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EMPLOI : Une année record en Nouvelle-Aquitaine P.3 LE PRODUIT RÉGIONAL L’or rouge du Pays Basque P. 20

CHARENTE-MARITIME P. 6

Nouvelle-Aquitaine.fr

Retour au pays pour Bâti-Rénov

CULTURE & DÉCOUVERTE Carnet de marche à Agen P. 16

Journal d’information de votre région

N°3 ÉTÉ 2018

CAHIER CENTRAL

SUR LA PLUS HAUTE BRANCHE DE FRANCE !

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LE SOMMAIRE du président de Région Alain Rousset

PAGE 3 À LA UNE

Économie : 6546 emplois générés en 2017

PAGE 4 PROXIMITÉ

CREUSE Dans le grand bain DEUX-SÈVRES 500 ans d’histoire à Oiron LANDES Festival à plein temps HAUTE-VIENNE La Boîte à papiers, entreprise citoyenne CHARENTE-MARITIME Retour au pays pour Bâti-Rénov CHARENTE Le verre se met au vert CORRÈZE Le goût de l’excellence VIENNE Implantation d’un acteur majeur de la transition énergétique LOT-ET-GARONNE Oviatis crée une filière stévia locale DORDOGNE La Wab pour se former au Web GIRONDE Des couleurs intelligentes PYRÉNÉES-ATLANTIQUES L’innovation contre l’exclusion

PRIORITÉS RÉGIONALES PAGE 10 TRANSITION ÉCOLOGIQUE

AcclimaTerra Un rapport pour inventer le futur

L’ÉDITO D’ALAIN ROUSSET PRÉSIDENT DE LA RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

PAGE 12 JEUNESSE

Orientation Un dispositif unique en France Enseignement supérieur et recherche L’université de demain se dessine aujourd’hui Olympiades des métiers Objectif Kazan, en Russie !

PAGE 13 AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE Transport Ter : vous avez la parole Spécial été la région vous transporte à la plage !

PAGES 14-15 ÉCONOMIE ET EMPLOI

Inauguration des ateliers de maintenance du lycée Jean-Albert Grégoire à Soyaux (16), le 29 mars dernier.

International Cap sur l’export ! Laurent Gueye « Un véritable appui pour notre implantation sur le marché allemand » Plan Design 2017-2021 Design ? Vous avez dit design ? Colloque Agro-Smart-Campus Rapprocher enseignement supérieur et recherche

PAGE 16 CULTURE & DÉCOUVERTE

Territoires Carnet de marche à Agen Coralie Grimand La Méca : cap sur 2019 ! Tourisme Des applis pour l’été Langues régionales Assé causai. Chantun pi dançun avoure ! – Aski da. Orain dantza egiteko eta abesteko garaia da! – Pro parlat. Ara cantem e dancem ! – Assez parlé. Chantons et dansons maintenant ! Produit régional L’or rouge du Pays basque

La forêt : ce bien si précieux

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PAGE 21 MODE D’EMPLOI

Bande dessinée Aménagement du territoire

PAGE 22 TRIBUNES Parole aux élus

eu de sujets éveillent en nous autant de sentiments, de sensations et de souvenirs que la forêt. Véritable poumon économique de notre région, elle est également un marqueur identitaire fort de nos territoires. Et pour cause : avec 2,8 millions d’hectares, la Nouvelle-Aquitaine représente le premier massif forestier de France et héberge même le plus vaste massif cultivé d’Europe : celui des Landes de Gascogne. De nombreuses essences complémentaires peuplent le territoire : pin maritime de Gironde et des Landes, douglas de Corrèze et hêtre des Pyrénées, en passant par le peuplier en Charente, le châtaignier de Dordogne ou le chêne de la Haute-Vienne… Rares sont les filières économiques qui reflètent avec autant de pertinence ce que représente concrètement le développement durable : à la croisée de l’économie, de l’environnement et du social. Des défis de taille La filière bois-papier-construction, c’est d’abord un formidable enjeu économique, avec un maillage d’entreprises (PME et ETI) en zones rurales qui représentent 60 000 emplois non délocalisables, pour un chiffre d’affaires de plus de 10 milliards d’euros. Une filière intégralement présente sur notre territoire, de la production à la transformation, qui permet d’assurer une valorisation au plus proche de la ressource : construction, ameublement, tonnellerie, fabrication de papier... Une véritable vitrine de nos produits et savoir-faire locaux ! Mais cette filière doit aussi relever de nombreux défis : répondre à la demande croissante de production en bois, créer de la valeur ajoutée et éviter les risques de conflits d’usage, améliorer la performance industrielle des entreprises de la transformation, attirer les jeunes sur des métiers riches, variés et qui recrutent, mais encore mal connus… La forêt, c’est aussi un enjeu social et environnemental fort. Social, d’abord, parce qu’elle représente un lieu récréatif et de loisirs ouvert à tous, aussi bien pour la promenade, le vélo ou la chasse que pour la cueillette de champignons… Un temps de respiration pour tous ceux qui sont éloignés, au quotidien, de la nature. Environnemental, ensuite, par sa capacité à épurer les eaux, à stocker le carbone atmosphérique et à produire une biodiversité incroyable. La forêt fait en effet

PAGE 24 PORTRAIT Carole Éleveusedéménageuse

CAHIER CENTRAL DE I À VIII DOSSIER Sur la plus haute branche de France !

JEAN-CHRISTOPHE DUPUY

La filière forêt-bois est un véritable poumon économique et environnemental pour la Nouvelle-Aquitaine, première région forestière de France.

FRANÇOISE ROCH/RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

PAGE 2 ÉDITO

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

partie des milieux naturels les plus productifs pour la faune et la flore. Le bois, enfin, comme matériau, constitue une véritable source d’innovation et de développement technologique, au centre des enjeux de transition énergétique comme ressource renouvelable : alternative au pétrole dans sa capacité à produire de l’énergie (biomasse), à fournir des molécules chimiques naturelles (chimie verte) et même, aujourd’hui, pour fabriquer de l’hydrogène. Décloisonner recherche, formation et entreprises Cette image de force et de puissance de nos massifs forestiers ne doit pas occulter les menaces liées au changement climatique : risques accrus d’incendie avec l’augmentation des températures, allongement des périodes de sécheresse estivale à venir, arrivée de nouvelles maladies ou de ravageurs (tel le nématode du pin) ou phénomènes météorologiques extrêmes, comme nous en avons connu en 1999 ou en 2009. Pour pallier ces faiblesses, la recherche, l’innovation et la technologie peuvent nous apporter un certain nombre de solutions. C’est dans ce sens que je milite pour décloisonner les mondes de la recherche, de la formation et de l’entreprise, pour favoriser des fertilisations croisées, des actions transversales et pluridisciplinaires. C’est ainsi le rôle du pôle de compétitivité Xylofutur, véritable atout pour la filière, que la Région Nouvelle-Aquitaine soutient depuis de très nombreuses années. Un travail spécifique doit également être mené sur la notion d’arbre « hors forêt » : haies, ripisylves, arbres isolés. Autant de sources de biodiversité, de refuges pour le gibier, qui structurent les paysages ruraux et agricoles, et dont certains sont emblématiques, à l’image des bocages de la Gâtine ou du Montmorillonnais. Leur défense est essentielle pour l’aménagement du territoire et leur disparition aurait des conséquences dramatiques : l’impact négatif sur la vitesse et l’ampleur des crues dans les cours d’eau en est un exemple concret. La forêt est un maillon essentiel de l’attractivité de notre grande région, aussi bien en termes de tourisme que de développement économique, d’environnement et de loisir pour nos concitoyens. La Région se tient à leurs côtés pour développer, valoriser et protéger ce bien inestimable.

Hôtel de Région, direction de la communication, 14, rue François-de-Sourdis 33000 Bordeaux. Tél. : 05 57 57 80 00. E-mail journalcom@nouvelle-aquitaine.fr Directeur de la publication Alain Rousset Codirecteur de la publication Stéphane Delpeyrat-Vincent Directrice de la communication Aurélie Loubes Rédaction en chef Brice Ancelin Responsable d’édition Sébastien Blanquet-Rivière Rédaction Olivier Bleys, Laure Espieu, Guillaume Fontaine, Nadège Galibert, JMLC, Amélie Kolk, Audrey Marret, Fabien Paillot, Marianne Peyri, Philippe Quintard, Yannick Revel, Paul Salvanès, Laetitia Solery llustrateur BD Raoul Paoli Conception graphique et réalisation A noir, www. agence@anoir.fr Photographes Jean-Pierre Bost, Thierry David, Constance Decorde, Loïc Dequier, Sabine Delcour, Alexandre Dupeyron, Jean-Christophe Dupuy, Guillaume Fontaine, Alban Gilbert, Stéphane Lartigue, Sébastien Le Clezio, Olivier Panier des Touches, Joël Peyrou, Françoise Roch, Sébastien Sindeu Impression Roto Garonne.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

À LA UNE Vienne

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Deux-Sèvres 9

INVESTISSEMENTS FRANÇAIS De très gros projets (plus de 100 emplois) sont portés par des entreprises françaises venues s’installer ou se développer dans la région. Au total, cela représente 208 opérations d’investissement pour 4 885 emplois. Parmi ces entreprises, on retrouve : Hermès-Manufacture d’Allan à Saint-Vincent-de-Paul (33) – 290 emplois annoncés; Cdiscount et Ubisoft à Bordeaux (33) – 250 emplois annoncés chacune ; Forsee Power à Chasseneuil-du-Poitou (87) – 300 emplois annoncés* * Voir notre article en page 7

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PROJETS (+29 %)

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Creuse

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CharenteMaritime

PROJETS À PLUS DE 100 EMPLOIS

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Haute-Vienne

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Charente Corrèze Dordogne

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Gironde 98

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Lot-et-Garonne

INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS Pas moins de 25 pays ont investi en Nouvelle-Aquitaine en 2017. C’est 8 de plus qu’en 2016. Les pays les plus pourvoyeurs d’emploi sont l’Espagne (15 % des emplois étrangers), les Pays-Bas (10 %), le Canada (10 %) et le Royaume-Uni (8 %). De son côté, l’Allemagne (7%) détient la palme du pays pourvoyeur de projets (14 projets). La NouvelleAquitaine est la 5e région d’accueil des investissements étrangers, après l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et le GrandEst. Parmi ces entreprises, on retrouve : Aerosoft France (Charente-Maritime), Garnica Plywood France (Lot-et-Garonne), Painhas SA (Deux-Sèvres).

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Landes 7

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Pyrénées-Atlantiques 26

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+8%

D’EMPLOIS INDUSTRIELS (+2 % AU NIVEAU NATIONAL), SOIT 4 FOIS LA MOYENNE NATIONALE.

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L’emploi industriel en progression La création d’emplois industriels se révèle particulièrement dynamique dans notre Région et affiche une progression de 8 %. C’est quatre fois plus que la moyenne nationale (+ 2 %). La Région affiche en effet des conditions d’accueil de qualité pour les entreprises, comme le confirme Christophe

Logiciels et prestations informatiques (1468 emplois) 2

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ÉCONOMIE. La Nouvelle-Aquitaine attire les investisseurs et les emplois. C’est le bilan de la dernière édition de l’Observatoire de l’attractivité* qui fait état de + 69 % du nombre d’emplois et + 29 % d’opérations d’investissement sur le territoire régional en 2017 (progression par rapport à 2016). Une année record. et en Europe, mais également l’image de la France qui s’améliore auprès des entreprises étrangères et, bien sûr, l’effet LGV profitent donc à notre Région, qui dispose de nombreux atouts pour attirer les entreprises.

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Transport, stockage (796 emplois)

6 546 emplois générés en 2017 orsee Power, Betclic, OVH, Cdiscount, Ubisoft, Hermès, Aerosoft France, Stelia Composites, Naval Group, Laroche Industries, Noz… Voilà quelques exemples d’entreprises qui ont réalisé des opérations d’investissement sur le territoire régional qui portent leurs fruits en matière de création, ou , de maintien d’emploi. Au total, on compte 305 opérations d’investissement d’entreprises en 2017, qui généreront à trois ans 6 546 emplois. Par « opération d’investissement » il faut entendre la création de nouveaux sites, l’extension ou la reprise de sites existants. La reprise économique en France

LE TOP 5 DES SECTEURS EN TERMES D’INVESTISSEMENT

Gurtner, PDG de Forsee Power : « La région offre un tissu industriel et un bassin d’emploi qui sont intéressants pour répondre à nos attentes. Cent salariés sont actuellement en cours de recrutement et 300 emplois devraient être créés d’ici quatre ans. Nous avons aussi trouvé un accueil et un accompagnement incomparables des collectivités territoriales. »** * Observatoire 2017 de l’attractivité de la Nouvelle-Aquitaine – Investissements exogènes français et étrangers (avril 2018), réalisé par ADI Nouvelle-Aquitaine, en collaboration avec Business France et les partenaires territoriaux (agglomérations, chambres consulaires et agences locales, Conseil régional). ** Voir notre article page 7

Commerce et distribution (714 emplois) 4

Conseil, ingénierie et services (566 emplois) 5

Matériel aéronautique, naval (475 emplois)

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PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

Dans le grand bain

DEUX-SÈVRES OIRON Connaissez-vous le château d’Oiron ? Ce monument du xvie siècle a su réinventer sa vocation d’écrin de l’art contemporain. Visite guidée.

500 ans d’histoire à Oiron

GUILLAUME FONTAINE

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A

mbiance détendue, très « start-up », dans les bureaux de Nataquashop. Structure bois et grandes fenêtres ouvertes sur la campagne entourent les bureaux adossés au centre d’expédition. Caroline Barthélémy, l’un des deux créateurs de l’entreprise, reçoit sans façon dans la grande salle de vie centrale. « Au départ, il y a une bonne intuition, se souvient Caroline Barthélémy. Nous ne connaissions rien au monde de l’entreprise, mais nous connaissions très bien le monde de la natation. » Caroline Barthélémy et Nicolas Robin ont tous deux été parmi les meilleurs nageurs français. « Quand nous avons découvert Funky Trunks, nous nous sommes dit qu’il y avait une opportunité. » Les modèles de cette marque australienne étaient flashy à souhait, totalement à rebours de ce qui se faisait en France. Les deux nageurs obtiennent l’exclusivité de la diffusion pour deux ans. Nataquashop est né. En quelques mois, le succès est là. « La Creuse, c’est un choix et un choix heureux, affirme Ca-

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Caroline Barthélémy, ancienne nageuse professionnelle et co-créatrice de l’entreprise.

roline Barthélémy. Lorsqu’on sort d’une journée difficile, lors des commandes de Noël, par exemple, c’est inappréciable. » Pour Nataquashop, la situation centrale du département est un avantage. Dans les années de lancement, « près de quatre fois par mois, nous montions un stand sur une compétition. Cela a joué énormément pour faire connaître la marque ». Innover, innover et innover Rapidement, Nataquashop s’est constitué une clientèle fidèle dans un milieu hyperconcurrentiel. Et la marque qu’elle a créée, Crazyswim, lui a permis de s’imposer parmi les incontournables des maillots et combinaisons de compétition. Elle fait même partie des rares marques à s’être fait homologuer une combinaison

La Région soutient l’entreprise dans ses innovations à hauteur de

60 000 euros

par la Fédération internationale de natation. Aujourd’hui, elle est en passe d’obtenir sa seconde homologation. Au fil des années, Nataquashop a su établir des partenariats avec plus de 500 clubs dans toute la France, auxquels elle offre des services personnalisés, notamment avec son atelier de marquage, des envois personnalisés et un système de réduction. Mais la concurrence dans le monde de la vente en ligne est rude. La solution : rester qualitatif. Nataquashop se lance donc dans un programme de nouvelles innovations. Élargir la gamme de maillots vendus dans la boutique parisienne ou sur Internet, poursuivre le développement de Crazyswim et personnaliser les produits dès le premier exemplaire sont quelques-uns des chantiers à venir. Mais Nataquashop se lance également de façon professionnelle dans le community management. Avec un fichier clients de plus de 60 000 noms, la communauté est déjà constituée. Reste à l’animer pour renforcer son attachement.

ncore un château ! Les enfants ou votre conjoint(e) soupirent déjà dans la voiture. D’accord, dominant la plaine d’Oiron à une heure au nord de Poitiers, ce château-là se mérite. Mais le visiteur est loin d’imaginer toutes les surprises que lui réserve le lieu, classé parmi les monuments nationaux. « Le château d’Oiron est centre d’art contemporain depuis… 500 ans », dit avec malice Samuel Quenault, chargé des collections et de la communication. Son premier propriétaire, Claude Gouffier, grand écuyer de plusieurs rois dont François Ier, n’a qu’une idée en tête en bâtissant Oiron : en mettre plein la vue, tout en exposant ses collections de grand mécène. Par un joli clin d’œil historique, le château d’Oiron a retrouvé sa vocation. Le lieu accueille depuis 1993 une collection d’art contemporain unique en France et surtout accessible à tous les publics, depuis le visiteur en famille jusqu’au connaisseur venu exprès de l’étranger. Le château d’Oiron se visite comme on a tous, un jour, rêvé de visiter un monument historique : pique-nique toléré dans le parc, pas de sens de visite imposé, des œuvres à toucher (certaines sont cependant protégées), des fauteuils où s’asseoir (ce sont des œuvres du plasticien John Armleder). Il faut pousser des portes et monter des escaliers dérobés. De la famille Gouffier, on admire l’exceptionnelle galerie de peintures du xvie siècle. La collection baptisée Curios & Mirabilia a fait corps avec le reste du château. Elle donne à voir des références de l’art contemporain (Wim Delvoye, Daniel Spoerri et ses Corps en morceaux dans la salle d’armes, Bodys

Isek Kingelez, dont certaines maquettes sont actuellement prêtées au MoMA de New York, ou Sol LeWitt et sa remarquable Salle des figures géométriques). Les enfants adoreront les monstres empaillés de Thomas Grünfeld ou la chambre du Cocatrix, l’animal (vrai ou faux ?) raconté par Joan Fontcuberta. La visite guidée est recommandée pour saisir les subtilités et les messages cachés (souvent pleins d’humour) des œuvres exposées. Les 25 ans de la collection Cet été, l’exposition temporaire célébrera les 25 ans de la collection. Pour la programmation de cette année 2018, le château bénéficie du soutien de la Région à hauteur de 60 000 euros. Car, lieu vivant d’activités culturelles et d’animations, le château d’Oiron a vocation à ouvrir l’art aux élèves et au grand public. Avec ses assiettes réservées à 150 habitants du village (un repas est organisé chaque année le 30 juin), la Salle à manger de Raoul Marek est emblématique du lien fort qui existe entre les Oironnais et leur château. Autre initiative avant-gardiste : Norio, un robot piloté à distance qui permet aux personnes à mobilité réduite de visiter le premier étage. L’esprit du château est là : dans ce dialogue constant entre patrimoine, art contemporain et territoire. Est-ce la collection qui a sauvé le château ou est-ce la volonté de restaurer le château qui a motivé les commandes passées aux artistes ? « Les deux, répond Samuel Quenault. En tout cas, le château d’Oiron est un modèle unique en son genre à cette échelle. »

Le château d’Oiron, centre d’art contemporain depuis 500 ans.

DR

CREUSE JARNAGES En quelques années, Nataquashop, boutique de vente en ligne de maillots de bain de compétition, s’est imposée comme un des leaders du marché. Aujourd’hui, l’entreprise cherche à renforcer ses positions sur le Net.

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PROXIMITÉ LANDES LUXEY Les 10, 11 et 12 août prochains aura lieu la 29e édition du festival Musicalarue à Luxey. Autour de ce grand rendez-vous annuel, l’association éponyme fait vivre la culture toute l’année dans ce petit village landais de 700 habitants.

Festival à plein temps

L

15 heures et 6 h 45… Une mobilisation formidable et inédite du village entier et de 150 bénévoles permet de réaliser cet exploit.

uxey. 1968. François Garrain a 15 ans. Avec un groupe d’amis, il organise la première fête du village. Elle mêle musiques d’ici et d’ailleurs, spectacles de rue carnavalesques et impertinence, avec des Luxois à la fois acteurs et spectateurs. Musicalarue est né. Projet amateur, il se transforme petit à petit et devient en 1990 un véritable festival qui, depuis, a lieu tous les ans autour du 15 août, dans la rue. « Tous les festivals autour de nous étaient très spécialisés. Il manquait un grand buffet campagnard artistique où chacun vient chercher ce qu’il veut et découvrir de nouvelles choses », explique le président de l’association. Les 10, 11 et 12 août prochains, près de 50 000 spectateurs sont attendus dans 15 lieux de diffusion pour assister aux représentations d’artistes confirmés ou en devenir comme Camille, Julien Clerc, Matmatah, Tiken Jah Fakoly ou Bigflo et Oli, ainsi que des arts de la rue. Le principe : le petit village de 700 habitants est fermé, le public s’acquitte d’un droit d’entrée et chacun écrit son parcours entre

ALEXANDRE DUPEYRON

François Garrain, président de l’association Musicalarue, dans les gradins du théâtre de verdure, l’une des grandes scènes du festival, située dans une ancienne distillerie de gemme.

La culture toute l’année Tout au long de l’année, ils sont aussi nombreux à faire vivre la culture à Luxey et à la faire découvrir à un public de néophytes. « Au total, 150 personnes sont fidèles à Musicalarue et impliquées à l’année dans notre saison culturelle, à travers un projet contribuant à l’aménagement culturel du territoire et au soutien à la création artistique locale », se félicite François Garrain, qui tient à son statut de président bénévole, aux côtés des neuf salariés de l’association. « Musicalarue à domicile » propose des spectacles chez les habitants de la Communauté de communes Cœur Haute Lande, ainsi que dans des lieux atypiques comme un centre commercial, le centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, un EHPAD ou une aire d’autoroute. Le spectateur est invité à la découverte culturelle dans un endroit singulier pour peut-être, ensuite,

prendre seul la route d’une salle de spectacles ou d’un festival. Économie, tourisme et territoire En mai, « Musicalarue sur un plateau » permet de mettre en scène des artistes en devenir. Cette année, pour la 12e édition, 30 artistes cooptés par un collectif d’opérateurs culturels ruraux ont été mis à l’honneur. Enfin, l’association gère la salle Les Cigales. Inaugurée le 10 octobre 2015, avec 250 places assises et 500 debout, elle accueille toute l’année des spectacles professionnels, héberge une dizaine de résidences de création par an, ainsi qu’un pôle de ressources pour les structures du territoire. Autofinancée à 78 %, l’association bénéficie de l’aide régionale tant sur le festival et la salle que sur le rayonnement qu’elle apporte au territoire au quotidien. Développement économique et touristique, aménagement culturel et lien social, la mission de service public de la structure est entière, 50 ans après une idée conçue par quelques jeunes en 1968.

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lieux de diffusion accueil­ lent près de 50 000 specta­ teurs pendant 3 jours

HAUTE-VIENNE LIMOGES Avec l’insertion professionnelle au cœur de son identité, La Boîte à papiers s’est imposée comme un acteur majeur du recyclage.

E

n 1990, la petite association est créée par quelques amis. Elle recycle alors 5 tonnes de papiers par an. Un bout de chemin a été parcouru depuis. Aujourd’hui, La Boîte à papiers SAS emploie 130 personnes. Elle collecte, trie et valorise les déchets de 1 600 clients. La Boîte à papiers traite bon nombre de nos déchets courants et a fait de la valorisation des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) son activité principale. Elle en collecte entre 6 000 et 7 000 tonnes par an. Philippe Nouhaud, adjoint de direction responsable des déchets de professionnels, explique le cœur du métier : « Dans une corbeille à papiers qui contient à la

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fois du papier, du carton et du plastique, le contenu mélangé n’a aucune valeur. Une fois triés, les trois peuvent être recyclés à 100 %. C’est la même chose pour un clic-clac ou une fenêtre. Jetés en l’état, ce sont de simples déchets. Séparés, chacun des matériaux contenus dans ces produits est intégralement recyclable. » La vocation sociale de La Boîte à papiers est un autre pan de son identité. Depuis ses débuts, l’entreprise est labellisée « entreprise d’insertion par l’activité économique ». Plus de 50 de ses salariés bénéficient d’un contrat d’insertion professionnelle. « Notre taux de retour à l’emploi ou à la qualification est de 70 %, se félicite la PDG Josette Guillon. À la sortie de leur contrat, les candidats qui

ont réalisé leur parcours d’insertion et dont l’employabilité est avérée retrouvent du travail avec facilité. » 15 à 20 emplois sur trois ans Les téléviseurs à tube cathodique ont longtemps constitué un poste important de l’activité de tri de l’entreprise. Leur volume est en diminution constante. C’est donc vers les écrans plats que la Boîte à papiers se tourne aujourd’hui. « Nous allons nous équiper d’une cabine fermée pour récupérer la partie mercurielle, tandis que les opérateurs traiteront le verre, la dalle et les plastiques », explique Josette Guillon. « Dans un écran plat, sans la dalle, on est proche de 90 % de valorisation », résume-t-elle.

