, j’aurais de nouveau acheté un moteur d’occasion, plus polluant et moins économe. Là, je suis tranquille pour au moins 20 000 heures de navigation, soit au moins dix ans de travail en mer.

Capbreton Hendaye

Bayonne

PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ

NAVIRES DE PÊCHE

21332

TONNES DE POISSONS DÉBARQUÉES Ports de pêche avec criée Ports de débarquement

8000 EMPLOIS

QUE PÊCHE-T-ON EN NOUVELLE-AQUITAINE ? LES PRINCIPALES ESPÈCES DÉBARQUÉES DANS NOTRE RÉGION SONT LES SUIVANTES : DR ; ALBAN GILBERT ; O. PANIER DES TOUCHES ; FRANÇOISE ROCH

CHIFFRES 2016 – SOURCE FRANCEAGRIMER

SEICHE

1,3 KT / 5,9M€

MERLU

7 KT / 19,2M€

BAUDROIE

0,8 KT / 4,4M€

BAR

0,7 KT / 9,1 M€

CALMAR

0,6 KT / 4,4M€

SOLE

1 KT / 13,7M€

PORTS DE DÉBARQUEMENT CHARENTE-MARITIME Port du Pavé - Port de commerce de la Pallice - Port de Saint-Martin-de-Ré - Port-des-Barques - Port de Boyardville - Port du Château d’Oléron - Port de La Tremblade - Port du Chapus - Port du Corpsde-Garde - Port-Neuf - Port de Soubise - Port de l’Éguille GIRONDE Bassin à flot numéro un - Port de Mortagne-sur-Gironde - Port de Lamarque - Port de Pauillac - Port de Saint-Estèphe - Port de Saint-Christoly-de-Médoc - Port de Goulée - Appontement de Richard - Port de Saint-Vivien-de-Médoc - Port Bloc - Port de Bourg-sur-Gironde - Port de Blaye - Port Neuve - La Belle Étoile - Les Calonges - Appontement du Cap-Ferret - Port de la Vigne - L’Herbe - Le Canon - Port ostréicole de Piraillan - Grand Piquey - Petit Piquey - Le Four - Claouey - Port ostréicole d’Arès - Port ostréicole et Port ostréicole du Betey - Port de Taussat - Port de Cassy - Port d’Audenge - Port de Biganos - Port du Teich - Port de la Molle - Port de la Barbotière - Port du Canal - Port de Larros - Port de Gujan - Port de Meyran - Port de la Hume - Port ostréicole du Rocher - Port de La Teste-de-Buch LANDES Môle Sud de la capitainerie PYRÉNÉES-ATLANTIQUES Port de pêche et de commerce de Bayonne - Quai de Floride

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 3

16/02/2018 14:54


IV LA PÊCHE PROFESSIONNELLE FLUVIALE REPRÉSENTE SOUVENT UN COMPLÉMENT D’ACTIVITÉ AU MÉTIER D’AGRICULTEUR.

Des estuaires entre terre et mer La pêche professionnelle fluviale et estuarienne constitue une activité traditionnelle dans la région. Elle concerne un nombre restreint de pêcheurs et se concentre sur le bassin AdourGaronne et l’estuaire de la Gironde

L’

anguille, la civelle*, le saumon, la lamproie et l’alose sont les principales espèces recherchées par les pêcheurs professionnels dans nos fleuves et nos estuaires, auxquelles on peut également ajouter l’esturgeon et la truite de mer. Les estuaires accueillent aussi des espèces marines, comme la sole, le bar, le maigre ou le mulet, et des espèces sédentaires, à l’image de la crevette blanche. La majorité des poissons pêchés

214 000

détenteurs de la carte de pêche en Nouvelle-Aquitaine. ALBAN GILBERT

PAUL ROBIN

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

Pêcheur professionnel sur la Garonne à Langoiran (33).

sont vendus en circuit court, parfois directement aux consommateurs, ainsi qu’à des mareyeurs, des restaurateurs ou des traiteurs. Même si l’on retrouve une partie des prises dans les criées de SaintJean-de-Luz / Ciboure, d’Arcachon et de Charente (principalement l’alose, le maigre et le saumon). LUTTER CONTRE LES RISQUES DE POLLUTION DES BASSINS Les poissons migrateurs recherchés par les pêcheurs et appréciés des gourmets ne peuvent vivre et se reproduire correctement que si les fleuves qui les accueillent sont en bonne santé. Comme le rappelle Jacqueline Rabic, directrice de l’association des pêcheurs professionnels en eau douce de la Gironde et présidente d’honneur du Comité des pêches : « La pollution sous toutes ses formes met en péril les espèces et donc, de fait, l’activité traditionnelle de pêche professionnelle. L’estuaire de la Gironde, de par sa configuration spécifique, est particulièrement sensible. Dans notre département, le nombre de pêcheurs professionnels en eau douce a diminué de trois quarts depuis les années 1980. » S’il existe un débat entre pêcheurs professionnels et amateurs, tous s’accordent en revanche sur la nécessité de protéger l’environnement.

ZOOM

DES BASSINS À PROTÉGER La Gironde est l’un des plus vastes estuaires européens, avec ses 625 km2 de superficie. Son influence marine s’exerce à plus de 150 km en amont de son embouchure. Il présente également la particularité d’être le seul estuaire ouesteuropéen possédant encore tout son cortège de poissons migrateurs amphihalins. Son bouchon vaseux*, qui constitue une forme d’écosystème à lui tout seul, peut être perturbé par les pollutions des eaux les matières ou en suspension. Il s’avère donc très sensible aux impacts environnementaux dus aux faibles débits des rivières en étiages. Même chose pour le bassin de l’Adour, d’une superficie de 17 000 km2. S’il est dix fois plus petit que celui de la Loire, il compte en revanche le plus grand nombre de pêcheurs professionnels. Phénomène en grande partie naturel, le bouchon vaseux est caractéristique des grands estuaires à marée et résulte de la rencontre des eaux du fleuve avec les eaux marines.

DR

Jeune anguille, appelée aussi pibale dans le Sud-Ouest.

Pêche au brochet au lac de Vassivière.

Ça mord en Nouvelle-Aquitaine ! A

vec 214 000 détenteurs d’une carte de pêche, la Nouvelle-Aquitaine représente 15 % de l’effectif total des pêcheurs en France. La pratique de ce loisir, qui représente un réel atout touristique pour certains territoires, s’accompagne également d’un profond respect de la nature et de l’environnement. Brochet, perche, ombre, black-bass, truite, sandre…, les poissons qui frétillent en NouvelleAquitaine sont multiples,

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 4

sans oublier certaines espèces moins connues comme l’alose, ou emblématiques comme l’anguille ou le saumon. Le réseau hydrographique de notre région offre une variété de lieux et de types de pêche, en rivière ou dans les torrents de montagne, en étangs, en lacs de plaine et d’altitude ou en bordure de mer. Les pratiques évoluent également, avec la pêche sportive ou itinérante, ou encore le « no kill » (le poisson pêché est relâché), qui attirent

un public jeune. Cette diversité participe à une dynamique soutenue par la Région. Cette dernière a passé une convention avec l’Association régionale des fédérations de pêche de la Nouvelle-Aquitaine pour promouvoir la pêche touristique en tout point du territoire. Le soutien régional a permis, par exemple, de renforcer l’attractivité halieutique du lac de Vassivière, l’un des plus grands de France, situé au carrefour de la Haute-Vienne,

de la Creuse et de la Corrèze. Les effets sont multiples : apport massif de poissons blancs et de carnassiers, dispositif pour faciliter la reproduction naturelle des espèces, aménagements pour la pratique de la pêche, etc. Soulignons enfin le rôle majeur des fédérations départementales et des 472 associations agréées locales, dont l’action en matière d’entretien et de protection des milieux aquatiques est méconnue, mais pourtant très utile.

IL FAUT UNE CARTE POUR PÊCHER ! En France, les droits de pêche (berges, rives) appartiennent soit à l’État (fleuves, canaux navigables), soit à des propriétaires riverains (rivières, lacs, étangs). Les Associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA) et les fédérations qui les regroupent louent ou acquièrent ce droit de pêche pour permettre aux pêcheurs de pratiquer leur loisir. Il est donc normal de s’acquitter d’une carte pour pêcher. À noter : les tarifs très attractifs proposés aux enfants, aux jeunes et aux femmes.

Plus d’infos sur www.cartedepêche.fr

16/02/2018 14:54


V

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

CHIFFRES CLÉS DE L’OSTRÉICULTURE RÉGIONALE

BASSIN D’ARCACHON 300 entreprises ostréicoles

706 ha de parcs ostréicoles 7 000 à 10000 tonnes d’huîtres/an 23 ports ostréicoles 47 M€ CA + 1000 emplois (permanents et saisonniers) Équivalents temps plein 1er producteur français de naissains

Les perles de Nouvelle-Aquitaine

L’histoire des huîtres dans la région débute à l’époque des Romains. On les consomme peu au Moyen Âge mais on en raffole du e au e siècle. À cette époque, on les ramasse librement, comme les coques. C’est Napoléon III qui décide de réglementer l’ostréiculture. L’huître originelle, qui était plate, disparaît après une vague d’épizootie. Place est faite à l’huître creuse portugaise, qui s’acclimate bien localement, en Charente-Maritime comme à Arcachon, avant d’être elle-même victime d’une maladie qui anéantit l’espèce. Une nouvelle variété, appelée « la japonaise », s’implante alors durablement. C’est elle que l’on déguste encore aujourd’hui !

O. PANIER DES TOUCHES

L’ENVIRONNEMENT PRIVILÉGIÉ DES HUÎTRES DU BASSIN D’ARCACHON En partie fermé par un cordon dunaire et alimenté par la Leyre et le jeu des marées, le bassin d’Arcachon s’est lui aussi imposé comme un domaine ostréicole de premier plan. Ce dernier bénéficie de conditions naturelles privilégiées pour la production d’huîtres : faible profondeur des eaux, température ambiante idéale, salinité équilibrée… La lumière naturelle qui pénètre jusqu’au fond facilite en outre le phytoplancton, c’est-à-dire l’ensemble des organismes végétaux vivant en suspension dans l’eau. Les huîtres du bassin d’Arcachon ont la spécificité d’être produites quasi

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 5

exclusivement sur un domaine public maritime. L’ostréiculture et le bassin d’Arcachon sont donc indissociables et doivent beaucoup l’un à l’autre. Voilà pourquoi le Comité régional de la conchyliculture Arcachon Aquitaine (CRCAA) et le Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon ont choisi fin 2017 de se rassembler sous une même bannière, celle de la marque B’A. En associant leur image, l’interprofession et le territoire entendent gagner en visibilité auprès du grand public. Une démarche qui a du sens puisqu’un tiers des huîtres du bassin d’Arcachon est commercialisé en vente directe (marchés, dégustations, vente à la cabane) ! Enfin, on signalera la petite production d’huîtres à Hossegor dans les Landes, dans le lac marin.

ZOOM

À LA PÊCHE AUX MOULES Avec 10 000 à 12 000 tonnes de moules produites par an, la Charente-Maritime constitue un bastion de la mytiliculture française, née selon la légende localement, dans la Baie de l’Aiguillon au e siècle. Le département compte 158 exploitations qui pratiquent en très grande majorité l’élevage sur bouchots, ces piquets de bois plantés dans la vase. On dénombre plus de 300 km de lignes de bouchots sur le littoral contre 30 km pour des pratiques plus au large à plat ou sur des cordes en suspension. À noter que des producteurs locaux ont été les premiers à bénéficier d’un label rouge et que le département assure plus de la moitié de la production nationale de naissains de moules.

FRANÇOISE ROCH

E

4 400 ha dont 2 300 ha de parcs et 2100 de marées 40 000 tonnes d’huîtres/an 300 M€ CA + 4 500 emplois (permanents et saisonniers) Équivalents temps plein

IL ÉTAIT UNE FOIS…

Avec les huîtres de Charente-Maritime et du Bassin d’Arcachon, notre région possède deux des principaux bassins ostréicoles de France. n France, 40 % des huîtres produites proviennent de Charente-Maritime ! Ce chiffre prend encore plus de relief lorsqu’on sait que notre pays est le premier producteur ostréicole européen. Avec le tourisme, l’activité constitue d’ailleurs un pilier de l’économie du département, qui fait vivre près de 4 500 personnes. Cette prédominance s’appuie d’abord sur une aire géographique de production de 4 400 ha pour l’affinage, l’élevage en claires et le conditionnement des huîtres. Celles commercialisées sous l’appellation « Marennes-Oléron » sont les plus connues. Elles le doivent à une stratégie de qualité récompensée dès 1989 via l’obtention par la profession du premier label rouge pour « les Fines de Claires Vertes », suivi dix ans plus tard par un second label rouge pour « les Pousses en Claire ». En 2009, l’appellation Huîtres Marennes-Oléron est devenue une Indication géographique protégée (IGP). Soit l’aboutissement de vingt ans d’efforts de la profession, qui bénéficie d’un écosystème favorable à proximité immédiate : lycées de la mer, centre technique, Cité de l’huître à Marennes, etc.

CHARENTE-MARITIME 859 exploitations ostréicoles

L’entreprise ostréicole Suire, à Marennes, produit une centaine de tonnes d’huîtres par an.

