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Jean-Pierre Ostende

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Aux Éditions Gallimard Dans la collection l’Arpenteur

LE MUR AUX TESSONS, roman, 1989. LE NEVEU CHRONIQUE, roman, 1991. LE DOCUMENTARISTE, roman, 1994. LA PROVINCE ÉTERNELLE, roman, 1996. PLANCHE ET RAZAC, roman, 1999. Dans la collection Blanche

Du même auteur

LA MÉTHODE VOLATILE, poèmes, 2000. VOIE EXPRESS, roman, 2003. LA PRÉSENCE, roman, 2007.

Aux Éditions Flohic BRUEGEL. Jeu, Travail, Place, récit, 1998 (épuisé). Aux Éditions Le Midi Illustré BELLEVUE PARC, récit, 1995 (épuisé). Aux Éditions Unes LES ÉLANS MINUSCULES, poèmes, 1986. LA CONVICTION DE LA RAMPE, poèmes, 1988. Aux Éditions Via Valeriano LE PRÉ DE BUFFALO BILL, essai, 1990 (épuisé). Aux Éditions Le Bleu du Ciel RELATIONS ET SILHOUETTES, Carnets 1992-1995, 2003. Aux Éditions Le mot et le reste et Diem perdidi 16 m2, Le roman de la Galerie du Tableau, 2005. Aux Éditions le Bec en l’air VOUS QUI TUEZ LE TEMPS (photographies de Frank Pourcel), 2007. Aux Éditions du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur L’ART DE LA FIGUE (avec Joachim Mogarra), 2007.


Jean-Pierre Ostende —

Superparc Supernat urel

Superparc Supernaturel


Pico Pico

Jean-Pierre Ostende —

Au Pico Pico Kaiser m’a présenté à Barbera : – Voilà Jacques Bergman. Il travaille pour Admiration Service. Il a aussi d’autres fonctions à l’Explorateur Club, parfois dans le tourisme. C’est un excellent assistant. Il vous conduira et vous assistera dans le Vercors.  Ce jour-là il m’a d’ailleurs donné une note intitulée Comment parler à un agriculteur (sans se faire botter le cul). Là j’ai compris : conduire Barbera, ce renard roux aux yeux bleus, partout dans la neige et l’hiver du Vercors pour ce projet de « Superparc Supernaturel » ne doit pas être évident. Barbera, je le prenais pour un paysagiste. Or, Barbera ne se voulait pas paysagiste mais metteur en scène de paysage. Kaiser m’a précisé que Barbera était le couturier du paysage, l’homme aux mains d’or du paysage fort, tout le monde veut du fort, y compris au royaume du mouton provençal. – Comme vous le savez, Jacques, le Vercors est un massif des Alpes françaises, au sud-est de la France. La région a longtemps été enclavée.  (Ai-je l’air si ahuri pour m’entendre expliquer ce qu’est le Vercors ?) J’avais vu Barbera une fois dans un débat télévisé durant lequel il avait évoqué son métier de metteur en scène de paysage.

Superparc

Supernaturel


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© Un Comptoir d’édition / Parc naturel régional du Vercors / Jean-Pierre Ostende / 2010


Pico Pico Au Pico Pico Kaiser m’a présenté à Barbera : – Voilà Jacques Bergman. Il travaille pour Admiration Service. Il a aussi d’autres fonctions à l’Explorateur Club, parfois dans le tourisme. C’est un excellent assistant. Il vous conduira et vous assistera dans le Vercors.  Ce jour-là il m’a d’ailleurs donné une note intitulée Comment parler à un agriculteur (sans se faire botter le cul). Là j’ai compris : conduire Barbera, ce renard roux aux yeux bleus, partout dans la neige et l’hiver du Vercors pour ce projet de « Superparc Supernaturel » ne doit pas être évident. Barbera, je le prenais pour un paysagiste. Or, Barbera ne se voulait pas paysagiste mais metteur en scène de paysage. Kaiser m’a précisé que Barbera était le couturier du paysage, l’homme aux mains d’or du paysage fort, tout le monde veut du fort, y compris au royaume du mouton provençal. – Comme vous le savez, Jacques, le Vercors est un massif des Alpes françaises, au sud-est de la France. La région a longtemps été enclavée.  (Ai-je l’air si ahuri pour m’entendre expliquer ce qu’est le Vercors ?) J’avais vu Barbera une fois dans un débat télévisé durant lequel il avait évoqué son métier de metteur en scène de paysage.