GUILLAUME FONTAINE/NOUVELLE-AQUITAINE

La Boîte à papiers, entreprise citoyenne

Membre du programme Usine du futur, La Boîte à papiers est accompagnée par la Région pour l’ensemble de ses investissements à hauteur de 90 000 euros.

L’évolution de la réglementation est un autre potentiel de développement important de l’entreprise. Depuis cette année, un décret impose le tri à toutes les entreprises. Cette nouvelle prestation de collecte multidéchets s’annonce donc comme un nouveau marché. Une nouvelle presse plus puissante devrait bientôt équiper le

site. « Elle va compacter davantage les plastiques et permettre de mieux les valoriser. Nous allons également proposer un service sécurisé de destruction d’archives avec une valorisation du papier, ce qui n’existe pas encore dans la région. » Avec cette extension prévue de l’activité, la création de 15 à 20 emplois en CDI est envisagée sur trois ans.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

CHARENTE-MARITIME VARAIZE Parti en Roumanie en 2003, Christophe Lacombe vient de rapatrier toute sa production à Varaize, en Charente-Maritime. Le patron de Bâti-Rénov, qui fabrique volets et portes en polyuréthane, a su innover pour rester compétitif et maîtriser ses coûts. Il entend salarier 80 personnes d’ici à la fin 2019.

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n aller simple et définitif pour la Charente-Mar i t i m e . C h r i s to p h e Lacombe a décidé de relocaliser l’intégralité de sa production industrielle à Varaize, une commune rurale de 600 habitants située aux portes de Saint-Jean-d’Angély. Ce chef d’entreprise de 53 ans est à la tête de Bâti-Rénov, une société créée en 1999 – 6 millions d’euros de chiffre d’affaires escomptés cette année – et spécialisée dans les systèmes de fermeture en polyuréthane, un matériau composite idéal pour fabriquer volets, portails ou portes de garage. Christophe Lacombe avait pourtant misé sur la Roumanie au début des années 2000 et installé une partie de ses lignes de production à Brasov, dans la région des Carpates. Mais cet industriel – par

ailleurs président du RACA, le club de rugby de Saint-Jean-d’Angély – a décidé de faire machine arrière et de parier sur le territoire qui l’a vu naître. Lui évoque « une prise de conscience », « une démarche personnelle dépassant le strict cadre professionnel ». « Si je ne montre pas l’exemple, interroge cet enfant du pays, qui va le faire ? » 80 salariés fin 2019 Pour rapatrier sa production en Charente-Maritime, Christophe Lacombe a pu compter sur l’aide de la Région Nouvelle-Aquitaine et de l’Europe, avec près de 312 000 euros versés dans le cadre des fonds européens gérés par la Région. Au total, le chef d’entreprise a investi 3 millions d’euros pour acquérir et reconvertir les 10 000m2 d’une ancienne usine,

FRANÇOISE ROCH/RÉGION NOUVELLE AQUITAINE

Retour au pays pour Bâti-Rénov

Inauguration de la nouvelle usine le 13 avril dernier avec, notamment, Christophe Lacombe au centre et Bernard Uthurry, vice-président de la Région en charge du développement économique et de l’économie numérique.

jusque-là à l’abandon. « Une immense joie » pour Alain Bertin, le maire de Varaize, qui n’y croyait plus : « Comment caser ces bâtiments réduits à l’état de friche industrielle, en pleine zone rurale ? » L’élu rêve désormais de « gagner quelques terrains constructibles » pour attirer de nouveaux habitants et de pérenniser son école. « Nous avons aussi un projet de maison paramédicale », détaille Alain Bertin qui attend beaucoup des emplois créés par Bâti-Rénov. Une cinquantaine de salariés s’active en effet sur le site depuis son inauguration, mi-avril. « Et

CHARENTE CHÂTEAUBERNARD En investissant dans un nouveau procédé, Everglass ambitionne d’atteindre 95 % de verre recyclé. L’entreprise est l’un des leaders du marché français de l’économie circulaire du verre.

Le verre se met au vert

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GUILLAUME FONTAINE / RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

es montagnes de verre entourent l’usine toute noire, couverte de tuyaux façon Beaubourg. Un tintement cristallin frappe l’oreille derrière le bruit assourdissant des machines. La présence humaine est discrète sur le site. Seize personnes seulement travaillent sur les trois hectares et demi de l’usine Everglass de Châteaubernard. Ici, un tractopelle récupère le calcin qui tombe en pluie du tapis roulant. Cette matière première issue du recyclage partira alimenter une usine voisine pour fabriquer de nouvelles bouteilles. De l’autre côté de l’usine, le même godet charge des bouteilles issues du tri collectif. Entre les deux, l’usine fait son œuvre. L’entreprise a été créée en 1985. Le recyclage du verre, décidé en 1980, se mettait en place en France. « À l’époque, le tri se

Taux de recyclage du verre que l’usine atteindra en 2019 Everglass, entreprise de recyclage du verre, à Châteaubernard.

80 personnes d’ici à la fin 2019 », promet Christophe Lacombe. Mais pour rester compétitif, le chef d’entreprise a dû sacrément se creuser la tête. Son secret ? L’innovation. Christophe Lacombe a investi dans des machines sur mesure et des procédés industriels inédits. Résultat : Bâti-Rénov fabrique désormais des panneaux monoblocs en polyuréthane. « Avec, nous pouvons fabriquer nos produits en les découpant comme du bois. C’est plus rapide, plus écologique. Et j’espère bientôt passer à de nouveaux marchés comme les menuiseries ! » La solution a

également été trouvée dans une meilleure gestion des rebuts. « En Roumanie, les chutes représentaient 22 % de nos matériaux. Ici, nous sommes tombés à 4 % ! » Fort de ces innovations et des perspectives de développement sur de nouveaux marchés, le patron de Bâti-Rénov a décidé d’écrire une nouvelle page de l’entreprise. Tous les produits de l’enseigne seront désormais commercialisés sous la marque « Vue d’ici ». « Un choix fort, un symbole », affirme Christophe Lacombe, qui entend « défendre son territoire », avant de passer la main à son fils.

faisait à la main », rappelle Didier Otrzonsek, directeur technique des deux sites d’Everglass en France. Les conditions de travail étaient particulièrement pénibles. Systèmes optiques et électrovannes sont venus alléger la main-d’œuvre.

la plus fine : quatorze machines à tri optique différencient les petits morceaux de verre qui se précipitent à une vitesse folle sur les tapis. Les matières inexploitables sont englouties. Seul reste le verre, qui pourra être fondu et réutilisé. Mais les machines dont est équipé le site ne permettent pas le tri en dessous de 5 mm. Alors, depuis des années, tous les éclats entre 0 et 4 mm sont patiemment stockés. Face à l’usine, ils forment une petite montagne d’une trentaine de mètres dont la taille augmente régulièrement. La solution est venue d’une des six usines européennes du groupe, en Italie. De nouvelles technologies de lavage, séchage et broyage vont permettre d’obtenir un sable de verre propre à la réutilisation. Everglass a donc décidé de s’équiper d’une nouvelle ligne de tri. La petite montagne est appelée à bientôt disparaître. L’entreprise investit 3,8 millions d’euros dans son nouvel équipement, dont une aide de la Région de 380 000 euros. « Nous allons créer deux postes dès cette année et employer jusqu’à quatre personnes supplémentaires  », précise Xavier Volt , le directeur général. La nouvelle unité devrait être opérationnelle en octobre.

Séparer tous les matériaux Au cœur de l’usine, l’enjeu est de séparer tous les matériaux. Papier et plastiques sont facilement éliminés. Des aimants retirent les métaux ferreux, des champs magnétiques les métaux non ferreux. Tous seront valorisés. De tapis roulants en cribleuses, la matière s’affine. Au fur et à mesure de leur progression, les morceaux de verre sont réduits en taille. Le tintement bruyant des débuts devient plus aigu et se fait cristallin. Mais l’ennemi, ce sont les infusibles. Se glissant au milieu du verre, la porcelaine, la céramique ou la vitrocéramique, matériaux qui fondent tous à plus de 1 500°C, peuvent dénaturer le calcin. Ils sont la hantise des recycleurs. Pour que le calcin soit utilisable par un verrier, il doit contenir moins de 30 g d’impuretés à la tonne. La dernière opération est

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PROXIMITÉ CORRÈZE RILHAC-XAINTRIE Fière et forte de ses savoir-faire, la fromagerie Duroux se modernise et continue à miser sur la qualité de ses productions.

VIENNE CHASSENEUIL-DU-POITOU Spécialiste française des batteries pour le transport notamment, l’entreprise Forsee Power a choisi d’implanter dans la Vienne sa nouvelle unité de production de batteries dites intelligentes.

Le goût de l’excellence

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Indépendance et qualité La fromagerie collecte ellemême le lait qu’elle utilise pour fabriquer, affiner et vendre des fromages d’Auvergne. Ses 55 producteurs sont tous situés dans un rayon de 30 kilomètres, entre le puy Mary et les gorges de la Dordogne. Les deux tiers de la

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production sont constitués par l’AOP Cantal. La tome de Rilhac, le pavé corrézien et le pomerol font le reste. Depuis quelques années, elle met également à profit son savoir-faire en affinage pour proposer de longs affinages à des circuits spécialisés. « Nous avons voulu rester indépendants et miser sur la qualité, explique Cyprien Duroux. On maîtrise de A à Z la production, de la vache dans le pré jusqu’au consommateur. Ici, nos fromagers ont un véritable savoir-faire, acquis pendant des années. » La transmission des savoir-faire est au cœur de l’entreprise. « Notre maître affineur travaille depuis 32 ans. Il a fait toute sa carrière ici. Il a accepté de former son successeur, son neveu. L’un des quatre fromagers travaille avec son fils et nos deux collecteurs de lait ont un frère producteur et un fils qu’ils aident dans la journée. Du coup, ils produisent le lait qu’ils collectent le soir. » Diminuer la pénibilité Aujourd’hui, le plan de modernisation de l’entreprise est presque achevé. « Nous avons d’abord revu la partie affinage,

l’expédition et la partie administrative puis remodelé complètement l’atelier de production », poursuit Cyprien Duroux. La Région aide l’entreprise à hauteur de 600 000 euros pour plus d’un million et demi d’euros de travaux et d’investissement. Dans le nouveau bâtiment de production, les outils ont été conçus sur mesure pour reproduire au plus près les gestes traditionnels avec le gain de l’automatisation. « Les nouveaux outils diminuent énormément la pénibilité des postes de travail. » Les neuf caves d’affinage, la partie expédition et l’administration occupent la seconde partie de l’entreprise. Mais le saint des saints ne se trouve pas sur le site. C’est un ancien tunnel ferroviaire de près de 1,5 km de long sur l’exligne Tulle-Argentat, enterré à 100 mètres sous les collines corréziennes. L’humidité saturée et la température y permettent un affinage unique. Dans la cave qui abrite les fromages sortis du tunnel, les croûtes sont épaisses, creusées, et d’ocre sont devenues brunes. En dessous, la pâte est tendre, parfumée à souhait.

Implantation d’un acteur majeur de la transition énergétique

En arr Aurélie D choix de l’équipe

100 recrutements sont actuellement en cours et 300 postes devraient être créés d’ici à 2022.

SPECTRUM

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a fromagerie Duroux, c’est avant tout une histoire familiale et un ancrage local. La transmission se fait de père en fils aux confins du Cantal et de la Corrèze. Dans les bureaux, le parfum du lait frais est déjà présent, mêlé à celui du fromage qui s’affine dans les caves. Dans les couloirs s’alignent les médailles, une impressionnante collection de prix reçus au concours général agricole de Paris. « En 2008, on s’est lancés dans une rénovation complète du site », raconte Cyprien Duroux, l’arrière-petit-fils du fondateur, qui travaille aux côtés de son père. Bien que le Cantal ne soit qu’à 2 kilomètres, la fromagerie est restée à Rilhac. Son ancrage géographique est aussi fort que l’histoire familiale.

La Région aide l’entreprise à hauteur de 600 000 euros.

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omme un symbole, c’est sur le site d’une ancienne usine de pièces pour moteurs diesel, à Chasseneuil-du-Poitou, que Forsee Power, fabricant de systèmes de batteries électriques nouvelle génération pour la mobilité urbaine, a jeté son dévolu afin d’installer son unité de production. Objectif : produire 2 500 batteries par an destinées au transport électrique lourd (bus, tramway, train, engin de chantier ou encore bateau). Un marché en pleine expansion sur lequel l’entreprise s’est positionnée très tôt. Une combinaison de technologies Fondée en 2011, Forsee Power, dont le siège se trouve à Ivrysur-Seine, est la fusion de quatre sociétés spécialisées dans le domaine de la batterie électrique et de la recherche et développement. « Avec au départ un marché principalement axé sur celui des équipements portables et mobiles (vélos, scooters, équipements médicaux), la société a très vite anticipé un rééquilibrage de ses activités sur ce marché du transport hors automobile », précise Christophe Gurtner, PDG de Forsee Power. L’entreprise a connu une expansion très rapide. Elle compte aujourd’hui 330 salariés répartis sur trois sites de production en Europe et en Chine. Le procédé des batteries développé : « Des batteries lithium-ion combinant plusieurs technologies pour produire une énergie incomparable et offrir des systèmes résistants dans

la durée. » Forsee Power compte de nombreux clients, notamment Heuliez en France, avec lequel un appel d’offres est en cours pour 1 000 bus, mais aussi à l’international : Caetano (Portugal), Wrightbus (Royaume-Uni) ou encore Ashok Leyland (Inde). Un accueil incomparable Avec cette nouvelle usine, Forsee Power va décupler ses capacités de production en série. Pour ce faire, elle a obtenu, en décembre dernier, un financement de 55 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement, du conglomérat japonais Mitsui et du fonds d’investissement Idinvest Partners. Pourquoi le choix de la Nouvelle-Aquitaine ? « La région offre un tissu industriel et un bassin d’emploi qui sont intéressants pour répondre à nos attentes. Cent salariés sont actuellement en cours de recrutement et 300 emplois devraient être créés d’ici quatre ans. Nous avons aussi trouvé un accueil et un accompagnement incomparables des collectivités territoriales. » Un accompagnement à la fois financier, puisque la Région participe notamment à hauteur de 1,9 million d’euros au recrutement et à la formation, mais aussi technique. Forsee Power devrait installer ses premières lignes de production ce mois de juin pour une mise en service fin août. Et l’entreprise entend s’inscrire dans la durée. Elle dispose d’une réserve foncière de 10 000 m 2 pour lui permettre de faire face à la croissance de son activité.

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PROXIMITÉ

CHAQUE ANNÉE, LES ÉLUS RÉUNIS EN COMMISSION PERMANENTE VOTENT DES AIDES POUR PLUS DE 12 000 BÉNÉFICIAIRES. RETROUVEZ DANS CES PAGES UNE SÉLECTION DE PROJETS SOUTENUS. NOUVELLE-AQUITAINE.FR/INSTITUTION

LOT-ET-GARONNE AGEN L’entreprise transforme de façon naturelle la stévia produite en agriculture biologique dans la région. Consommée au Paraguay depuis plus de 200 ans, cette plante représente une alternative d’avenir aux édulcorants chimiques.

O.PANIER DES TOUCHES/RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

Oviatis crée une filière stévia locale

DORDOGNE BERGERAC Ouverte en septembre 2016, la Wab répond aux besoins de formation en digital sur le territoire. Elle s’adresse aux étudiants, aux demandeurs d’emploi et aux professionnels.

La Wab pour se former au Web

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Philippe Boutié, gérant d’Oviatis, et Amandine Nigro.

Extraction naturelle et bio En 2013, année de leur première récolte, naît Oviatis, l’entreprise qui permettra d’extraire « de façon naturelle », insiste Philippe Boutié, « les molécules sucrantes de la plante. Nous ne voulons pas utiliser de solvants chimiques pour obtenir le glycoside de stéviol. » Car si la production mondiale de stévia est en plein essor, entretenue par une « épidémie » – elle aussi mondiale – d’obésité, cet édulcorant estampillé naturel et produit à 85 % en Chine souffre

d’une traçabilité incertaine et de méthodes d’extraction sujettes à caution. « Nous avons noué plusieurs partenariats, notamment avec l’entreprise Rouages, qui a développé un procédé innovant pour extraire des concentrés de plantes aromatiques, poursuit-il. Nous avons également été aidés par la Région, qui a financé l’étude de faisabilité de notre procédé de purification et va maintenant soutenir notre développement industriel. » À ses côtés, Amandine Nigro a tout d’abord organisé des ateliers périscolaires autour de la promotion de la santé dans le cadre de son service civique. Elle vient de signer un CDI et gère à présent les volets marketing et commercial. Oviatis emploie par ailleurs deux doctorantes rattachées à l’Inra, institution impliquée dans la recherche afin de sélectionner et d’améliorer les plantes en fonction du climat et des pathogènes. Objectif ? Implanter et structurer une filière pour proposer aux agriculteurs – et Philippe Boutié y tient – une culture alternative et attractive dans la région. Dans deux ans, la superficie d’hectares plantés devrait passer de 10 à 100. « Oviatis, c’est actuellement six personnes. Nous projetons un effectif de 17 personnes pour 2020, et nous devrions arriver à une trentaine en y ajoutant les emplois générés par la création d’une coopérative. »

Marine Labouré, directrice de projets et formatrice à la Wab, en pleine session de formation.

soit de rechercher immédiatement un emploi », explique Marine Labouré, directrice de projet. La deuxième promo est en classe. « Il n’y a pas de grands cours magistraux, souligne la formatrice. Les apprenants ont une heure ou deux de théorie le matin avec des intervenants issus du milieu professionnel, puis de la mise en pratique l’après-midi. C’est une pédagogie très bienveillante qui favorise la pratique de groupe et le dialogue. » À l’issue de ce programme, la première promo avait atteint 80 % de placement à la sortie. « Une porte d’entrée vers des métiers d’avenir » Parmi les 13 stagiaires actuels, Sabrina, 36 ans, expérimente le concept après une période de chômage. « J’ai été comptable dans un cabinet pendant six ans, et je souhaitais une réorientation professionnelle, raconte-t-elle. Le Sésame Numérique m’intéressait, car c’est une porte d’entrée vers des métiers d’avenir avec beaucoup de débouchés. Aujourd’hui, je me vois tout à fait développer le numérique dans un cabinet comptable. Je suis déjà en stage dans une structure qui a ce

Plus d’infos sur La Wab, 35 rue de la Fonbalquine, Bergerac - Tél. : 05 32 28 01 18

Plus d’infos sur www.oviatis.fr

ZOOM

QUELS DÉBOUCHÉS ? Courant 2018, Oviatis va lancer la commercialisation de ses produits dans les grandes et moyennes surfaces bio locales, sous la marque Biovia : feuilles pour infusions, poudre de feuilles pour la pâtisserie et les laitages, sirop, cristal, et bientôt infusettes. Son autre grand marché concerne les industriels du bio qui cherchent à limiter les rations de sucres et de calories de leurs produits.

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genre de projet. » « Les petites structures sont très friandes de ce type de profils polyvalents qui peuvent gérer à la fois la communication, les réseaux sociaux, les visuels. Sur le territoire, elles exprimaient un vrai besoin et manquaient de ressources. Nous avons réussi à faire le pont entre les entreprises et les jeunes qui veulent se former », analyse Alban Brettes, le tout jeune fondateur de la Wab. Pour ceux qui souhaitent poursuivre et renforcer leurs acquis, l’équipe dispense aussi une formation de webdesigner en alternance pendant deux ans. Elle fourmille par ailleurs de projets complémentaires. Un groupement d’employeurs permet ainsi de partager les compétences mises à la disposition des entreprises. Un vaste espace de coworking ouvrira au-dessus de la FNAC à la rentrée prochaine. Autant de propositions complémentaires, selon Alban Brettes : « Nous nous définissons comme une véritable boîte à outils, pour les entreprises et les individus à l’échelle du territoire. »

162 000 euros (2016) d’aide

régionale pour les travaux d’aménagement et d’équipement ; 22 000 euros (2017) d’aide régionale pour la formation

SÉBASTIEN LE CLEZIO/RÉGION NOUVELLE AQUITAINE

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près Marmande capitale de la tomate, sa voisine Agen pourrait bien devenir celle d’une autre plante originaire d’Amérique ­latine, la stévia. « Ses feuilles contiennent naturellement des molécules sucrantes, son indice glycémique est très faible et son apport calorique nul », explique Philippe Boutié, président et fondateur d’Oviatis, implantée sur l’agropole d’Agen. Ancien cadre d’un grand groupe sucrier, il décide en 2011 de retourner sur ses terres natales, avec en tête une question : pourrait-on cultiver la stévia en Lot-et-Garonne ? Pour le savoir, il se procure quelques plants, se rapproche d’agriculteurs de sa connaissance et teste. Essais concluants. Ensemble, ils créent Sweetvia, une association de producteurs qui coordonne les travaux d’expérimentation visant à développer un itinéraire cultural.

enter une formation dans le Web quand l’école, et parfois la vie, vous ont un peu tourné le dos, ça peut paraître légèrement intimidant. « Au début, je doutais de mes capacités », confirme Anaïs, 24 ans. Orientée par la mission locale, après un titre professionnel de secrétaire assistante qui ne l’intéresse pas beaucoup, la jeune femme aux longs cheveux bruns n’a pourtant pas tardé à se faire une place : « Je me suis sentie confortée dans mes choix, ça m’a permis de persévérer. Aujour­d’hui je suis en apprentissage avec une petite rémunération pour subvenir à mes besoins. J’ai le sentiment qu’on m’a aussi aidée à grandir et que je m’en sors bien. » Le Sésame Numérique s’adresse à tous les passionnés, à partir de 16 ans, et sans prérequis de diplôme. Développé par la Wab en plein cœur de Bergerac, il s’agit d’une initiation gratuite de sept mois aux métiers du digital. « On touche à la fois à la communication digitale, au webmarketing, au webdesign, au graphis­me, au développement Web. C’est une formation qui permet soit d’entamer une poursuite d’études,

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

PROXIMITÉ GIRONDE PESSAC Trois ans après sa création, Olikrom, start-up spécialisée dans les peintures industrielles innovantes, crée un site de production à Pessac. Retour sur l’explosion fulgurante de cette entreprise issue du monde de la recherche néo-aquitain.

Des couleurs intelligentes

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Région lui a attribué une aide de 650 000 euros.

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asser de 450 à 1 800 m2 de locaux, c’est le prochain défi d’Olikrom, aujourd’hui installée sur le plateau de transfert technologique ChemInnov de l’ENSCBP (École nationale supérieure de chimie, de biologie et de phy-

sique) à Pessac. Sa spécialité : l’intelligence des couleurs et la création de peintures et encres sensibles aux changements de leur environnement, tels que la perturbation de la température, de la lumière, ou d’un solvant... Cet été, elle déménagera pour un

tout nouveau siège, regroupant un centre administratif, un bureau de recherche et développement et une toute nouvelle unité pilote de production. C’est pour accompagner cette montée en charge des équipements – à hauteur de près de 2 millions d’euros – que la

L’équipe d’Olikrom autour de Jean-François Létard (veste noire), son fondateur.