O. PANIER DES TOUCHES

JEAN-PIERRE SUIRE, ostréiculteur à Marennes

« Un métier qui ne s’improvise pas » J

ean-Pierre Suire a débuté le métier ostréicole à l’âge de 23 ans avant de reprendre l’exploitation familiale, située sur le bassin de Marennes-Oléron, quelques années plus tard. Aujourd’hui, il gère une exploitation de 6 à 7 hectares de parcs, qui produit une centaine de tonnes d’huîtres par an. Il possède par ailleurs 20 hectares de marais, dont 9 hectares de « claires » dédiées à l’affinage. « Je suis arrivé dans la profession en même temps que l’huître japonaise, qui a supplanté la portugaise. J’ai donc vécu toutes les évolutions de la filière depuis 1975, sur le plan technique, réglementaire et commercial, sans oublier nos progrès en termes de qualité. » Président du Groupement qualité huîtres Marennes-Oléron, Jean-Pierre Suire fait partie des pionniers qui se sont mobilisés pour l’obtention d’une IGP (Indication géographique protégée) pour toutes les huîtres de la gamme Marennes-Oléron, puis du label rouge pour certaines de ses productions. « Les consommateurs apprécient les signes de qualité qui concourent à l’amélioration de notre image de marque. Mais ce n’est pas toujours facile de faire comprendre à nos clients que ces labels imposent des contraintes de production – et donc des coûts supplémentaires – que nous devons répercuter. » La protection des marais L’ostréiculture est conditionnée par la qualité des eaux des bassins de production. « Comme mes confrères, j’ai connu dans ma carrière des fermetures administratives en raison des algues toxiques et des mortalités d’huîtres dues à la montée en puissance de l’Herpes virus et du Vibrio estuarianus », témoigne l’ostréiculteur, qui milite pour une protection renforcée des marais. « Notre bassin est alimenté en eau douce par la Charente. Or, les activités industrielles et agricoles en amont du fleuve peuvent être la source d’une pollution bactériologique ou chimique dont nous sommes les victimes impuissantes. » Un contexte qui rend la pratique de ce métier traditionnel difficile. « Vivre de la mer est un exercice périlleux. J’observe d’ailleurs qu’une majorité d’affaires sont reprises dans le cadre familial, car le fait de baigner dans cet univers dès le plus jeune âge est un atout », analyse Jean-Pierre Suire, dont la fille et le gendre travaillent à ses côtés.

16/02/2018 14:54


VI

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

JOËL PEYROU

AQUAREA

Cette charte atteste de l’engagement des pisciculteurs, notamment en matière de maîtrise sanitaire, de biodiversité et de pratiques d’élevage aquacole, de gestion de l’eau et de caractéristiques physico-chimiques, de maîtrise de l’énergie ou de gestion des déchets.

95 %

La pisciculture, une filière en pleine dynamique Spécialisation de l’aquaculture, la pisciculture désigne l’élevage des poissons en milieu naturel ou en bassin artificiel destinés à la consommation. La Nouvelle-Aquitaine constitue un bastion national et abrite un leader européen de la spécialité, le groupe Aqualande. Aqualande a ouvert sa propre usine d’aliments pour poissons, afin d’assurer la traçabilité des produits le plus en amont possible.

marches de certification en lien avec la qualité de la production (norme NF, Agriconfiance, Origine France Garantie, etc.) et le respect de l’environnement (normes ISO 14001 et 50001). Pour soutenir les professionnels dans cette voie, la Région est partie prenante du Groupement de défense sanitaire aquacole aquitain (GDSAA) qui cherche à rassembler le maximum d’entreprises sous la charte AquaREA. Celle-ci atteste de leur engagement, notamment en matière de maîtrise sanitaire, de biodiversité et de pratiques d’élevage aquacole, de gestion de l’eau et de caractéristiques physico-chimiques, de maîtrise de l’énergie ou de gestion des déchets. L’ensemble des démarches d’aquaculture durable menées par la profession représente un socle pour la pérennisation des piscicultures et le développement futur de toute la filière.

ZOOM

JOËL PEYROU

UN SAVOIR-FAIRE QUI S’EXPORTE

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 6

producteur de truites à l’échelle européenne. Il s’appuie pour cela sur 37 piscicultures de grossissement de truites, dont plus de la moitié est landaise et les autres originaires de Nouvelle-Aquitaine pour l’essentiel (Pyrénées-Atlantiques, Charente et Charente-Maritime). UN ENGAGEMENT CERTIFIÉ Premier opérateur de truites bio en France, cinq de ses piscicultures de grossissement de truites sont passées en production biologique, un axe d’innovation important pour la filière. Le groupe multiplie par ailleurs depuis des années les dé-

DE LA PRODUCTION À LA TRANSFORMATION

On compte environ 85 entreprises de pisciculture – de la plus grande à l’exploitation familiale – pour 150 sites d’exploitation sur le territoire régional. De Sarrance (64) ou Les Aldudes (64) à Chauvigny (86), en passant par Ussel (19), Touvre (16), Douzillac (24), Castets (40) ou encore Roquefort (40), on retrouve des entreprises comme les Viviers de Sarrance, Harispe Frères, Les Truites de la Côte d’Argent, la Pisciculture d’Iraty, la Pisciculture Moulin de Boissonnie… Si le poisson d’élevage est encore principalement vendu en filet, pavé ou fumé (48 % de part de marché), les contraintes et pressions du marché ont conduit de nombreuses entreprises à se doter d’unités de transformation performantes, afin de proposer un large choix de produits à forte valeur ajoutée (brochettes, terrines, sushis, tartare…) et de marquer ainsi l’ouverture vers de nouveaux débouchés. Ainsi, alors que la production française a diminué au cours de la dernière décennie (- 20 % depuis 1997), la filière régionale a su se maintenir grâce à l’activité de transformation.

L’or noir de Nouvelle-Aquitaine ! A

vec 95 % de la production nationale et 13 % de la production mondiale (3e producteur mondial derrière la Chine et l’Italie), la NouvelleAquitaine, avec six entreprises, représente le fief du caviar en France. Elle abrite deux espèces d’esturgeon, le Sturio, endémique des estuaires de la Gironde et de l’Adour, et le

Baerii, provenant de Sibérie mais acclimaté à l’écosystème régional. L’association regroupée sous la marque « Caviar d’Aquitaine » a jeté son dévolu sur cette dernière espèce élevée en eau douce. Cette structure rassemble quatre producteurs régionaux, Groupe Kaviar, L’Esturgeonnière, Caviar de France et Aquadem,

qui donnent naissance à une large gamme de caviars sélectionnés selon leur taille, leur couleur et leur texture, et dont le cahier des charges garantit l’origine, la méthode d’élevage et la traçabilité. Leur production se caractérise par un goût de noisette, au parfum moins iodé que celui des esturgeons pêchés en mer.

JEAN-DANIEL SUDRES

D

ans la filière piscicole, on distingue la pisciculture marine, la pisciculture d’étangs et la salmoniculture. Dans ce seul dernier domaine, notre région compte 82 entreprises, preuve de son dynamisme. En France, les professionnels de ces secteurs développent leur activité dans le cadre d’une approche respectueuse de l’environnement, tout en misant sur une production de haute qualité, à l’image du groupe Aqualande. Née en 1981 sous la forme d’une société coopérative, cette structure pèse aujourd’hui 125 M€ de chiffre d’affaires et compte 650 salariés. Présidé par JeanClaude Beziat, le groupe landais a mis en œuvre une filière complète, de la sélection génétique et la reproduction des espèces jusqu’à la commercialisation des produits, en passant par leur élevage et leur transformation. « Nous agissons dans le cadre d’une filière maîtrisée et transparente. Pour cela, nous souhaitons intégrer notre compétence à tous les stades du processus de production. Nous avons ainsi ouvert notre propre usine d’aliments pour poissons afin d’assurer la traçabilité des produits le plus en amont possible », explique Emmanuel Mazeiraud, directeur de la filière aquacole du groupe Aqualande. Le groupe Aqualande est aujourd’hui le premier éleveur-transformateur de truites d’eau douce en Europe. Il est également le leader en matière de sélection de poissons d’aquaculture et le premier

C’est au cœur des Pyrénées, dans la vallée d’Aspe, que la SAS Viviers de Sarrance exploite depuis 1975 la pisciculture de Sarrance. Figurant parmi les leaders mondiaux de la reproduction de truites arc-en-ciel, l’entreprise est une véritable ambassadrice du savoir-faire français et de Nouvelle-Aquitaine en matière de sélection génétique des poissons. Elle produit chaque année plus de 50 millions d’œufs de truite fécondés, qu’elle vend aux éleveurs de très nombreux pays : en Europe de l’Ouest (Allemagne, Autriche, Belgique, Bosnie…), en Europe de l’Est (Bulgarie, Pologne, Roumanie, Russie, Ukraine), mais également en Orient (Afghanistan, Arménie, Iran), en Amérique du Sud (Équateur, Colombie) ou encore en Afrique (Éthiopie).

de la production de caviar française se fait en Nouvelle-Aquitaine.

16/02/2018 15:11


VII

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

SABINE DELCOUR

SPIRULINE

L’ALIMENT LE PLUS COMPLET DE LA PLANÈTE, SELON L’OMS.

« LE CREAA EST UNE COURROIE DE TRANSMISSION ENTRE LA SCIENCE ET LA PROFESSION. » Philippe Blachier, directeur du CREEA

ALEXANDRE DUPEYRON

UN CLUSTER POUR LA CROISSANCE BLEUE

Ressources halieutiques, aquaculture, transport maritime, construction navale, nautisme, énergie, tourisme… La croissance bleue, c’est donc le développement de toutes ces activités tournées vers l’océan et porteuses d’une véritable richesse. À l’horizon 2020, elle représentera 7 millions d’emplois à l’échelle européenne. Une croissance qui doit être menée de façon durable : économiquement viable, contribuant au développement des territoires et emplois locaux et réduisant son empreinte écologique. C’est tout l’objet du cluster Croissance bleue, lancé le 6 février dernier par la Région. Il permettra d’identifier et de fédérer les acteurs de la croissance bleue, d’en faire émerger les grands enjeux (connaissances, technologies, écologie, société), de favoriser la réussite et l’accélération des projets maritimes… En définitive : nourrir la stratégie régionale et faire rayonner la NouvelleAquitaine en France et à l’étranger.

Laurent Soulier, directeur de l’IMA à Bayonne.

Des centres techniques des milieux aquatiques Le CREAA sur l’île d’Oléron et l’IMA de Bayonne apportent leur expertise scientifique et technique aux différentes filières de la pêche et de l’aquaculture en Nouvelle-Aquitaine.

L’IMA DE BAYONNE l’Institut des milieux aquatiques (IMA) basé à Bayonne se définit comme une structure d’appui au service de la pêche professionnelle et de l’aquaculture. Ses missions très larges portent sur des études, des conseils et une assistance technique dans les secteurs des pêches maritimes, fluvio-estuariennes, de l’aquaculture et de l’environnement aquatique. Cette association d’une dizaine de salariés, née en 1992, intervient aussi bien dans le domaine sanitaire dans le cadre du plan de re-

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 7

peuplement de l’anguille que pour la réalisation de missions en lien avec l’environnement aquatique ou l’information professionnelle pour le compte d’opérateurs privés et publics. Ainsi, l’IMA gère la « Base pêche Nouvelle-Aquitaine »2 pour le compte du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine. Depuis 2009, il collabore avec l’IFREMER pour la collecte des calendriers d’activité des navires des quartiers de Bordeaux et Arcachon et la réalisation d’enquêtes économiques auprès d’armateurs. Il peut même as-

surer des missions de formation comme cela a été le cas pour des agents techniques municipaux dans le cadre d’un rapport de l’IMA sur la gestion des déchets de plage et des animaux échoués sur la Côte basque. « Nous faisons preuve de réactivité afin de répondre à toutes les problématiques qui recoupent nos champs d’expertise », conclut Laurent Soulier, directeur de l’IMA. 1. Huîtres modifiées qui présentent notamment l’avantage d’être consommables toute l’année (absence de laitance). 2. Base de données et suivi des pêches.

Spiruline, « l’algue » qui donne des ailes C

onsidérée par l’Organisation mondiale de la santé comme l’aliment le plus complet de la planète, la spiruline connaît un essor grandissant. En Nouvelle-Aquitaine, le nombre de producteurs de cette activité aquacole pourrait doubler prochainement. « La spiruline est une cyanobactérie, c’està-dire un micro-organisme proche des “algues bleues”. Son histoire date des premiers êtres vivants, mais ses remarquables vertus nutritives n’ont été découvertes qu’il y a un demisiècle 1. » Présidente de la Fédération des spiruliniers de France et installée à Consac en Charente-Maritime, Nathalie de Poix fait partie des premiers

producteurs régionaux. La France compte une centaine de producteurs, dont une quinzaine dans notre région. Ils pourraient doubler, si l’on en croit le nombre de porteurs de projets. Un engouement qui s’explique par le potentiel nutritif de la spiruline, qui fournit de l’énergie et de la force, stimule le système immunitaire et augmente la protection antioxydante. « Cette cyanobactérie contient tellement d’éléments qu’il est plus facile d’expliquer ce qu’elle n’a pas que ce qu’elle possède », résume Nathalie de Poix. Une production de qualité « Nous mettons beaucoup l’accent sur la qualité de

production française, à travers des fermes à taille humaine qui respectent un cahier des charges très strict en termes d’hygiène et qui s’appliquent à préserver les composants nutritionnels de la spiruline », insiste la représentante de la profession. Nathalie de Poix produit une spiruline à partir de souches du Pérou et d’Inde, cultivée dans des bassins protégés d’eau saumâtre et alcaline. Après récolte, la production est filtrée, extrudée, séchée, broyée puis conditionnée. La spiruline, qui n’a pas de goût particulier, se consomme comme un complément alimentaire naturel sous forme de paillettes, à raison d’une cuillerée à café par jour.

SABINE DELCOUR

C

entre régional d’expérimentation et d’application aquacole, le CREAA situé sur l’île d’Oléron avec une antenne sur le Bassin d’Arcachon est « une courroie de transmission entre la science et la profession », selon son directeur, Philippe Blachier. Ce dernier anime une structure de 12 personnes créée en 1990. Cet outil au service du développement de l’aquaculture, de la conchyliculture et des pêches a pour mission de conforter les activités existantes et d’en développer de nouvelles avec, en complément, la sauvegarde du marais. Ses actions concernent aussi bien la diversification de l’élevage d’huîtres vers le large que la lutte contre la prolifération d’algues nuisibles aux productions en marais, la participation à la cellule poissons migrateurs Charente-Seudre ou l’étude de la prédation aviaire sur les moules… Le CREAA effectue, par ailleurs, le suivi du captage des moules ou celui des larves d’huîtres. À noter que le Centre technique gère une ferme aquacole qui lui permet de faire de l’expérimentation grandeur nature. Il a ainsi lancé une évaluation expérimentale des huîtres triploïdes 1 avec validation en conditions de production. Il s’appuie par ailleurs sur de nombreux réseaux de fermes de référence, dans une logique partenariale. Entre son rôle de vigie et ses études prospectives, le CREAA constitue une ressource en matière de recherche et développement unique et très utile pour l’ensemble des filières.