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Il avait prononcé des phrases du genre : « Il ne faut pas oublier que le paysage est un corps, une bête, un animal qui se dompte. Il ne faut pas oublier la part animale du paysage. Le paysage est un visage qui te regarde… » Ça va loin, ça, le paysage est un visage qui te regarde, je trouve. Ça va loin. Il a insisté sur l’animal au point de m’effrayer. Pourtant, son air policé et soigné me retenait de l’imaginer en train de dompter un animal sauvage. Avec ses paroles douces et son col de chemise fermé, il ressemblait plus à un ecclésiastique qu’à un metteur en scène, mais que savais-je des metteurs en scène et des ecclésiastiques ? Barbera avait par moments un regard si fixe ; ça sentait la mort. On pouvait le soupçonner fossoyeur à grande échelle, sur des zones de combat où les hommes tombent vite et où, l’été, ils sont recouverts de mouches. Il était tentant de le rêver en train de combattre le diable, parcourant en carriole des chemins défoncés et pluvieux pour défendre sa cause. Chez Kaiser, à Admiration Service, mon travail est simple : Je suis une claque intelligente. Au fond, Kaiser me paye pour ça : soutenir Barbera dans des rencontres où il essayera de persuader la population d’accepter le grand projet d’aménagement régional, Superparc Supernaturel. Je prends ça comme un défi, un challenge dirait Kaiser. Le terme de claque, m’a enseigné Kaiser lors de ma formation, a été créé en 1801. Il s’agit d’une ou de plusieurs personnes payées pour applaudir pendant un spectacle ou simplement y assister pour faire nombre. Les hommes politiques ont souvent utilisé des claques pour les soutenir dans les réunions supposées défavorables. Tous les jours, de nouveaux métiers inventent le monde. Barbera est mon premier metteur en scène de paysage. Quand je me suis renseigné, à droite et à gauche, au Pico

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Pico, par exemple, où ça ne manque pas de gens sur la pointe des pieds pour se tenir au courant des nouveautés, personne ne savait ce dont il s’agissait. L’habitué du Pico Pico connaît le metteur en scène et le paysagiste, ça oui, mais le metteur en scène de paysage, non. C’est mon premier spécimen. Chaque mois apparaissent des nouveaux métiers et des nouvelles technologies et on en détruit autant. J’essaye de rester au courant. Tout va si vite. Il faut s’interroger ou accepter de disparaître. Donc, première question : Comment Barbera est-il devenu metteur en scène de paysage ? Kaiser m’explique  : Barbera a d’abord étudié l’architecture. Ses parents rêvaient de voir leur fils construire des maisons et des immeubles et enfin bien gagner sa vie, mais il s’est orienté vers le théâtre et la mise en scène. Ses parents en furent déçus et les ponts presque rompus. Ce ne fut pas tout. À peine avait-il commencé à mettre en scène dans un théâtre classique qu’un jour un riche couple d’Américains (dont il tait l’identité) lui a proposé de mettre en scène une plage privée. Barbera est passé des planches de la scène aux planches à voile. Tout a commencé par là, les planches. La mise en scène d’une plage privée à Chattanooga, Tennessee. Il me semble avoir déjà entendu parler de cette ville. Chattanooga, c’est quelque chose, non ? Ensuite Barbera a participé à la création de la vague artificielle de Durban puis au projet de marée illuminée au MontSaint-Michel. Le projet de marée éclairée a été sa première expérience de paysage illuminé et il fut même question d’une vague scintillante en forme de cheval au galop. Bref, passons sur les détails, l’été dernier il a été engagé par Kaiser au département du tourisme à l’Explorateur Club, chargé des mises en scène et en espace. Barbera m’assure : – Pour la mise en scène du paysage, il faut avoir avant tout