Un soutien régional renouvelé et déterminant Ce soutien régional n’est pas nouveau. « Olikrom ne serait pas là sans la Région, affirme Jean- François Létard, fondateur et président. Elle est intervenue par tous ses mécanismes dans l’aventure d’Olikrom. » Une aventure remarquable, issue d’un laboratoire de recherche : en 1998, alors directeur de recherche au CNRS, Jean-François Létard met au point cette technologie de pigments à changement de couleur. Après huit années de maturation technologique, Olikrom maîtrise aujourd’hui l’intelligence des couleurs et produit des peintures, des encres , des mélanges-maîtres qui répondent au cahier des char­ ges de ses partenaires industriels. Une première levée de fonds a été conclue en décembre 2014 et tout s’enchaîne désormais plutôt rapidement…

Olikrom a aujourd’hui signé avec près de 50 groupes industriels (dont Airbus, Safran, Eiffage) dans les secteurs de l’aéronautique, du marketing, de la sécurité, etc. Elle emploie 14 personnes et prévoit de nombreux recrutements. En trois ans, une croissance fulgurante Tout en réussissant cette étape de l’industrialisation, indispensable pour être crédible face aux industriels, la jeune pépite Olikrom – avec une moyenne d’âge atteignant les 30 ans – grandit progressivement. « Notre défi est de faire que ce projet de croissance corresponde aussi à des projets d’épanouissement personnel », explique Jean-François Létard, qui place l’éthique de l’entreprise au sommet de ses priorités de dirigeant. Celle qui fait partie des cinq lauréats de la première promotion d’Up Grade Nouvelle-Aquitaine, l’accélérateur dédié aux start-up d’envergure internationale et en forte croissance, réaffirme son souhait de se développer dans la région. Jean-François Létard le dit : « Nous souhaitons rester à côté du tissu universitaire, fertile et berceau des futures technologies. Si nous nous développons comme prévu, nous investirons dans de nouveaux sites à l’extérieur de l’agglomération bordelaise, mais assurément toujours en région. »

PYRÉNÉES-ATLANTIQUES BIARRITZ Pour que tous les publics puissent s’exprimer et se raconter, l’entreprise Gaïdo Lab a créé l’application Cov On. Un outil numérique qui efface les barrières, notamment linguistiques et cognitives, et facilite l’inclusion.

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aurent Pourtau et Xavier Baylac approchent des noces de porcelaine. Voilà bientôt vingt ans qu’ils cohabitent professionnellement, d’abord en tant que collègues, puis en tant qu’associés. Évoluant dans la même structure, ils ont œuvré dans le domaine de la formation auprès des travailleurs sociaux. Au bout d’une décennie et demie, le besoin de prendre l’air et de maîtriser les dossiers de A à Z les pousse à rompre avec leur employeur, mais pas entre eux. Le duo démarre alors en octobre 2015 son aventure entrepreneuriale, en ouvrant son propre laboratoire d’innovation sociale. Depuis leurs bureaux de Biarritz, ils conçoivent des solutions en matière de formation des personnels du domaine social et médico-social. Parmi tous les projets menés, l’un d’eux prend

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plus d’espace que les autres. Il faut dire que leur bébé « Cov On » est présent dans leurs esprits depuis fort longtemps. « C’est le premier carton que nous avons ouvert en créant Gaïdo Lab », précise Xavier Baylac, le communicant du duo. Cette application web permet d’entrer en contact et de mieux comprendre les situations de personnes en difficulté pour s’exprimer. Un médecin face à un patient étranger, un éducateur devant un jeune migrant, une employée de maison de retraite avec une personne en perte d’autonomie… autant d’exemples où la communication classique atteint rapidement ses limites. Les premières expériences se déroulent avec du matériel physique. Une carte du monde que l’on déplie sur une table, des feutres, des photos… il n’en faut pas plus pour que la narration débute. Reste

désormais à digitaliser les opérations. « Nous avons dû vérifier la faisabilité de la chose, et très vite nous avons eu la certitude que c’était possible », se souvient Laurent Pourtau, le technicien du binôme. À un certain prix tout de même. 80 000 euros ont été nécessaires pour développer l’application web. Une somme en partie obtenue auprès de la Région, qui subventionne le projet à hauteur de 20 000 euros. Pour le reste, il a fallu emprunter. Comprendre pour mieux vivre ensemble Avec l’outil numérique qu’ils ont développé, tout le monde peut s’exprimer. À l’aide d’une mappemonde que l’on peut zoomer au plus précis, de couleurs, d’émoticônes, d’images et de symboles, chacun peut raconter ses sensations, ses sentiments.

JOEL PEYROU/RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

L’innovation contre l’exclusion

Chacun peut se raconter. Devant l’écran, la personne s’exprime, détaille son parcours de vie, illustre son présent et verbalise ses projections pour l’avenir. Localement, l’application est notamment utilisée par le CCAS (centre communal d’action sociale) d’Anglet, la MECS de Tarnos (maison d’enfance à caractère social) et la maison de retraite Ramuntxo à Bidart. Dans cet EHPAD, l’intérêt de ce matériel numérique a très vite été perçu. « Cela permet d’avoir un échange et de connaître l’histoire complète d’un résident en

peu de temps », explique Sabrina Talbot, animatrice au sein de l’établissement. Les éléments collectionnés améliorent la compréhension entre les personnes. Ainsi on accorde de la valeur aux pensionnaires et on facilite le travail des intervenants. Avec une personne âgée qui s’isolait volontairement de la vie de groupe, l’expérience a permis de découvrir qu’elle était passionnée d’opéra. Désormais, le personnel diffuse régulièrement La Tosca ou Le Barbier de Séville, et la vieille dame de 97 ans retrouve instantanément le sourire.

Xavier Baylac et Laurent Pourtau, fondateurs et associés du laboratoire d’innovation sociale Gaïdo Lab.

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RÉGION RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE NOUVELLE-AQUITAINE / N°2 PRINTEMPS / N°3 ÉTÉ 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ TRANSITION ÉCOLOGIQUE

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rapport d’AcclimaTerra, qui analyse l’impact des changements à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine. Fruit du travail de la communauté scientifique, il sert d’outil pour accompagner une transformation progressive des territoires, de leurs projets, et soutenir les changements de pratiques. L’étude touche ainsi à tous les domaines. Car chaque secteur n’est pas exposé aux mêmes risques et ne dispose pas de moyens identiques pour préparer et mettre en œuvre l’adaptation. Les enjeux sont considérables au plan de la santé publique, de la qualité environnementale et de l’incidence économique. L’eau, l’air, les sols, le trait de côte ou la forêt subiront tous plusieurs types de détériorations dans les décennies à venir.

LA QUALITÉ DE L’EAU, UN ENJEU VITAL L

es ressources en eau sont essentielles pour le milieu naturel, mais aussi pour l’homme qui les exploite afin de répondre à ses besoins alimentaires, économiques et récréatifs. Elles engagent à la fois la biodiversité et la santé publique. Dans les années à venir, l’eau sera moins disponible, et son état risque de se détériorer fortement sous l’impact de l’augmentation de la température. En 40 ans, la hausse observée est déjà significative et elle devrait atteindre 2 à 3 °C en fin de siècle. La conséquence sera une baisse de 5 % de l’oxygène dissous, entraînant une rivalité entre les espèces et une recrudescence des espèces invasives. S’ajouteront une augmentation de la salinité et des risques de maladies liées aux microorganismes parasites. Parallèlement, la baisse du débit des cours d’eau accentuera aussi les effets de la pollution en apportant une moindre dilution. De cette somme de conséquences résultera une fragilisation des milieux, avec une question centrale : quels coûts et quels effets sur la qualité de l’eau produite ? En même temps que la protection des ressources et l’effort pour limiter les pollutions, une optimisation des prélèvements est donc inévitable.

Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine –Pour agir dans les territoires

HERVÉ LE TREUT

PRÉSIDENT DU COMITÉ ACCLIMATERRA, PHYSICIEN, PROFESSEUR À SORBONNE UNIVERSITÉ ET À L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE, MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES, DIRECTEUR DE L’IPSL, PARIS

« Au niveau économique, la région Nouvelle-Aquitaine vit très fortement de la nature. Elle est donc très dépendante de ce lien et de la manière dont il va être impacté. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de passer à une phase de solutions. Ce rapport aide à orienter les choix à l’échelle de plusieurs décennies. »

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ÉCOBIOSE INTERROGE LA PLACE DU VIVANT

Dans le prolongement d’AcclimaTerra, l’étude Écobiose analyse les enjeux sociétaux liés à l’érosion de la biodiversité. « Nous réalisons une synthèse de son influence sur les activités économiques et culturelles qui tirent leurs revenus de la nature », résume Vincent Bretagnolle, qui pilote les travaux. Le déclin d’un certain nombre d’espèces dans les divers espaces interroge en effet sur l’avenir économique des filières. « Il est ainsi démontré que lorsque les pollinisateurs, type abeilles ou papillons, sont abondants, ils améliorent de 30 % les rendements agricoles. Pourtant ce service gratuit est en train de disparaître, ce qui aura des répercussions importantes sur la production », explique le chercheur. Cette initiative unique autour de la place du vivant sur les territoires est portée par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et repose sur les travaux de 200 chercheurs. Disponible au printemps 2019, elle servira de base de réflexion pour la gestion durable d’un milieu partagé.

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« L’eau est une ressource unique. Les tensions futures sur ses usages viendront du fait que le changement climatique va amoindrir les flux de surface et qu’il va falloir naturellement se reporter vers les stocks souterrains. »

SÉBASTIEN SINDEU

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es vendanges un mois plus tôt, des cultures de sorgho en lieu et place du maïs… Idée saugrenue ? Le premier phénomène s’observe déjà. Des organismes comme l’Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV) travaillent déjà à des cépages plus résistants, pouvant s’adapter au changement climatique. Le deuxième phénomène, quant à lui, est tout à fait envisageable à l’horizon 2050. S’adapter au changement climatique, cela signifie se préparer à gérer des conditions futures encore imparfaitement connues. Face à des risques souvent imprévisibles, mais toujours croissants, identifier les vulnérabilités permet de s’adapter et d’anticiper au mieux. C’est l’objectif du

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Alors que l’ampleur du changement climatique se confirme, de nouveaux enjeux émergent à l’échelle de la grande région. Le rapport du comité scientifique AcclimaTerra* permet de les analyser afin que les territoires puissent y apporter leurs propres réponses.

PROFESSEUR D’HYDROGÉOLOGIE À L’INP BORDEAUX, DIRECTEUR DE L’ENSEGID

O F.R

ACCLIMATERRA UN RAPPORT POUR INVENTER LE FUTUR

ALAIN DUPUY

LES FORÊTS

ONT ENTAMÉ LEUR MIGRATION

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vec un tiers de territoire régional boisé, la Nouvelle-Aquitaine est la première région forestière française. Ses bois se répartissent entre les forêts de plantation (telles que la forêt des Landes) et les forêts mixtes feuillues. La question principale est celle du changement d’espèces. La composition des forêts se modifie. Certaines essences remontent vers le nord, cédant la place à un développement accru des espèces méditerranéennes. Dans le même temps, l’homme introduit de nouveaux végétaux exotiques. Or, pour une bonne adaptation, le choix des arbres est primordial. Ainsi, on sait que dans les Landes de Gascogne, qui ont fait l’objet d’un reboisement pour donner naissance à un massif totalement artificiel, le pin maritime supplante désormais toutes les autres essences, mais s’avère moins bien adapté que le chêne, le hêtre ou le pin local. Il résiste en effet beaucoup plus mal au vent. Face à l’exposition au risque d’évènements extrêmes comme les tempêtes ou les feux récurrents, la résistance des espèces est un critère majeur. Celles-ci ont en effet vocation à stocker du carbone dans l’écosystème et jouent donc un rôle crucial dans l’atténuation des effets du changement climatique. Elles répondent par ailleurs aux objectifs de substitution aux énergies fossiles en fournissant de la ressource en bois.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 N°2 ÉTÉ PRINTEMPS 2018 2018

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lages, estuaires ou côtes rocheuses, les 720 km de littoral offrent des visages très variés et une vulnérabilité inégale face aux aléas. Parmi les plus préoccupants, l’érosion et la submersion marine concernent tous les rivages à des degrés divers. L’élévation du niveau de la mer devrait atteindre entre 0,3 et 1,5 m à l’horizon 2100. Dans le même temps, une forte diminution des précipitations impliquera une baisse du débit des fleuves et des sédiments charriés vers les littoraux, ce qui va profondément affecter les environnements estuariens. L’augmentation possible de la fréquence et de l’intensité des tempêtes est encore un facteur d’aggravation de la tendance actuelle au recul du trait de côte. Cette érosion se poursuivra donc et sera accélérée. À l’horizon 2050, le recul moyen du trait de côte dans les Landes et en Gironde est estimé à 65 mètres dans les zones sableuses, et de l’ordre de 27 mètres dans les secteurs rocheux. Le risque de submersion est plutôt localisé dans les estuaires du Pays Basque et de la Gironde, ainsi que dans le Bassin d’Arcachon et les Pertuis Charentais. Face à ces aléas, il s’agit aujourd’hui d’envisager de vivre avec le risque. Les coûts de défense des côtes grâce aux digues et aux enrochements sont très élevés. Dans les décennies futures, un choix devra être fait entre le maintien de ces protections et une adaptation plus souple qui permettra de laisser certaines zones en libre évolution, voire d’abandonner les portions de côte les plus soumises à l’élévation du niveau de la mer.

BENOÎT SAUTOUR F.RO

CH

PROFESSEUR EN ÉCOLOGIE ET BIOCHIMIE DES SYSTÈMES CÔTIERS – LABORATOIRE EPOC À L’UNIVERSITÉ DE BORDEAUX

«Toutes les zones littorales sont des territoires sur lesquels on assiste à un afflux de population. Cela entraîne des pressions multiples sur l’environnement qui s’ajoutent aux modifications actuelles liées au dérèglement climatique. Ce sont donc des écosystèmes très fragilisés. »

DIRECTEUR DE RECHERCHE À L’IRSTEA

« Pour toute une économie et des sociétés qui vont devoir faire face à de nouveaux enjeux, il y a des débats à engager pour savoir : quel futur voulons-nous ? Le moment est venu de croiser les expériences des collectivités, des associations et des organisations professionnelles afin de faire des choix et d’en dessiner les contours. »

CH

SE POURSUIT ET S’ACCÉLÈRE

DENIS SALLES

F. RO

L’ÉROSION DU LITTORAL

EN MONTAGNE

LES ACTIVITÉS DEVRONT S’ADAPTER

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a sensibilité du milieu montagnard, très réactif, s’étend de la biodiversité aux activités économiques. La recherche confirme en premier lieu une réduction importante de la répartition des populations des espèces et une perte de diversité génétique. Ces changements structurels auront des incidences sur le fonctionnement des écosystèmes et sur l’activité agro-pastorale. Par ailleurs, l’augmentation des températures aura un impact social majeur sur les activités hivernales, et en particulier l’industrie du ski. À 1 800 m, la neige pourrait devenir rare d’ici à la fin du siècle. Pour les stations des Pyrénées-Atlantiques, Gourette, Artouste, La Pierre Saint-Martin, il sera de plus en plus difficile d’assurer une couche de neige suffisante en début de saison. À court terme, selon un scénario de changement climatique modéré de + 2 °C, les canons à neige pourraient suffire à garantir les sports de neige. Mais avec un scénario plus sévère (et également plus probable) de + 4° C, le ski dans ces trois stations sera compromis. Une diversification de l’offre touristique des domaines deviendra plus que nécessaire. L’anticipation est donc aujourd’hui l’un des grands défis auxquels doivent faire face les territoires de montagne.

PÊCHE ET AGRICULTURE

AU CARREFOUR DES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX, ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX

« Dans les activités de pêche, on observe l’arrivée de nouvelles espèces sur le territoire. Dans le même temps, de nombreux autres poissons commencent à migrer vers le nord. Il y a donc un changement des ressources exploitées par les bateaux de Nouvelle-Aquitaine. Ce qui pose la question de leur gestion à venir. »

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C O

F. R

CADRE DE RECHERCHE À L’IFREMER, LABORATOIRE ENVIRONNEMENT RESSOURCES ARCACHON/ANGLET

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NATHALIE CAILL-MILLY

PHOVOIR

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es terres agricoles représentent 50 % du territoire, avec des produits emblématiques tels que le vin, le cognac, le maïs ou l’élevage de qualité. La Nouvelle-Aquitaine est la première région française pour la valeur de sa production agricole. Cette filière très consommatrice d’eau devrait subir un impact significatif et souvent pénalisant. Le changement climatique influe à plusieurs niveaux : l’érosion des sols, le déficit en eau, l’augmentation des maladies et des ravageurs. La fertilité des terres pourra être affectée. Pour les animaux aussi, l’augmentation des températures aura un impact sur la croissance, la reproduction, la lactation et la santé. Dans la plupart des cas, cependant, des leviers techniques d’adaptation existent et pourront être mobilisés : le choix des espèces, des races, des variétés, l’avancée des dates des semis, de nouvelles répartitions spatiales, l’agroforesterie et la rotation des cultures sont autant de réponses à mettre en œuvre. Pour la pêche et la conchyliculture, qui représentent 4 600 emplois directs, les marges de manœuvre sont plus restreintes. Les propriétés physiques, géochimiques et biologiques des eaux littorales sont modifiées. Cela influe grandement sur la vitesse de ponte et la période d’éclosion des poissons et des coquillages. Une attention particulière en termes de gestion doit donc être apportée à ces lieux de reproduction qui sont hautement sensibles au changement.

LES ZONES HUMIDES DES ÉCOSYSTÈMES PORTEURS DE SOLUTIONS

À

l’interface entre les milieux terrestres et aquatiques, les marais, lacs et étangs agissent globalement comme des puits de carbone. Leur fonctionnement naturel permet de stocker du carbone : ils ont un rôle dans la limitation du déréglement climatique et pourraient aider à réduire cette tendance. En revanche, le réchauffement actuel a tendance à diminuer l’intensité de cette fonction. Leur rôle est précieux, puisqu’ils participent aussi à la régulation hydrologique, à la qualité de l’eau, ainsi qu’à la maîtrise des crues. Pour toutes ces raisons, leur dégradation croissante risque d’être très préjudiciable. Les zones humides ne sont pas toutes impactées au même degré. Leur vulnérabilité dépend de leur localisation et des usages qui se sont développés au cours de leur histoire. Toutes sont cependant concernées par l’augmentation de la température moyenne de la terre et des eaux superficielles, ce qui va bouleverser leur biodiversité. Les équilibres risquent d’être modifiés : l’alimentation naturelle des marais va baisser et entraînera des modifications de biodiversité (planctonique par exemple). Par ailleurs, l’évolution de leur état est accentuée sous l’effet des orientations agricoles et des aménagements. Le développement urbain ainsi que les activités liées aux loisirs de plein air exercent une pression. La préservation des zones humides doit donc être pensée très en amont, car elle représente un enjeu de taille pour les territoires.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

PRIORITÉS RÉGIONALES/ JEUNESSE EN BREF ORIENTATION-FORMATION-EMPLOI. Dès 2019, la Nouvelle-Aquitaine sera le théâtre d’un dispositif d’orientation expérimental, unique en France, à destination des lycéens et des collégiens. Avec une priorité pour la Région : défendre une orientation véritablement choisie.

CRA/ALBAN GILBERT

Un dispositif unique en France

Le Centre régional Vincent-Merle, à Pessac, abritera le siège de l'agence régionale pour l'orientation, la formation professionnelle et l'emploi. Ici, le centre de documentation.

«C

e n’est pas simple de se projeter dans l’avenir. J’ai surtout du mal à savoir à quoi correspond dans la réalité tel ou tel métier, s’il pourrait me plaire, s’il y a plusieurs façons d’y accéder, s’il est vraiment recherché sur le marché de l’emploi… », témoigne Marius, collégien de troisième. Pour de nombreux jeunes, le choix de filières et de métiers se joue dès le

collège. La Région souhaite donc renforcer leur accompagnement. L’enjeu est de taille : permettre une orientation choisie et éviter le décrochage scolaire, favoriser une insertion professionnelle durable – en répondant notamment aux besoins des entreprises – et lutter ainsi contre le chômage. Ainsi, dès janvier 2019, tous les élèves néo-aquitains de seconde bénéficieront d’un dispositif expérimental dans le cadre des 54 heures annuelles d’« éducation au choix de l’orientation » posées par la réforme de l’Éducation nationale. En partenariat avec les établissements scolaires et les acteurs de l’orientation et de l’économie, une palette d’actions variées sera déployée : ateliers, participation à des salons et forums, journées portes ouvertes, expositions… Autant d’occasions pour ces ly-

céens d’accéder à un maximum d’informations. Ils profiteront également de visites dans des entreprises et de rencontres avec des « ambassadeurs de métiers », des jeunes salariés prêts à instaurer un dialogue plus spontané, de pair à pair. Unique en France, particulièrement innovant, ce dispositif, basé sur la découverte au plus près de la réalité des métiers, ambitionnant de rendre les jeunes plus proactifs et acteurs de leur avenir, sera étendu en 2020 aux élèves de quatrième et de troisième. Une agence XL aux missions élargies Née de la fusion des trois structures des anciennes Régions (Aquitaine Cap Métiers, Prisme Limousin et Agence régionale pour la formation tout au long de la vie), l’Agence régionale pour l’orientation, la formation professionnelle et l’emploi sera

opérationnelle dès septembre. Cette agence XL comptant une centaine de salariés – soit la plus importante structure de ce type en France – harmonisera l’ensemble des services à l’échelle de la région : informations, formations, expositions permanentes... Un seul mot d’ordre : fédérer, décloisonner les frontières entre orientation, formation et emploi. Véritable centre de ressources, elle présentera des tendances socio-économiques et l’offre de formation disponible et actualisée. Dès cet automne, via un nouveau site Internet, les scolaires et les étudiants, comme les apprentis, demandeurs d’emploi, actifs, acteurs de l’éducation… disposeront, grâce à ce service public en ligne, d’une information gratuite, fiable et complète, notamment grâce à une approche globale par « métier ».

Objectif Kazan, en Russie ! OLYMPIADES DES MÉTIERS

75 médaillés d’or – 12 filles et 63 garçons – se sont distingués lors de la finale régionale des Olympiades des métiers à Bordeaux, fin mars 2018, devant 40 000 visiteurs. Outre la compétition, l’évènement a aussi permis l’organisation de 100 parcours de visites pédagogiques guidés pour près de 3 000 jeunes, avec l’appui de 40 animateurs et la présence de 175 structures (collèges, lycées, CFA…). Car les Olympiades des métiers, c’est aussi un outil unique d’orientation et de valorisation des savoir-faire et des métiers. Prochaine étape : la finale nationale pour 65 d’entre eux (tous les métiers ne sont pas représentés au niveau national) à Caen, du 28 novembre au 1er décembre prochain, avant, peut-être, un billet pour Kazan, en Russie, où la finale mondiale aura lieu en 2019 !

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET RECHERCHE. La Région s’engage dans les dix ans à venir pour une université d’excellence, accessible aux jeunes de tout le territoire et en phase avec les enjeux sociétaux et économiques.

L

a réorganisation territoriale a modifié le visage régional de l’enseignement supérieur et de la recherche. La région compte désormais 195 000 étudiants et 64 sites d’enseignement supérieur. Avec des atouts, parmi lesquels une forte hausse du nombre d’étudiants et un taux de réussite supérieur à la moyenne nationale, mais aussi des faiblesses : taux de poursuite d’études après le bac inférieur à la moyenne nationale, manque de visibilité internationale des universités, inégalités territoriales d’accès aux formations… Une vaste mission

s’ouvre pour la Région, qui vient ainsi de fixer une feuille de route de la politique régionale pour les dix ans à venir. La Région en chef d’orchestre Fruit d’un état des lieux et de concertations, co-construit avec des centaines d’universitaires et de collectivités territoriales, le Schéma régional de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (SRESRI), adopté par l’assemblée régionale en mars dernier, pose avant tout les jalons d’une nouvelle organi-

sation. Sa première ambition ? Assurer une convergence des stratégies des différents pôles universitaires à l’échelle de la nouvelle région. Sous cette gouvernance commune, tous les leviers possibles seront alors activés pour accroître la qualité de l’enseignement supérieur, mais également la visibilité à l’international de ses pôles universitaires et de recherche. Pour un accès à l’enseignement supérieur quel que soit son bassin de vie, la Région, avec l’appui des collectivités locales, s’emploiera ainsi à faciliter la

THIERRY DAVID

L’université de demain se dessine aujourd’hui

mobilité et les conditions de vie étudiante et/ou à « décentraliser » des formations. De même, l’offre de formation sera davantage adaptée aux besoins des entreprises locales ou aux enjeux sociétaux par l’augmentation, par exemple, de formations en ingénierie. La culture scientifique, technique et industrielle

bénéficiera, elle, d’un soutien plus large sur tout le territoire. Enfin, la Région, chantre du travail en réseau, favorisera les projets pluridisciplinaires autour de thématiques données (numérique, intelligence artificielle…) et les passerelles au sein du triptyque recherche-enseignement-entreprise.