« Il est important de choisir des produits dont l’origine est clairement indiquée et qui bénéficient d’une traçabilité », conclut la productrice régionale dont l’activité, plutôt récente 2, enregistre une belle croissance. 1. Œuvre du Belge Jean Léonard qui a ramené puis analysé de la spiruline après une expédition scientifique en Afrique au milieu des années 1960. 2. La première installation en NouvelleAquitaine remonte à 2007. Celle de Nathalie de Poix date de 2010.

16/02/2018 14:55


VIII des élèves diplômés de l’enseignement maritime trouvent un emploi dans les 6 mois suivant leur formation. Source : Direction interrégionale de la mer Sud Atlantique

5

O.PANIER DES TOUCHES

85 %

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

le nombre d’établissements qui forment aux métiers de la mer et du littoral en Nouvelle-Aquitaine.

huîtres, d’un étang de pêche ou encore d’un bateau conçu pour l’apprentissage ostréicole. Un site d’exploitation propre, à la fois ferme pédagogique et atelier de production ostréicole, offre aux élèves une véritable immersion professionnelle. Ce lieu sert aussi de centre d’expérimentation et de développement de techniques pour la profession ostréicole. Deux autres établissements, plus polyvalents dans leur offre de formation, forment aux métiers de la mer. Le lycée de la mer à Gujan-Mestras sur le bassin d’Arcachon possède une filière productions aquacoles, une filière cultures marines et une filière maintenance navale. Enfin, le lycée professionnel Rompsay à La Rochelle forme à la maintenance nautique, à la réparation et à l’entretien des embarcations de plaisance. La preuve par cinq que la Nouvelle-Aquitaine prépare à tous les métiers de la mer et du littoral !

O. PANIER DES TOUCHES

1. Ensemble des techniques relatives aux manœuvres à effectuer par un matelot. 2. Réparation d’un filet de pêche (on dit aussi « ramardage »).

De La Rochelle à Ciboure en passant par GujanMestras, rencontre avec ces lycées de la mer et du littoral qui attirent des candidats motivés et offrent des formations qui débouchent sur l’emploi.

Lycées haut !

«L

e premier critère pour rentrer dans notre établissement est avant tout centré sur la motivation des candidats. » Pierre-Yves Larrieu, directeur du Lycée maritime et aquacole de La Rochelle (LMA), est particulièrement attentif sur ce point. Au même titre que la féminisation de son effectif, constitué de 8 % de filles. « Ce résultat est déjà significatif dans un univers qui est encore essentiellement masculin. » C’est d’ailleurs une élève du lycée qui s’est distinguée au concours du meilleur écailler 2017 à la Cité de l’huître à Marennes (lire ci-contre). Très prisé, l’établissement rochelais attire des élèves de Saint-Malo au Pays basque. Il le doit à une offre de formation variée et renouvelée, à l’image de son nouveau BTS maritime Pêche et gestion de l’environnement marin (PGEM) ouvert à la rentrée 2017-2018. Mais aussi à des outils pédagogiques de premier plan comme la ferme aquacole de l’île de Ré. Le LMA dispose en outre de moyens nautiques importants, dont un voilier de 12 m ou un Rhea 900, qui permettent de placer une trentaine d’élèves en situation de navigation. Autant de paramètres qui expliquent les excellents taux de réussite aux examens du lycée rochelais…

« LA GRANDE FAMILLE DES MARINS » Le lycée maritime de Ciboure (Pays basque) se situe lui aussi à proximité immédiate d’un grand port, celui de Saint-Jean-de-Luz. Éric Varin, son directeur, a travaillé par le passé dans la Marine natio-

I_VIII-NAQ2 DOSSIER V9+VD.indd 8

nale, été marin pêcheur ou chargé de l’inspection de la sécurité des navires. Autant dire qu’il connaît bien « la grande famille des marins ». « Nos élèves sont déjà dans une logique professionnelle en arrivant chez nous. L’obtention d’un diplôme reconnu par l’État n’est pas leur seul objectif. Les qualifications préparées tout au long de l’année sont aussi primordiales, car elles conditionnent l’accès à certaines professions », explique-t-il. À la sortie du lycée, ses élèves embrassent tous ou presque un métier en lien direct ou indirect avec la mer. Pour cela, le lycée maritime s’appuie sur une vingtaine d’enseignants. Ils sont pour la plupart d’anciens professionnels à même de les former. Bateau-école pour apprendre les manœuvres, matelotage 1, ramandage 2, sécurité et sauvetage, lutte contre l’incendie, électronique, hydraulique… Les ateliers de l’établissement permettent aux élèves issus de plusieurs départements d’acquérir des savoirs fondamentaux. Avec en point d’orgue un simulateur machines et un simulateur de navigation qui donnent aux élèves du Lycée maritime de Ciboure l’occasion de plonger virtuellement dans leur vie professionnelle de demain. DES FORMATIONS CIBLÉES ET DES ÉQUIPEMENTS ADAPTÉS La Nouvelle-Aquitaine dispose d’un 3e établissement très spécialisé. Il s’agit du lycée de la mer et du littoral Bourcefranc Le Chapus, au pied du pont de l’île d’Oléron. Ce dernier dispose notamment d’une serre piscicole, d’une nurserie pour les

Le simulateur de navigation du lycée maritime de Ciboure.

LA FORMATION CONTINUE AUSSI !

Tous les lycées de la mer de notre région assurent aussi des formations continues. C’est le cas du Lycée maritime de Ciboure, qui comptabilise 50 000 à 60 000 heures de formation/an. Même chose avec le LEMA de La Rochelle, qui accueille 50 à 60 stagiaires/ an. Le Lycée polyvalent mer et littoral Bourcefranc Le Chapus propose un large catalogue de formations dans les métiers de la pêche, de l’aquaculture et de la promotion des produits. Le Lycée de la mer de Gujan-Mestras (via le réseau GRETA Aquitaine) délivre des formations en lien avec les cultures marines. Le lycée professionnel Rompsay se caractérise enfin par une offre très large, en particulier dans les domaines « recyclage permis » et « sécurité ».

SÉBASTIEN SINDEU

LISE MOUHÉ Apprentie au Lycée maritime et aquacole de La Rochelle, Lise Mouhé, 18 ans, a décroché la 2e place au dernier concours du meilleur écailler de Marennes-Oléron*.

« Un métier passionnant » Pourquoi vous êtes-vous orientée vers une formation dans les métiers de la mer ? Lise Mouhé : Je viens d’une famille de mytiliculteurs et de pêcheurs et je crois avoir le sens du commerce. J’ai obtenu un bac pro Aquaculture avant de m’engager cette année dans un CAP Poissonnerie en alternance. Ce diplôme est indispensable pour ouvrir une poissonnerie, ce qui est mon souhait à terme. Ce métier me plaît, car il regroupe différentes facettes que j’aime : aller à la criée, travailler les produits de la mer, rencontrer les clients… C’est un métier passionnant et convivial, autour de produits nobles. Je pense m’installer ici, en Charente-Maritime, car l’environnement maritime est excellent. Que vous a apporté votre 2e place au concours du meilleur écailler de MarennesOléron ? L. M. : Ce fut une belle expérience professionnelle, tout d’abord. Au concours de rapidité, j’ai ouvert 30 huîtres en 4 mn 39 s et j’ai ensuite présenté un plateau de fruits de mer en 30 mn. J’étais la seule fille de l’épreuve et c’est une fierté de monter sur le podium de ce concours très relevé. J’ai rencontré de nombreux professionnels et noué des contacts qui me seront utiles pour trouver un emploi à la fin de mon apprentissage cette année. Enfin, j’ai gagné plusieurs lots, dont une mallette professionnelle de couteaux de poissonnerie. Je suis « bien armée » pour ma vie professionnelle… Concours organisé par le département de Charente-Maritime et ouvert à tous les étudiants issus des écoles et lycées de l’hôtellerie et des produits de la mer.

16/02/2018 14:55


13

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

ÉCOLOGIQUE PRIORITÉS RÉGIONALES/ TRANSITION ET ÉNERGÉTIQUE

QUESTIONS À…

Halte aux pertes d’énergie

DR

Signature de la convention le 6 novembre dernier.

P

riorité à la rénovation énergétique ! Suite à un contrat de financement en faveur de la rénovation énergétique signé entre la Banque européenne d’investissement (BEI), la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Agence régionale pour les travaux d’économies d’énergie (Artéé), une nouvelle solution a vu le jour. Appelé « tiers financement », le système mis en

place reprend le fonctionnement du tiers payant dans le domaine de la santé. Il évite ainsi au bénéficiaire de faire l’avance des frais de travaux. L’investissement est pris en charge par Artéé et le remboursement est ensuite échelonné pour le particulier, en fonction des économies d’énergie générées grâce aux travaux. « Plutôt que de payer des factures énergétiques, on va donc se servir

ZOOM

UN ACCOMPAGNEMENT GLOBAL

énergétique•Accompagnement aux travaux avec ana•lyseAudit des devis des entreprises •Rédaction des demandes d’aides pour tous les dispositifs identifiés•Assistance aux déclarations de travaux•Deux visites de chantier•Mise à disposition d’un outil connecté de suivi de consommation pour vérifier les économies réalisées et corriger si besoin•Formation aux éco-gestes •Tiers financement

40 % de loge-

ments sous l'étiquette énergétique E

5à 10 % valeur

gagnée par une maison en améliorant d'une lettre son étiquette énergétique

de ce budget pour investir dans la rénovation », explique David Dieumegard, le directeur de l’agence. Permettre l’investissement Ce système très innovant, que la région Nouvelle-Aquitaine est la troisième à expérimenter en France, doit permettre de donner un coup d’accélérateur aux actions d’Artéé. Depuis 2015, la structure accompagne les particuliers dans leurs projets de rénovation énergétique sur des maisons de plus de 15 ans. Les conseillers se déplacent afin de proposer un audit complet. « On incite les propriétaires à envisager les travaux de manière globale plutôt qu’au coup par coup, souligne David Dieumegard. Ce qui permet d’optimiser les équipements. Cela nécessite un investissement important, mais revient moins cher à la fin. » En moyenne, en 2016, l’agence a préconisé 27 000 euros de travaux pour des gains de 52 % sur la facture énergétique. La rénovation énergétique des bâtiments est une priorité pour la Région Nouvelle-Aquitaine. Le tiers financement est désormais le dernier maillon pour accélérer les mises en chantier et permet à la Région de disposer d’un arsenal d’outils complet pour la rénovation énergétique.  Voir le site d’Artéé (ci-dessous).

Plus d’infos 05 49 43 87 20 – Artee.fr Espaces infos énergie : eie-na.org/

ÉNERGIE La Région et l'ADEME accompagnent douze nouveaux territoires à énergie positive (TEPOS) pour expérimenter une transition énergétique innovante et ambitieuse.

Des territoires qui positivent

Q

u'est-ce qu’un territoire à énergie positive ? Il s’agit d’un territoire engagé dans une démarche de transition énergétique très ambitieuse. Pionniers dans leur approche, ils expérimentent de nouvelles solutions afin de réduire leurs besoins au maximum et de couvrir ceux restants par la production d’énergies renouvelables locales. La Région et l’ADEME ont recruté 12 nouveaux territoires à

13 NAQ2 V6.indd 13

l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine afin de renforcer le maillage composé des 10 TEPOS déjà existants. Sélectionnés via un appel à projet, les lauréats s’engagent sur un programme d’actions très concret pour 3 ans et reçoivent en retour un soutien financier, notamment pour recruter un chargé de mission. Avec les TEPOS, la Région soutient et accompagne un projet ambitieux de transition énergétique des territoires. Une transi-

tion qui ne peut être efficace et opérationnelle qu’au sein des territoires et avec leur participation. En matière de transition énergétique, la Région Nouvelle-Aquitaine s’est donné des objectifs ambitieux, avec à l’horizon 2020 une diminution de 30 % des gaz à effet de serre et une part du ­renouvelable portée à 32 % dans la consommation finale.

Plus d’infos nouvelle-aquitaine.ademe.fr/

30 % diminu-

tion des gaz à effet de serre d'ici à 2020

HERVÉ LE TREUT, climatologue à la tête du groupe d’experts, fait le point avant la parution début avril 2018 du nouveau rapport d’AcclimaTerra, comité scientifique régional sur le changement climatique.

« On sait que l’ampleur du RÉCHAUFFEMENT se confirme »

PIERRE KITMACHER

RÉNOVATION Avec l’appui de la BEI, une enveloppe de 43 millions d’euros est dédiée au financement d’une nouvelle aide pour les propriétaires particuliers : le tiers financement*, une avance des frais de travaux de rénovation énergétique, remboursable grâce aux économies d’énergie réalisées.