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un sens du placement et un sens de l’anticipation. C’est une grammaire, vous voyez ? – Non, je ne vois pas du tout. – Parlons, si vous préférez, de la ponctuation des espaces, tenons le paysage pour une langue, plaçons-y des points, des virgules, des parenthèses, avec des montagnes, des collines, des forêts, des arbres, des rivières… J’agis en grammairien et je crée la syntaxe de l’espace naturel… (Il croit sincèrement m’éclairer ?) Barbera me regarde réfléchir. Il a un temps d’avance et je n’ai jamais su dissimuler mon incrédulité. Toutefois, je comprends mieux maintenant le dossier que Kaiser m’a donné à lire, les classifications de paysage dans le système Barbera : riche + riant ++ agréable + délicieux +++ paysage historique ++ paysage héroïque ++ pastoral-héroïque ou héroïco-champêtre… Barbera continue : – J’ai l’idée de mettre en scène le paysage comme s’il s’agissait d’un film ou d’une pièce de théâtre permanente.  La veille du départ, je feuillette le guide À la découverte du Vercors, tout le monde me l’a conseillé, pour découvrir le parc naturel régional initial. Comment ne pas désirer voir au plus vite ce paysage noyé dans la ligne d’horizon quand il n’est pas dissimulé dans l’ouate de ses forêts d’automne ? Quelle hâte de partir en quête de sites où la vue sur le monde du Vercors prend des allures de révélation. Ça va loin je trouve. Là-dessus j’ai voulu savoir qui payait Barbera pour sa création mondiale de Superparc Supernaturel dans le Vercors et là, patelin, Kaiser m’a répondu : – Joseph Vannair. Que l’on appelle aussi : Jo Vannair.

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– Le mystérieux et grand Joseph Vannair ? L’homme aux affaires en milliards qui a failli être ministre, surnommé la Balle à cause de sa capacité à rebondir malgré ses déboires ? – Oui-oui. – J’ai peur de ne pas être à la hauteur. – N’hésitez pas, Jacques, la montagne est la forme géographique du souci parce qu’en montagne, à cause du climat et de l’isolement, il faut toujours tout prévoir et prévoir sans cesse épuise vite, mais, croyez-moi, allez-y, ce sera une expérience. Par moments j’aime bien notre époque. On ne dit plus « C’était une catastrophe » mais « C’était une expérience. » Avant de partir, je demande à Kaiser si Barbera est un poète et Kaiser me répond : – Non. C’est un type bien. 

La route des glaces Nous entrons dans le parc naturel du Vercors avec une grande facilité proche de l’inconscience. À la façon dont commencent certains films d’horreur, vous savez, quand les familles sourient de toutes leurs dents blanches et que les pelouses sont trop vertes et le ciel d’un bleu métallique. Depuis l’homme préhistorique nous ne sommes pas les premiers à pénétrer dans le massif du Vercors. D’abord on ne voit rien de particulier, à part les montagnes qui prennent beaucoup de place et font monter et tourner les routes. Sans nous en douter ni nous soucier de rien, nous venons de passer de l’autre côté, de pénétrer dans un monde de cols et de vallées, de côtes et de tournants, d’éboulis et de tunnels,

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où tout sera différent et rien ne sera plus comme avant. Au début nous sommes frivoles, presque négligents. C’est un simple voyage à la montagne. On admire le paysage. On le croit neutre, angélique, aussi naïf et confiant que nous. On s’émerveille un peu. On régresse. On pense : C’est féerique. Quel beau panorama. On se sent minuscule. Ils ont de la chance, ces montagnards, de vivre dans un endroit si vert et varié où l’air soigne les malades, avec des noix accrochées dans les arbres et un paysage si colossal, bien qu’il fasse frais soudain, le frisson est arrivé en trois secondes, le ciel s’est assombri de nuages noirs. Voilà un beau café, avec une terrasse pour l’été, des tables de bois, des cendriers, des bancs, nous sommes en fin novembre et le froid coupe, il pleut, nous rentrons, tiens, des cornes animales, une image de licorne avec une barbiche de bouc, personne ? Nous nous sentons perdus à l’intérieur. – Ah voilà quelqu’un ! Étonnée de découvrir deux clients hors saison, un bonnet bleu en laine sur la tête, une serveuse nous propose du café brûlant. Quand elle sourit nous voyons briller son bel appareil dentaire neuf. Elle est jeune. Nous échangeons quelques mots avec elle sur le temps, nous sympathisons et découvrons une étudiante  : elle prépare une thèse sur la mécanique des fluides. Et vous ? – Voyage d’études.  Elle doit nous prendre pour des benêts. Nous ne portons même pas de bonnet. Pourtant, durant ma préparation j’ai vu un reportage et la région l’hiver en est infestée. Les mains rouges aux doigts tout abîmés de l’étudiante serveuse retiennent mon regard. Puis j’ouvre le guide. Après quelques kilomètres au sortir de Villard-de-Lans, la route vient s’enfermer au creux de superbes falaises dont l’aplomb domine parfois les eaux de plus de six cents mètres. À la « Goule Noire », un arrêt s’impose pour observer l’im-

