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OCT 2014

La Lettre Les références biographiques, les anecdotes recueillies à son égard, dépeignent un scientifique coutumier des superlatifs. Hyper actif, hyper médiatique, Professeur d’Université à 26 ans, Michel Lazdunski se voit très tôt classé parmi les meilleurs. Insatiable et tout le contraire d’un monomaniaque, il prévient ne pas appartenir à la catégorie « des chercheurs enfermés dans leur « tour d’ivoire », des scientifiques sans intérêt pour un tas d’autres choses ». En matière de découvertes, il affiche donc naturellement un palmarès tentaculaire. En quelque cinquante ans de carrière, le chercheur s’est illustré, notamment, dans la compréhension de la bioélectricité, des mécanismes des antihypertenseurs et des antidiabétiques, de la perception de la douleur, de la dépression, de l’anesthésie ou encore des accidents vasculaires cérébraux. Passé maître en enzymologie, puis dans l’étude des canaux ioniques, il a pu promener ses idées à peu près partout dans l’organisme. « Une découverte, souvent inattendue, m’indiquait une nouvelle direction. J’ignorais encore tout du nouveau sujet vers lequel je m’orientais, mais j’y allais », s’enthousiasme-til encore. Ses travaux les plus connus portent ainsi sur l’étude des machines moléculaires à l’origine de la génération de l’électricité biologique : les canaux ioniques. Michel Lazdunski a construit autour de leur étude

Culture

15 Sciences MICHEL LAZDUNSKI

volontiers pionnier

un centre, leader mondial du domaine, et une véritable École. Selon son expression, ces canaux constituent « l’âme » des cellules nerveuses. D’eux, dépend le fonctionnement des neurones et donc également des commandes exercées sur le reste de l’organisme. La génération de bioéléctricité s’avère ainsi essentielle pour la contraction musculaire, le rythme cardiaque, la sécrétion d’hormones ou encore le fonctionnement des vaisseaux. Mais, si le Professeur Lazdunski s’impose, toujours aujourd’hui, en expert international des canaux ioniques, sa carrière scientifique a d’abord été, en partie, le jeu de hasards. Sur le papier, l’obtention de son diplôme d’ingénieur chimiste à seulement 21 ans pourrait suggérer un plan de carrière établi très tôt. Toutefois, il confie : « je n’envisageais pas mon avenir professionnel dans les sciences. Mon goût allait vers le sport, l’histoire, éventuellement HEC ». Malgré cela, il accepte sans état d’âme de suivre les traces de son père, immigré de Lituanie et à la tête d’une petite entreprise de Chimie

à Clermont-Ferrand. Mais, il s’expatrie pour un Master outre-atlantique, avec l’idée de « découvrir l’Amérique sans se casser la tête ». Il s’avise alors par hasard de l’existence des catalyseurs biologiques. Il s’agit de protéines, appelées enzymes, à l’origine de toutes les réactions chimiques dans les organismes vivants.

Hisser haut le pavillon de l’Université « Je débarquais à l’Université Laval de Quebec pour travailler sur les polymérisations. C’était la grande époque des plastiques », se remémore le chercheur. Or, le Professeur sensé l’accueillir a oublié sa venue. En son absence, pas difficile, le jeune français entame la lecture des travaux d’un autre scientifique, sur un coin de table. À l’issue de quatre jours d’auto-instruction, il choisit de faire de ses tous récents apprentissages son nouveau thème de recherche. Ce sera l’enzymologie. Un an après, sorti premier de sa promotion, il acceptera de rester, à

Lettre Culture Sciences N°15  

une publication de l'Université Nice Sophia Antipolis

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