Un premier ouvrage analysant l’impact du réchauffement dans la Région a été publié en 2013. Pourquoi un autre rapport ? Hervé Le Treut : Le changement climatique est à l’œuvre et les choses évoluent rapidement. Les gaz à effet de serre s’accumulent et engagent le futur. C’est pourquoi il faut constamment renouveler, compléter et préciser notre diagnostic. Nous apportons un regard pour les prochaines décennies. Il s’agit d’un travail de continuité, pour lequel l’équipe a été élargie à des chercheurs de La Rochelle, de Poitiers et de Limoges. Cela représente un conseil de plus de 20 scientifiques et un groupe d’environ 150 contributeurs. Les éléments du rapport se basent sur leur travail en laboratoire. Ce qui prouve que la région a un potentiel de savoir sur les problématiques à venir qui est énorme. Qu’apporte-t-il de nouveau ? H.L. T. : La Région a grandi. Il y a désormais des paysages nouveaux qui n’ont pas été considérés dans le précédent rapport, comme la moyenne montagne ou les marais. Ainsi, nous consacrons un

nouveau chapitre aux zones humides, qui seront impactées par le relèvement du niveau de la mer. Mais nous nous penchons aussi sur des problématiques connexes que nous n’avions pas abordées. Notamment la qualité des sols et des eaux, ou les notions de droit et de gouvernance des territoires face au changement. En quoi le droit peutil être une incitation à agir ou une protection dans un contexte de réchauffement climatique ? Nous consacrons trois chapitres à ces questions. Le diagnostic s’est-il aggravé ? H. L. T. : Cinq ans de recul, c’est insuffisant pour déceler des signaux très nouveaux. On sait que l’ampleur du réchauffement se confirme. Les problèmes ne sont pas en voie de résolution et le spectre des vulnérabilités s’étend. Le trait de côte demeure une préoccupation. Nous n’avons pas de certitudes complètes sur ce qui peut se passer dans le futur. Mais nous sommes confrontés à des risques et nous évaluons comment les maîtriser. Il va falloir gérer la réponse des territoires aux changements. Comment ce rapport peut-il participer au changement ? H. L. T. : En intervenant en amont, on peut ouvrir les débats avant qu’ils ne soient explosifs. On peut citer la gestion des stations de ski de basse altitude face à la diminution de l’enneigement, ou encore la question du partage de l’eau à grande échelle. Pour chaque problématique qui va demander un temps d’adaptation, il est important que le dialogue soit engagé avant d’être critique.

ZOOM

+1°C DEPUIS LES ANNÉES 1950 La Nouvelle-Aquitaine fait partie des territoires français les plus concernés par le changement climatique, avec un réchauffement moyen de +1 °C depuis les années 1950. Mobilisée pour la transition écologique et énergétique de son territoire, la Région travaille à la fois sur l’anticipation et sur l’adaptation à ce ­phénomène, et mobilise notamment la communauté scientifique pour étudier les impacts du changement climatique à l’échelle régionale, afin d’offrir une compréhension précise des phénomènes en cours et des pistes d’action. Le rapport permettra d’éclairer les politiques régionales, d’informer les décideurs du territoire et de renforcer la prise de conscience de tous.

16/02/2018 14:31


14

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ ÉCONOMIE ET EMPLOI 3 QUESTIONS À… JEAN-MARC BESSIÈRES président de l’entreprise CRP, l’une des premières PME à avoir intégré Nouvelle-Aquitaine Accélérateurs.

« Une AIDE pour faire les bons choix »

SÉBASTIEN SINDEU

Comment avez-vous appréhendé votre intégration à NouvelleAquitaine Accélérateurs ? J’ai été impressionné par l’incroyable énergie des entreprises sélectionnées, mais aussi par la qualité de l’accompagnement sur mesure et des formations proposées. Cet accompagnement arrive à point nommé car nous sommes, depuis quelques années, dans une dynamique de repositionnement et de développement. CRP a été très fortement malmenée en 2008 par la crise, car nous fabriquions des produits banalisés fortement concurrencés. Nous avons dû changer complètement notre stratégie commerciale en axant notre offre sur des produits techniques, innovants et à forte valeur ajoutée. Depuis trois ans, nous avons un taux de croissance de 15 %.

ACCÉLÉRATEUR Dans sa volonté de rendre encore plus compétitives les entreprises du territoire, en particulier à l’international, la Région a mis en place, en lien avec Bpifrance, un programme d’accompagnement renforcé, sélectif et sur mesure : Nouvelle-Aquitaine Accélérateurs. Vingt-trois entreprises à très fort potentiel de développement ont d’ores et déjà intégré ce dispositif d’excellence.

Faire grandir les pépites du territoire

A

ider les entreprises dynamiques à franchir un cap supplémentaire pour devenir de véritables locomotives sur le territoire. C’est en substance la finalité du programme d’accompagnement « Nouvelle-Aquitaine Accélérateurs », en faveur des PME et ETI (Entreprises de taille intermédiaire), lancé en septembre dernier par la Région. Ce dispositif, qui s’inscrit dans une politique volontariste à l'égard des entreprises à potentiel du territoire, répond à une double ambition : faire que les ETI deviennent des leaders à l’international et que les PME accélèrent leur développement pour devenir elles-mêmes des ETI. Co-construit avec Bpifrance, avec l’appui de l’agence régionale de développement et d’innovation ADI Nouvelle-Aquitaine, et ayant vocation à être

14-15 NAQ2 eco V4.indd 14

transféré aux acteurs régionaux, ce programme est une déclinaison territoriale d’un programme déjà expérimenté au niveau national et qui a fait ses preuves. En effet, il a permis à un tiers des PME soutenues de devenir des ETI à l’issue des deux années d’accompagnement. Les autres entreprises ont confirmé une croissance moyenne de leur chiffre d’affaires de 22 % avec des effectifs en hausse de 20 %. Un parcours sur deux ans Vingt-trois entreprises, 14 PME et 9 ETI, considérées comme des pépites industrielles avec une forte capacité de développement, ont été sélectionnées au niveau régional pour intégrer cette première session. Nouvelle-Aquitaine Accélérateurs s’appuie sur quatre objectifs : révéler les potentiels de croissance des entreprises ; créer les condi-

tions d’une émulation collective ; rompre l’isolement du chef d’entreprise ; créer de la valeur sur le territoire et un effet d’entraînement sur l’activité et l’emploi. Cela se traduit par un parcours sur deux ans constitué d’actions sur mesure : diagnostic de l’entreprise, dit « diagnostic 360° », portant sur une dizaine d’items (organisation RH, international, croissance externe, transformation digitale, développement commercial…), approfondissement de certaines thématiques clés pour le développement de l’entreprise à travers des missions de conseil ciblées et des sessions de formation dispensées par des intervenants de HEC pour les ETI et de KEDGE pour les PME. L’échange et le partage d’expériences entre dirigeants sont également l’un des points forts de ce parcours plébiscité par les chefs d’entreprise.

1/3 des PME soutenues par le programme sont devenues des ETI

Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l’accélérateur ? Elles sont de plusieurs ordres. La première est de valider la stratégie que nous avons mise en place. L’audit à 360° nous a véritablement confortés dans nos choix. La seconde est d’acquérir les outils nécessaires pour faire les bons choix dans les projets de croissance externe et en matière d’innovation. Nos objectifs sont ambitieux : doubler d’ici cinq ans

SÉBASTIEN SINDEU

CRP, basée en Corrèze, compte 70 salariés. Elle est spécialisée dans la fabrication de produits en béton pour le secteur des travaux publics.

notre chiffre d’affaires et la taille de l’entreprise. Autre point très important : l’échange avec les autres entrepreneurs. L’intérêt est de bénéficier des expériences de chacun sur des problématiques que nous sommes tous amenés à rencontrer. C’est une dynamique de groupe très stimulante. En quoi cet accompagnement de la Région est-il important ? Nouvelle-Aquitaine Accélérateurs nécessite un véritable engagement, mais cet accompagnement va, je pense, apporter un vrai plus pour nous permettre de prendre plus rapidement et de façon plus éclairée les bonnes décisions. Il y a une vraie complémentarité avec les aides que la Région nous apporte déjà en termes de conseil, d’assistance et d’aide financière pour le développement de l’entreprise et le lancement de produits innovants. Ce qui ne peut qu’encourager notre croissance.

ZOOM

CROISSANCE PREMIUM, UN ENGAGEMENT PARTAGÉ VERS PLUS DE DÉVELOPPEMENT

La Région a lancé, début décembre, un nouveau programme intitulé Croissance Premium*. L’objectif est d’accompagner sur un an 500 entreprises volontaires, en particulier les PME des secteurs de l’industrie et des services à l’industrie, dans leur croissance. Au programme : modernisation de l’outil de production, organisation industrielle, transformation numérique, développement des capacités d’innovation, ouverture à l’international… Parmi les critères de sélection : le potentiel de croissance et d’innovation, l’impact territorial en termes d’activités productives et d’emplois et l’ambition de l’équipe dirigeante. Dans un premier temps, l’entreprise se verra accompagnée dans une démarche d’appui à la réflexion stratégique, afin d’identifier ses leviers prioritaires de croissance. Dans un second temps, elle sera orientée vers un ou plusieurs parcours d’accompagnement thématiques prenant la forme d’actions de conseil et/ou de formations spécifiques, lui permettant de franchir des paliers dans son développement. Un suivi personnalisé et contractualisé sera mis en place à travers une convention d’accompagnement liant l’entreprise et les partenaires chargés de son accompagnement. * Avec le réseau des CCI de Nouvelle-Aquitaine et ADI Nouvelle-Aquitaine.

16/02/2018 14:33


15

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ ÉCONOMIE ET EMPLOI ENTREPRISES DU PATRIMOINE VIVANT Plus de 130 sociétés en Nouvelle-Aquitaine ont décroché le label « Entreprise du patrimoine vivant », le nec plus ultra en matière de reconnaissance d’un savoirfaire artisanal, ancestral ou d’excellence. Objectif : doubler leur nombre d’ici à 2020.

mode et de la beauté, de la décoration, des arts de la table ou de la gastronomie. Pour preuve, 138 entreprises en Nouvelle-Aquitaine ont décroché aujourd’hui le fameux et très convoité label d’État « Entreprise du patrimoine vivant ». Un secteur économique non négligeable, représentant 4 520 emplois pour un chiffre d’affaires cumulé de près de 685 Me par an. Sésame du haut de gamme Créé en 2006, particulièrement sélectif – seule une entreprise sur trois qui postule l’obtient –, ce label, attribué pour 5 ans, se pose

ZOOM

RENDEZ-VOUS DES « SAVOIR-FAIRE D’EXCELLENCE EN NOUVELLE-AQUITAINE » Le 15 mars, à La Rochefoucauld (16), la Région convie les entreprises artisanales et industrielles au premier rendez-vous des « Savoir-faire d’excellence en Nouvelle-Aquitaine ». Les entreprises labellisées témoigneront des opportunités de développement liées à l’obtention du label EPV : recrutement, reprise, protection de savoir-faire… Les dispositifs d’aides régionales seront présentés aux entreprises qui ont ou qui souhaitent obtenir ce label.

comme le sésame de l’excellence. Soumis à des audits, les artisans, pour y prétendre, doivent apporter moult garanties sur la haute technicité de leurs méthodes de travail, l’authenticité de leur activité dans le temps et dans l’histoire locale et leurs capacités d’innovation. « Mais une fois obtenu, quelle récompense pour ceux qui travaillent à l’atelier ! Et quelle reconnaissance ! », s’enthousiasme Liza, septième génération de l’atelier de fabrication de makhilas Ainciart Bergara, qui a obtenu en 2012 le label EPV. « Parce qu’il est délivré par l’État et indépendant, ce label renforce notre crédibilité et, on le constate, les clients nous font davantage confiance. » Des dynamiques collectives autour du label Reconnu à l’international, le label ouvre ainsi de belles perspectives pour booster les ventes, asseoir sa renommée mais aussi générer des élans collectifs. « Avec les entreprises labellisées EPV du Pays basque et du Béarn, regroupées en association, nous avons ainsi créé des plaquettes pour des visites d’ateliers, organisé des journées portes ouvertes et une exposition

FINANCEMENT PARTICIPATIF Pour soutenir des initiatives locales et créer de l’emploi, plusieurs acteurs de l’économie sociale et solidaire ont créé la plateforme jadopteunprojet.com.

Des projets à adopter

D

epuis 2014, il est possible d’adopter une micro-brasserie, une librairie itinérante, une pâtisserie artistique et bien d’autres projets. L’Effet Bocal, épicerie-atelier dédiée au mode de vie « zéro déchet » créée à Poitiers par Maryse Baloge et Mathilde Renaud, a par exemple été soutenue par 208 contributeurs entre novembre 2016 et février 2017, avant d’ouvrir ses portes au mois de mai suivant. « Le financement participatif nous a non seulement permis de collecter 11 000 euros pour acheter du mobilier, mais

14-15 NAQ2 eco V4.indd 15

il a en plus été un argument de poids auprès du banquier, expliquent-elles. Cela lui a prouvé qu’il existait sur place une demande pour cette façon de consommer. » Des ateliers gratuits Autre atout du réseau constitué via cette plateforme : de nombreux contributeurs ont pu, en contrepartie de leur apport, participer gratuitement à des ateliers et sont depuis devenus des clients fidèles de l’Effet Bocal. Née à Poitiers, jadopteunprojet. com s’est élargie à l’ensemble de la Région, qui l’a soutenue à

hauteur de 50 000 euros en 2017. Jusqu’ici, plus de 330 000 euros ont déjà été collectés et quelque 110 projets publiés. « La majeure partie de ces projets sont prescrits par nos partenaires, qui sont également des acteurs de l’accompagnement et du financement de proximité1. Ils nous contactent après étude de la viabilité économique, quand ils identifient un besoin de financement complémentaire », explique Justine Pelleray, directrice de jadopteunprojet.com. 1. Regroupés au sein d’une association, l’Adefip (Action pour le développement économique par la finance participative).

soutenue par la Région au Musée du Pays basque en novembre dernier. Le label nous fait entrer dans des dynamiques actives », ajoute Liza Bergara. Sans compter la tenue de « réunions pratiques » sur des préoccupations communes telles que la reprise d’activité, la formation, le recrutement… Un programme régional pour les EPV Pour la Région, compte tenu de la richesse artisanale de notre territoire, le nombre d’entreprises labellisées pourrait facilement être doublé d’ici à 2020. Dès lors, l’accompagnement des entreprises souhaitant postuler au label est renforcé. Si la Chambre de commerce et d’industrie de HauteVienne jouait et joue toujours le

rôle de référent, désormais, via une contractualisation avec la Région, un référent « label » est désigné dans chaque CCI de Nouvelle-Aquitaine ; les Chambres des métiers et de l’artisanat peuvent également intervenir. Les portes d’entrée « collectives » complètent l’offre régionale, avec des évènements comme la boutique éphémère « Pop-up Store EPV » qui s’est tenue en 2017 à Paris – Maison de la Nouvelle-Aquitaine Site Caumartin – et des rendez-vous professionnels à venir. Enfin, pour aider les détenteurs du label à mieux déployer leurs ailes, l’accès sera facilité aux dispositifs de soutien liés au tourisme, à l’innovation, à la reprise-transmission et au développement à l’international.