Université Bordeaux-II Segalen Carreire.

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Nouvelle-Aquitaine.fr

DOSSIER

BOIS ET FORÊT Journal d’information de votre région

N°3 ÉTÉ 2018

JEAN-CHRISTOPHE DUPUY

SUR LA PLUS HAUTE BRANCHE DE FRANCE !

ÉCONOMIE ET EMPLOI Avec près de 60 000 emplois non délocalisables, répartis sur tout le territoire

et particulièrement en milieu rural, la filière forêt-bois représente un véritable poumon économique et environnemental pour la Nouvelle-Aquitaine, première région forestière de France.

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es défis sont nombreux pour la filière : répondre à la demande croissante de production de bois, tant en qualité qu’en quantité, dans le respect permanent de l’environnement ; améliorer constamment la performance industrielle des entreprises de la transformation ; travailler sur l’attractivité des métiers pour attirer les jeunes vers des métiers qui recrutent et permettre aux entreprises de disposer des compétences attendues ; créer plus de valeur ajoutée, tout en limitant les risques de conflits d’usage… Le tout avec une matière première, certes renouvelable, mais d’une grande fragilité : risque d’incendies, changement climatique, agressions (insectes xylophages), tempêtes, à l’image de Klaus qui a détruit, notamment, plus de 200 000 hectares de pins en 2009… La Région mobilise donc toutes ses compétences pour soutenir la filière : appui aux actions collectives et aides directes à l’investissement, création de partenariats entre entreprises, centres techniques et universités, via le pôle de compétitivité Xylofutur, pour stimuler l’innovation, investissement dans la formation initiale et continue, via notamment le Campus des

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métiers et des qualifications forêt-bois à SaintPaul-lès-Dax (40)… Sans oublier la mobilisation des fonds européens (FEADER) qui ont ainsi permis de reconstituer les plus de 200 000 hectares de pins fauchés par Klaus. 60 000 emplois non délocalisables La Nouvelle-Aquitaine est la plus grande région forestière française (18 % du massif national, soit 2,8 millions d’hectares). Tout le monde connaît le massif des Landes de Gascogne qui abrite la plus grande forêt cultivée d’Europe, avec près d’un million d’hectares de pins maritimes. Mais les massifs Adour-Pyrénées au sud et ceux de Dordogne-Garonne ne sont pas en reste, de même que la forêt limousine, qui occupe un tiers du territoire de l’ex-région. Même s’ils sont plus morcelés, les domaines forestiers sont également présents au nord, dans l’ex-région PoitouCharentes. Avec au total un équilibre parfait au plan régional, en volumes, entre les « feuillus » (chênes, châtaigniers, peupliers, etc.) et les « résineux » (conifères dont le douglas, le pin, etc.). Ce patrimoine environnemental exceptionnel constitue un atout économique de

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MILLIONS D’EUROS de fonds européens gérés par la Région et dédiés à la filière sur la période 2014-2020

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premier plan au cœur des territoires, notamment ruraux. À travers l’ensemble de ses filières, l’activité forêt-bois-papier représente près de 60 000 emplois et possède une balance régionale excédentaire de 300 millions d’euros. La vitalité de ce secteur résulte d’abord de sa diversité. De la sylviculture et de l’exploitation forestière, en amont, aux métiers de l’emballage, de la décoration ou de la menuiserie, en passant par les scieries, la fabrication de panneaux ou la papeterie, la forêt et le bois embrassent une multitude de savoir-faire et de métiers, sans oublier la chimie du bois et ses dérivés. Soit au total une filière qui pèse 10,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Autant d’industries que la Région accompagne en alliant valeur ajoutée, gestion durable des ressources et innovation, dans un contexte de changement climatique.

MILLIONS D’HECTARES de massifs forestiers

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II JOËL PEYROU

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

LA FILIÈRE REPRÉSENTE 60 000 EMPLOIS NON DÉLOCALISABLES ET RÉPARTIS MAJORITAIREMENT SUR DES TERRITOIRES RURAUX.

10,2Md€

C’est le chiffre d’affaires annuel généré par la filière

Le bois, c’est du solide !

17 000 ENTREPRISES

Chauffage, construction, ameublement, papier et carton, tonnellerie et même fibres et produits issus de la chimie verte… le bois est partout ! De la sylviculture à la transformation, la filière se veut particulièrement dynamique dans notre région.

R

PREMIÈRE ET DEUXIÈME TRANSFORMATIONS La première transformation regroupe toutes les activités organisées autour des métiers de la scierie. Raboté, tranché, déroulé, fendu ou déchiqueté, le bois se plie aux exigences des industries qui vont l’utiliser comme bois d’œuvre, bois d’industrie et bois énergie. La deuxième transformation rassemble, quant à elle, toutes les professions qui vont partir du bois

ALBAN GILBERT

egardez autour de vous et observez combien les produits en bois à l’état naturel ou transformés sont nombreux et diversifiés. Ce matériau, plus vieux que l’homme, représente un potentiel économique de premier plan. La chaîne de valeur débute par la sylviculture, qui propose à la fois du bois de chauffe et du bois dédié à la transformation. Elle représente à elle seule 15 % de l’emploi. Des emplois essentiellement ruraux et non délocalisables ! Entre 2007 et 2015, 40 % des plants forestiers en France étaient produits en Nouvelle-Aquitaine, très largement devant les autres régions de France. Au total, la production régionale de bois avoisine les 10 millions de m3, soit 25 % de la production nationale. Avec 84 % des ventes, le pin maritime se taille la part du lion et occupe très largement la première place pour sa récolte et son sciage. Notre région se positionne aussi comme un acteur de premier plan pour l’exploitation du douglas, du châtaignier et du peuplier.

« brut » issu de la première transformation, dans une logique de création de valeur ajoutée. On retrouve ici toutes les entreprises en lien avec l’emballage, les charpentes et menuiseries, les parquets, l’ameublement, le papier et le carton, la chimie verte et les fibres, ainsi que la production de chaleur. Autant d’activités porteuses de valeur et d’emploi, dont le

chiffre d’affaires cumulé est estimé à 10,2 milliards. Notre région se place ainsi au deuxième rang des régions exportatrices de produits de la forêt et du bois, avec 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires et une balance commerciale excédentaire de 300 M€*, en progression qui plus est. Chiffres 2016 du commerce extérieur.

Un écosystème favorable aux entreprises

JOËL PEYROU

CLAIRE DELOEUIL directrice générale, société SACBA à Tonneins (47)

Votre implantation au cœur du massif forestier des Landes de Gascogne et en région Nouvelle-Aquitaine présente-t-elle des avantages particuliers ? Claire Deloeuil : Notre ancrage au cœur de la forêt landaise nous permet d’être en lien avec les acteurs de la première transformation du bois et

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d’inclure la matière première locale dans notre process industriel. Nous envisageons également d’élargir nos approvisionnements avec des essences douglas et épicéa du Limousin. Plus largement, l’écosystème régional est favorable aux entreprises du bois grâce à des structures comme FCBA (Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement), le pôle de compétitivité Xylofutur, le CODEFA1 ou ADI-NA2. Nous avons bénéficié, par ailleurs, de différents dispositifs d’accompagnement de la Région, bénéfiques pour notre activité. Quels sont à la fois vos opportunités de développement, mais aussi les risques auxquels vous devez faire face ? C. D. : Nous sommes optimistes, car la construction bois connaît un réel engouement. Les acteurs de la filière se structurent et les donneurs d’ordre et maîtres d’ouvrage investissent dans nos procédés qui ont fait leur preuve et bénéficient d’une image porteuse. Maintenant, il ne faut pas oublier la crise de 2008 et la période difficile qui a suivi. Il existe encore

un tissu d’entreprises fragilisées et il faut donc faire preuve d’une vigilance constante.

FCBA : LE CENTRE INDUSTRIEL DE LA FILIÈRE D’envergure nationale et présent à Bordeaux et en Haute-Vienne, l’institut technologique FCBA (Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement) participe à l’innovation, l’information, la formation et la promotion de la filière. Ses missions portent sur la recherche et développement (transfert technologique, assistance technique, essais), sur l’information scientifique et technique (veille économique, réglementaire, technologique) et sur l’accompagnement des professionnels (normalisation, qualité, technologie de pointe). Avec l’aide de la Région Nouvelle-Aquitaine et de nombreux financeurs, FCBA a notamment coprésidé et animé le congrès mondial de la construction bois Woodrise en septembre dernier à Bordeaux.

Quelles solutions voyez-vous pour une croissance durable de votre secteur ? C. D. : La solution passera par la poursuite et l’intensification de la structuration de la filière, des méthodes industrielles de gestion, des investissements pour améliorer notre compétitivité et la création de produits différenciants à valeur ajoutée. Il faut aussi s’ouvrir à de nouveaux marchés. Dans ce cadre, nous réalisons déjà entre 5 et 10 % de notre chiffre d’affaires à l’export et notre objectif est de l’augmenter. 1. Comité de développement forêt-bois en Aquitaine . 2 . Agence de développement et d’innovation de la Nouvelle-Aquitaine.

SACBA EN BREF 50 salariés. 7 M€ de CA. Spécialisée dans la construction bois en lamellé-collé, elle développe également sa propre gamme en lamellé-croisé CLT, un système innovant résistant et rapide à mettre en œuvre. Elle s’adresse aux professionnels de la construction bois (maisons, bureaux, bâtiments industriels…).

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III

JEAN-CHRISTOPHE DUPUY

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

34 %

5,2M€

C’est la surface du territoire régional occupée par les massifs forestiers

d’aides régionales aux entreprises de la transformation du bois

Carte forestière de la région Nouvelle-Aquitaine

LA FILIÈRE FORÊT-BOIS

SYLVICULTURE BOIS AUTO CONSOMMÉ BOIS DE CHAUFFAGE

EXPLOITATION PREMIÈRE DEUXIÈME FORESTIÈRE TRANSORFATION TRANSORFATION

BOIS COMMERCIALISÉ BOIS D’ŒUVRE

BOIS D’ENERGIE BOIS D’INDUSTRIE

FORMATIONS VÉGÉTALES PINS COUPES, JEUNES REBOISEMENTS AUTRES RÉSINEUX MÉLANGES FEUILLUS-RÉSINEUX CHÊNES, HÊTRE MAJORITAIRES CHÂTAIGNER AUTRES FEUILLUS LANDE, FRICHE, PELOUSE PEUPLERAIS

EMBALLAGES

Source : cartographies départementales IGN de 2000 à 2010

« Créer davantage de valeur et d’emplois » Comment la Région dynamise-t-elle la filière forêt-bois ? D’abord, en mobilisant ses financements propres ainsi que ceux de l’Europe via le FEADER (environ 70 millions d’euros pour les mesures forestières) qu’elle gère directement. Ensuite, nous menons un dialogue permanent avec les professionnels et les autres pouvoirs publics (État et départements) pour accompagner toute la filière (amont et aval) et stimuler ainsi la gestion sylvicole et accroître la compétitivité des entreprises de la transformation. Avec un objectif permanent : créer davantage de valeur et d’emplois. Enfin, le renouvellement des forêts, l’augmentation de la mobilisation durable de la ressource en bois et le développement des activités économiques en aval nécessitent la mobilisation de tous et des investissements privés et publics importants. Aussi, la Commission régionale de la forêt et du bois (CRFB), coprésidée par Alain Rousset et le préfet de région, a été installée en janvier 2017. Cette instance qui réunit l’ensemble des

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CHARPENTE MENUISERIES

parties prenantes depuis l’amont jusqu’à l’aval est en cours de rédaction du Plan régional de la forêt et du bois (PRFB) qui définit les priorités d’actions pour développer la filière régionale. Quels sont ses principaux défis ? En premier lieu, il s’agit de répondre à la demande du marché (en quantité et en qualité), dans des conditions économiques et environnementales performantes. Cela suppose d’anticiper et de gérer les divers risques (climatique, incendie, sanitaire…) qui menacent les forêts, d’œuvrer au développement des différentes essences, notamment des peupleraies de qualité, et de soutenir la revalorisation des peuplements improductifs. Pour les entreprises de l’aval, l’enjeu réside dans l’amélioration des performances industrielles (modernisation des outils de production, renforcement des compétences et conquête de nouveaux marchés). L’innovation reste également le fer de lance de la Région. Pour la filière forêt-bois, aux

TRANCHAGE DÉROULAGE CONTREPLAQUÉ

PARQUETS ASSEMBLÉS

PANNEAUX

PÂTE À PAPIER

CHIMIE DU BOIS

AMEUBLEMENT

PAPIER CARTON

CHIMIE VERT ET FIBRES

côtés des centres de recherche et de développement (INRA, FCBA, IRSTEA, CRPF…), le pôle de compétitivité Xylofutur est un atout considérable. Nous devons, enfin, être attentifs à la valorisation des métiers auprès des jeunes, car les entreprises de la filière peinent à recruter. Quel est l’impact de cette filière sur nos territoires ruraux ? Avec ses 60 000 emplois, ses 17 000 entreprises, pas moins de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, un solde de balance commerciale positif et en progression, la filière forêt-bois constitue un pilier majeur de notre économie régionale. En tant qu’économie de proximité, elle structure de manière importante nos territoires ruraux par la présence d’entreprises et d’industries au plus près de la ressource, créatrice d’emplois non délocalisables en milieu rural. C’est aussi une pompe à carbone, une réserve de biodiversité essentielle et un élément fondamental de l’identité de la Région.

PRODUCTION CHALEUR ÉLECTRICITÉ

ALBAN GILBERT

SCIAGE

Agreste Nouvelle-Aquitaine - Mémento Forêt-Bois 2017

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LA FORÊT EN NOUVELLE-AQUITAINE LES PRINCIPALES ESSENCES

BÉATRICE GENDREAU, conseillère régionale déléguée Bois, forêt et 1re transformation

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IV

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

«NOTRE RÉGION A LA CHANCE DE DISPOSER D’ÉTABLISSEMENTS SUR TOUT NOTRE TERRITOIRE QUI COUVRENT TOUS LES MÉTIERS ET TOUS LES NIVEAUX D’ÉTUDES.»

DANIEL MAGNANOU, directeur opérationnel du Campus des métiers et des qualifications forêt-bois de Nouvelle-Aquitaine.

120 SITES DE FORMATION dédiés à la filière bois en région

Des formations taillées pour l’avenir Un nombre considérable de sites de formation en région, une offre diversifiée de cursus, des métiers qui conjuguent noblesse du bois et technologies innovantes… Les atouts sont nombreux pour séduire les futurs professionnels de la filière.

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a Nouvelle-Aquitaine comptabilise près de 3 000 élèves et 1 500 apprentis dans les différentes filières de formation forêt-bois. Soit 4 500 jeunes du CAP au BTS, sans oublier l’enseignement supérieur, de la licence au doctorat. « Notre région a la chance de disposer d’établissements sur tout notre territoire qui couvrent tous les métiers et tous les niveaux d’études », commente Daniel Magnanou, directeur opérationnel du Campus des métiers et des quali-

fications forêt-bois de Nouvelle-Aquitaine. Cette structure de référence a pris ses quartiers au sein même d’un établissement de formation, le lycée Haroun-Tazieff de Saint-Paul-lès-Dax (40). Inauguré en 2016 et soutenu par le ministère de l’Éducation nationale, la Région et la DRAAF*, ce campus spécialisé est le plus grand de France dans le domaine de la forêt et du bois avec plus de cinquante partenaires. « Sa vocation est de créer des synergies entre les différents acteurs régionaux publics et privés, et d’ani-

LA PLATEFORME TECHNOLOGIQUE BOIS AQUITAINE

Créée en 2003, la plateforme technologique Bois Aquitaine sert autant les intérêts des entreprises de la filière que les élèves des établissements de formation qui la composent, en l’occurrence le lycée Haroun-Tazieff de Saint-Paul-lès-Dax, l’IUT de Mont-de-Marsan et le laboratoire IPREM, tous deux rattachés à l’université de Pau. Ce groupement d’intérêt scientifique s’appuie en effet sur l’expertise de son corps enseignant pour mener des prestations de services auprès de TPE et PME régionales dont les travaux seront, de suite ou ultérieurement, utilisés à des fins pédagogiques. Depuis sa création, la plateforme technologique a réalisé plus de 200 projets à caractère innovant que l’entreprise n’aurait pas pu assumer seule ou confier à des prestataires privés.

JOËL PEYROU

Les élèves utilisent un matériel de pointe, à l’image de ce scanner 3D.

mer un réseau de connaissances, de compétences et de moyens afin d’aider les apprenants en formation initiale et continue. » La Nouvelle-Aquitaine possède plus de 120 sites de formation de la filière forêt-bois, tous établissements confondus. On compte des CFA, des GRETA, des IUT et universités ou encore des sites portés par la Chambre de métiers et de l’artisanat, ainsi que de très nombreux lycées professionnels et polyvalents. Ceux de Bazas et Sabres dans les Landes, celui de Parthenay dans les Deux-Sèvres, très impliqué dans l’alternance, celui de Cantau à Anglet ou encore l’école forestière de Meymac illustrent la richesse de l’offre. « Ces atouts ne doivent pas pour autant nous faire oublier la question de l’attirance pour les métiers du bois », prévient le directeur opérationnel du Campus. Ce dernier a d’ailleurs initié une étude pour connaître les motivations des élèves actuels, afin de mieux comprendre les raisons de leur orientation. UNE MÉCONNAISSANCE DE LA RÉALITÉ DES MÉTIERS Le site CareerCast publie chaque année une étude sur l’attrait des jeunes vis-à-vis de plus de 200 métiers. Celui de bûcheron serait considéré comme l’un des pires, selon l’enquête de 2017 (et le métier de journaliste de presse écrite le pire de tous !). Un résultat caricatural qui atteste d’une méconnaissance de la réalité des métiers de la filière et le poids des idées reçues. « Aujourd’hui, nos élèves utilisent du matériel de pointe, comme un scanner 3D qui relève les dimensions précises d’un bâtiment et le modélise ensuite sur un logiciel de maquette numérique (BIM), souligne Daniel Magnanou. La forêt et le bois ont ceci de particulier qu’ils permettent de répondre aux attentes des jeunes attirés aussi bien par la tradition du matériau que par la modernité des technologies employées, de la conduite d’outils à commandes numériques à des travaux de conception à base de réalité virtuelle. » Les établissements multiplient d’ailleurs les échanges avec les professionnels, dans une logique de parcours au plus près des réalités du terrain. Matériel de dernière génération, études et recherches, innovation, essais, réalisation de prototypes, design et marketing produit, travail en forêt ou dans des entreprises, développement durable et biodiversité, postes en Nouvelle-Aquitaine, en France mais aussi à l’international… Les métiers de la filière offrent des perspectives intéressantes sur des marchés qui recrutent. Des arguments qui ne devraient pas laisser de bois les jeunes et leur famille à la recherche d’une orientation. Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de la Nouvelle-Aquitaine.

« J’ai déjà reçu plusieurs offres d’emploi » Quel est votre parcours et quelle formation suivez-vous aujourd’hui ? Après un bac S, je suis allé à la fac. Mais je me suis aperçu que cela ne me correspondait pas. Comme j’aimais bien la forêt, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup de formations dispensées dans ce domaine. J’ai été accepté sur dossier à l’école forestière de Meymac qui propose un double cursus. J’ai obtenu d’abord un BTS Gestion forestière et je suis actuellement en année spéciale BTS Technico-commercial produits de la filière forêt bois. Cette double formation me permet donc d’aborder tous les métiers de la filière, de l’amont à l’aval. Cette orientation vous satisfait-elle et que retenez-vous de votre formation ? Je suis dans mon élément avec cette formation qui

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SÉBASTIEN SINDEU

STEVE SPECEN-BERRY, 23 ans, originaire de la Loire, a donné une nouvelle orientation à ses études grâce à l’ École forestière de Meymac. Un choix payant !

associe un enseignement théorique et pratique, intégrant 16 semaines de stage. Le fait d’être sur le terrain, en prise directe avec les problématiques des professionnels, c’est très concret. Ce double cursus permet de comprendre les rouages de la gestion de la forêt d’un côté, et la dimension plus commerciale et marketing d’une entreprise de produits bois de l’autre. Ce qui m’a frappé, c’est la richesse et la diversité des métiers, ainsi que la dimension environnementale de la forêt et du bois. Quel est votre projet professionnel ? Les métiers de la forêt et du bois recrutent et j’ai déjà reçu plusieurs offres d’emploi. Mon souhait est de travailler dans l’import/export. Mon père est belge, j’ai de la famille anglaise et je suis attiré par les relations internationales. Un jeune réduit

souvent la filière au métier de bûcheron, alors qu’il y a une palette inimaginable de professions où il est possible à tout âge et quel que soit son parcours de s’épanouir. J’en suis la preuve car je n’avais au départ aucune connaissance particulière.

L’ÉCOLE FORESTIÈRE DE MEYMAC EN BREF Située dans un parc de 10 hectares en plein cœur du massif forestier du Limousin, l’École forestière de Meymac accueille des élèves de la troisième à la licence. Pourvue d’un atelier technologique doté d’équipements professionnels (abatteuse, porteurs forestiers, simulateurs, etc.), elle propose un spectre très large de formations avec des résultats aux examens largement supérieurs à la moyenne nationale. À noter que des formations continues sont également organisées grâce à son Centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) de Meymac-Neuvic.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

243M€

60%

de financements, dont 89 millions de fonds publics pour les projets labellisés par Xylofutur (147 projets financés sur les 217 labellisés)

DES ENTREPRISES FINANCÉES SONT DES TPE OU DES PME

Générateur d’innovation

«NOTRE INTERVENTION PERMET À L’ENTREPRISE DE VÉRIFIER QUE SON IDÉE PRÉSENTE UN CARACTÈRE ORIGINAL ET DE L’AIGUILLER POUR DES DEMANDES DE FINANCEMENT AUPRÈS DES POUVOIRS PUBLICS, TOUT EN LUI ASSURANT LA CONFIDENTIALITÉ DE SON INNOVATION.»

Xylofutur participe à l’essor de la filière en étant à la fois une structure d’ingénierie pour l’accompagnement de projets d’innovation et un espace d’animation de ses acteurs industriels, institutionnels et de recherche.

«N

XYLOFUTUR ESSAIME !

STÉPHANE LARTIGUE

ous sommes des faiseurs de liens entre les entreprises de la filière bois et la recherche, afin d’accroître leur essor par l’innovation. » Marc Vincent, directeur du pôle Xylofutur, résume la raison d’être de l’association créée en 2005, qui réunit des industriels de la filière forêt-bois-papier, des centres de recherche, de formation et de transfert de technologies et les institutions et fédérations professionnelles. Seul pôle de compétitivité en France couvrant toute la chaîne de valeur de la filière bois, Xylofutur participe à l’émergence d’un très large champ de projets. Ces derniers portent aussi bien sur la ressource (gestion de la forêt, classification, méthodes de récolte, valorisation, etc.) que sur la transformation du bois (procédés de transformation, nouveaux outils, design, etc.), sans oublier le volet « chimie du bois » (le bois comme source de fibres, de molécules, d’énergie, etc.). À travers sa mission d’ingénierie, le pôle détecte, instruit et labellise tout d’abord des projets de recherche, développement et innovation portés par les entreprises régionales. « Notre intervention permet à l’entreprise de vérifier que son idée présente un caractère original et de l’aiguiller pour des demandes de financement auprès des pouvoirs publics, tout en lui assurant la confidentialité de son innovation. » Depuis sa création, Xylofutur a labellisé 217 projets, dont 147 ont été à ce jour financés à hauteur de 243 millions d’euros, dont 89 millions de fonds publics. « Il s’agit, à plus de 60 %, de très petites entreprises et de PME qui n’ont généralement ni le temps ni les moyens pour piloter ce type de projet. C’est juste-

Marc Vincent, directeur du pôle Xylofutur. ment notre objectif que de faire émerger des projets créateurs de valeur ajoutée au bénéfice de tous les acteurs de la filière », poursuit le directeur du pôle. Qui assure pour cela un rôle d’animation d’un réseau qui compte aujourd’hui 223 membres au total. SYMBIOSE ENTRE ENTREPRISES ET UNIVERSITÉS Xylofutur a fait le choix dès sa création de marier l’univers industriel et celui de la recherche. C’est si vrai que les statuts du pôle attribuent la fonction de président de l’association à un professionnel du bois* et celle de vice-président à un universitaire, en l’occurrence Stéphane Grelier, professeur à l’université de Bordeaux (laboratoire LCPO). Ce dernier illustre cette synergie à travers deux actions très concrètes. « La journée nationale Thèses des Bois organisée

par le pôle a pour but de promouvoir des travaux universitaires auprès des entreprises de la filière. À l’inverse, la manifestation Xylodating permet de faire découvrir des projets de développement, procédés et produits, objets de recherche. » Stéphane Grelier parle d’ailleurs d’« usine à projets » pour évoquer Xylofutur, soulignant le large spectre des champs d’intervention, de la matière première aux produits finis. Avec un a priori que l’universitaire rectifie en guise de conclusion : « La forêt et le bois évoquent une image traditionnelle immuable. Or, le bois d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui d’hier. Cette évolution impose de s’adapter, et donc d’innover. C’est l’essence même du pôle Xylofutur. »

La filière bois AuvergneRhône-Alpes a sollicité le pôle de compétitivité Xylofutur pour que ce dernier participe à l’élaboration d’une structure du même type, en cours de réalisation. Cette reconnaissance du pôle de compétitivité de Nouvelle-Aquitaine est aussi l’occasion de créer, à terme, des synergies entre les deux grandes régions forestières françaises.