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portante résurgence des eaux du plateau d’Autrans et de Méaudre. Ce massif troué de gorges et de routes étroites s’appelle le Vercors depuis le XXe siècle. Après plusieurs kilomètres, la route s’élargit dans la Balmede-Rencurel qui contraste par son aspect verdoyant puis vient s’incruster à nouveau au fil du rocher sur des à pic de deux cents mètres. Un arrêt s’impose. On observera la cascade du Bournillon sur le versant opposé qui s’élance sur trois cents mètres de chutes et les falaises de Presles célèbres pour leurs multiples voies d’escalades. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés dans ce café ni pourquoi la nuit tombe si vite. Dans les pages régionales du journal, Barbera a lu un article à notre sujet : «  Ils sont venus pour le scénario paysager. Le scénariste et le metteur en scène sont arrivés dans l’après-midi. Les deux amis nous promettent le Superparc Supernaturel, le paysage le plus magique du monde dans une des régions les plus fantastiques du monde et cela dans un souci de développement durable et avec les meilleures intentions, du pur Joseph Vannair, la fée des affaires… » Ça me gêne d’être pris pour un scénariste, je suis l’assistant, je ne suis pas metteur en scène. Et en plus je ne suis pas du tout son ami. Je suis là pour l’assister et l’encourager. C’est toujours trop tard quand une information est publiée dans un journal, le mal est fait, heureusement personne ne lit. C’est Barbera l’auteur metteur en scène. Comment savent-ils pour notre présence  ? Pourquoi pensent-ils que nous sommes amis  ? Qui leur a donné ces informations et pourquoi ces mensonges ? De temps en temps il faut arrêter de se poser des questions. L’étudiante en mécanique des fluides demande à Barbera pour qui nous travaillons et il lui répond : – Joseph Vannair, l’homme des projets, le sauveur des régions et des entreprises en difficulté. C’est génial quand on sait bien répondre. C’est rassurant la

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précision. C’est tellement grisant d’apprendre. Pourtant l’ignorance ne connaît pas de fin, on peut l’augmenter chaque jour. C’est le crépuscule quand Barbera termine ses explications. La future ingénieur en comportement des fluides nous a regardés en coin. Elle portait toujours son bonnet bleu en laine sur la tête, cette fois-ci un peu de travers, les joues rouges. Avait-t-elle un ami ? Vivait-elle seule ? Elle a dit : « Soyez très prudents dans les gorges. » Bien que sans orage, le début de la nuit donnait un air tragique à la montagne. – La nature, a dit Barbera au moment où j’ai démarré la voiture, est toujours dramatique. Elle est dramatique parce qu’elle est un lieu de conflits.  Je reste silencieux. – Vous savez, Jacques, aucune progression n’existe sans conflit. (Par moments, à mon avis, Barbera me prend pour une truffe.) Vous comprenez ? La nature représente à la fois la scène, le décor mais aussi le personnage principal. C’est le lieu de l’art total. Elle est aussi spectatrice. Il ne faut pas la frustrer et craindre le paysage-spectacle. (Mais je n’ai pas peur.) La nature est un prétexte, le parc est un prétexte, comme la boule de cristal de la voyante ou le piano d’un compositeur, il faut en jouer le mieux possible et ensuite l’oublier pour atteindre la dimension supérieure (là je ne le suis pas, ça va se voir) il faut oublier son outil… Vous connaissez Maradona le joueur de football ? – Oui. (Il me prend pour un bigorneau.) – Longtemps Maradona s’est couché au petit matin, pour jouer au football le soir jusque tard dans la nuit, avec ses amis. La nuit, sans lumière, il finissait par ne plus voir le ballon (là Barbera m’a paru emporté, j’ai pensé à ses paroles au sujet de l’animal et du paysage, de ses mains il mimait quelqu’un qui avance dans une nuit sans lumière) et à force de se faufiler entre ses amis, de tous les mettre dans le vent sans voir le ballon à travers la nuit noire et sur un terrain misérable et plein de trous, ça lui a donné une allure, un rythme, une