L’entreprise de fabrication de makhilas Ainciart Bergara a obtenu le label EPV en 2012.

EN PRATIQUE

Rendez-vous sur jadopteunprojet. com, sélectionnez un projet, puis le montant de votre contribution (à partir de 10 euros). Si l’objectif de financement est atteint, vous serez débité et recevrez une contrepartie. Dans le cas contraire, ce montant vous sera restitué.

Épicerie L'Effet Bocal. Mathilde Renaud et Maryse Baloge.

SABINE DELCOUR

L

es tapisseries d’Aubusson, les couteaux de Nontron, les poignées de porte en porcelaine de Limoges, le caviar… Ces produits vous disent quelque chose ? Sûrement. Si leur renommée s’impose et dépasse même les frontières, c’est à juste titre. Fruits d’un travail méticu­leux et de patience, d’un savoir-faire rare, séculaire ou porteur d’une histoire territoriale, ils relèvent de la gamme des produits d’excellence et flirtent avec les objets d’art. De ces « pépites de l’artisanat » la Nouvelle-Aquitaine regorge, que ce soit dans les univers de la

JOËL PEYROUX

Un label pour déployer ses ailes

16/02/2018 14:33


16

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

LAVAL SÉBASTIEN/CHARENTE TOURISME

CULTURE & DÉCOUVERTE

TERRITOIRES Notre auteur, Olivier Bleys, chausse à nouveau ses crampons pour partir à la découverte de notre région. Pour ce nouveau numéro, toujours au rythme de la marche, il s’est rendu à Cognac.

Les quais de Cognac. La nuit, la ville revêt des tons fauve, miel, caramel.

Carnet de marche à Cognac

OLIVIER BLEYS Auteur confirmé, il a publié 32 livres, notamment chez Gallimard et Albin Michel. Passionné de marche, il a entrepris, en 2010, un tour du monde à pied par étapes qu’il poursuit d’année en année.

François Ier est né le 12 septembre 1494 à Cognac.

L

e cognac, me dira joliment un producteur, « pas besoin d’en avaler. Il suffit d’en appliquer un trait sur la lèvre pour qu’il diffuse ses fragrances à l’égal d’un parfum. Bon… si quand même on en boit (avec modération), c’est comme une lampe qui s’allume dans la poitrine, un vitrail franchi par un midi d’été. » Je ne demande qu’à être initié. À Cognac, il n’y a que l’embarras du choix. Les grandes maisons y ont pignon sur rue, ou plutôt sur Charente. D’opulentes bâtisses, gardiennes des traditions séculaires de la double distillation, bercent dans leurs chais p énom bre u x des barriques de chêne hors d’âge.

On en compte d’anciennes comme le château royal qui vit naître François Ier, propriété depuis 1795 du baron Otard, et de plus fraîches dont l’architecture mêle maçonnerie contemporaine et reliques historiques, telle la bâtisse Hennessy pavoisée, lors de ma visite, d’un considérable drapeau tricolore. Est-ce par esprit de contradiction ? Suis-je las des visites guidées qui s’achèvent par l’inévitable dégustation-vente ? J’ai soif d’un autre cognac, le cognac des coulisses ou des confins – celui des petits producteurs dont les vignes, charentaises en majorité, ondulent jusqu’en Dordogne et dans les Deux-Sèvres. Le hasard m’a mis sur le chemin d’une affaire familiale, les frères Moine, à quelques kilomètres de Cognac. Deux trentenaires et leurs parents y distillent un cognac de caractère et produisent du pineau blanc et rosé. Dès le seuil de la propriété, on devine que le sujet ne sera pas seulement les bouteilles, si talen-

tueuses soient-elles. Une fresque imposante grise toute la façade du chai : les portraits de deux figures tutélaires de l’exploitation, flanqués d’une citation d’Yvonne, la grand-mère, qui continue d’inspirer la lignée Moine : « Bien faire et laisser dire. » Pour créer ces images géantes, les pochoiristes n’ont pas usé de brosses mais d’un nettoyeur haute pression et de bombes à la craie… Une manière astucieuse d’exploiter le dépôt noir qui se forme naturellement sur les bâtiments abritant du cognac, dû à un champignon, le Torula compniacensis. Les différentes tonalités de gris ont été obtenues en éclaircissant les murs. Cette œuvre ingénieuse illustre la volonté des deux frères d’ouvrir leur propriété à l’art contemporain. L’aîné, Yann, lui-même plasticien reconnu, fait mon initiation au cognac et à quelques-uns de ses métiers. En sa compagnie, je rencontre le « fendeur de merrains », Xavier Laurent, chargé d’extraire des billots de chêne le bois utile à la confection des barriques, puis le

tonnelier Jean-Marie Quintard qui les assemble. De retour à Cognac, je lance mes premières foulées dans les rues argentées d’eau céleste. Mon itinéraire combine l’ordinaire et l’insolite, le discret et l’apparent. Il emprunte la médiévale porte Saint-Jacques, franchie par tous les touristes. Mais il s’attarde aussi sous une enseigne de salamandre qu’on m’a désignée, il fait un détour par le port de plaisance et le vaste parc François Ier, lové dans un méandre du fleuve, dont la pluie a chassé les visiteurs. La ville garde de beaux vestiges de son passé marchand, le commerce du sel d’abord qui a remonté pendant des siècles, depuis le port en contrebas, la pente douce de la rue Saulnier, celui ensuite du vin et des eaux-de-vie perpétué jusqu’à nos jours. Voûté sous mon parapluie, je relève ici et là les indices de ces négoces anciens : entrepôts aux larges portes roulantes, poulies oxydées que j’imagine hisser des plateaux de barriques, écriteaux dont les plus récents sont traduits en russe… Pour mémoire, 97 % du cognac s’exporte. C’est une boisson en vogue aux États-Unis et en Chine mais curieusement affligée, chez nous, d’une image désuète d’alcool-à-papa. Sous l’influence peut-être des films américains, nos concitoyens lui préfèrent une autre boisson ambrée, le whisky. La nuit de Cognac m’enchante… La religion façonne aussi l’aspect de la ville, mais d’une façon discrète et presque allusive. L’église Saint-Sauveur, majestueuse au-dedans, se fond dehors dans l’alignement des boutiques ; le couvent des Récollets, devenu Maison des associations, est envahi de présentoirs et d’affiches ; quant à l’église Saint-Martin, c’est la plus mal lotie : on ne sait de quoi plus la plaindre, soit du centre commercial poussé dans son voisinage, soit de son antique cimetière mérovingien devenu square à toutous. La Charente coule en contrebas, étrangère à ces agitations. Malgré les averses aléatoires dont pétille sa surface, je suis saisi par la clarté de ses eaux. Par leur lenteur, aussi : face à l’île de la Reine, elle semble presque à l’arrêt. Quand il fait beau, la ville doit s’y mirer comme dans un étang. À mesure qu’avance la journée, la lumière décline et s’allument les réverbères. C’est l’heure où d’habitude, mon circuit bouclé, je m’abrite dans un café. Pas cette fois. La nuit de Cognac m’enchante par les tons fauve, miel, caramel dont l’éclairage public nappe les rues et les façades. Toute la « robe » des liqueurs d’ici !

C’EST COMME UNE LAMPE QUI S’ALLUME DANS LA POITRINE, UN VITRAIL FRANCHI PAR UN MIDI D’ÉTÉ. »

LAVAL SÉBASTIEN/CHARENTE TOURISME

16-17 NAQ2 Découverte V4.indd 16

16/02/2018 14:51


17

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

ICI La porte Saint-Jacques, vestige de l’enceinte qui entourait la ville à partir du XIIIesiècle.

OLIVIER BLEYS

EN PRATIQUE

LA LIQUEUR DES DIEUX » VICTOR HUGO

Un marathon au milieu des vignes L’hivernage va commencer, période de repos pour la vie sauvage, mais, pour les quatre salariés de l’association toujours à l’œuvre, le temps du bricolage, du démontage et du rangement. En outre, c’est un lendemain de fête : voici peu se tenait la Fête de la courge, rendez-vous annuel des jardins voué à leur produit totémique, dont d’imposants spécimens bossuent les abords du domaine. Je dois reprendre le volant avant que le marathon de Cognac prenne lui le départ. On m’a averti de routes coupées et de longues déviations, pour la 17e édition (pluvieuse, donc) de cette course au milieu des vignes. Hier, les frères Moine se préparaient à accueillir les coureurs, comme d’autres maisons de Cognac sur le circuit. Cependant, la route du retour passe à proximité du village d’où s’échapperont bientôt les quelque

16-17 NAQ2 Découverte V4.indd 17

deux mille athlètes inscrits à la compétition. J’y tourne mes dernières images. Ce sont aussi mes dernières impressions du terroir de Cognac, à qui, somme toute, cette météo aqueuse sied plutôt bien. Aux pavés fondus des vieilles rues, à la panse moussue des barriques, aux chais noircis par le Torula, à tout ce décor empreint de temps et de patience, qu’apporte la pluie ? Une touche de mystère, peut-être d’élégance. Il n’y manque que la note chaude d’une eau-de-vie au fond d’un verre tulipe.

LAVAL SÉBASTIEN/CHARENTE TOURISME

Le couvent des Récollets, lieu d’expositions, de conférences et siège d’associations.

COGNAC EN CHARENTE S’Y RENDRE Située à 465 kilomètres de Paris, 120 kilomètres de Bordeaux, 95 kilomètres de La Rochelle ou encore 60 kilomètres de Royan, Cognac est accessible en voiture (via l’A10 ou la N10), en train (depuis Angoulême, Royan, Saintes, La Rochelle ou Rochefort) ou même en bus depuis Angoulême (Ligne 15).

Plus d’infos sur www.moinefreres.fr www.lesjardinsrespectueux.fr

SUR PLACE Martell, Camus, Hennessy, Rémy Martin, Otard, Courvoisier, Meukow… Les maisons de cognac ne manquent pas. Chacune présente son histoire avec des mises en scène étonnantes, des lieux magiques, des expositions thématiques, sans oublier les précieuses dégustations (avec modération). Mais Cognac, c’est aussi une ville d’art et d’histoire et donc tout un patrimoine et une architecture à découvrir (le château qui a vu naître François Ier, la porte Saint- Jacques avec ses deux tours rondes qui donnent sur le fleuve, les anciennes demeures de négociants, la maison de la Lieutenance, le prieuré Saint-Léger, le couvent des Récollets, l’hôtel de ville et son jardin public…). Les amoureux de la nature ne seront pas en reste non plus : jardins, canoë, vélo, promenade en bateau, pêche, randonnée et même montgolfière pour les plus aventureux… Les activités de plein air ne manquent pas ! GASTRONOMIE Chapon de Barbezieux, betterave crapaudine, carotte de Jarnac-Champagne, daube saintongeaise, galette charentaise, poire duchesse d’Angoulême, truffe, vermée charentaise, melon charentais, spécialités au pineau… Les bons produits et les bonnes recettes foisonnent en Charente. Vous pourrez les découvrir dans les restaurants, sur les différents marchés ou lors de la foire qui se tient tous les deuxièmes samedis du mois en centre-ville.

Maison de la Lieutenance, monument historique classé de Cognac.

CHARENTE TOURISME

C’est comme si, le soir venu, la vieille ville s’immergeait dans l’eau-de-vie ambrée. Pour mon second jour à Cognac, la météo s’éclaircit enfin. J’ai emporté deux paires de chaussures et étrenne la seconde, qui ne craint pas les flaques ni les sentiers boueux. Tant mieux, car je veux marcher côté jardin. Sur une colline dominant la Charente, les « Jardins respectueux » forment un laboratoire végétal et artistique à ciel ouvert. On y pratique la culture de fruits et de légumes mais aussi l’échange de graines, l’apiculture amateur, l’élevage d’insectes et de volaille, le land art potager […], des activités relayées par d’autres sites pour servir un objectif commun : sensibiliser et éduquer à l’environnement. Cependant, ma visite intervient hors saison. Rémi, mon guide à travers les Jardins, m’en fait sobrement la remarque. Drôle d’idée d’herboriser en novembre, dans cet air humide.

SE LOGER Hôtels, campings, chambres d’hôtes, locations saisonnières et hébergements insolites vous accueillent au gré des saisons, de vos envies et de votre budget. Plus d’informations tourism-cognac.com

16/02/2018 14:52


18

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

CULTURE & DÉCOUVERTE PÔLE IMAGE Le cinéma d’animation est un fleuron du

RÉHABILITATION Lieu mythique d’expérimentations et d’expressions artistiques, le Confort Moderne de Poitiers résonne de nouveau depuis le 16 décembre. Après seize mois de travaux, cet espace d’art contemporain et de musiques actuelles a rouvert ses portes dans un site totalement réhabilité, mais avec une identité préservée.

secteur cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine. Organisé autour du pôle image d’Angoulême depuis une vingtaine d’années, il multiplie les réussites.

La Cartoon Vallée, c’est ici !

Le Confort Moderne amplifié

A

u départ, il y avait le Festival inter­ national de la Bande dessi­née, l’École des beauxarts (EESI), le Centre national de la bande des­ sinée et de l’image (CNBDI) et une tradition autour du papier. Nous sommes en 1993. Quelques stu­ dios de dessin animé s’installent, suivis par d’autres, appuyés par la section BD des Beaux-Arts puis par la formation animation que l’école propose… Le pôle image décolle et, dans son sillage, à par­ tir de 1997, Magelis voit le jour : un syndicat mixte qui vise à apporter plus de cohérence entre les acteurs de l’animation, avec à sa tête le Département et la ville, qui seront rejoints en 2004 par la Région. Pour Christophe Jankovic, cofon­ dateur et directeur de Prima Linea, qui a produit La Tortue rouge, le pôle image est « un joyau de la couronne de l’audiovisuel en région, il n’y a pas d’équivalent en Europe, rien qui soit aussi dynamique et aussi varié ». Venu de la région pari­ sienne en 2003 pour son premier long métrage, Prima Linea est fi­ nalement resté, séduit par le cadre de vie et la dynamique locale. « Le pôle a bien grandi depuis ses débuts. C’est un secteur à part entière de l’économie », ex­ plique Géraldine Cohen, chargée de communication à Objectif 3D, école de formation à la 3D instal­ lée en 2017 à Angoulême. Le pôle image compte aujourd’hui près de 30 studios d’animation, 900 professionnels et 1 200 étudiants dans 12 écoles spécialisées qui

18 NAQ2 Culture V6+VD.indd 18

alimentent non seulement les en­ treprises locales, mais aussi celles du monde entier.

coproduction internationale est donc la règle », précise Christophe Jankovic.