Jean-Michel Boulay, directeur général de Smurfit Kappa Comptoir du Pin.

Bioextra : l’alchimie verte

LOÏC DEQUIER

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roductrice d’huiles essentielles et d’extraits naturels destinés à la parfumerie, la société Biolandes (40) est née au début des années 1980. Dominique Coutière, son dirigeant, a mis au point un procédé de distillation en continu automatisé des aiguilles de pin maritime, qui sera appliqué à l’extraction quelques années plus tard. L’entreprise possède aujourd’hui neuf sites de production dans sept pays différents. Elle a fait de la recherche et développement

un moteur de croissance, avec un laboratoire de 1 000 m2. Son activité de « chimie verte » et sa philosophie tournée vers l’innovation lui ont permis de bénéficier du soutien de Xylofutur pour son projet « Bioextra » commencé en janvier 2010 et finalisé en mars 2013. Son but était de valoriser les résidus du bois issus des usines de pâte à papier et d’extraire des nœuds, écorces et souches les substances bio-actives (polyphénols antioxydants et/ou biocides)

qu’ils contiennent pour les commercialiser en tant qu’extraits naturels pour la parfumerie et la cosmétique, mais aussi de développer des « produits verts » pour différents marchés. Grâce au soutien de Xylofutur et un financement de la Région Aquitaine à l’époque (1 million d’euros sur un projet global de 1,9 million d’euros), la phase de recherche a pu être menée et l’innovation voir le jour avec un triple avantage pour la filière bois, l’économie régionale et le développement durable : la

création d’une nouvelle source d’exploitation du pin maritime, une valorisation originale à valeur ajoutée des résidus du bois et le développement de nouvelles applications des substances naturelles en substitution des produits de synthèse issus du pétrole (chimie verte). En associant l’esprit d’entreprise, la recherche et l’obtention de financement, Xylofutur a permis à Biolandes de faire d’une idée originale une source vertueuse de création de valeurs.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

72%

LA NOUVELLE-AQUITAINE S’INSCRIT DANS UNE STRATÉGIE IDENTIQUE À CELLE DES PAYS SCANDINAVES, AVEC L’OBJECTIF DE COMBINER GESTION FORESTIÈRE DURABLE ET FILIÈRE BOIS DYNAMIQUE.

DES RÉCOLTES DE BOIS sont issues de forêts gérées durablement (pour 10 millions de mètres cubes de production de bois par an)

Valoriser le carbone

LE BOIS À L’ASSAUT DU CO2

La forêt et le bois ont une triple action sur la diminution du CO2 de l’atmosphère, résumée à travers le principe des « trois S ». Avec d’abord la « Séquestration » du dioxyde de carbone au niveau forestier grâce à la photosynthèse. Puis son « Stockage », qui se fait au sein des produits bois en tant que matériau, permettant ainsi de le contenir. Enfin, toutes les phases dites « de Substitution » sur le plan énergétique où des matériaux permettent grâce à l’utilisation du bois en lieu et place du métal, du plastique, du pétrole ou du gaz, de réaliser des économies d’émissions de CO2.

Un fragile équilibre Stabilité des sols, réservoir de biodiversité, qualité de l’eau, prévention des avalanches… Les vertus écologiques et sociales de la forêt sont légion.

L

a forêt constitue un symbole fort en matière d’environnement. « La recherche affine la connaissance sur ses bienfaits et sur la compréhension de son impact, notamment sur la biodiversité », confirme Arnaud Sergent, politiste à l’IRSTEA*. Elle joue aussi un rôle social primordial : elle façonne le paysage et représente pour le grand public un espace de loisirs, de la promenade à la cueillette des champignons. Si cette perception de la forêt demeure, elle a sensiblement évolué, notamment à la faveur du Grenelle de l’environnement. Le bois est en effet devenu un enjeu environnemental majeur face à la crise climatique, autant pour son attrait énergique qu’en tant que matériau de construction. « La Nouvelle-Aquitaine s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie identique à celle des pays scandinaves, avec l’objectif de combiner gestion forestière durable et filière bois dynamique. » Ainsi, 72 % du bois récolté chaque année sont issus de forêts gérées durablement.

« Notre société est contradictoire puisqu’elle voudrait, d’une certaine manière, sanctuariser la forêt d’un côté, mais intensifier de l’autre l’exploitation du bois dans toute sa diversité, tant pour l’énergie que pour la construction ou la chimie verte », observe Arnaud Sergent. UN POTENTIEL À VALORISER Or, les deux sont potentiellement compatibles, dès lors que la ressource est à la fois protégée des risques et renouvelée en termes de patrimoine. Avec un défi de taille que résume sagement le chercheur de l’IRSTEA : « L’arbre met longtemps à pousser, mais les enjeux associés à la forêt et à sa mise en valeur doivent être pleinement appropriés et largement discutés par la société aujourd’hui – en tenant compte à la fois de la crise climatique globale et de la particularité de nos territoires. » Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture.

SÉBASTIEN SINDEU

«L

a tempête Klaus de 2009 qui a endommagé 225 000 hectares de forêt à plus de 40 % a été un élément déclencheur de la création de l’association Aquitaine Carbone. » Béatrice Gendreau, sa présidente, revient sur la naissance en mai 2011 de cette structure sous l’impulsion de la Région Aquitaine, du Centre régional de la propriété forestière (CRPF Aquitaine), de l’Office national des forêts (ONF) et de la Caisse des dépôts et consignations. L’association, qui s’appuie également sur de nombreux acteurs professionnels1, s’est développée dans un contexte marqué régionalement : des propriétaires affectés par les tempêtes et une politique internationale qui, dans le sillage du protocole de Kyoto, cherche à valoriser « le stockage du carbone atmosphérique » (CO2) des forêts gérées durablement. Des études de l’INRA ont en effet démontré qu’une forêt « piège » en moyenne 2 à 4 tonnes de CO2 par hectare et par an. L’association a donc eu l’idée de valoriser l’action des propriétaires forestiers en faveur de la réduction des gaz à effet de serre. Le montage, qui repose sur le principe du « crédit carbone », est un peu complexe. « Il faut surtout retenir que le dispositif a permis entre juin 2012 et décembre 20152 à 700 propriétaires de recevoir 900 000 euros de fonds de la Région. Le levier carbone s’inscrit dans une économie durable qui permet à la fois de lutter contre le réchauffement climatique et de renforcer la filière. Notre association se mobilise pour valoriser la capacité de nos forêts régionales à séquestrer3 le CO2 », conclut sa présidente. 1. GIP ATGeRI, Planfor, Alliance Forêt Bois, AFG, ARGEFO, la Forestière de Gascogne, la Société forestière de la CDC. Par ailleurs, l’USSA et l’URCOFOR ont rejoint l’association en tant que membres. 2. Désormais, l’association participe avec d’autres partenaires, et sous l’impulsion du CNPF et d’I4CE, à la création d’un « Label Bas Carbone » national et travaille à la valorisation du carbone sur l’ensemble de la filière forêt-boispapier. 3. Voir notre article ci-contre.

Protéger la forêt publique

SÉBASTIEN SINDEU

L

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a Région et l’ONF (Office national des forêts) renouvellent leur engagement à protéger les 300 000 hectares de forêts publiques et de dunes littorales, via une convention pour la période 2018-2020. « La forêt littorale publique, comme son nom l’indique, est ouverte aux citoyens dans une région où la croissance

démographique est forte et l’accès au domaine forestier public très facile. Une situation qui, au même titre que le changement climatique, peut fragiliser ce patrimoine », explique François Bonnet, directeur de l’ONF. Des actions innovantes sont ainsi prévues en matière de développement durable du

littoral, de préservation de la biodiversité des systèmes forestiers, de sensibilisation du public, etc. De même, la convention renforce les fonctions sociales (espace paysager et de loisir) et économiques de la forêt publique. Plus de 90% de l’approvisionnement en bois des entreprises de la tonnellerie

– filière d’excellence de la région – proviennent ainsi des forêts domaniales gérées par l’ONF. L’Office national des forêts prévoit en outre des coopérations avec le Portugal et l’Espagne dans le cadre d’un échange d’expériences et entend poursuivre sa collaboration avec les propriétaires forestiers.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

O.PANIER DES TOUCHES

90%

DES SURFACES FORESTIÈRES SONT PRIVÉES EN NOUVELLE-AQUITAINE

100000

La prévention sort du bois

Projets de recherche à Pierroton

Incendie, attaque de ravageurs, tempête… La forêt est soumise à des risques permanents que les acteurs concernés cherchent à prévenir et à lisser.

R

LE RÔLE CRUCIAL DE LA CARTOGRAPHIE Le GIP ATGeri participe pleinement à cette mission grâce à son précieux travail de cartographie, ses tableaux de bord et ses outils d’analyse. Cette source d’information apporte une connaissance experte du territoire forestier. Ce partage de données est utile à la DFCI, mais aussi à la Région lorsque celle-ci s’est engagée avec les sylviculteurs et l’État dans le reboisement des forêts détruites par la tempête Klaus. Elle l’est aussi pour réagir le plus vite possible suite à des

JEAN-PIERRE BOST

L

es incendies, par leur fréquence et leurs dommages, sont le risque majeur de la forêt. Sur les onze dernières années, la Nouvelle-Aquitaine a enregistré près de 1 265 départs de feux par an, pour plus de 1 728 hectares de surface brûlée. La pression est particulièrement forte en Gironde, en raison de la facilité d’accès à la forêt, située en zone semi-urbaine et près de zones touristiques. « Pour contrecarrer ce fléau, un système a été mis en place depuis 70 ans de prévention et de lutte », explique Pierre Macé, directeur du Groupement d’intérêt public Aménagement du territoire gestion des risques (GIP ATGeRI). L’Association régionale de défense des forêts contre l’incendie (DFCI) y joue un rôle majeur en ex-Aquitaine grâce à ses actions financées par 55 000 propriétaires forestiers, l’Union européenne, l’État et le Conseil régional. 4,5 millions d’euros sont consacrés à des aménagements d’envergure (42 000 km de pistes, 5 000 points d’eau, 17 000 km de fossés) pour faciliter l’intervention des sapeurs-pompiers en cas de sinistre. Sur le territoire régional, 1 250 millions d’hectares « à haut risque » sont encore plus surveillés que les autres, de la Gironde aux Landes, mais aussi en Dordogne et dans le Lot-et-Garonne.

PROPRIÉTAIRES GÈRENT LES SURFACES FORESTIÈRES PRIVÉES

1265

DÉPARTS DE FEUX PAR AN EN MOYENNE EN NOUVELLE-AQUITAINE

dégâts causés par le gibier ou suite à des attaques de ravageurs (scolytes, fomes, chenilles, etc.). Le GIP ATGeRI retranscrit ainsi les résultats des actions de la Caisse Phyto Forêt créée par le Syndicat des sylviculteurs, afin d’organiser concrètement le financement d’actions collectives en matière phytosanitaire sur le massif des Landes de Gascogne, ainsi que le financement de programmes de recherche afin de mieux connaître et prévenir les risques en forêt. « Une véritable collaboration se joue entre tous les partenaires institutionnels et privés, se félicite Pierre Macé. Elle permet d’agir plus vite, et donc de mieux prévenir pour agir. »

attachée à l’INRA, l’Unité expérimentale forêt Pierroton fait partie du site de recherches forêts-bois de Pierroton (33). Elle contribue à plusieurs projets en partenariat avec des équipes de recherche INRA et d’autres instituts nationaux ou internationaux, ainsi que les gestionnaires forestiers, sur l’adaptation des forêts au changement climatique. Si les conséquences des changements globaux sur la forêt ne sont pas toutes connues, certaines ont néanmoins été identifiées : perturbation des cycles biologiques, apparition de nouvelles maladies, d’insectes ravageurs… Anticiper ces changements est d’autant plus important que les arbres plantés aujourd’hui seront récoltés dans 30 à 50 ans, et devront être en mesure de résister aux nouvelles conditions environnementales. L’Unité expérimentale de Pierroton travaille donc sur une série de projets* pour observer l’adaptation des écosystèmes forestiers au changement climatique et proposer des scénarios sylvicoles et des variétés d’arbres – notamment de pin maritime – améliorées pour les propriétaires et les reboiseurs. Aucune manipulation génétique ici, mais des croisements naturels entre arbres, afin de ne retenir que les plus performants. Pour arriver à ce résultat, l’Unité expérimentale installe, observe et mesure des dispositifs expérimentaux spécifiques en forêt, menant ainsi un travail important de recueil de données pour développer les connaissances. Notamment : Xylosylve (plateforme technologique dédiée à l’évaluation de scénarios sylvicoles innovants et au suivi des flux de gaz à effet de serre) ; les arboretums du changement climatique, Climaq (programme régional d’adaptation des forêts au changement climatique) et REINFFORCE (projet transnational avec 11 instituts de l’espace atlantique ) ; Fortius et Pinaster (programmes du Groupe Pin Maritime du Futur, labellisés Xylofutur, contribuant à l’adaptation du système de production du pin maritime aux nouveaux contextes économiques et environnementaux.

Des risques multiples pour nos forêts

SABINE DELCOUR

BRUNO LAFON est président du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, du Centre régional de la propriété forestière d’Aquitaine (CRPF), de la DFCI (Défense des forêts contre l’incendie) et du GIP ATGeRI (Groupement d’intérêt public Aménagement du territoire et gestion des risques). Il est aussi maire de Biganos (33).

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Combien notre région compte-t-elle de propriétaires forestiers et quel est leur profil ? La Nouvelle-Aquitaine compte plus de 100 000 propriétaires forestiers ou considérés comme tels, c’est-à-dire des personnes morales ou physiques qui possèdent plus de 4 hectares de forêt. Il s’agit souvent d’un patrimoine familial à forte valeur affective que ces propriétaires ont plaisir à entretenir et à léguer à leurs descendants. L’immense majorité d’entre eux ont d’ailleurs un métier à côté. Quels rôles jouent les propriétaires forestiers aujourd’hui ? 90 % de la forêt en Nouvelle-Aquitaine appartient au « privé ». Ce taux atteint même 95 % dans le massif landais. Derrière chaque arbre, il y a donc un propriétaire forestier qui

est aussi un donneur d’ordre pour l’économie locale et régionale. Certains sont eux-mêmes sylviculteurs, d’autres confient la gestion de leur forêt à des coopératives ou des sociétés de travaux forestiers. La Nouvelle-Aquitaine est l’une des rares régions en France à autoriser encore la chasse populaire et à accueillir les chasseurs sur leur domaine privé. Quels sont les principaux défis auxquels ils doivent faire face ? Les principaux défis sont liés aux risques, en premier lieu le feu. Les propriétaires forestiers sont les seuls en France à s’être auto-imposé une taxe pour faciliter l’accès des pompiers grâce à l’entretien des chemins forestiers et la création de pare-feux. La multiplication des espèces invasives constitue un autre fléau que la profession prévient grâce à l’utilisation de

nouvelles technologies, comme la cartographie et les satellites (voir article ci-contre sur le GIP ATGeRI). Il y a aussi les dégâts causés par les « grands animaux » qui menacent les jeunes pousses et qu’il faut aussi prendre en compte. Il y a enfin le risque des tempêtes. Comment rebondir après un tel désastre ? Nous avons tous vécu le traumatisme des tempêtes de 1999 et 2009. La mobilisation générale de tous les acteurs, dont la Région Nouvelle-Aquitaine, a permis de reboiser 209 000 hectares, une prouesse colossale. Depuis, les propriétaires forestiers ont l’obligation de faire l’effort financier de s’assurer s’ils veulent obtenir des aides complémentaires de l’État en cas de nouvelles catastrophes. Leur vie n’est pas un long fleuve tranquille mais sans eux, la forêt n’existerait pas !

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VIII

21 %

DE LA SURFACE NATIONALE ET PRÈS DE 30 % DE LA RÉCOLTE FRANÇAISE.

LA RÉGION A ÉTÉ RETENUE COMME PILOTE POUR UN PROJET DE CHAÎNE NUMÉRIQUE APPORTANT GAIN DE TEMPS, PRODUCTIVITÉ ET COMPÉTITIVITÉ.

FRANÇOISE ROCH

LA NOUVELLE-AQUITAINE EST LA PREMIÈRE PEUPLERAIE DE FRANCE. ELLE REPRÉSENTE

RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

ficit de matière première devrait apparaître pour la période 2020-2025. Voilà pourquoi le groupe Joubert2, en partenariat avec la Caisse des dépôts (CDC) et sa filiale la Société forestière, a lancé un projet qui combine le financement et la réalisation du reboisement et de l’entretien (taille, élagages, suivi) indispensable à la production de peupliers de qualité. « Nous visons principalement les propriétaires de Charente, Charente-Maritime, DeuxSèvres et Vienne qui disposent de parcelles qu’ils ne souhaitent plus entretenir eux-mêmes. Nous leur offrons une solution clés en main doublée d’une rémunération », expliquent les porteurs du projet. Concrètement, la société Joubert Valter Peupliers, spécialement créée pour l’occasion, assure le reboisement des parcelles concernées et toutes les opérations d’entretien, assurances comprises. Au choix du propriétaire du terrain, soit elle lui verse en retour une somme forfaitaire annuelle, soit elle partage avec lui les fruits de la récolte à terme (15-18 ans environ). Le calendrier de plantation, perturbé par les pluies incessantes de l’hiver, doit reprendre, l’objectif étant de reboiser une centaine d’hectares de peupliers d’ici au printemps 2019. Une trentaine d’hectares sont déjà engagés. « Notre formule originale séduit les propriétaires, y compris ceux qui disposent d’une petite parcelle, puisque nous pouvons en regrouper plusieurs pour arriver à la taille critique souhaitée », concluent d’une même voix le groupe Joubert et la Société forestière de la CDC. Par leur action innovante, ces derniers contribuent à la valorisation d’une essence locale importante pour l’économie régionale et dont la rareté deviendrait problématique3.

LESBATS SCIERIE D’AQUITAINE : LE NUMÉRIQUE À LA CHAÎNE Les entreprises de la filière forêt-bois innovent et se réinventent au quotidien, partout en Nouvelle-Aquitaine. Focus sur trois initiatives soutenues par la Région.

Peupleraie de la société Joubert Valter Peupliers en Charente-Maritime.

L’innovation au bout des bois LE CABINET COUDERT FAIT SA RÉVOLUTION

Expert forestier depuis plus d’un siècle, le cabinet Coudert pratique au Cadran d’Ussel* la vente informatisée de bois depuis une douzaine d’années, pour un volume de 200 000 m3 par an. L’entreprise porte avec le concours d’une dizaine d’acteurs majeurs de la filière forêt-bois un projet qui va permettre de franchir un cap grâce à la puissance du numérique. Le dispositif générique, baptisé Néosylv@q, consiste à organiser des ventes groupées de lots de bois via des tablettes numériques, par l’intermédiaire d’un accès Wifi dédié. Les participants pourront suivre en temps réel les volumes et les montants des ventes. De plus, tous les documents contractuels seront disponibles immédiatement (contrat, état de paiement, billet à ordre…) pour une édition ou une transmission, avec signature électronique pour valider la transaction. Rapidité, souplesse, simplification, sécurisation, le numérique révolutionne la vente

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de bois. « Aujourd’hui, nous sommes en capacité au Cadran d’Ussel de vendre 80 000 m3 de bois en deux heures, toutes opérations comprises », précise Sylvain Coudert, dirigeant de l’entreprise. À terme, le système sera mobile et pourra s’effectuer de n’importe quel site accessible en Wifi. Plusieurs types de vente seront possibles, le dispositif devant permettre de réduire le coût d’organisation d’une vente tout en multipliant leur nombre. Un site Internet avec une interface cartographique et une application mobile sont prévus, permettant d’obtenir toutes les informations sur la vente et même de visualiser les lots.

LE GROUPE JOUBERT REBOISE LES PEUPLERAIES

La Nouvelle-Aquitaine est la région qui compte le plus de peupliers en France, avec 21 % de la surface nationale et près de 30 % de la récolte dans l’Hexagone. L’essentiel de la production est localisé en ex-Poitou-Charentes. Pour autant, un dé-

1. Marché qui permet la vente par un système d’enchères électroniques. 2. Né de la scierie de peupliers aux Eliots en Charente en 1930, le groupe Joubert compte aujourd’hui 250 collaborateurs en France et 380 dans le monde. Il produit 70 000 m3 de contreplaqués par an et réalise 63 M€ de chiffre d’affaires. 3. D’autres mesures sont portées par différents acteurs dont la Région et l’État pour soutenir la populiculture, dont l’aide au premier reboisement, l’aide à la remise en production et l’aide à l’élagage à 7 mètres. 4. AFB, GIP, GCF, ATGeRI, ONF, Smurfit Comptoir du Pin. 5. Centenaire et familiale depuis cinq générations, l’entreprise Lesbats Scierie d’Aquitaine à Léon (40) compte 120 salariés pour 28 M€ de chiffre d’affaires.

La réalisation d’un chantier forestier nécessite l’intervention de différents acteurs qui traitent beaucoup d’informations. Lesquelles sont peu ou mal partagées aujourd’hui. Or, avec le numérique, il est désormais possible d’optimiser un certain nombre de tâches et de les mutualiser, de la parcelle à la livraison client : saisie des différentes données de production et leur transmission par les opérateurs, suppression des saisies multiples, limitation des saisies manuelles, etc. Un projet de « chaîne numérique » est donc porté en ce sens par six structures4, et la société Lesbats Scierie d’Aquitaine5. « Ce principe de chaîne numérique a prouvé son efficacité dans d’autres secteurs industriels et la filière forêt-bois-papier entend en profiter. Avec un tel dispositif, on gagnera du temps et de la productivité, source de compétitivité », explique Olivier Saint-Marty, son animateur au sein de l’entreprise landaise. La Région Nouvelle-Aquitaine a été retenue comme pilote pour ce projet, qui pourrait être étendu ensuite au niveau national. Avec le soutien opérationnel du GIP ATGeRI, du FCBA et de CODEFA – chacun étant plus particulièrement responsable d’une partie du projet –, ce dernier permettra de manière concrète de produire de façon automatisée des documents administratifs forestiers (déclaration ou demande d’autorisation dans le cadre de la loi sur l’eau, dématérialisation de la permission de voirie, etc.), de faciliter le renseignement des inventaires des stocks bord de route, d’avoir une meilleure connaissance des parcelles cadastrales concernées, de déployer le système d’information sur des supports mobiles ou encore d’optimiser les informations des machines de bûcheronnage, peu utilisées aujourd’hui. L’ensemble des informations ainsi collectées pourra en outre venir alimenter un observatoire de l’activité forestière afin de contribuer à une meilleure connaissance de la filière.