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adresse féerique, à la façon d’un djinn sorti de nulle part, ça lui a permis de jouer le jour sans se préoccuper du ballon, de pouvoir regarder ailleurs d’où sa miraculeuse et merveilleuse force… un immense footballeur ne regarde pas le ballon… il est ailleurs… Dieu joue les yeux fermés… n’oubliez pas ça, Jacques… Nous avons repris la route et j’ai regardé la lumière sur le goudron. (Dieu joue les yeux fermés, il a de ces idées.) Plusieurs personnes à la queue leu leu marchaient en silence dans la rue, des bonnets sur la tête. Pour vivre je me suis toujours laissé tenter par les récits ; y compris à mon sujet, cela s’appelle d’ailleurs l’autorécit. Il faut se raconter des histoires pour vivre, non ? Là, j’ai pensé à des moines et aussi à ma compagne, Judith, me conseillant, après avoir vérifié que je n’oubliais pas mon cache-nez, de ne pas avoir de visions délirantes comme ce fut déjà le cas lors d’un voyage précédent1. Nous avons atteint les tunnels. La montagne en était farcie. Là nous avons vu la glace. Dans les gorges de la Bourne des centaines de stalactites de glace sont suspendus dans les tunnels à la manière d’une fête foraine sauvage. Le train fantôme c’est nous. Il a fallu réduire notre vitesse. Tout le monde ralentit au moment de s’engager dans des tunnels de glace. Surtout la première fois. Les stalactites de glace ressemblent à de grosses dents prêtes à éclater notre pare-brise, un verre plus adapté pour nous protéger de la pluie et du vent que de ce genre d’attaques. Tous les gens sensés doivent éviter cette route la nuit quand la glace est la maîtresse. Seuls deux étrangers inconscients peuvent s’y engager sans appréhension. D’ailleurs nous ne croisons personne. Ils sont tous cachés dans des fermes inaccessibles ou des villages aux maisons serrées. 1. Note de l’éditeur : La présence, éditions Gallimard, 2007. Jacques Bergman se voit confier par Kaiser une mission : se rendre dans un château du XVIIIe siècle afin d’en évaluer le potentiel touristique.

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l’auteur remercie

J’entends la chanson des Doors : The end. La fin de l’ami dont on ne verra plus le regard. C’est la fin. En sortant du Pico Pico, je me demande où sont Lawrence Bellenuit, Linda et Bambi. Ils ont dû quitter le Vercors. Soudain le vent se lève et joue avec les papiers dans la rue mais son souffle est irrégulier. À certains moments il s’essouffle. Oui, Roland ils ontAlberto, dû quitter le Vercors. Gilles Arfi et Camille Rousseau, Jody Bauman, VousChrystelle Bergeret, le connaissez,Éric Biagi, le vent. Il traverse lesBossy, mers et les Marianne Boiron, Anne Jérome Boucher, Vincent Boucher, Armelle Bouquet, montagnes. Brémond, Michèle Brenier, Brigitte Breton, Brun, Cela Didier me rappelle la nuit dans le col de Isabelle la Machine, mon Frédérique Brunet, François Brunsvick, Mallaury Buigues, cauchemar : la fille en voulait à son père. Camille Buisson, Fabrice Capizzano, Jean-Jacques Ceccarelli, Peut-être que Linda, Bambi et Lawrence Bellenuit sont Dominique Cerf, Denis et Patricia Chabert, Alain Chabuel, aussi enElisabeth Chabuel, train d’écouter le vent, ailleurs, loinCharlier, ? Elisabeth Chaléon, Stéphane Je ne Magali Charruau, devrais pas m’occuper du temps qu’il fait. Cécile Clozel, Valérie et Bruno Cottin, Je ne Marielle Couderc, suis pas assezAlexandra fort. Couturier, Xavier Delhert, Jean-Charles et Didier, C’estAlain Derbier, triste à dire mais c’est Laurent ainsi. Je ne Angélique Doucet, suis pas assez fort. Katrine Dupérou, Guy Durand, Clément Eybert‑Bérard, Fernand Faure, Catherine Flament, Vérenne Fleury, Jean‑Pierre Fraud, André Frère, Jean‑François Freydière, Olivier Gallet, Sylvie Gilhodes, Sylvie Gracia, Pierre Guillot, Philippe Hanus, Christophe Huret, Stéphanie Ingels, Pierre Kha, Pamela King, Kristin Kolich, Laurence Locatelli, Olivier Marbœuf, Thierry Marcel, Laure Marconnet, Jacqueline et Bruno Martel, Sandrine Martinet, Christophe Méasson, Roland Meunier, Jean‑Louis et Danièle Meurot, Dany Morel, Isabelle Nicoladzé, Bernard Obadia, Jean‑Luc Odeyer, Noellie Ortéga, Florence Ostende, Hélène Page, Virginie et Jean‑Jacques Perucca, Sylvana Perazio, Georges Peysson, Jean‑Louis et Valérie Poulat, Georges René, Frank Reppelin, Jeannot Reverbel, Claude Robert, Corine Robet, Éric, Yannis et Sébastien Rochas, Marette Roybon, Lydie Salvayre, Martine Vienot, Daniel Vignon, Jasmine Viguier, l’association Tetra Lire et la librairie l’Appel de la Forêt, et tous ceux et celles qui m’ont accueilli, logé, emmené et offert du génépi durant les années 2008 et 2009. L’auteur et les éditeurs remercient Luis Camnitzer et sa galerie, Alexander Gray associates (alexandergray.com).