Un savoir-faire singulier « On ne le sait pas assez de l’ex­ térieur, mais l’animation est un secteur en plein boom. Les en­ treprises ont des commandes jusqu’en 2020-2021 et pas assez de bras pour les satisfaire », affirme Jean-Christophe Boulard, direc­ teur de l’EMCA. Quarante-cinq pour cent des séries télé diffusées sur les écrans nationaux sont fa­ briquées à Angoulême. Le chiffre est en augmentation constante, car depuis 2016 un nouveau crédit d’impôt redonne de la compétiti­ vité aux emplois locaux et rapatrie des pans entiers de la production depuis les pays asiatiques. « Les studios préfèrent les animateurs français, qui ont un meilleur sa­ voir-faire. Le rendu est sans com­ paraison. Il y a une french touch qu’on ne retrouve pas ailleurs », poursuit Géraldine Cohen. « Nous avons 100 % d’embauches à la sortie de l’école. » L’animation est le secteur de l’au­ diovisuel français qui s’exporte le mieux. Mais les films sont aussi les plus difficiles à produire. Leur fabrication est lente et chère. Du layout au compositing, en passant par le lightening ou les décors, chaque film mobilise une armée de techniciens spécialisés. Il faut compter 8 Me et 3 ans en moyenne pour un long métrage d’animation. « En raison de ces coûts élevés, les financements sont très peu nom­ breux : Canal +, France 3 Ciné­ ma, Arte, avec un film par an. La

La Région aux côtés de la filière image Pour aider la filière animation, la Région investit 1,7 Me et le Dé­ partement de la Charente 1,4 Me, soit 3.1 Me. Ce qui fait de la Nou­ velle-Aquitaine le premier fonds de soutien en France pour l’anima­ tion. Un vrai plus pour permettre de lancer une production, car l’argent des collectivités est « du vrai argent », pas une promesse d’achat de la part d’un distribu­ teur. « C’est souvent le soutien des collectivités qui permet de boucler un budget. La question des années à venir sera d’arriver à fortifier ce système », prédit le producteur. Si l’écosystème de l’image an­ goumoisin est singulier, il a be­ soin aujourd’hui de redéfinir sa stratégie et sa gouvernance. La filière est confrontée à des mu­ tations fortes qui l’obligent à se repenser, à renforcer recherche, innovation et développement international. La Région va donc, en cohérence avec ses compé­ tences économiques, renforcer son soutien aux entreprises de l’image (animation, jeu vidéo, 2D/3D, ­réalité virtuelle, imagerie médicale et aéronautique), avec une équipe dédiée, en mobilisant ses dispositifs* et en inscrivant l’animation dans la feuille de route numérique régionale. Aides à l’innovation, conseil, acquisition d’équipement, transformation numérique, renforcement des fonds propres, aides à la recherche, à la formation, au transfert de technologie, à l’export.

« La Tortue rouge » a reçu de nombreux prix et nominations, notamment aux César, aux Oscars et au festival de Cannes.

8et 3 M€ ans :

moyenne pour la réalisation d’un long métrage d’animation.

Garder l’esprit du lieu Propriétaire des lieux, la Ville de Poitiers a souhaité réaliser d’importants travaux de réha­ bilitation – 8 Me, soutenus par la Région à hauteur de 1 Me – pour créer des espaces plus fonc­ tionnels et accueillants pour les

artistes et le public. La salle de concert de 800 places a doublé de hauteur, la grande salle d’ex­ position de 1 000 m2 a été isolée et chauffée, un « club » a été créé pour des concerts de petite jauge (200 places), ainsi qu’une galerie de 200 m2 réservée au pôle d’édu­ cation-recherche. Un restaurant et une résidence d’artistes ont également vu le jour, ainsi que des bureaux qui accueillent la Fanzinothèque, initiative unique en Europe. En misant sur le réemploi, l’ar­ chitecte Nicole Concordet a réussi le pari de garder l’esprit du lieu. Derrière les briques apparentes se devine toujours l’ancien entrepôt d’électroménager. L’inauguration officielle, en présence de Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a été l’occasion pour Nathalie Lanzi, vice-présidente du Conseil ré­ gional de Nouvelle-Aquitaine, déléguée à la culture, de rappeler le soutien important de la Région à ce projet. « Cette aide s’inscrit dans le cadre de la politique régionale singulière au profit des acteurs des musiques actuelles, qui est aujourd’hui dotée d’un fonds de 5,5 Me pour impulser et accom­ pagner les innovations au sein de cette filière. »

La nouvelle salle d’exposition du Confort Moderne.

SÉBASTIEN LE CLEZIO

STUDIOGHIBLI – WHY NOT PRODUCTIONS – ARTE FRANCE CINÉMA – CN4 PRODUCTIONS – BELVISION

Q

uatre expositions d’art contemporain réunissant 30 ar­ tistes français et in­ ternationaux, une vingtaine de concerts pour 15 heures de fête… Le 16 décembre dernier, le « nou­ veau » Confort Moderne ne sem­ blait pas assez grand, malgré ses 8 500 m2, pour accueillir le public venu nombreux redécouvrir, après seize mois de travaux, ce lieu artistique emblématique de Poitiers depuis plus de trente ans. Né en 1985 dans un ancien entre­ pôt d’électroménager, le Confort Moderne s’est très vite fait remar­ quer au niveau national par son identité artistique exigeante et audacieuse autour des musiques indépendantes et des arts visuels. L’exposition « Jardin-Théâtre Bestiarium », coproduite avec le MOMA de New York, ou la pis­ cine de James Turrell, ainsi que les premiers concerts de NTM ou des Rita Mitsouko resteront des moments forts.

16/02/2018 14:48


19

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PARLANJHES RÉJHIOUNÀUS / ESKUALDELANGUES RÉGIONALES/ LÉS HIZKUNTZAK / LAS LENGAS REGIONALAS POITEVIN-SAINTONGEAIS

Lé parlanjhe a la telévisiun

L

és parlanjhes réjhiounàus sant pa que dau folclore ! Quatre chenàus avant paterafai in prchat de butàes é de maniques ac la Réjhiun pr prpousàe daus formats noveas d’émissiuns. Causàe a prpous daus téres a la telévisiun, ol ét ben. En causàe den daus parlanjhes réjhiounàus, ol ét core bé meù ! Quatre chenàus alant o faere jhusqu’a 2020. France 3, TV7 Bourdea, lés telévisiuns de l’éntrnét ÒCtele é Kanaldude avant totes paterafai in prchat de butàes é de maniques (COM) de troes annàies ac la Réjhiun pr abenàe le sérvice publlic telévisuàu de nos téres. Encharjhais de prpousàe, de créyàe bedun d’ennanjhàe daus prougrames d’éntéràet réjhiounàu,

lés quatre chenàus se départissant ine borsàie de 2,9 milliuns d’eùros pr çhéte prmére annàie 2018. Den çhéle borsàie, pa logn de 600 000 eùros, sant alotais aus prougrames en parlanjhes réjhiounàus. Pr éxenplle, o se verat su le chenàu réjhiounàu de France 3 lés céncante-deùs jhouries de l’Abécédaere dau séntunjhaes. En parçounerie ac ÒCtele, le chenàu reprenrat étou ine seguence de prougrames corts en parlanjhe ouccitan. Òctelé é Kanaldude ennanjhant déjha su la telé en ouccitan é en basque : lés funs de la Réjhiun lou prmétant déjha d’avenjhàe den la criaciun é la producciun audiovisuéle, paréll queme TV7 Bourdea. Ol ét qu’en-su d’agralàe lés jhénes é de dounàe de l’aeme aus par-

lanjhes réjhiounàus pr daus formats noveas de prougrames (sitcom, emprimures de souciétai, d’ésport oube d’éconoumie), lés COM aedant a bati tote ine aprche audiovisuéle den lés parlanjhes réjhiounàus. Acotàe lés jhénes grafegnours pr veni, sacàe daus huchàies pr daus entrzuns de criaciun, oube abenàe lés capablletais pr aboutàe a daus métàes, tot çheù ét de part den lés butàes préncipàus daus chenàus, çhi devant se renscuntràe pr croesàe lous éspériences. Tot pllén de métàes técniques é artistiques sant raport a çheù: jhoueùrs, animours, roganes pr dare, drçours… Òctelé s’at pr éxenplle enmanchai a abenàe in métàe de besogn en producciun pr dare pr lés parlanjhes : le sotitrajhe !

BASQUE

Euskual telebistan

E

skualde-hizkuntzak folklorea baino gehiago dira! Lau telebista-katek eskualdearekin xede eta baliabide kontratua sinatu dute, saio formatu berriak proposatzeko. Telebistan lurraldeari buruz hitz egitea ondo dago. Horri buruz eskualde-hizkuntzetan mintzatzea, are hobeto! Lau kate arduratuko dira horretaz 2020 arte. France 3k, TV7 Bordeaux kateak eta ÒCtele eta Kanaldude web bidezko telebistek hiru urteko xede eta baliabide kontratu bana sinatu dute eskualdearekin, lurraldeko telebista zerbitzu publikoa garatzeko. Lau kateek 2,9 milioi euroko aurrekontua partekatuko dute 2018 lehen urte honetan, eskualdearentzako interesgarriak diren saioak proposatzeko, sortzeko edota hedatzeko helburuarekin. Aurrekontuko 600 000 euro inguru, eskualde-hizkuntzetan eginiko saioentzako izango dira. Hala nola, France 3ren eskualdeko katean, Abécédaire du saintongeais saioaren berrogeita hamabi atalak ikusteko aukera

izango dugu. ÒCtelerekin elkarlanean, kateak berriro emango ditu okzitanieraz eginiko zenbait saio labur. ÒCtelek eta Kanaldudek dagoeneko emititzen dute internet bidez okzitanieraz eta euskaraz: eskualdearen finantzaketari esker, ikus-entzunezkoak sortu eta ekoiztu ditzakete, TV7 Bordeauxek bezala. Izan ere, saio formatu berrien bidez (sitcomak, magazinak, kirol edo ekonomia saioak) gazteak erakarri eta eskualde-hizkuntzak biziberritzeaz gain, xede eta baliabide kontratuek eskualde-hizkuntzetan sorturiko ikus-entzunezkoen sektore sendoa osatzen laguntzen dute. Egile gazteak, sorkuntza deialdiak edota profesionalizazioa kateen helburu nagusien artean daude eta, horiek lortzeko, esperientzia trukaketa baliatuko dute. Horrek guztiak hainbat lan tekniko eta artistikorengan du eragina: aktore, animatzaile, off ahots, muntatzaile … ÒCtelek, adibidez, eskualde-hizkuntzentzako ezinbesteko den post-produkzio lanbide bat garatzeko konpromisoa hartu du: azpititulazioa!

PIERRE BALACEY

OCCITAN

L’occitan a la television

Le financement de la Région va permettre de nouvelles créations et productions audiovisuelles. Ici, Kanaldude propose déjà des émissions en langue basque à suivre sur Internet.

L

Les langues à la télé

L

es langues régionales ne sont pas que du folklore ! Quatre chaînes ont signé un contrat d’objectifs et de moyens avec la Région pour proposer de nouveaux formats d’émissions. Parler du territoire à la télévision, c’est bien. En parler dans les langues régionales, c’est encore mieux ! Quatre chaînes vont s’en charger jusqu’en 2020. France 3, TV7 Bordeaux, les web-TV ÒCtele et Kanaldude ont signé un contrat d’objectifs et de moyens (COM) de trois ans avec la Région. Chargées de proposer ou de diffuser des programmes d’intérêt régional, les quatre chaînes se partagent une enveloppe de 2,9 Me pour 2018, dont près de 600 000 euros sont dévolus aux programmes en langues régionales. Par exemple, on verra sur la chaîne

19 NAQ2 Langues Reg V2.indd 19

régionale de France 3 la série courte L’Abécédaire du saintongeais . ÒCtele et Kanaldude diffusent déjà sur Internet en occitan et en basque : le financement de la Région leur permet de s’engager dans la création et la production audiovisuelle, comme TV7 Bordeaux. Car, en plus de séduire les jeunes à travers de nouveaux formats d’émissions, les COM participent à structurer toute une filière audiovisuelle dans les langues régionales. Faire émerger de jeunes auteurs, lancer des appels à projet ou professionnaliser les compétences font partie des principaux objectifs des chaînes. ÒCtele s’est par exemple engagée à développer un métier indispensable en post-production pour les langues régionales : le sous-titrage !

as lengas regionalas que son mei que de folclòre ! Quate cadenas que vienen de signar un contracte d’objectius e de mejans dab la Region tà propausar formats navèths d’emissions. Parlar deu territòri a la television qu’ei plan. Ne parlar dens las lengas regionaus, qu’ei enqüera miélher ! Quate cadenas que se’n van cargar dinc a 2020. França 3, TV7 Bordèu, las web-TV ÒCtele e Kanaldude qu’an signat cadua un contracte d’objectius e de mejans (COM) de tres ans dab la Region tà desvolopar lo servici public televisuau territoriau. Cargadas de propausar, de crear o de difusar programas d’interès regionau, las quate cadenas que’s partatjan ua envolòpa de 2,9 millions d’èuros tad aquesta purmèra annada 2018. Dens aqueste budgèt, près de 600 000 èuros que son destinats aus programas en lengas regionaus. A títol d’exemple, que’s vederà sus la cadena regionau de France 3 los cinquanta dus episòdis de L’Abécédaire du saintongeais. En partenariat dab ÒCtele, la cadena

que tornarà préner tanben ua seria d’emissions bracas en lenga occitana. ÒCtele e Kanaldude que difusan dejà sus Internet en occitan e en basc : lo finançament de la Region que’us permet d’engatjà’s dins la creacion e la produccion audiovisuaus, com TV7 Bordèu. En mei de sedusir los joens e de tornar balhar arsec a las lengas regionaus gràcias a navèths formats d’emissions (sitcoms, magazinas de societat, esportius o economics), los COM que participan a l’estructuracion de tota ua cordèra audiovisuau dens las lengas regionaus. Har vàler joens autors, mandar cridas a projèctes tà la creacion o professionalizar las competéncias, aquò hè partida deus objectius purmèrs de las cadenas, miadas a encontrà’s tà crotzar las experiéncias. Hòrt de mestièrs tecnics e artistics que son per­­tocats  : comedians, animators, votz-off, montaires… ÒCtele que s’ei per exemple engatjada a desvolopar ua profession indispensabla en pòst-produccion tà las lengas regionaus : lo sotatitolatge !