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PRIORITÉS RÉGIONALES/ AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

18 COMITÉS DE LIGNE

organisés en 2017 sur l’ensemble du territoire de la Nouvelle-Aquitaine

32 LIGNES TER

3 251 KM DE LIGNES 314 GARES ET HALTES TER

CRA/ALBAN GILBERT

en Nouvelle-Aquitaine

TRANSPORT Être au plus près des usagers des TER pour leur permettre d’exprimer leurs attentes sur les lignes qu’ils empruntent tous les jours, c’est l’objectif des comités de ligne organisés chaque année par la Région, avec la SNCF, dans une vingtaine de villes sur tout le territoire régional.

204 RAMES

TER : vous avez la parole

au 1er janvier 2017

515 M€ INVESTIS EN 2017 61 NOUVELLES RAMES

A

méliorer le service aux usagers en étant à leur écoute : c’est l’objectif des comités de ligne organisés chaque année par la Région. Ils réunissent les représentants de SNCF Réseau et Mobilités, les représentants de la Région et les usagers. Il existe un comité par ligne, par exemple Bordeaux – Arcachon, ou Bordeaux – Mont-deMarsan, mais certains comités en réunissent plusieurs. En 2017, cela a été le cas des lignes de la Creuse, du Bassin de Limoges, ou des lignes Étoile de Pau qui traite des lignes entre Pau et Oloron-Sainte-Marie, Dax, Tarbes et Bayonne. À noter

ACQUISES

aussi les comités Étoile de Périgueux, de Bayonne... Au programme de ces échanges : une présentation de la Région et de sa politique en matière de transports et des horaires envisagés. En 2017, les comités de ligne ont été l’occasion de présenter la nouvelle gamme tarifaire (loisirs, billets « tribu », déploiement des cartes Izy Air ou Astuce). Ces instances permettent aussi d’informer les usagers sur les investissements réalisés par la Région dans le renouvellement des matériels roulants. L’occasion d’apprendre par exemple qu’en 2017 la Région a investi 515 millions

d’euros dans ce secteur ! La SNCF de son côté fait le point sur le réseau, le trafic, le nombre de voyageurs. Priorité aux usagers Ces réunions étant avant tout destinées aux usagers, une place importante est réservée aux réactions des voyageurs. Un point précis est fait sur les travaux réalisés ou prévus dans l’année. Des propositions peuvent être émises par les usagers, comme des adaptations d’horaires ou des créations de trains. La Région prend en compte les demandes faites par les utilisateurs et lance des études dans le but d’évaluer les change-

SPÉCIAL ÉTÉ En TER ou en car, cet été la Région met en œuvre des conditions privilégiées pour permettre aux Néo-Aquitains de se rendre à la plage, en toute sérénité…

La Région vous transporte à la plage !

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CRA/TRAFIK

V

ous en avez marre des embouteillages interminables avant de pouvoir enfin poser votre serviette sur le sable ? Vous êtes las de tourner une heure avant de trouver une place de parking face à l’océan ? Cet été la Région vous aide à passer des vacances plus sereines ! Comment ? En vous transportant à la plage… La nouveauté : depuis le 1er janvier, la Région a récupéré la gestion des cars interurbains. Les lignes de car à destination des plages, comme celles reliant les princi-

La ligne de TER BordeauxHendaye.

pales villes, sont donc désormais gérées par la Région. L’offre de service des TER, quant à elle, permet déjà de se rendre sur les

principales plages du littoral, de la Charente-Maritime aux Pyrénées-Atlantiques. Et pour ceux qui hésiteraient encore,

des tarifs spéciaux sont proposés aux voyageurs estivaux ! Par exemple, le Pass’Océan permet de rejoindre par TER les plages de Royan, Arcachon, La Rochelle, Saint-Jean-de-Luz, Guétary… avec des forfaits de 10 à 30 euros. Par car, les jeunes de moins de 20 ans peuvent effectuer un aller-retour dans la journée sur n’importe quelle ligne du réseau TransGironde, pour un tarif unique de 2,60 euros.

Tous les tarifs sur transports.nouvelle-aquitaine.fr

ments envisageables. Entre 20 et 50 usagers sont présents lors de ces comités, qui sont de plus en plus programmés à proximité des gares, afin que les voyageurs puissent s’y rendre facilement. Affiches, SMS, informations en gare, tout est fait pour que le maximum d’usagers puisse y participer. C’est d’ailleurs une priorité de la Région : se rapprocher des usagers et permettre à l’ensemble des territoires d’être entendus lors de ces temps de concertation.

Retrouvez les dates de vos prochains comités de ligne sur transports.nouvelle-aquitaine.fr

ZOOM

TOUS LES TRANSPORTS SUR UN SITE

À partir de cet été, pour toutes vos infos transports (TER, cars, transports scolaires), connectez-vous sur le nouveau portail de la Région. Dessertes, cartes des réseaux de transport en Nouvelle-Aquitaine, tarifs, horaires, itinéraires et infos trafic, toutes les précisions dont vous aurez besoin pour organiser vos déplacements y seront rassemblées. Le portail mettra aussi en lumière les travaux réalisés sur le réseau et dans les gares, ainsi que l’achat de matériel roulant. Il présentera les temps de concertation prévus tout au long de l’année, comme les comités de ligne à destination des usagers. C’est sur ce même portail que vous accéderez à toutes les informations afin d’inscrire vos enfants au transport scolaire pour la rentrée 2018/2019. Pensez à le faire avant le début des vacances scolaires !

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PRIORITÉS RÉGIONALES/ ÉCONOMIE ET EMPLOI 3 QUESTIONS À… Les entreprises de la délégation Nouvelle-Aquitaine avant leur départ au dernier CES de Las Vegas.

LAURENT GUEYE fondateur de Tirel Systems, qui conçoit et développe un progiciel de gestion pour la restauration, Adoria. Il s’agit d’une solution cloud qui permet d’optimiser l’approvisionnement et la fabrication des repas.

SÉBASTIEN LE CLÉZIO

Pourquoi avoir fait appel au dispositif Boosters NouvelleAquitaine ? En dehors de la France, nous avions identifié comme principaux marchés de proximité pouvant nous intéresser le Benelux, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, notamment parce qu’ils sont les plus dynamiques au niveau européen. Nous avons donc fait appel au pôle export de la Région Nouvelle-Aquitaine pour nous aider dans notre ouverture à l’international, n’ayant pas en interne, en tant que PME, ces compétences. Celui-ci nous a alors dirigés vers le dispositif Booster Allemagne-Suisse-Autriche.

INTERNATIONAL Création d’un service CCI International, renforcement des aides directes aux entreprises et aux filières, participation à 150 rendez-vous internationaux dans 35 pays… la Région est en ordre de marche pour aider les entreprises à développer et structurer leurs exportations dans la durée.

Cap sur l’export !

I

nciter les entreprises, PME et entreprises de taille intermédiaire (ETI) de Nouvelle-Aquitaine à s’inscrire dans une stratégie de développement à l’international et les accompagner dans la durée. Telles sont les grandes lignes de la politique volontariste, en matière d’appui à l’export, engagée par la Région Nouvelle-Aquitaine. Pour plus de lisibilité et d’efficacité, elle a souhaité harmoniser ses prestations d’accompagnement avec la création, en avril 2017, de la Chambre de commerce et d’industrie International Nouvelle-Aquitaine. La porte d’entrée des entreprises Cette structure, qui regroupe les services internationaux des 14 CCI territoriales de Nouvelle-Aquitaine, représente la porte d’entrée pour les entreprises. Elle a pour mission de les accueillir, les conseiller, les orienter et les suivre dans la durée. Elle propose un parcours à

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l’export organisé en six étapes : sensibilisation-diagnostic ; structuration de l’entreprise ; ciblage marchés ; élaboration du plan d’actions et financement ; développement commercial et implantation. L’objectif ? S’assurer qu’une entreprise qui va à l’international a structuré une stratégie. À partir du moment où une entreprise est inscrite dans ce parcours ou a formalisé une stratégie de développement export, elle peut alors prétendre aux aides directes attribuées par la Région. Trois dispositifs sont mobilisables (budget de 7 M€) : le Pass Export s’adresse aux primo-exportateurs (structuration de la démarche à l’export) ; le Cap International aide les exportateurs confirmés (consolider les marchés, s’implanter…) ; Talent Export, lui, apporte une aide au recrutement de collaborateurs export. À l’image de ce parcours, la Région a également développé, dans le cadre d’un appel à mani-

festation d’intérêt intitulé SIRENA, un parcours d’accompagnement à l’internationalisation des clusters et filières. Grands évènements internationaux La Région accompagne également les entreprises sur des évènements dans le monde entier : salons internationaux, missions d’affaires, programmes d’accélération start-up, réunions thématiques…, avec une prise en charge à hauteur de 50 % des dépenses. Cette démarche est complétée par une aide à la préparation et un accompagnement, afin d’assurer l’efficacité commerciale des entreprises lors de ces évènements. L’an dernier, la Région était notamment présente au CES de Las Vegas, au Biofach en Allemagne ou encore au Fancy Food Show à New York. En 2018, cette offre à destination des entreprises et filières est renforcée, avec une programmation de 105 évènements dans 35 pays.

50 % du mon-

tant des dépenses liées à des évènements internationaux sont pris en charge par la Région.

Quelles ont été les aides de ce dispositif ? Booster nous a apporté, via le prestataire désigné, la Chambre de commerce française en Allemagne (CCFA), un véritable appui à l’implantation sur le marché allemand du fait de leur très bonne expertise sur la zone germanophone. Ils ont un réseau de professionnels compétents dédié à l’export qui a aussi la capacité de travailler vite, ce qui est important sur un marché comme l’Allemagne. De notre

GCOMMUNICATION

« Un véritable APPUI pour notre implantation sur le marché allemand »

côté, cela nous a laissé la liberté de nous concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire nos clients et l’opérationnel. Aujourd’hui encore, je fais appel aux compétences de la CCA pour tout ce qui concerne les ressources humaines, la comptabilité et les questions juridiques. Concrètement, quels sont les résultats ? L’implantation en Allemagne est un processus long, mais aujourd’hui les résultats sont extrêmement encourageants. Cette année, nous faisons 2 % de notre chiffre d’affaires avec ce pays. L’année prochaine, l’estimation est de 10 %, car nous venons de signer un contrat avec le deuxième opérateur allemand de gestion des maisons de retraite. Notre ambition est donc de continuer à travailler avec la CCA sur ce format et sur le long terme.

ZOOM

BOOSTER LE BUSINESS À L’INTERNATIONAL Journées d’information, retours d’expérience, accompagnement sur mesure par un réseau de spécialistes… La Région Nouvelle-Aquitaine souhaite, avec son nouveau dispositif Boosters Nouvelle-Aquitaine, accélérer l’implantation des entreprises à l’étranger sur quatre zones clés : Allemagne-Suisse-Autriche, Chine, Japon et États-Unis. Ce dispositif est né d’un constat sur la difficulté des entreprises, face à la multitude d’organismes publics et privés, à trouver le ou les bons intermédiaires afin d’être accompagnées dans leur démarche d’implantation. L’objectif a donc été de simplifier pour elles cette approche en référençant, dans le cadre d’un appel d’offres international, les bons interlocuteurs par zone. Ils ont été choisis pour leur expertise du pays dans lequel ils interviennent, mais aussi pour la richesse de leur réseau (expert-comptable, avocat, juriste, banquier…) pouvant être mobilisé au service des entreprises, quel que soit leur projet d’implantation : succursale, bureau de représentation, filiale ou autre. Les entreprises qui souhaitent franchir le pas de l’international pourront ainsi bénéficier de cette mise en relation ainsi que d’un ensemble de services allant de l’étude stratégique (diagnostic, recommandation sur le choix d’implantation, analyse des opportunités…) à sa mise en œuvre (rédaction des statuts, assistance aux négociations, transfert de technologie…). Ces aides peuvent être cumulées avec les aides de soutien au financement à l’export proposées par la Région.

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PRIORITÉS RÉGIONALES/ ÉCONOMIE ET EMPLOI TÉMOIGNAGE PLAN DESIGN 2017-2021. Des freins persistent au sein des entreprises pour recourir au service des designers, ces maestros de l’innovation. Afin de les inciter à sauter le pas, la Région s’engage à accompagner 500 entreprises en cinq ans.

Design, vous avez dit design ?

R

Des chiffres d’affaires boostés de 22 % Pour la Région Nouvelle-Aquitaine, dans un contexte de concurrence accrue, le travail des designers répond de façon efficace à cette nécessité d’innover en permanence et constitue un véritable levier de croissance. En gagnant une identité de marque plus forte, en se différenciant de la concurrence, en répondant à de nouveaux besoins, en diversifiant leur offre, les entreprises qui ont parié sur le design voient

ainsi en moyenne leur chiffre d’affaires progresser de 22 %*. Les retombées se mesurent aussi, selon les projets, par un développement à l’export, une optimisation de la fabrication ou en termes de collaboration plus forte au sein de l’entreprise et d’attractivité pour recruter. C’est pourquoi la Région ambitionne d’accompagner d’ici cinq ans 500 nouvelles entreprises. Maillon central, l’Agence de développement et d’innovation

Nouvelle-Aquitaine (ADI) peut être sollicitée pour de premiers cahiers des charges. Pour de l’aide au conseil en innovation design, la Région s’engage à hauteur de 25 % à 70 % du coût de la prestation d’un designer et de 25 % à 45 % sur le coût d’un projet innovant. Le recrutement d’un designer peut, lui, être facilité avec une implication régionale de 50 % du salaire chargé de la première année. Pour sensibiliser les dirigeants,

des formations ont également débuté auprès des acteurs en contact permanent avec les entreprises : agents des chambres de commerce, des clusters et pôles de compétitivité… De même, à l’automne, un centre de design virtuel permettra en un clic d’accéder à l’ensemble des ressources, compétences, formations et manifestations régionales autour du design.

Fabrice Hérault et Dimitri Aumand de l'agence ADN Design, à Niort.

The Economic Effects of Design, 2003.

LE COLLOQUE AGRO-SMART-CAMPUS organisé le 4 mai dernier au lycée agricole de MontagneSaint-Émilion autour des enjeux et mutations du secteur agricole a été l’occasion de lancer un projet du même nom unique en France, dont l’objectif est de créer des ponts entre le monde de la recherche et celui de l’enseignement agricole.

Rapprocher enseignement agricole et recherche

L

e 4 mai dernier, le lycée agricole de MontagneSaint-Émilion accueillait le colloque Agro-SmartCampus. Organisé par la Région Nouvelle-Aquitaine en partenariat avec la Draaf, l’Inra et Bordeaux Sciences Agro, ce colloque, qui a réuni des chercheurs et des spécialistes du domaine agricole de toute la France, a permis aux élèves et enseignants de l’ensemble des structures d’enseignement agricole de Nouvelle-Aquitaine ainsi qu’aux professionnels agricoles d’avoir un éclairage et de discuter sur les grands défis at-

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« LE COÛT INVESTI A ÉTÉ LARGEMENT AMORTI »

«E

O.PANIER DES TOUCHES

éduit bien souvent à l’esthétisme des produits, le travail des designers souffre toujours en France d’une certaine méconnaissance. Certes, les designers revisitent la forme, la couleur et la texture d’un produit. Mais ils s’attachent aussi, ce qui est moins connu, à en simplifier l’usage, à en améliorer la fonctionnalité, le mode de fabrication, à penser éco-conception et recyclage… Pour insuffler de l’innovation, ils déploient un large panel de compétences à la croisée des chemins entre ingénierie, production, marketing, gestion, commerce. Et pas seulement sur des produits de grande consommation, mais également sur des services, des espaces, du numérique…

JOHNNY GRIPPON, responsable commercial de la Laiterie Les Fayes, société de 50 salariés créée en 1942, filiale de la coopérative laitière Terra Lacta.

Un projet unique en France

tendus du secteur : les mutations au regard du changement climatique, l’évolution des pratiques ou encore la prospective à 20 ans pour l’agriculture. Enrichir la formation Cette manifestation a aussi été l’occasion d’engager un projet plus vaste du même nom. En effet, l’Agro-Smart-Campus se veut être une expérimentation unique en France portée par la Région, qui répond à la volonté d’enrichir, sur le long terme, la culture scientifique des structures d’enseignement agricole de Nou-

velle-Aquitaine (MFR, lycée agricole, CFAA…). Par la création de passerelles entre elles et l’enseignement supérieur et la recherche (universités, Bordeaux Sciences Agro, Inra, CNRS…), l’objectif est de sensibiliser les jeunes, futurs exploitants ou salariés agricoles, aux avancées scientifiques et aux travaux de recherche de ces structures, afin qu’ils se saisissent des grands enjeux de demain comme l’agroécologie, les changements climatiques, l’autonomie alimentaire ou encore la robotisation. Concrètement, cette diffusion et valorisation des connaissances et

des savoirs scientifiques et techniques, complémentaires des programmes officiels, prendra la forme de visites de terrain, de conférences ou de forums, coconstruits avec les enseignants. Pour une diffusion la plus large possible à l’ensemble des structures d’enseignement agricole, une plateforme numérique sera alors développée, et continuellement enrichie, afin de servir de support pédagogique. Draaf : Direction régionale de l’agriculture, l’alimentation et la forêt. Inra : Institut national de la recherche agronomique.

n 2013, notre société a eu recours aux services de l’agence de designers ADN de Niort. Une première réflexion collective (consommateurs, distributeurs, employés…) a mis en avant notre atout : de bons produits issus d’un approvisionnement local en lait, conçus sans conservateurs ni additifs, mais à l’image vieillissante. Les designers ont soumis des propositions de packaging très audacieuses – notamment une bouteille de lait en noir et blanc –, revendiquant aussi plus clairement la qualité gustative de nos produits et notre origine limousine. Un pari osé et de rupture que nous n’aurions jamais osé accomplir en interne sans le travail et la conviction des designers ! En parallèle, pour séduire une clientèle plus jeune, une campagne de communication a été lancée, sur un ton décalé et avec des slogans rigolos comme “Les Limousins sont la crème de la crème”. Très vite, avec cette nouvelle identité, nos produits se sont démarqués de la concurrence. Cette démarche “design” a porté ses fruits et le coût investi a été largement amorti. »

ZOOM

LES CONTROVERSES EUROPÉENNES Depuis plus de 20 ans, les Controverses européennes mettent en débat le devenir de l’agriculture, de l’alimentation et des territoires ruraux, avec pour terrain d’expression Marciac (Gers). Pour cette 24e édition, construite en partenariat avec la Région Nouvelle-Aquitaine, la manifestation pose ses valises à Bergerac (Dordogne) du 10 au 12  juillet. Cette année, la thématique est : « Mais que fabriquent les prospectives ? » S’y côtoieront des experts, des agriculteurs, des élus, des représentants de la société civile et des enseignants.

http://controverses-europeennes.eu/

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DESTINATION AGEN

CULTURE & DÉCOUVERTE

Lever du jour sur le coteau de l’Ermitage.

TERRITOIRES C’est à Agen qu’Olivier Bleys nous emmène pour ce numéro. Toujours au rythme de la marche, il nous conduit hors des sentiers battus. Suivez le guide !

Carnet de marche à Agen

DR

OLIVIER BLEYS Auteur confirmé, il a publié 32 livres, notamment chez Gallimard et Albin Michel. Passionné de marche, il a entrepris, en 2010, un tour du monde à pied par étapes qu’il poursuit d’année en année.

Montesquieu (1689-1755) passa son enfance à Agen, dans l’hôtel particulier qui porte son nom.

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A

utant l’écrire tout de suite : je n’aime pas les pruneaux. C’est sans doute d’en avoir trop mangé enfant, dans les années 1970, quand cette gourmandise lestait les sacs à dos des randonneurs. À cette époque, le régime des marcheurs incluait couramment des pruneaux ou des bananes séchées, sinon un tube de crème de marrons de l’Ardèche. Heureusement, les Agenais ne tiennent pas rigueur à ceux qui boudent leur spécialité. Abordet-on le sujet, ils vous disent que les « prunes à pruneau » (variété d’Ente, « allongée, goûteuse et violette ») sont cueillies plus au nord, près de Sainte-Livrade-sur-Lot. Agen n’est pas le site de production ; c’est le port de Garonne d’où la savoureuse denrée était expédiée vers le monde entier. Je ne raffole pas des pruneaux, non... Pourtant, une poi-

gnée de ces fruits (calibre 33/44, le plus gros) m’aurait fourni un bon en-cas pour la marche nocturne entreprise dès mon arrivée. Mon programme était modeste : descendre la colline où habitait mon logeur, suivre le canal jusqu’au centre-ville d’Agen, rentrer avant la pluie. Je n’ai pu éviter l’averse, mais j’ai découvert sur une dizaine de kilomètres le visage méconnu qu’offre une ville plongée dans l’ombre. Dès l’aube, j’enfile mes chaussures de marche, encore humides des foulées de la veille. Dans une boulangerie, je fais l’emplette d’un Petit Bleu avec les croissants du matin. Lancé en 1914, Le Petit Bleu (du nom des télégrammes, ou « bleus ») imprimait les dépêches du front. Par la suite, cette feuille de chou se spécialisa dans les nouvelles très locales. La présente édition relate un match de soutien à une association de malvoyants, célèbre les trente ans d’une crèche familiale, donne l’horoscope en huit mots. Mais elle décrit aussi les derniers

aménagements du parc naturel de Passeligne, au sud de la ville. Ma première destination en terre agenaise... Il fait encore nuit quand je me lance dans l’exploration de ce parc de loisirs aux deux étangs, inauguré en 2012 le long de la Garonne. À cette heure, la proportion est d’un visiteur (moi) pour huit braves jardiniers. Certes le terrain boueux, rincé par les intempéries (+ 71 % de précipitations en mars, par rapport à la normale), n’invite guère à la promenade. Sous le ciel bas, les chaises repliées de la buvette ont un air d’abandon. Ni les premières fleurs du printemps, ni l’aire de jeux spirale, aux couleurs franches, ne parviennent à égayer le décor. Cependant, la rare présence humaine met les animaux en confiance. Des canards, des échassiers, toute une faune humide hante les berges. Heureusement que j’ai prévu d’autres chaussures pour mes visites de la journée, car ce tour de parc a alourdi mes tennis d’une

bonne livre de boue collante. Pas question d’entrer ainsi chez Philippe Jarasson, le chocolatier de l’Attrape-Rêves — malgré la nuance cacao de ce dépôt sous mes semelles. Cette chocolaterie de poche, la plus petite de France, dit-on, je l’ai choisie pour son nom. Un artisan dont le matériau est le songe et l’instrument une spécialité gourmande : voilà qui m’intéresse. Ladite chocolaterie, à Sauveterre-Saint-Denis, près d’Agen, remplit trois pièces dans une dépendance de la maison de propriétaire. Dès le seuil, on sait à qui l’on a affaire. Le jardin resplendissant, les chats qui se promènent, le joli rouge de la porte : tout ici respire le goût et l’harmonie. En plus, ça sent drôlement bon... « Vous croyez que c’est ouvert ? », demande une dame entrée avec moi. Il suffit de tendre les narines. Impression confirmée à l’intérieur. Boutique à gauche, atelier à droite ; en face, la réserve et un vrai butin de chocolatier, plusieurs étagères garnies des créations du maître. Je tourne mes premières images, envoûté par la machine à chocolat. Voilà soixante ans, m’apprend Philippe Jarasson, que du chocolat liquide à température humaine (une trentaine de degrés) jaillit du robinet de l’appareil. Nous sommes à quelques jours de Pâques, et la fontaine de volupté tourne à plein régime. À l’écoute de l’artisan et de sa compagne, je m’instruis en gourmandise. La bonne nouvelle, c’est que le chocolat blanc dont je raffole n’est pas, comme on le croit souvent, un sous-produit de confiseur. Mais j’étais loin de mesurer combien d’art et de science pouvait loger un seul bonbon de chocolat, la spécialité de l’Attrape-Rêves. Telles qu’au Moyen Âge… À regret, je quitte ce lieu de délices. Le soleil perce enfin, ravivant mon envie de marcher. Dès les premières foulées dans Agen, un sentiment de facilité me gagne. Je suis l’itinéraire de mémoire, sans presque consulter la carte. Le plan de la ville est simple. Impossible ou presque de s’y perdre. Agen est contenue, un peu serrée parfois, entre le canal, la voie ferrée, des collines de faible élévation et « Garonne », comme les gens ici appellent le fleuve : sans article, et parfois au masculin. Rares toutefois sont les grandes perspectives, les avenues larges, les places de belles dimensions. L’espace agenais semble compté. En particulier, les églises apparaissent au marcheur telles qu’au Moyen Âge : sans parvis, cernées de maisons ; donc au détour d’une rue et au dernier moment. Pas simple de les photographier…