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l’auteur remercie

Roland Alberto, Gilles Arfi et Camille Rousseau, Jody Bauman, Chrystelle Bergeret, Éric Biagi, Marianne Boiron, Anne Bossy, Jérome Boucher, Vincent Boucher, Armelle Bouquet, Didier Brémond, Michèle Brenier, Brigitte Breton, Isabelle Brun, Frédérique Brunet, François Brunsvick, Mallaury Buigues, Camille Buisson, Fabrice Capizzano, Jean-Jacques Ceccarelli, Dominique Cerf, Denis et Patricia Chabert, Alain Chabuel, Elisabeth Chabuel, Elisabeth Chaléon, Stéphane Charlier, Magali Charruau, Cécile Clozel, Valérie et Bruno Cottin, Marielle Couderc, Alexandra Couturier, Xavier Delhert, Alain Derbier, Jean-Charles et Laurent Didier, Angélique Doucet, Katrine Dupérou, Guy Durand, Clément Eybert‑Bérard, Fernand Faure, Catherine Flament, Vérenne Fleury, Jean‑Pierre Fraud, André Frère, Jean‑François Freydière, Olivier Gallet, Sylvie Gilhodes, Sylvie Gracia, Pierre Guillot, Philippe Hanus, Christophe Huret, Stéphanie Ingels, Pierre Kha, Pamela King, Kristin Kolich, Laurence Locatelli, Olivier Marbœuf, Thierry Marcel, Laure Marconnet, Jacqueline et Bruno Martel, Sandrine Martinet, Christophe Méasson, Roland Meunier, Jean‑Louis et Danièle Meurot, Dany Morel, Isabelle Nicoladzé, Bernard Obadia, Jean‑Luc Odeyer, Noellie Ortéga, Florence Ostende, Hélène Page, Virginie et Jean‑Jacques Perucca, Sylvana Perazio, Georges Peysson, Jean‑Louis et Valérie Poulat, Georges René, Frank Reppelin, Jeannot Reverbel, Claude Robert, Corine Robet, Éric, Yannis et Sébastien Rochas, Marette Roybon, Lydie Salvayre, Martine Vienot, Daniel Vignon, Jasmine Viguier, l’association Tetra Lire et la librairie l’Appel de la Forêt, et tous ceux et celles qui m’ont accueilli, logé, emmené et offert du génépi durant les années 2008 et 2009. L’auteur et les éditeurs remercient Luis Camnitzer et sa galerie, Alexander Gray associates (alexandergray.com).


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bonus Préparatifs d’un récit Pages du carnet de Jacques Bergman

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14 € 978-2-919163-01-4

S up e rp a rc Su per n at u r e l fiction et dessins de

Photo couverture © Luis Camnitzer, Landscape as an Attitude, 1979, courtesy de l’artiste

j e a n - p i e r r e os t e n d e

Que se trame-t-il dans le parc naturel du Vercors ? Cette région réputée pour ses paysages grandioses découvre avec perplexité l’arrivée de Barbera, metteur en scène de paysage international. Il est accompagné de Bergman, son assistant. Le duo est chargé de promouvoir la création mondiale de Superparc Supernaturel. En effet, dans ce massif somptueux, tout invite à imaginer un tourisme de masse autant que des séjours de désinsertion pour femmes cadres surmenées. Pourtant le projet ne va pas faire l’unanimité. Bergman et Barbera devront affronter, outre la montagne et la nourriture locale, les réunions avec les autochtones, pour la plupart agriculteurs. Peu à peu, au détour de routes sublimes, une autre réalité s’insinue, des Hongrois, un hélicoptère de combat, des pulsions étranges… jusqu’à une surprise finale. Jean-Pierre Ostende poursuit ici l’aventure littéraire de l’Explorateur Club, démarrée par des lectures publiques en 2003, installée avec le roman La présence. Y sont jointes quelques pages des carnets de dessin du romancier, préparatifs de ses récits.

Superparc Supernaturel  

Une fiction de Jean-Pierre Ostende Un Comptoir d'édition / PNR du Vercors / 2010

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