16/02/2018 14:56


20

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PRODUIT RÉGIONAL

C’est à cette époque, sous Louis XV, que le chirurgien militaire 1768 Jean-Baptiste Darnet découvre du kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche. Il avait remarqué que les tisserands locaux utilisaient cette argile pour assouplir les toiles de lin.

LA PORCELAINE DE LIMOGES ENFIN PROTÉGÉE Les dénominations « Limoges » et « porcelaine de Limoges » sont désormais encadrées par une indication géographique qui garantit la fabrication en Haute-Vienne

DE LA CHINE À L’EUROPE

À

l’origine de la porcelaine en Europe, il y a déjà Limoges ! C’est à un jésuite de Limoges parti aux « Indes orientales », le père François-Xavier d’Entrecolles, que l’on doit, dès 1712, un premier récit détaillé de la fabrication de la porcelaine, maîtrisée depuis des siècles par les Chinois. Une sorte d’espionnage industriel avant l’heure, pour arriver à reproduire la blancheur et la transparence de cette porcelaine dont raffolent tant les cours européennes. Une première manufacture est ouverte en Saxe, une autre à Strasbourg. En 1768, la découverte de gisements de kaolin en Haute-Vienne (à Saint-Yrieix-la-Perche puis à Marcognac…) marque le début de la porcelaine de Limoges.

LE SAVOIR-FAIRE DE « L’OR BLANC »

L’ÂGE D’OR

HAVILAND

A

pprovisionnées par les mines de kaolin, les manufactures se multiplient, dans le sillage de la première manufacture fondée en 1771. La filière de la porcelaine s’industrialise au cours du e siècle, avec l’arrivée du chemin de fer et le remplacement du bois par la houille dans les fours. C’est le temps des grandes usines. En 1900, à Limoges, la porcelaine fait travailler plus de 11 000 ouvriers, répartis sur une trentaine de sites. La porcelaine façonne alors la ville et son histoire sociale.

20 NAQ2 Culture V2+z.indd 20

L’ÉCONOMIE DE LA PORCELAINE

Les chiffres de la filière à Limoges restent des estimations, puisque certaines entreprises en font une activité partielle

30 FABRICANTS

ET/OU DÉCORATEURS

1 0 00 EMPLOIS DIRECTS 60 % DE LA PRODUCTION EXPORTÉE, EN MAJORITÉ AUX ÉTATS-UNIS

LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE

L

’indication géographique protège désormais un savoir-faire qui allie patrimoine, luxe et innovation. La filière cultive les visionnaires, à l’image du groupe Legrand, qui s’est spécialisé dès 1919 dans les interrupteurs. Au-delà de la porcelaine, centrée sur les arts de la table, Limoges a bâti tout un écosystème autour des arts du feu et de la céramique technique. Ce tissu rassemble aussi bien des centres de formation (l’ENSA, l’École nationale supérieure d’art ; l’école d’ingénieurs ENSIL-ENSCI) que des pôles d’innovation artistique ou industrielle (le CRAFT, Centre de recherche sur les arts du feu et de la terre, qui célèbre cette année ses 25 ans) et le pôle européen de la céramique , ou encore des lieux d’exposition (le musée Adrien Dubouché, intégré à la Cité de la céramique Sèvres et Limoges). Limoges, qui a obtenu en décembre dernier le label « Ville créative » de l’Unesco, reste au cœur des routes européennes et mondiales de la céramique.

JEROME CROCHET-ADFIELDS

E

n Haute-Vienne, le kaolin devient un véritable « or blanc » pendant deux siècles, avant que les mines ne se tarissent. La porcelaine, mélange de minéraux, est composée à 50 % de cette argile blanche. Avec les poteries, les grès, les faïences, la porcelaine fait partie de la famille des céramiques, ces objets fabriqués en terre dont la matière se transforme à la cuisson. Sous forme de poudre, de pâte ou de liquide (la barbotine), la porcelaine est d’abord façonnée et cuite une première fois (la cuisson « de dégourdi » à 900 degrés) avant d’être émaillée. Elle est ensuite cuite une seconde fois à « grand feu » (1 400 degrés) puis décorée selon différentes techniques : à la main, par chromolithographie ou incrustation de métaux précieux…

L’INDICATION GÉOGRAPHIQUE, UNE LONGUE BATAILLE

« Pâte de Limoges », « Style Limoges »… Les fabricants de porcelaine ont vite été confrontés à l’utilisation frauduleuse du nom « Limoges ». Le premier procès est intenté dès 1910 ! L’indication géographique (IG), obtenue en novembre 2017, crée un droit de propriété intellectuelle demandé de longue date par l’Union des fabricants de porcelaine de Limoges. Seuls les fabricants ou décorateurs certifiés peuvent estampiller leurs porcelaines « Limoges » ou « porcelaine de Limoges », à condition qu’elles soient fabriquées en Haute-Vienne selon un cahier des charges bien précis. Les démarches de certification sont en cours et l’Union des fabricants de porcelaine de Limoges tient à jour la liste des entreprises.

LES GRANDES MARQUES DE « LIMOGES LA ROUGE »

Bernardaud, Raynaud, Carpenet, Artoria, Royal Limoges, J. Seignolles, Arquié, Pergay, Médard de Noblat, Jean-Louis Coquet… sont quelques-uns des grands noms de la porcelaine, la plupart labellisés « Entreprise du patrimoine vivant » (EPV). Parmi eux, l’histoire de Haviland est emblématique. D’abord importateur, l’Américain David Haviland s’installe en 1842 à Limoges pour fabriquer directement la porcelaine qu’il expédie aux États-Unis. C’est un succès : en 1900, son usine compte 16 fours et emploie près de 2 000 ouvriers. L’usine sera l’un des points de départ des grandes grèves ouvrières de 1905. Limoges y conforte sa réputation de « ville rouge », déjà acquise avec la création de la CGT en 1895.

16/02/2018 14:57


21

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

MODE D’EMPLOI

21 NAQ2 DESSIN.indd 21

TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET ÉNERGÉTIQUE Agissons aujourd’hui réinventons demain

DANS CHAQUE NUMÉRO DE VOTRE JOURNAL RÉGIONAL, RETROUVEZ UNE BANDE DESSINÉE QUI VOUS PRÉSENTE LES COMPÉTENCES, LES ACTIONS, LE FONCTIONNEMENT DE LA RÉGION.

16/02/2018 14:58


22

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PAROLE AUX ÉLUS À CHAQUE PARUTION DE VOTRE JOURNAL, VOS ÉLUS REVIENNENT SUR UN SUJET DONNÉ, EN DISPOSANT POUR CE FAIRE D’UNE LONGUEUR DE TEXTE PROPORTIONNELLE À LEUR NOMBRE DE SIÈGES À L’ASSEMBLÉE

« HOMME LIBRE TOUJOURS TU CHÉRIRAS LA MER* »

PARTI SOCIALISTE ET APPARENTÉS Tél.: 05 57 57 83 63 - groupe@ps.laregion-alpc.fr

T

errain d’expression d’activités humaines séculaires, l’exploitation de la ressource halieutique – la pêche, la conchyliculture, l’aquaculture – participe de l’identité de nos territoires. Conscients de cette richesse remarquable sans cesse fragilisée, les élus du groupe socialiste et apparentés soutiennent des politiques durables, intégratrices des difficultés qui la touchent. Les risques de submersion et d’érosion inéluctables des traits de côte, le réchauffement climatique, l’occupation sans cesse croissante de l’espace, la diversité des activités de loisir et de commerce, le développement d’infrastructures sont autant de phénomènes qui impactent l’ensemble de notre territoire. Un regard nouveau doit être porté sur la mer, du littoral vers la terre, sur leurs relations et sur les connexions entre les acteurs, marins et terriens. Et l’horizon doit s’élargir. La durée d’un mandat n’est plus le baromètre temporel de nos politiques publiques. Nous devons anticiper les futurs bouleversements de ces 30 prochaines années. La Région ambitionne de valoriser durablement ses identités territoriales. Des exploitations ostréicoles et mytilicoles de la Charente-Maritime et du Bassin d’Arcachon, des activités de pisciculture de l’ensemble des départements de la Nouvelle-Aquitaine, en passant par les huit ports de pêche – La Rochelle, La Cotinière à Saint-Pierre-d’Oléron, Royan, Arcachon, Capbreton, Hendaye, Ciboure, Saint-Jean-de-Luz -, l’ensemble de cette richesse patrimoniale doit être un levier créateur d’emplois. Cinq lycées spécialisés régionaux dispensent déjà des formations innovantes pour accompagner les futurs professionnels et susciter des vocations. Favorisons la pêche artisanale ainsi que l’installation des jeunes, les circuits courts et la transformation. L’ostréiculture et la mytiliculture, piliers de l’aquaculture néo-aquitaine, souffrent régulièrement de problématiques environnementales et sanitaires sévères qui ont plus d’une fois immobilisé la profession. Elles nous sont indispensables, préservons-les. Au même titre que les filières d’exception telles que l’élevage de truite et le caviar, ces activités constituent notre patrimoine culinaire remarquable, nous devons les valoriser sur le plan national et international. Cette stratégie durable doit s’appuyer sur un socle de connaissances et de compétences commun qui doit couvrir l’ensemble de notre beau territoire et anticiper les futures problématiques. Le vote récent à l’unanimité de la nouvelle politique littorale, le rapport sur les impacts du changement climatique en Nouvelle-Aquitaine – et prochainement un rapport similaire sur le volet de la biodiversité –, la cartographie des zones et stratégies liées à la présence humaine et d’activités existantes par le GIP Littoral ne sont que quelques exemples de notre volonté de relever les défis environnementaux et sociétaux qui nous attendent. L’océan est notre avenir, faisons de lui notre allié. Trouvons le juste équilibre entre les activités maritimes traditionnelles, avec les 49 000 emplois qu’elles soutiennent, et les secteurs émergents portés par la recherche et l’innovation, riches d’au moins autant de perspectives. Le cluster Croissance bleue lancé le 6 février 2018 nous permettra de saisir les opportunités économiques, environnementales, scientifiques, techniques, et liées à la formation. Soyons exigeants, relevons le défi de l’excellence sur le plan national et international. * Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

RETROUVEZ VOS GROUPES POLITIQUES SUR :

nouvelle-aquitaine.fr/institution/conseil-regional/groupes-politiques.html

22-23 TRIBUNES NA2+VD.indd 22

PROTÉGEONS L’ÉCONOMIE DE NOS CÔTES JACQUES COLOMBIER FRONT NATIONAL Président du groupe Front National

Tél.: 0557577386 - groupe@fn.laregion-alpc.fr

L

a Nouvelle-Aquitaine, première région agricole de France, possède non seulement ses laboureurs de la terre mais, avec sa grande façade maritime, ses « laboureurs de la mer ». De Saint-Jean-de-Luz à La Cotinière, les ports néo-aquitains rassemblent 20 % des marins pêcheurs français. Combien de ports français ont vu fondre de manière effrayante le nombre de leurs embarcations ? Sous la coupe de l’Union européenne, avec ses quotas et ses règlements et son plan d’implantation d’éoliennes offshore, la pêche artisanale est en danger de disparition au profit des grands armateurs de la pêche industrielle qui mettent régulièrement en péril les réserves halieutiques en désertifiant les fonds marins. Les députés européens du Front National ont réussi à intégrer un amendement demandant l’augmentation des quotas attribués à la pêche artisanale côtière dans le rapport Tomasic. De même ont-ils voté l’interdiction de la pêche électrique, véritable arme de destruction massive qui aurait dévasté les espèces voisines ou les juvéniles avec quel impact sur la fécondité des espèces ? Aider au renouvellement de la flotte, soutenir la pêche artisanale,, plus durable sur le plan écologique et social, doivent être des axes de la politique régionale. L’ostréiculture d’Arcachon et de Marennes est un fleuron régional mis en péril par plusieurs facteurs. Ainsi la recrudescence d’algues vertes étouffe les coquillages par sa surpopulation, sans parler de la pollution aquatique. Danger avec l’arrivée dans les années 2000 de l’huître triploïde. Conçue en laboratoire, elle n’entre pas en laitance. Consommable toute l’année, on la retrouve sur les étals en huîtres des quatre saisons. On ne connaît pas les conséquences exactes de cette manipulation génétique pour la santé humaine et sur les huîtres naturelles. Une conséquence économique se dégage dès maintenant. Ces huîtres se développant deux fois plus vite, certains grossistes professionnels se retrouvent avec des stocks trop importants : obligés de les brader, ils font chuter les cours au détriment des ostréiculteurs traditionnels qui ont travaillé leurs huîtres sur plusieurs années. Il faudrait rendre obligatoire l’affichage de l’origine des huîtres afin que le consommateur puisse choisir et être informé. Là aussi l’ostréiculture artisanale est à protéger comme enjeu économique et de santé.