MIEUX QU’AILLEURS, LES TRACES D’UNE HISTOIRE BIMILLÉNAIRE ONT ÉTÉ CONSERVÉES. »

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ICI

DESTINATION AGEN

EN PRATIQUE

DR

J’AI DEUX PAYS : AGEN ET LE MONDE. JE N’AI JAMAIS QUITTÉ AGEN », MICHEL SERRES La Dépêche, 29/12/2011

DESTINATION AGEN

Mieux qu’ailleurs, les traces d’une histoire bimillénaire ont été conservées. Un passé parfois lointain palpite à chaque coin de ruelle, inscrit dans de vénérables monuments, ou libellé en toutes lettres sur les plaques émaillées. Agen est à mi-distance de Bordeaux et de Toulouse. Voilà pourquoi la brique le dispute ici à la pierre : brique rongée, creusée, voire excavée sur certaines façades ; pierre qui constitue certains monuments, tel l’ancien palais épiscopal d’Agen, siège de la préfecture du Lot-et-Garonne. On pourrait croire le théâtre Ducourneau, sur la place de la mairie, bâti lui aussi en pierre : en réalité, c’est le premier de France coulé en ciment armé... Après quelques heures de marche, je m’attable pour déjeuner. Le hasard faisant bien les choses, le restaurant occupe le coin de la rue Beauville, que je n’avais pas repérée. Le patron m’apprend que c’est la mieux conservée du quartier médiéval. Les touristes y défilent, l’été. Mais nous sommes hors saison et je me faufile seul entre les façades, par endroits si

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serrées qu’on pourrait les toucher des deux mains. Quatre heures et seize kilomètres que j’arpente la ville aux ruelles sinueuses. Il est temps d’élargir mon horizon. À ceux qui veulent prendre l’air, Agen n’offre pas son fleuve — une désastreuse voie sur berge en défend l’accès aux piétons — mais un magnifique pont-canal, long d’un demi-kilomètre, qui porte d’une rive à l’autre le canal dit « des Deux-Mers ». Bateaux, piétons et cyclistes sont libres d’enjamber ses vingt-trois arches en pierre de taille. Leur érection, au milieu du e siècle, conjura une malédiction locale : soumise aux crues volubiles de la Garonne, Agen avait toujours manqué d’un pont. Mon deuxième rendez-vous de la journée se tient justement en contrebas du pont-canal, côté ville. L’ancienne usine des eaux d’Agen est devenue le Café Vélo, établissement hybride réunissant un bar, un restaurant bio, un atelier de location et de réparation de cycles, et même un gîte d’étape ouvert aux chevaucheurs de selles. À l’intérieur, l’esprit industriel a

été conservé, sous la forme d’une énorme citerne et de tubulures métalliques où circulait l’eau de (la) Garonne. La rénovation, réussie, exalte la fragile mécanique des bicyclettes, présente dans le moindre détail du mobilier et de la décoration. L’établissement a d’ailleurs un parrain sur deux roues, le « cyclonomade » Jacques Sirat, qui vient régulièrement narrer ses exploits devant les consommateurs. Quand j’ai appris l’existence du Café Vélo, le concept m’a tellement plu que j’ai songé à venir à bicyclette. J’aurais pédalé aller et retour, le long des 140 kilomètres qui séparent ma maison bordelaise du chef-lieu du Lot-et-Garonne. Et bien sûr, j’aurais dîné et dormi là, dans l’ombre du pont-canal, avant de marcher dans Agen. Seule la pluie m’a dissuadé de tenter ce petit exploit — de relever ce douloureux défi : torturer mes cuisses de deux façons... Mais, tandis que je m’élève sur la colline de l’Ermitage pour cadrer une dernière photo, surplombante, de la ville de Montesquieu (et de Francis Cabrel), voilà qu’un vent tiède refoule les nuages. Mes derniers regards sur la patrie du pruneau bénéficient de la chaude lumière du couchant. Un ultime cliché, nappé de soleil.

Plus d’infos sur attrape-reves-chocolats.fr/ www.facebook.com/cafe.velo.agen/

ALBAN GILBERT

Ci-dessus, le théâtre municipal (à gauche) fait face au musée des Beaux-Arts. Ci-contre, le pont-canal d’Agen.

AGEN EN LOT-ET-GARONNE S’Y RENDRE Agen est accessible par tous les moyens : en avion depuis Paris, en train depuis Bordeaux, Toulouse ou Paris, en voiture via l’A62, sans oublier le bateau, le vélo et même la marche à pied pour les plus courageux par la voie verte du canal des Deux-Mers depuis Bordeaux ou Toulouse. SUR PLACE Architecture, art, longues promenades dans la nature… Il y en a pour tous les goûts à Agen. Pour les amoureux de la nature d’abord, à deux pas de la ville, vous pourrez vous ressourcer au cœur du parc naturel de Passeligne, sans oublier le jardin botanique de Darel aux portes de la ville et le site naturel de Trotte-Lapin… Vélo, randonnée, pêche, pique-nique seront au rendez-vous. Pour les amateurs d’art et d’histoire, partez à la découverte du musée de Villascopia à Castelculier, visitez le manoir de Prades à Lafox, arrêtez-vous devant la cathédrale SaintCaprais à Agen, sans oublier le musée des Beaux-Arts. GASTRONOMIE Bio, de tradition, authentique, savoureuse, raffinée… La cuisine met les produits frais à l’honneur à Agen. L’occasion de découvrir la pescajoune au pruneau d’Agen, l’estofinade, la tourtière ou encore le tortillon. SE LOGER Hôtels, chambres d’hôtes, locations saisonnières, résidences de tourisme, campings, hébergements collectifs… La ville d’Agen est accessible pour toutes les bourses et pour tous les goûts. Il ne vous reste qu’à faire votre choix ! Plus d’informations destination-agen.com

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ÉMILIE ESCOURIDO / ALCA

CULTURE & DÉCOUVERTE TOURISME Randonnée, balade à vélo, chasse aux trésors

grandeur nature, découverte du patrimoine… Partez à la découverte de la Nouvelle-Aquitaine avec vos applications mobiles gratuites préférées.

Des applis pour l’été Rencontre avec CORALIE GRIMAND, directrice générale de l’ALCA, à l’occasion de l’ouverture de la Maison de l’économie créative et de la culture (Méca) à l’horizon 2019, où son agence sera accueillie, aux côtés de l’OARA et du FRAC Aquitaine*.

La Méca : cap sur 2019

Pouvez-vous nous présenter l’ALCA ? L’ALCA est la nouvelle agence du livre, du cinéma et de l’audiovisuel de la Nouvelle-Aquitaine. Elle est issue de la fusion de trois associations : ECLA (l’agence du livre et du cinéma d’Aquitaine), le Centre régional du livre du Limousin et le Centre du livre et de la lecture de Poitou-Charentes. C’est une équipe de 43 professionnels passionnés et engagés au service du développement du livre et du cinéma, avec une ambition et des valeurs : défendre les créateurs et la création là où elle reste fragile. C’est ainsi accompagner un premier film qui, sans les fonds d’aide et l’accompagnement de la Région, aurait du mal à voir le jour et à toucher le public, c’est contribuer au maintien des librairies indépendantes, éduquer les lycéens aux images et au cinéma pour qu’ils comprennent mieux le monde dans lequel ils évoluent… Quelles sont les priorités de l’agence, les principaux chantiers ? Dans un premier temps, l’ALCA doit réussir la fusion de trois entités aux cultures différentes et partager un projet collectif à grande échelle territoriale, en bonne articulation avec les services de la Région et de l’État. Notre vocation est d’être des accélérateurs de projets, au service du tissu régional livre et cinéma. Nous devons inventer et expérimenter de nouvelles formes de développement culturel et économique des territoires et

conserver une proximité forte avec le terrain, les acteurs professionnels, les besoins spécifiques de certains territoires, de publics éloignés de la culture… Nous devons aussi nous focaliser là où l’action régionale est particulièrement pertinente. Serons-nous en capacité, en région, d’infléchir la concentration d’industries du cinéma et du livre en Île-de-France ? Nous avons encore du chemin à parcourir pour réussir la décentralisation. Mais la taille, la force et l’ambition de la grande région nous permettent aujourd’hui de peser et d’infléchir les curseurs. Vous vous installerez en 2019 à la Méca. Qu’est-ce que cela représente pour vous ? C’est une chance incroyable. Au-delà du lieu symbolique et du geste architectural audacieux qu’elle incarne déjà, la Méca va nous donner la possibilité, en accueillant l’ALCA, l’OARA et le FRAC Aquitaine, d’inventer un espace où livre, cinéma, spectacle vivant, arts plastiques et visuels… vont se rencontrer, s’hybrider, se renouveler ! Je suis très enthousiaste à l’idée de l’ouverture que cette proximité va induire pour nos équipes, nos façons de travailler, de nous alimenter en idées nouvelles. La Méca, c’est la biodiversité dans le domaine culturel, c’est aussi pour nos professionnels une opportunité de développer des écritures, des langages, des contenus, des projets plus forts, plus créatifs, plus singuliers.

OARA

Office artistique de la Région NouvelleAquitaine

FRAC

Q

Des trésors cachés Terra Aventura, ce sont près de 300 parcours proposés en Nouvelle-Aquitaine, pour partir à l’aventure en mode chasse aux trésors. Concrètement, des boîtes appelées « caches » sont dissimulées dans la nature. À l’aide de l’application, vous devez découvrir leur emplacement, les trésors qu’elles contiennent et ainsi vous laisser guider à travers le patrimoine régional. Pour vous orienter, des énigmes vous sont posées. Les itinéraires peuvent être choisis en fonction de leur difficulté et de leur thématique (légendaire, animaux, arts, au bord de l’eau, sites préservés, contes et légendes, his-

STÉPHANIE NADOUCE CMT

3 QUESTIONS À…

ue vous soyez adepte de la marche à pied, aficionado de la petite reine, cavalier dans l’âme ou marin, ItiAqui est l’application qu’il vous faut. Plus de 1 000 itinéraires agrémentés d’une carte interactive et d’informations utiles (étapes, sites à visiter, photos, sons…) se retrouvent ainsi à portée de clic. Randonnées sur le littoral, balades dans les parcs naturels régionaux, en forêt ou en montagne, circuits à vélo, flâneries urbaines, sans oublier les traditionnels GR, la vélodyssée ou même les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, vous découvrirez des promenades de une à cinq heures réparties en trois niveaux de difficulté. Le tout étant, bien sûr, accessible sur IOS et Android.

Plus d’infos itiaqui.aquitaine.fr terra-aventura.fr videoguidelimousin.fr toire du commerce, nocturne…). À chaque étape, une histoire est racontée sur le patrimoine avec des anecdotes amusantes, puis une question est posée aux joueurs. Les réponses apportées au fil de la balade complètent les coordonnées GPS du trésor final. Une appli que vous trouverez sur IOS et Android. Le patrimoine comme vous ne l’avez jamais vu Avec Vidéoguide Nouvelle-Aquitaine, partez à la découverte du patrimoine en version augmen-

tée. Quatorze destinations vous sont proposées, parmi lesquelles Aubusson, Angles-sur-l’Anglin, Beaulieu-sur-Dordogne, Collonges-la-Rouge, l’île de Vassivière, Meymac, Ségur-le-Château, Limoges ou Pompadour… Appli en poche, vous serez guidé au long de parcours ponctués de vidéos documentaires, d’audioguides et de quiz ainsi que de restitutions en images de synthèse, pour tout savoir sur l’histoire et le patrimoine des lieux visités. Bilingue (français-anglais), l’application est téléchargeable gratuitement sur IOS et Android.

Fonds régional d’art contemporain

ALCA

Agence livre, cinéma et audiovisuel en NouvelleAquitaine

6 films tournés ou produits en Nouvelle-Aquitaine sélectionnés dans les différentes compétitions officielles du Festival de Cannes; 12 M€ de la Région et des départements pour soutenir le cinéma; 4 M€ mobilisés par la Région, le Centre national du livre et la DRAC sur la filière livre.

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PARLANJHES RÉJHIOUNÀUS / ESKUALDELANGUES RÉGIONALES/ LÉS HIZKUNTZAK / LAS LENGAS REGIONALAS POITEVIN-SAINTONGEAIS

Assé causai. Chantun pi dançun avoure !

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ràes faetivàus batant le branle çhét étai, au lan daus çhultures réjhiounales, evartes a tots lés ourisunts. A Tule, Balad’Oc evre le bal en Couréze. La traesiaeme édiciun de çhau faetivàu défruche lés éstaméles mauparélles d’éspréssiuns de la çhulture ouccitane lémosine. Qu’o séjhe daus proujhécciuns-trénquetalleries obe daus animaciuns pi daus jhouries, Balad’Oc maele gadaesement lés jhénéraciuns é evre sa séne aus éncitais ouccitanisces de Tule pr daus petites istoeres de laulun. Ol ét sultout ine débllame pr segre ine vesite biléngue de la fabrique d’acordiuns Maugein, de renscuntràe le grafegnour Jhan-Perot Lacunbe pi étou d’entendre Alidé Sans, yine daus novéles voes de la

chançun ouccitane çh’at rén que 26 ans. Au Péyis Basque, l’assenbllàie ét la vrae fasouse de l’Errobiko Festibala çh’ét cunbae apart. Le faetivàu de criaciun ét ordrai a Ixtassou « pr daus artisces », qu’ol acache le chantour Begnat Achiari, pr deden la parçounerie Eskandrai. Mises en lan pr le ren, lés jhouries sant d’abord daus renscuntres totes pllénes de librtai : renscuntres croesàies entr lés artisces, qu’o séjhe le « vocalchémicous » Andrai Ménviéle, le pianisce de jazz Toni Imas obe qu’o séjhe lés jhénes çhi venant dau Péyis Basque pi d’Ouccitanie ; agrouajhes étou entr l’assenbllàie pi lés artisces durant daus prmenades ébafantes den lés boes, voure o grave la

muntagne pr la finale. Den lés Deùs-Sévres, De Bouche à Oreille fét balàe Partenàe au sun daus musiques passàies a la goule. Au prougrame: jhouries, apéro-jhouries é bastréngue pr tote la famelle ! Au menanjhe pr denpis 1987 : l’UPCP-Métive. La parçounerie, çhi fét pr que la çhulture poetevine-séntunjhaese s’adevancisse, fét livai aus maelanjhes sapablles daus musiques tradiciounéles pi d’àutres musiques d’avoure. Su séne, o s’envite den le maeme tenp daus artisces de la réjhiun, d’a coutai (queme Aronde, a caralét entr Auvérgne pi Gascougne) mé d’allour étou : Arjhentine, Paléstine, Iles Brtaniques… A pa mancàe : le grand bal dau semadi au sér.

BASQUE

Aski da. Orain dantza egiteko eta abesteko garaia da!

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skualdeko kulturen erritmoa gaindituko dute aurtengo udan hiru jaialdik, horizonte guztietara irekiak. Balad’Oc-ek dantza irekiko du Tullen, Corrèze. Jaialdi honen hirugarren edizioak Okzitaniako limousineko kultura-adierazpen era desberdinak ikuskatzen ditu. Proiekzio, eztabaida, ekitaldi eta kontzertuen artean Balad’Oc-ek belaunaldiak nahasten ditu poztasunez eta Tulleko ikasle okzitaniarrak jartzen ditu eszenan tokiko kondairak kontatzeko. Maugein akordeoi-fabrikaren bisita elebidunaz gozatzeko, Jean-Pierre Lacombe idazlea ezagutzeko eta 26 urteko Alidé Sans, kanta okzitaniarraren ahots berrietako bat, entzuteko aukera paregabea izango da. Euskal Herrian publikoa da Errobiko Festibala atipikoaren protagonista nagusia. Sorkuntza-festibal hau Itsasun antolatzen dute «artistek», dio Beñat Achiary kantariak Eskandrai elkartetik. Ikuskizun hauek aukerarako diseinatu dira eta askatasunez beteriko topaketak

dira; hau da, arteen arteko topaketak (dantza, musika...); artisten arteko topaketak, hala nola André Minvielle kantari-kimikaria, Tony Hymas jazz pianista edo Euskal Herriko eta Okzitaniako guardia berria, eta publiko eta artisten arteko topaketak basoan zeharkako ibilaldi harrigarrietan zehar, mendira igotzen bukatzen direnak. Deux-Sèvresen, aldiz, musikaren soinuarekin egiten du dantza Parthenayk De Bouche à Oreille jaialdian. Programan: kontzertuak, aperitibo-kontzertuak eta festa familia osorentzat! UPCP-Métivek 1987tik antolatu izan du jaialdi hau. Poitevin-saintongeaiseren kulturarako lan egiten duen elkarteak musika tradizional eta adituen nahaste zaporetsuak eskaintzen ditu. Alde batetik, eskualdeko artistak agertokietara igotzera gonbidatuta daude, baita ondoko eskualdekoak ere, hala nola Aronde (Auvernia eta Gaskoinia artean), baina Argentina, Palestina eta Britania Handitik ere etorriko dira beste batzuk. Ez ezazu galdu larunbat gaueko dantza handia.

DOUME, FESTIVAL DE BOUCHE À OREILLE

OCCITAN

Pro parlat. Ara cantem e dancem !

Q Balad’Oc, du 30 mai au 2 juin à Tulle. - Errobiko Festibala, du 19 au 22 juillet à Itxassou. www.errobikofestibala.fr - De Bouche à Oreille, du 25 au 28 juillet à Parthenay. www.deboucheaoreille.org

Assez parlé. Chantons et dansons maintenant !

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rois festivals battent cet été la cadence au rythme des langues régionales. Balad’Oc ouvre le bal à Tulle, en Corrèze. La troisième édition de ce jeune festival explore toutes les formes d’expression de la culture occitane limousine. Balad’Oc mélange allègrement les générations et ouvre sa scène aux collégiens et lycéens occitanistes de Tulle. C’est surtout l’occasion d’entendre l’écrivain Jean-Pierre Lacombe ou Alidé Sans, une des nouvelles voix de la chanson occitane à tout juste 26 ans. Au Pays Basque, le public est le véritable protagoniste du très atypique Errobiko Festibala, festival de création organisé « par des artistes », insiste le chanteur Beñat Achiary au sein de l’association Eskandrai. Le « vocalchimiste » André Minvielle ou le pianiste Tony

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Hymas feront vibrer Itxassou au rythme des spectacles créés pour l’occasion et mêlant danse, musique et autres formes d’expression. Sans oublier les rencontres avec la nouvelle garde du Pays Basque et d’Occitanie, et les surprenantes promenades artistiques. Dans les Deux-Sèvres, De Bouche à Oreille fait guincher Parthenay au son des musiques orales. Au programme : concerts, apéro-concerts et bastringue pour toute la famille ! À l’organisation depuis 1987, l’UPCP-Métive. L’association qui œuvre pour la culture poitevinesaintongeaise privilégie les savoureux mélanges de musiques traditionnelles et savantes. Sur scène sont invités des artistes de la région, d’à côté (comme Aronde, entre Auvergne et Gascogne) mais aussi d’ailleurs... A ne pas rater : le grand bal du samedi soir.

ue baten la cadéncia, aqueste estiu, tres hestenaus au ritme de las culturas regionaus, aubèrtas a tots los orizonts. A Tula, Balad’Òc qu’aubreish lo bal en Corresa. La tresau edicion deu hestenau qu’explora las fòrmas d’expression de tot ordi de la cultura occitana lemosina. Enter projeccions-debats, animacions e concèrts, Balad’Òc qu’abarreja alègrament las generacions e qu’aubreish l’empont aus escolans d’occitan de Tula tad istorietas locaus. Qu’ei mei que mei l’escadença de seguir ua visita bilingua de la fabrica d’acordeons Maugein, d’encontrar l’escrivan Joan-Pèire Lacomba e d’enténer Alidé Sans, ua de las votz navèras de la cançon occitana qui a tot escàs 26 ans. Au Bascoat, lo public qu’ei lo protagonista vertadèr dau hèra atipic Errobiko Festibala. Lo hestenau de creacion qu’ei engibanat a Itsasu (Itxassou) « per artistas », ce punteja lo cantaire Beñat Axiari (Achiary), au miei de l’associacion Eskandrai. Concebuts per l’escadença, los espectacles que

son tot prumèr encontres plens de libertat : encontres entre las arts (danças, musicas...) ; encontres crotzats entre los artistas, com lo « vocalquimista » Andrèu Minvielle, lo pianista de jazz Tony Hymas o la navèra guarda dau Bascoat e d’Occitània ; encontres enfin entre lo public e los artistas au moment de las susprenentas passejadas per los bòscs on se puja a la montanha per la finala. Dens las Duas Sèvras (DeuxSèvres), « De Boca a Aurelha » (De Bouche à Oreille) que hè hestejar Parthenay au son de las musicas oraus. Au programa : concèrts, apèro-concèrts e bals de barri per tota la familha ! A l’organizacion dempuish 1987 : l’UCP-Métive. L’associacion qui òbra per la cultura peitavina-santongesa que privilegia las mesclas saborosas de musicas tradicionaus e sabentas. Sus l’empont que son convidats artistas de la region, vesins (coma Aronda, enter Auvernha e Gasconha), mes tanben d’aulhors : Argentina, Palestina, Islas britanicas... De mancar pas : lo gran bal deu dissabte de ser.

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PRODUIT RÉGIONAL

LES 27 ET 28 OCTOBRE, c’est la fête du piment d’Espelette.

En attendant, le piment en poudre ou en corde se trouve dans les nombreuses boutiques du village et au marché, le mercredi matin et le samedi matin en été.

L’OR ROUGE DU PAYS BASQUE Le Tour de France fait étape à Espelette le 28 juillet, sur les terres du célèbre biper gorria.

LA FÊTE QUI FIT LE PIMENT

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ui n’a pas entendu parler de la fête du piment d’Espelette ? Lorsqu’elle est créée en 1967 par le syndicat d’initiative d’Espelette, il s’agit surtout d’animer un village rural. À cette époque, le piment cultivé dans les potagers est loin d’avoir l’aura gastronomique qu’on lui connaît. Le nom de la fête a été choisi parce qu’il était joli, expliquera Michel Darraïdou, premier grand maître de la confrérie du piment. Mais, en attirant plus de 30 000 visiteurs à la fin des années 1990 et même un ministre de l’Agriculture (Jean Glavany en 2000), la fête a eu un effet indéniable sur la filière. D’une dizaine de producteurs en 1965, on passe à plus de 130 en 2010 et 188 en 2017.

UNE HISTOIRE DE FEMMES

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de Capsicum annuum. Son ancêtre, rapporté du Mexique via le Portugal ou l’Espagne par les marins accompagnant Christophe Colomb, s’est parfaitement adapté au climat chaud et humide de la région d’Espelette. À force de sélection, au fil des siècles, le piment gorria s’est distingué des variétés cousines de la péninsule Ibérique. Aujourd’hui encore, les producteurs poursuivent cette sélection massale en conservant les graines des plus beaux fruits pour les planter l’année suivante.

À DÉCOUVRIR

Le syndicat du piment d’Espelette a ouvert un centre d’interprétation du piment sur la place du marché. Ce centre accueille gratuitement les visiteurs dans un espace d’exposition de 100 m2.

depuis 2012. Son cahier des charges est draconien : du nombre de piments par corde (20, 30, 40, 60, 80 ou 100) jusqu’à la taille du piment frais (de 7 à 14 cm, hors pédoncule), rien n’est laissé au hasard. Chaque année, tous les lots de poudre de piment des producteurs sont évalués et goûtés par une commission d’examen. Au nez, quatre arômes doivent s’équilibrer : le foin séché, la tomate mûre, le poivron rouge et des arômes de pain grillé. En bouche doit se développer une sensation de chaleur, sans piquant agressif. Plébiscité par les chefs et par les restaurateurs, le piment d’Espelette reste avant tout un exhausteur de goût qui remplace le poivre et se marie avec quasiment tout : sucré, salé, fromage ou chocolat… En témoignent les spécialités à goûter que l’on retrouve dans toutes les boutiques de la rue principale d’Espelette.