POUR UNE PÊCHE ADAPTÉE AUX TERRITOIRES

MOUVEMENT DÉMOCRATE ET APPARENTÉS Tél.: 05 57 57 80 83 - groupe@modema.laregion-alpc.fr

L

e dynamisme et la diversité de la pêche en Nouvelle-Aquitaine appellent une action régionale d’ampleur, de nature à valoriser cet élément de notre patrimoine régional partout où il se trouve. Cette action doit se décliner de la manière suivante : le soutien aux travaux de modernisation des entreprises de pêche, l’incitation pour les ports à travailler davantage en complémentarité qu’en concurrence, l’inscription des activités halieutiques dans les objectifs régionaux en matière de développement de manière à faire fructifier le potentiel du secteur en termes d’emploi. L’économie maritime ne peut cependant se développer sans océan en bonne santé, et notre engagement doit se faire en faveur de pratiques respectueuses de nos écosystèmes. Dans ses politiques vertes, la Région doit davantage encourager le travail participatif de la société civile. L’Association des fédérations de pêche et de protection du milieu aquatique, forte de sa connaissance des spécificités territoriales, compte parmi les partenaires incontournables. Enfin, nous saluons la décision du Parlement européen visant à interdire la pêche électrique. La pertinence économique et environnementale de l’action européenne en matière de pêche doit conduire à un travail conjoint entre les Régions et l’Union européenne. Il est de notre responsabilité de savoir alerter et être à l’initiative de politiques de grande échelle.

16/02/2018 14:59


23

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

PÊCHE, QUALITÉ DE L’EAU, PRÉSERVATION DE LA RESSOURCE, TRANSFORMATION ET COMMERCIALISATION, TOUT EST LIÉ

LITTORAL : MIEUX LE CONNAÎTRE POUR MIEUX LE PROTÉGER

EDDIE PUYJALON

VITAL BAUDE

Conseiller régional, Président CPNT Tél.: 05 57 57 83 61 - groupe@lrcpnt.laregion-alpc.fr

Délégué au littoral Tél. 05 57 57 80 95 - groupe@eelv.laregion-alpc.fr

LES RÉPUBLICAINS

D

e la pêche en mer à la pêche fluviale, estuarienne ou dans les lacs, la ressource halieutique, conchylicole ou mytilicole, est indissociable de la qualité des milieux aquatiques. Or, les relargages des stations d’épuration ont certainement de nombreux effets dévastateurs sur la dynamique des espèces. Aujourd’hui, il est important d’assurer le diagnostic réel de la qualité de l’eau en matière de perturbateurs endocriniens et d’en mesurer les effets sur l’avifaune aquatique, d’autant que la baisse des débits par l’impact du réchauffement climatique induit une concentration plus importante des polluants. Les pêcheurs professionnels français viennent de remporter une belle victoire avec l’interdiction de la pêche électrique par le Parlement européen dans le souci de préserver la ressource. Mais il faut assurer dans la continuité le financement d’études scientifiques incontestables sur les stocks piscicoles en eau douce comme en mer. L’interdiction de la pêche de la grande alose en Aquitaine et Charente-Maritime a eu un impact négatif sur la dynamique des petits ports, sur l’activité des pêcheurs professionnels et amateurs. Aujourd’hui, les dernières données scientifiques, comme celles de MIGADO, sont plutôt favorables : de bonnes indications pourraient faire évoluer le dossier d’interdiction vers une pêche raisonnée, soumise à des conditions de suivi de la dynamique de l’espèce. Des études sur l’impact des espèces invasives comme le silure seraient aussi indispensables, tant son côté prédateur inquiète. La pêche, l’ostréiculture, la mytiliculture, l’ensemble des activités économiques de la mer et des milieux en eau douce restent une source d’emplois non délocalisables et une valeur essentielle pour la Nouvelle-Aquitaine, 2e région maritime de France. La Région annonce, pour 2018, le lancement d’une réflexion sur un plan pluriannuel d’investissement pour nos six ports de pêche. Au regard de leurs besoins de modernisation, nous resterons très vigilants sur les moyens qui leur seront consacrés : le budget 2018 ne prévoit que 2 M€ d’investissement pour la pêche. À ce rythme-là, de nombreuses années seront nécessaires pour soutenir cette filière.

PLUS DE DÉMOCRATIE À LA RÉGION

EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS

D

es falaises jusqu’aux marais, en passant par les plus grandes plages de sable d’Europe, les littoraux de Nouvelle-Aquitaine sont notre richesse. Magnifique cadre de vie, source de biodiversité, ils sont aussi le moteur de multiples activités économiques (pêche, conchyliculture, tourisme…). Ce patrimoine est en première ligne face au dérèglement climatique (érosion, submersion), à la pression humaine (urbanisation, pollutions, surconsommation de l’eau potable), à l’agriculture industrielle, aux industries polluantes et aux loisirs inadaptés. C’est pour mieux le préserver que nous sommes porteurs de politiques audacieuses : d’expertise et de suivi de notre trait de côte face aux aléas climatiques, d’accompagnement des acteurs locaux avec une priorité donnée aux processus naturels et à la relocalisation des activités, de connaissance et de protection des écosystèmes à la base de nombreux services rendus, d’activités économiques et de futures opportunités (biomimétisme, économie bleue…) de projets d’aménagements équilibrés entre usages, sensibilisation et protection de la nature, de qualité des eaux littorales et de préservation des apports en eau douce. Les écologistes sont fiers d’avoir fait adopter en décembre dernier à notre Assemblée régionale ces lignes d’actions, afin de protéger efficacement et durablement notre littoral.

• • • • •

UNE MER NOURRICIÈRE À PRÉSERVER BENOÎT BITEAU

PARTI RADICAL DE GAUCHE UNION DES DÉMOCRATES ET INDÉPENDANTS Président du groupe de l’Union des démocrates et indépendants Tél.: 0557578238 - groupe@udi.laregion-alpc.fr

L

e groupe UDI a proposé au président Alain Rousset une modification du règlement intérieur de l’institution visant à développer la culture d’amendement au Conseil régional. La Région est une collectivité perçue comme trop technocratique et lointaine par les citoyens néo-aquitains. Le vaste « chantier démocratique » régional doit être ouvert en priorité sur deux sujets. D’abord que l’assemblée régionale ne soit pas qu’une simple chambre d’enregistrement des délibérations de l’exécutif mais une réelle assemblée de débats et que l’opposition puisse y jouer un rôle constructif. Une première étape a d’ailleurs été franchie : deux amendements présentés par le groupe UDI ont été adoptés lors de la dernière séance plénière de décembre : un premier sur les congés d’allaitement et un autre sur l’obligation d’accompagner chaque vote du budget primitif de la Région par la fourniture d’une programmation pluriannuelle des finances régionales. Nous espérons que cette modification du règlement intérieur sera effective lors de la séance plénière de ce mois de mars. Le second sujet concerne la transparence et l’équité territoriale. Nous voulons que la lumière soit faite sur le ressenti qu’ont trop de nos concitoyens et de nos collègues élus que le traitement des dossiers serait inéquitable entre l’ex-Aquitaine, l’ex-Limousin et l’ex-Poitou-Charentes. Voilà les deux premières étapes d’un chantier qui nous semble prioritaire pour notre assemblée.

22-23 TRIBUNES NA2+VD.indd 23

R

égion d’aquaculture et de pêche, la Nouvelle-Aquitaine est la première région de production ostréicole. C’est également un fief de la mytiliculture, avec les moules de bouchot de la baie de l’Aiguillon, de Boyardville et de Port-desBarques. La diminution des ressources halieutiques a entraîné une baisse du tonnage des poissons dans les principaux ports de la région, qui restent cependant très actifs. Cette baisse est indubitablement liée aux impacts des activités humaines sur ce milieu fragile. Si la mer est nourricière, il est également nécessaire de préserver son écosystème en développant une agriculture respectueuse et dont les rejets ne doivent plus impacter ces ressources afin de tisser un « lien Terre-Mer » vertueux. Aussi, la mer n’est pas uniquement une ressource, elle est aussi et surtout un espace naturel à respecter et à protéger car cette dernière a beaucoup à nous offrir. Il s’agit en effet d’un écosystème encore peu connu mais qui recèle des trésors en termes de médicaments, de biocarburants, de capacité à atténuer le changement climatique et plus largement par tout ce qui découle de la « croissance bleue ». « C’est de l’Océan que naîtra le destin des civilisations à venir » Jacques Rougerie, architecte, membre de l’Institut.

PHOTOS: TWIN HERVÉ LEFEBVRE

JEAN DIONIS DU SÉJOUR

Conseiller régional délégué à la mer Président du groupe Radical de Gauche Tél.: 05 57 57 74 03 - groupe@prg.laregion-alpc.fr

16/02/2018 14:59


24

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS 2018

LE PORTRAIT MÉDECIN DE CAMPAGNE Avec son chignon brun accroché à l’arrière de la tête et ses yeux noisette ourlés d’un trait d’eye-liner, Élisabeth évoque Blanche-Neige. Elle a cette tendresse maternante au fond des yeux et, dans la voix, la fermeté d’une cheffe de tribu.

ALEXANDRE DUPEYRON

La médecine rurale au cœur

B

abeth’ est « médecin de campagne » dans l’est de la Haute-Vienne. À 47 ans, elle n’imagine pas une seconde quitter cette montagne limousine à laquelle, pourtant, la vie ne la prédestinait pas. Élevée en région parisienne par une mère infirmière et veillée de loin par un père cardiologue, elle a grandi avec sa sœur « sans vraiment savoir ce que c’était qu’un médecin généraliste, car c’est mon père qui nous soignait », lâche-t-elle dans un éclat de rire. Élisabeth est « une fille de la ville », comme l’on dit par chez elle. « J’ai fait médecine dans le Val-deMarne, mais j’ai su très vite que je ne voulais pas exercer en ville. » Celle qui confesse pratiquer la médecine avec une âme de mère de famille ne se voyait pas enchaîner les

24 NAQ2 portrait V2.indd 24

DANS NOS CAMPAGNES, LE MÉDECIN A ENCORE UN SENS, UNE UTILITÉ SOCIALE. »

rendez-vous à un rythme industriel. « Sans pouvoir l’expliquer, j’avais envie d’être au plus près des patients, de les accompagner dans toute leur vie, en prenant en compte leur personne en entier. » Un philosophe pêcheur C’est pour l’amour d’un philosophe pêcheur qu’elle a atterri vers Eymoutiers : le bout du monde, même pour les Limousins. « Mon mari et père de mes enfants, dont j’ai divorcé depuis, est prof de philo et passionné de pêche. Il avait découvert le coin à 14 ans, lors d’un stage de pêche à la mouche : sans rire ! », se souvient-elle, joyeuse. Pendant son internat, Élisabeth l’accompagne bien volontiers en vacances. « J’avais le goût du grand air, j’ai de la famille dans les Pyrénées et j’en ai toujours gardé des souvenirs très réjouissants, donc ça me

convenait de passer mes congés dans la région. » Joignant l’utile à l’agréable, elle a ainsi demandé à un médecin et camarade de pêche de son mari s’il accepterait de l’emmener pendant sa tournée. « On devait être en 1995 à peu près », pioche-t-elle dans sa mémoire. Et… « j’ai adoré ! », jubile-t-elle, la passion intacte, plus de vingt ans après. « Vraiment j’ai adoré, j’ai compris que c’était ce que je voulais faire toute ma carrière. Ce que j’ai aimé, c’est ce contact très singulier avec les gens. Dans un contexte comme celui-là, aussi rude soit-il, la médecine a du sens. On peut suivre des gens à tous les âges de leur vie, les accompagner dans les moments clés, on a un vrai lien avec nos patients. Tout le monde n’a pas forcément les épaules pour ça, mais, personnellement, je recommande cette expérience à tous les jeunes praticiens. » Joignant le geste à la parole, Élisabeth est d’ailleurs maître de stage, engagement rare chez les médecins et plus encore chez ceux qui, comme elle, arpentent un territoire éclaté entre trois secteurs de consultation et suivent un petit millier de patients. « Pour gagner ma place, je me suis damnée au travail » En bonne mère de famille, elle affirme : « Ça n’est pas compliqué, c’est une question d’organisation ! Même si, me concernant, j’ai dû apprendre à respecter un certain rythme bénéfique pour mes patients comme pour ma pratique. » Et de reprendre : « À mon époque, on vivait notre métier comme un sacerdoce, et c’est vrai que quand je me suis installée, j’avais tellement le sentiment que je devais faire mes preuves pour gagner ma place parmi eux que je me suis damnée au travail, parfois aux dépens de ma famille. » En ne comptant pas ses heures : voilà comment la fille de la ville est devenue un enfant du pays. Ici, elle aime tout. « L’environnement calme, préservé et non pollué », mais également « la qualité de vie », et le fait que « dans nos campagnes, le médecin a encore un sens, une utilité sociale, et est reconnu pour ça ». Joyeuse et affable, Babeth’ apprécie par-dessus tout la facilité avec laquelle elle peut s’échapper. « Quand je n’ai pas le moral ou simplement besoin de faire baisser la pression, je prends mes bottes et je vais marcher. » Passionnée de nature, cette solitaire conviviale a fait construire une maison tout en bois qu’elle désirait « respectueuse du paysage » et passe ses soirées d’hiver au coin du feu. « Ici la vie est douce et s’écoule au rythme de la nature. J’ai même deux moutons qui tondent l’herbe devant ma maison », lâche-t-elle, espiègle. Depuis peu, elle se passionne pour la botanique, « les plantes qui soignent, les fleurs qui se mangent… ». Danse, yoga, méditation et longues marches avec son compagnon, c’est ici qu’elle a trouvé sa paix intérieure. Elle l’affirme, les stages et remplacements au fin fond de la Creuse et de la Dordogne, les longues gardes toute seule et les furieuses envies de dormir qui les ont accompagnées valaient bien ce petit coin de paradis.

16/02/2018 15:02

Profile for Région Nouvelle-Aquitaine

Journal Nouvelle Aquitaine fevrier 2018  

Journal d'information de la Région Nouvelle-Aquitaine. Retrouvez les projets soutenus par le Conseil régional près de chez vous, les politiq...

Journal Nouvelle Aquitaine fevrier 2018  

Journal d'information de la Région Nouvelle-Aquitaine. Retrouvez les projets soutenus par le Conseil régional près de chez vous, les politiq...

Advertisement