L’ÉPICE DES CHEFS

F

rais, en corde ou en poudre, le piment d’Espelette est la seule épice en France à bénéficier d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) depuis 2002, et d’une appellation d’origine protégée (AOP)

endons aux femmes basques ce que leur doit Ezpeletako Biperra, le piment d’Espelette : ce sont elles qui l’ont cultivé, séché, utilisé en cuisine ou vendu en poudre pour conserver viandes et jambons, dès le e siècle. De la famille des solanacées (comme la tomate ou le poivron), le piment d’Espelette est un piment gorria (biper gorria en basque), une variété locale

CHIFFRES CLÉS

10 COMMUNES, Y COMPRIS ESPELETTE, FONT PARTIE DE LA ZONE DE L’AOP

188 PRODUCTEURS EN 2017

CONTRE 86 SEULEMENT EN 2007

217,99 TONNES

DE POUDRE DE PIMENT PRODUITES EN 2017

8 KG DE PIMENTS FRAIS SONT

NÉCESSAIRES POUR PRODUIRE 1 KG DE POUDRE

L’AOP PROTÈGE LE PIMENT D’ESPELETTE

DR

EN POUDRE. Obligatoirement vendue dans des petits pots en verre ou en sachet au-delà de 250 g, la poudre est exclusivement faite de piments issus d’une même exploitation, sans aucun autre ajout. EN CORDE. Encorder les piments permettait de les faire sécher sur les façades des maisons exposées au sud. Une jolie tradition peu adaptée aux volumes actuels de la production, désormais séchée sur des clayettes sous serre. FRAIS. Le piment d’Espelette frais et entier est uniquement vendu aux transformateurs. D’un poids moyen de 35 g, le piment doit avoir une belle coloration rouge sans trace de vert.

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MODE D’EMPLOI

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AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

Investissons aujourd’hui dessinons demain

DANS CHAQUE NUMÉRO DE VOTRE JOURNAL RÉGIONAL, RETROUVEZ UNE BANDE DESSINÉE QUI VOUS PRÉSENTE LES COMPÉTENCES, LES ACTIONS, LE FONCTIONNEMENT DE LA RÉGION.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

PAROLE AUX ÉLUS À CHAQUE PARUTION DE VOTRE JOURNAL, VOS ÉLUS REVIENNENT SUR UN SUJET DONNÉ, EN DISPOSANT POUR CE FAIRE D’UNE LONGUEUR DE TEXTE PROPORTIONNELLE À LEUR NOMBRE DE SIÈGES À L’ASSEMBLÉE

INNOVER POUR DURER MARIE-FRANÇOISE NADAU Conseillère régionale Landes et adjoint au maire de Parentis

FORÊTS : DES ESPACES NATURELS À PROTÉGER

MARC OXIBAR Vice-président du groupe LR/CPNT,

LIONEL FREL

Conseiller régional Pyrénées-Atlantiques, Conseiller municipal d’Ogeu-les-Bains

EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS

président du groupe Europe Écologie Les Verts

GROUPE LES RÉPUBLICAINS/CPNT

Tél.: 05 57 57 80 95 - groupe.eelv@nouvelle-aquitaine.fr

Tél.: 05 57 57 83 61 - groupe.lrcpnt@nouvelle-aquitaine.fr

L

a Nouvelle-Aquitaine est la première région en surface forestière (2,8 Mha) : une richesse à préserver, exploiter et renouveler dans tous nos départements, dans les Landes où le taux de boisement est de 61% : c’est une réserve de biodiversité, 182 Mt de carbone, l’équivalent de l’émission de CO2 de la France en 2 ans (!) ; c’est une ressource renouvelable et durable, son exploitation loin d’être maximale ne porte aucun risque de déforestation ; elle s’inscrit dans le processus d’économie circulaire, regroupe 56 000 emplois, 90 000 propriétaires forestiers et génère 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La Région élabore son programme Forêt-Bois pour dix ans. Nous serons vigilants sur les points suivants : la compétitivité de la filière, mise à mal par deux tempêtes successives, doit être développée pour soutenir les sylviculteurs, qui ont relevé avec succès l’objectif de reconstruction du Plan Chablis, face à la mondialisation des marchés, à la baisse des exportations, à la concurrence du bois d’importation, de qualité variable, mais moins cher ; Xylofutur doit accompagner les entreprises vers l’innovation et travailler en lien avec les programmes de R & D, car l’avenir passe par la valorisation industrielle, la recherche, le développement des usages du bois et de ses débouchés ; les variations climatiques imposent d’adapter une gestion durable des forêts, d’anticiper les évolutions et de renforcer les investissements en valeur ajoutée ; une attention à porter sur l’équilibre forêt-gibier et les dégâts payés actuellement par les seules fédérations de chasse, comme sur l’anticipation des risques incendie ou tempête, la protection contre les risques phytosanitaires non assurables, le sujet crucial de l’assurance lié à la réduction d’impôt, la nécessité de reboisement après exploitation, l’utilisation et la valorisation des bois locaux ; la forêt de montagne difficilement accessible a besoin d’aménagements spécifiques (chemins, débardage par câble) et d’une dynamique de projets innovants ; l’action « Regroupement de la petite propriété » doit être poursuivie dans les Landes et étendue pour une sylviculture dynamique et durable. Nous sommes donc mobilisés pour un vrai plan régional Forêt-Bois qui assure la valorisation de la ressource locale, l’adaptation aux nouveaux marchés, et réponde aux attentes des sylviculteurs, des industriels et des collectivités.

LE BOIS, PAS UNE SIMPLE MARCHANDISE MAIS UN CADRE DE VIE NAÏMA CHARAÏ STÉPHANE DELPEYRAT-VINCENT GÉNÉRATION-S Coprésidents

Tél.: 05 57 57 84 20

L

a Région Nouvelle-Aquitaine affiche une certaine volonté de prendre toute sa part dans la transition énergétique. Elle souhaite notamment « décorréler la consommation énergétique de la croissance économique », c’est-à-dire que la consommation d’énergie par les habitant(e)s, les entreprises, etc. ne doit plus être uniquement liée à l’activité économique ni au prix du pétrole. La diminution de la consommation d’énergie doit, au contraire, être continue, encouragée et renforcée; et les ressources en énergie renouvelable doivent être valorisées. En Nouvelle-Aquitaine, une des ressources les plus présentes reste le bois avec 2,8 millions d’hectares de forêt. Mais, selon la dernière étude CORINE Land Cover, entre 2006 et 2012 les surfaces agricoles, forestières et naturelles ont reculé de 0,5 % quand les surfaces artificialisées augmentaient de 12 %. Si la Région met en place des outils intéressants pour favoriser l’essor de la filière bois, nous veillerons à ce qu’elle ne soit pas uniquement une source de développement économique pour notre territoire, mais bel et bien un levier pour un nouveau mode de consommation et de vie pour tous les acteurs de Nouvelle-Aquitaine, habitant(e)s comme entrepreneurs.

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ins maritimes des Landes de Gascogne, forêts d’épicéas, de douglas et de feuillus du haut Limousin, peupliers des Deux-Sèvres, des Charentes et du Lot-etGaronne, feuillus de la Vienne, de Charente, de Dordogne et des PyrénéesAtlantiques : la région Nouvelle-Aquitaine dispose du plus vaste massif forestier de France métropolitaine. Occupant 34 % du territoire, la forêt joue un rôle essentiel sur plusieurs plans : environnemental : préservation de la biodiversité, épuration de l’eau, captation du carbone, adaptation au dérèglement climatique ; bienfaits thérapeutiques : sylvothérapie ; économique : exploitation forestière, bois construction, industrie papetière, fabrication de meubles, bois énergie, économie circulaire. En tant qu’élu(e)s écologistes, notre politique vise à maintenir le fragile équilibre entre enjeux économiques et enjeux environnementaux. Pour assurer la préservation de nos forêts dans toutes leurs dimensions, nous avons : suscité une mobilisation massive pour protéger la forêt millénaire de Rochechouart de la déforestation grâce à la participation financière de centaines de citoyens ; saisi l’exécutif de la Région contre les coupes massives d’arbres en Corrèze ; œuvré à la création d’un cinquième PNR en Médoc. Une politique volontariste qui fait de la protection de nos forêts un pilier majeur de notre action régionale.

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LA FILIÈRE BOIS COMME MODÈLE D’AGENCEMENT ENTRE LES GRANDS ENJEUX RÉGIONAUX PASCALE REQUENNA

MOUVEMENT DÉMOCRATE ET APPARENTÉS

Présidente du groupe Mouvement Démocrate et apparentés Tél.: 05 57 57 80 83 - groupe.modema@nouvelle-aquitaine.fr

L

a filière bois, située entre économie et écologie en passant par les questions de gouvernance, se trouve au carrefour des grands enjeux des prochaines décennies. La Nouvelle-Aquitaine dispose du massif forestier le plus étendu de France, et un département comme les Landes en est composé à plus de 50 %. Cela fait des sciages et des différentes activités d’exploitation, notamment destinés à l’exportation, un pôle économique fort et un vivier d’emplois que notre Région se doit d’encourager et de préserver. Cela ne peut cependant se faire sans prendre en compte les impératifs de biodiversité liés à la filière. Or, en évitant la surexploitation, l’écologie, grand défi du e siècle, a tout à gagner à l’utilisation du bois, matériau renouvelable et consommateur de dioxyde de carbone. Veillons enfin à rationaliser la gouvernance et les finances des organismes d’exploitation des forêts publiques. Les actions de l’ONF, censées aider à la préservation de l’environnement et à la promotion de la bio-économie (la tonnellerie notamment), ne doivent par exemple pas concurrencer celles de structures efficientes plus locales, telles que l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn.

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

LE BOIS : UNE FORÊT D’OPPORTUNITÉS POUR LA NOUVELLE-AQUITAINE

LE BOIS DES FORÊTS, IMAGE VIVANTE DU GÉNIE HUMAIN

MATTHIAS FEKL

JACQUES COLOMBIER

Président du groupe socialiste et apparentés

Président du groupe Front National

PARTI SOCIALISTE ET APPARENTÉS

FRONT NATIONAL

groupe.ps@nouvelle-aquitaine.fr

Tél.: 0557577386 - groupe.fn@nouvelle-aquitaine.fr

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i l’on considère la forêt comme le tronc commun de notre patrimoine collectif, elle forme aussi une partie importante de notre avenir à la croisée des défis auxquels nous devons répondre. La filière forêt-bois-papier, comme atout stratégique, recouvre pleinement ces enjeux d’aménagement du territoire, environnementaux, de développement économique et d’emploi. Première région française pour la récolte et le sciage du pin maritime, la Nouvelle-Aquitaine se positionne également comme un acteur de premier plan pour l’exploitation du douglas, du châtaignier ou encore du peuplier et fournit chaque année environ 10 millions de mètres cubes, malgré le fait qu’elle soit essentiellement privée et très morcelée. Si l’on se compare avec nos voisins européens, on constate par exemple que l’Allemagne, avec une surface forestière inférieure, arrive à mieux valoriser son bois. Notre ambition est de conforter cette filière en conjuguant valeur ajoutée, gestion durable et innovation dans un contexte profondément marqué par le changement climatique qui pourrait entraîner de nouvelles tempêtes comme celles que l’on a connues en 1999 et en 2009 et des marchés mondiaux très concurrentiels. Il s’agit alors de considérer la forêt dans sa dimension sociale et citoyenne, c’est-à-dire comme un espace de biodiversité, de loisirs, notamment sur le plan touristique et environnemental (stockage du carbone, épuration des eaux…) mais aussi dans le cadre d’une économie de proximité afin qu’elle joue pleinement son rôle dans le domaine de l’énergie et de la production de bois. Il s’agit aussi concrètement de considérer la ruralité comme un espace complémentaire de l’urbain et du périurbain. Nous croyons que l’agriculture et la forêt sont des éléments d’activité essentiels à la vie des territoires ruraux et des sources d’emplois pérennes et non délocalisables. Cela passe aussi par une valorisation de l’image de ces métiers, souvent méconnus ou qui ont profondément évolué. C’est le sens du travail de fond que nous avons voulu mettre en œuvre avec Jean-Pierre Raynaud, vice-président en charge de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la forêt, de la mer et de la montagne, et Béatrice Gendreau, conseillère régionale déléguée au bois et à la forêt, aux côtés de nos partenaires, par l’installation de la Commission régionale de la forêt et du bois, qui réunit l’ensemble des parties prenantes qui irriguent ce secteur de l’amont à l’aval. La modernisation de nos outils industriels et l’accompagnement quotidien des entreprises et exploitations de la filière doivent permettre de renforcer notre compétitivité en s’appuyant notamment sur le pôle de compétitivité Xylofutur. Nous devons aussi collectivement mieux gérer l’approvisionnement des acteurs économiques, c’est-à-dire en investissant dans la recherche, la formation, l’innovation (génétique, techniques sylvicoles, technologies numériques et satellitaires…) afin de répondre à de nouveaux débouchés notamment dans la construction de bâtiments, les énergies renouvelables ou la chimie verte. L’ensemble de ces potentialités sont une chance pour la Nouvelle-Aquitaine, celle de faire de cette ressource une opportunité pour notre environnement et notre économie tout en imaginant les villes, les villages et les paysages de demain.

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haque promeneur ressent une étrange et merveilleuse sensation de bonheur en se promenant dans un bois ou une forêt. Que ce soit pour cueillir des champignons, ramasser des plants, observer des animaux ou les chasser, se protéger du bruit et du monde, observer les effets du vent qui lisse feuilles et aiguilles de pins. Se perdre dans des sentiers, se reposer au pied d’un arbre, les contempler, mesurer leur épanouissement et leur croissance, sont autant d’attitudes de l’homme libre qui a su intelligemment modeler le paysage. À l’image de l’homme, l’arbre est vivant. La sève est son sang ! Composé de deux variétés essentielles, résineux ou feuillus, dont il faut maintenir la diversification, il naît d’une graine, grandit, se développe, pousse dans presque tous les territoires auxquels il s’adapte et renaît chaque année. Comme l’humain à la fin de sa vie, il tombe et va vers une destination autre. « Ecce Lignum », ce bois de la Croix est aussi l’ultime abri des morts. Il ressuscite alors à travers une foule d’objets, du modeste panier au meuble le plus ouvragé. Servant aux usages les plus variés il est omniprésent, des charpentes de nos demeures aux piquets de nos clôtures, dessinant les paysages de la conchyliculture et portant les fils du téléphone au fond de nos campagnes. Allié de la viticulture, il assure aux vins et alcools de vieillir, leur transmettant ce goût incomparable ! Grâce à la cellulose, il sert à fabriquer le papier. Devenus « filière d’excellence », le bois et la forêt, protecteurs des nappes phréatiques, constituent une des ressources principales de la Nouvelle-Aquitaine, générant un important chiffre d’affaires et pourvoyeuse de plusieurs dizaines de milliers d’emplois. Celle-ci constitue une des priorités de l’économie régionale et doit être soutenue et défendue face à la concurrence déloyale des bois importés et au tripatouillage génétique. La pérennité de nos forêts, essentielle à notre région, est menacée par l’inconséquence de l’homme. Cependant, le bois repousse, défie le feu de l’enfer ou la tempête, triomphe de la destruction et par la photosynthèse demeure un puissant symbole de vie, admirable modèle à transmettre aux scolaires.

LA POLITIQUE DE LA VILLE NE PEUT PLUS SE RÉSUMER À UN THÉÂTRE D’OMBRES JEAN DIONIS DU SÉJOUR

UNION DES DÉMOCRATES ET INDÉPENDANTS

BENOÎT BITEAU

PARTI RADICAL DE GAUCHE

Conseiller régional délégué à la mer Président du groupe Radical de Gauche Tél.: 05 57 57 74 03 - groupe.prg@nouvelle-aquitaine.fr

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a filière bois est un secteur économique important. Mais élargissons notre horizon à la hauteur des enjeux écologiques pour les générations futures, et les arbres peuvent relever ce défi ! Les spécialistes du climat font une démonstration simple : en captant le CO2 de l’air via la photosynthèse, les plantes absorbent le carbone atmosphérique. Quand une partie de l’arbre se décompose dans le sol (feuilles, régénération des racines), elle séquestre ce carbone dans la matière organique. Le sol qui stocke ce carbone devient plus fertile, plus résilient, c’est donc un acteur central de l’atténuation du changement climatique. Si l’on augmentait chaque année de 4/1000e le taux de matière organique des sols agricoles et forestiers, qui occupent plus de 80 % de la surface du globe, nous serions capables de compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre produites par les activités humaines. Aussi, les arbres, forestiers et agroforestiers, peuvent être au centre d’un cercle vertueux conciliant activités économiques et très efficace préservation des équilibres, des ressources, et de l’eau en particulier, des biodiversités et, bien sûr, du climat.

NEOAQUI N°3 P.22-23 OK.indd 23

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ean-Louis Borloo, fondateur de l’UDI, a remis fin avril au président de la République un rapport sur les banlieues. Jean-Louis Borloo est l’un des rares hommes politiques de notre pays à être crédible sur ce sujet épineux. Une crédibilité que Jean-Louis Borloo a gagnée en tant que maire de Valenciennes d’abord puis et surtout en tant que ministre délégué à la ville. 40 milliards d’euros ont été investis pour le programme national de rénovation urbaine (PNRU) entre 2004 et 2013. Ces investissements ont été primordiaux pour nos quartiers mais les investissements doivent être relancés. La politique de la ville ne peut plus être réduite à un « théâtre d’ombres » avec des moyens budgétaires qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Au niveau régional, quel regard portons-nous sur le plan Borloo ? Le plan Borloo propose 50 milliards d’investissements. En Nouvelle-Aquitaine, on est très loin du compte ! L’action de la Région dans les quartiers est une action positive mais très largement insuffisante. Le groupe UDI a alerté à plusieurs reprises Alain Rousset sur ce sujet et a voté contre le règlement d’intervention sur la politique de la ville présenté le 26 mars dernier. Outre le contenu du règlement qui nous a paru en décalage avec la réalité de ces quartiers, nous avons estimé que cette politique était largement sous-financée, avec seulement 66 000 euros environ par quartier. Sommes-nous prêts à la financer plus lourdement, notamment en diminuant certaines autres positions publiques ?

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PHOTOS: TWIN HERVÉ LEFEBVRE

L’ARBRE POUR ATTÉNUER LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : UN ESPOIR POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES !

Président du groupe de l’Union des démocrates et indépendants Tél.: 0557578238 - groupe.udi@nouvelle-aquitaine.fr

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RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE / N°3 ÉTÉ 2018

LE PORTRAIT CAROLE C’est une ferme posée sur un promontoire, au milieu d’une campagne idéale. Sous le grand marronnier de la cour, Carole, 39 ans, quelques fils blancs dans ses cheveux châtains, contemple avec satisfaction les quatre générations joyeusement réunies à sa table. « C’est mon regroupement familial à moi ! », plaisante l’agricultrice.

CONSTANCE DECORDE

Éleveuse-déménageuse

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uand ils ont racheté la ferme à Châtignac, en mars 2014, le couple arrivait du Tarn pour se lancer dans l’élevage. « Fabriquer sa nourriture, ça m’a toujours fasciné », confie l’ancienne graphiste qui, ni une ni deux, a passé son BPREA, le Brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole. Elle a rebaptisé la sienne « Chez Tata Caro – tout est bio », une féminisation qui tranche avec la coutume paysanne, et la marque d’un engagement fort, sans compromis. « On voulait faire du bio, et tout de suite. Ce n’était pas négociable. » L’entraide entre générations L’élevage, Pascal, 47 ans, connaît. Originaire du coin, il a grandi dans la ferme de ses parents puis

ON VOULAIT FAIRE DU BIO, ET TOUT DE SUITE. CE N’ÉTAIT PAS NÉGOCIABLE. »

travaillé comme ouvrier agricole. Si lui et sa femme forment un binôme efficace, ils s’attaquent alors à un véritable défi : mener de front la conversion en bio et l’éducation de trois enfants, leurs jumeaux nouveau-nés et Telly, le fils adolescent de Carole. « J’ai vite eu besoin d’aide, se rappelle-t-elle. Ma mère habitait à Nancy, je lui ai dit de venir s’installer en Charente. » Trois mois plus tard, Granny, 64 ans, était là. Première prise familiale. L’intéressée, qui joue sur le canapé du salon avec Ange et Lisa, 4 ans désormais, aspirait à une vie tranquille, dans la nature. « Mais quand ma fille s’est retrouvée submergée, mes propres soucis sont passés en arrière-plan. » De fait, elles ont reproduit à leur façon le schéma de la ferme traditionnelle, fondée sur l’entraide entre générations. « Et puis, j’ai plus de plaisir à m’occuper des petits qu’à être

Le grand rendez-vous

DE L’INNOVATION 3 JOURS POUR ÉCHANGER, DÉCOUVRIR, EXPÉRIMENTER.

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seule chez moi. Je retrouve la même sérénité qu’il y a quarante ans », poursuit-elle. Pourtant, la plus belle prise de Carole, c’est Mamie Renée, sa grand-mère de 89 ans, qui pensait finir ses jours sur la Côte d’Azur. Déterminée à la faire venir elle aussi, l’éleveuse lui a déniché un T2 charmant à 10 kilomètres de sa ferme, à Chalais, le bourg de la région, et mis en place un suivi médical adapté. « J’ai fait le grand saut, j’ai tout bazardé », explique la coquette octogénaire, encore amusée par cet élan et ravie de se rapprocher de sa famille, qu’elle voit à présent tous les jours. D’autant que Sophie, la sœur de Carole, et sa fille Rose, débarquées d’Avignon à l’été 2017, se sont installées à l’étage. Ces dernières ont été convaincues par la qualité de vie découverte à l’occasion des vacances. « Au début, je me disais : plutôt mourir qu’habiter la campagne ! Mais un matin, je me suis levée, il y avait de la brume, les animaux, les aliments du jardin sur la table, se souvient Sophie. Je ne regrette pas, ici tout est plus simple et plus sain. » Bio et vente directe Plus simple, plus sain. C’est le modèle que prônent Carole et Pascal : le bio accessible à tous. Sur leurs 114 hectares de terres cultivées, ils élèvent une quarantaine de mères limousines, une soixantaine de brebis, des cochons et toute une volaille, poules pondeuses, canards de Barbarie et oies de Guinée, en autonomie alimentaire grâce aux cultures biologiques associées. Un travail de titan pour lequel ils reçoivent parfois l’aide de Christopher, 37 ans, le cousin de Carole installé entre-temps dans le coin. Et, pour garantir la qualité à un prix raisonnable, leur production (viande à la découpe ou transformée en saucisses, terrines et pâtés) est écoulée en vente directe, soit directement à la ferme, soit en livraison ou colis aux particuliers, dont certains sont abonnés à la page Facebook de la ferme. Mais l’engagement de Carole pour une meilleure alimentation ne se limite pas à ses propres produits. Elle est désormais présidente de la MAB16, le groupement des agriculteurs bio de Charente. Et, quand son emploi du temps le permet, elle décroche même son téléphone pour interpeller les politiques pendant la matinale de France Inter. « On va réussir, mais c’est dur », avoue Pascal, heureux de faire les choses à sa façon après avoir travaillé pour divers patrons, tous en agriculture chimique. « C’est à notre génération, maintenant, de faire changer les choses », insiste-t-il. Pour se diversifier, le couple vient de planter huit hectares d’arbres fruitiers et a lancé un financement participatif afin d’acquérir un pressoir qui permettra de gagner en autonomie. En attendant, d’autres membres de la famille se préparent à les rejoindre en Charente. Pour elle et sa tribu, Carole ne manque pas de projets.

13&14 Sept. 2018

inscriptions sur

15 Sept. 2018

Entrée libre

HANGAR 14 BORDEAUX

novaq.fr

CAP SCIENCES BORDEAUX

Nouvelle-Aquitaine

06/06/2018 13:06

Journal Nouvelle-Aquitaine été 2018  

Journal de la Région Nouvelle-Aquitaine, numéro d'été 2018. Dossier forêt-bois.

Journal Nouvelle-Aquitaine été 2018  

Journal de la Région Nouvelle-Aquitaine, numéro d'été 2018. Dossier forêt-bois.

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